Kissinger et moi

Géopolitique au Ritz

Publié le 18 octobre 2009 à 7:15 dans Monde

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Henry Kissinger

Henri Kissinger, d’abord, je le voyais nettement plus grand. C’est vrai qu’à force de le présenter comme un géant je m’étais imaginé une stature. Or c’est un petit bonhomme ventripotent qui entre dans le salon du Ritz, palace où il a ses habitudes lorsqu’il passe par Paris. Oui, Kissinger ne se refuse rien, il a donné quelques conférences à un million de dollars et à l’occasion conseille encore nombre de puissants, y compris Obama. Kissinger a été secrétaire d’Etat de deux présidents américains républicains, Nixon et Ford. S’il n’était pas né en Allemagne et naturalisé américain avec ses parents – la famille a fui le nazisme après la “Nuit de Cristal” -, il aurait eu toutes ses chances d’être élu Président. Il a dû se contenter des affaires étrangères et du prix Nobel de la Paix pour ses efforts au Vietnam, ce qui n’est pas si mal, comme disait Mitterrand à propos de Rocard.

Pourtant, évoquez cette rencontre, la plupart de vos collègues ne vous regardent pas avec envie mais comme si vous aviez rendez-vous avec Méphisto : on vous parle des bombardements contre le Vietcong et de leurs innombrables victimes civiles et, bien sûr, de l’opération Condor, dans laquelle Kissinger est soupçonné d’avoir trempé dans les années 1970. Condor est cette opération secrète d’élimination d’opposants de gauche latino-américains dans les pays ou ils s’étaient réfugiés, y compris aux Etats Unis. Kissinger est obligé de limiter ses déplacements à l’étranger car plusieurs ONG essaient de l’envoyer devant la Cour Pénale internationale. Peu de chance qu’ils y arrivent mais dès fois qu’un petit juge ambitieux veuille se faire de la pub en l’envoyant au trou comme Polanski, je vous laisse imaginer…

Donc je rencontre cet homme, digne continuateur de Bismarck dans la realpolitik moderne et oracle diplomatique. Je le trouve au Ritz en compagnie d’Hubert Védrine qui faisait partie des rares personnes dans la confidence. Normal, Védrine c’est un peu notre Kissinger à nous. Un pro. Pour lui aussi la diplomatie n’est affaire ni de droite ni de gauche, mais de réalités incontournables. Aucun principe aussi noble soit-il, (comme par exemple les droits de l’homme) ne saurait s’y substituer. C’est ainsi que tout anti-communiste viscéral qu’il fût, Kissinger devint un symbole de la détente et de la fameuse méthode des “petits pas” puis de la “shuttle diplomatie” qui fit beaucoup d’émules avec les progrès de l’aviation. Car Kissinger est tout sauf un néo-con. Il parle beaucoup par understatement, par litote. Mais tâchons de résumer sa pensée:

Il pense qu’il faut parler avec tout le monde et approuve par exemple la main tendue d’Obama aux Iraniens. Ce qui le chagrine ce n’est pas qu’il y ait une carotte, mais qu’on ne voie pas le bâton. Autrement dit que les Américains ne paraissent pas crédibles dans leurs menaces de rétorsion au cas où les négociations avec Téhéran sur le nucléaire échouaient. Préoccupation qu’il résume ainsi: “Il ne faut jamais que votre interlocuteur sente que vous êtes disposé à accepter finalement ce que vous qualifiez dès le départ d’inacceptable”. Et prend ça M. le prix Nobel à crédit !

Deuxième question : l’Afghanistan est-elle un nouveau Vietnam? Peut-être bien. D’une part, Kissