Causeur

L’antisionisme expliqué à mes potes

Questions sur le cas Alain Soral

Publié le 6 mai 2009 à 15h40 314 réactionsImprimer

Mots-clés :

On a beaucoup diffamé l’antisionisme. Dernière tête connue de l’hydre antisémite pour les uns, clef indispensable à la compréhension du monde pour les autres et, pour la plupart des gens, un OVNI dont ils se demandent ce qu’il peut bien venir foutre dans le ciel français. Dieudonné, Soral et leurs alliés du Parti antisioniste de France (PAS) attaquent à découvert le lobby du Golem et de Superman aux élections européennes.

Les voilà donc au combat sur deux fronts : l’État d’Israël et l’emprise du sionisme sur la France.

Pour l’État juif (le problème, justement, est qu’il le soit), le projet antisioniste, le respectable, est d’en faire un État binational qui, par la démographie et la démocratie combinées, deviendrait vite un État arabe de plus dans la région. Pour les juifs, retour en dhimitude. Vu l’ambiance dans le voisinage, territoire judenrein un jour ? La Rue arabe du Quai chère à Luc Rosenzweig débordée par des extrémistes ? L’antisionisme : le droit des peuples à disposer de leurs juifs ?

logo-parti-anti-sioniste

Mais l’ennemi principal des dieudonnistes et associés, c’est le lobby qui, en France, tente de bâillonner les libres penseurs. Le logo du PAS est explicite : l’Hexagone est enveloppé dans un drapeau israélien, barré d’une croix pour que puisse se relever l’étendard aux trois couleurs. On imagine une pieuvre dont une tentacule interdit Dieudonné de spectacles à Bourges comme à Saint-Benoît (Poitou-Charentes), pendant qu’une autre prive Alain Soral de médias – la pieuvre qui s’étend sur le monde, on se demande où ils vont chercher tout ça. Mais tout n’est pas réchauffé dans leur cuisine. Ils peuvent, par exemple, vous expliquer que les premières victimes du sionisme, ce sont les juifs. À les entendre, les juifs les moins communautaires, pris en otage par des “organisations mafieuses”, gagneraient à les rejoindre. Au moins, c’est vaguement nouveau, ils font des efforts. Parce que nous le valons bien ?

La surprise du chef, c’est la caution. Cette fois-ci, le juif de service est un rabbin antisioniste. Les chantres de l’égalité, de la réconciliation et de la laïcité républicaine ont trouvé un barbu enchapeauté, qui attend le messie et l’Israël de la Bible en vomissant l’Israël de l’Histoire. Le spectacle de Dieudonné et Soral assis entre deux autorités à calotte, le rabbin et l’impayable Yahia Gouasmi, représentant chiite venu éclairer les Français des lumières du Hezbollah, nous promet de grands moments d’Internet, à défaut de moments de télévision (le lobby, rappelez-vous).

Pourtant, sur RFI mardi 5 mai, notre maîtresse de maison acceptait, c’est dans son caractère, ce que tant d’autres avaient refusé : un débat avec Alain Soral sur la question sioniste. L’échange fut réjouissant, mais, si les ressorts de cette idéologie sommaire ont pu apparaître à certains, le mystère Soral reste entier. Le décalage entre le talent d’hier et le discours d’aujourd’hui laisse perplexe. On se demande quel grain de sable juif est venu un jour enrayer une machine aussi brillante pour que ses analyses se réduisent à un leitmotiv : l’Elysée – et tout ce qui décide dans ce pays – sont aux mains crochues du CRIF.

Il suffit de se rendre sur le site du parti de Gouasmi (le colistier) pour y consulter le programme – pas le pogrom, ne vous trompez pas en cliquant (non là je déconne, il faut encore lire entre les lignes). Celui du président Gouasmi tient en quatorze points qui valent bien un peu d’exégèse quasi-talmudique. Allons-y.

• Faire disparaître l’ingérence sioniste dans les affaires publiques de la Nation.
Eh oui, on ne va pas se voiler la face. Continuons :

• Dénoncer tous les hommes politiques qui font l’apologie du Sionisme ;
• Eradiquer toutes les formes de Sionisme dans la Nation ;
• Libérer notre État, notre gouvernement et nos institutions de la main mise et de la pression des organisations sionistes.

On dénonce, et après on éradique. Si après ça, il reste encore un peu de sionisme, je veux bien qu’on me la coupe (enfin, juste le bout). Après la répression, l’ouverture. Lisez plutôt :

• Promouvoir l’expression libre de la politique, de la culture, de la philosophie et de la religion et les libérer du Sionisme.
Ça, ça va libérer de l’espace vital. Voilà, ça continue comme ça avec treize points qui, les signataires le jurent, n’ont rien à voir avec un quelconque antijudaïsme, et un quatorzième qui va rassurer tout le monde :

• Militer pour l’instauration d’une société de justice, de progrès et de tolérance.
Ouf, on respire. Tout ça pour ça.

Pour lever des foules dans les banlieues, le programme a l’air au point et semble obéir à une règle d’or qui a fait ses preuves dans toutes les sociétés du Moyen Orient (toutes sauf une), où l’antisionisme a apporté “justice, progrès et tolérance” : la répétition du mot “sionisme” dans un texte multiplie les bulletins antisionistes dans les urnes. Que le produit apparaisse au maximum dans le message : on ne vend pas la lessive autrement. C’est le but d’une élection, la stratégie y a toute sa place et puis Soral rappelle qu’il n’est pas membre du PAS. On a les alliés qu’on peut mais son intelligence, là-dedans, elle est passée où ?

Comme dirait l’ami Marc Cohen, Alain, reste avec nous, on fait des frites.

L'auteur

Cyril Bennasar

Cyril Bennasar est menuisier.

Lire tous ses articles

Newsletter

Tenez-vous informé(e) de l'actualité de causeur.fr

Chargement Chargement

Discussion

314 réactions

France

Les juifs de France et la gauche

Les juifs de France et la gauche

Que reste-t-il de nos amours ?

Luc Rosenzweig

Humeur

Identité nationale : le débat est clos

Identité nationale : le débat est clos

Le Parti des Médias a gagné

Elisabeth Lévy

Culture

Le Baiser de la Lune

Le Baiser de la Lune

Lutte contre l’homophobie ou contre l’hétérosexualité ?

Radu Stoenescu

Culture

L’effronté qui écrit pendant que Rome brûle

L’effronté qui écrit pendant que Rome brûle

Nabe : autofiction et autodérision

Daoud Boughezala

Le mensuel

Février 2010 – N° 20

Février 2010 – N° 20

En février, 25 articles, dont 11 inédits.
Un dossier “Aux ordres des médias. Des médias aux ordres”. Chacun cherche censure à son pied.

Acheter ce numéro

S'abonner au mensuel

À propos

Magazine où l’on parle, salon où l’on cause, Causeur est animé par Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, François Miclo, Marc Cohen, Basile de Koch.

Fil RSS

Un fil RSS permet de consulter les dernières nouvelles du site sans avoir à le visiter.

Tous les fils HumeurMondeFranceSociétéMédiasCultureFumoirBrèves

Facebook

Devenez fan de Causeur et suivez nous sur Facebook.

Découvrir notre page Facebook

Carnets

Boutique

T-shirt

Vous nous l’avez demandé et, pourtant, nous l’avons fait : les anciens numéros du mensuel ainsi que des produits dérivés sont désormais disponibles à la vente, et à l’unité de surcroît.
Acheter équitable.

Rubriques : HumeurMondeFranceSociétéMédiasCultureFumoirBrèves • Carnets : HomoimbecillusAntidoteGastroParlons Net

2007-2010 Causeur • Contact • Régie publicitaire : KDP Groupe

Causeur.fr est édité par la Sarl Causeur.fr au capital de 50 000 €, 9 rue Léopold-Robert, FR-75014 Paris. Représentant légal et directeur de la publication : Gil Mihaely, Rédactrice en chef : Elisabeth Lévy, Administrateur : François Miclo. Site déclaré auprès de la CNIL sous le numéro 1296122. Hébergement : OVH, FR-59100 Roubaix.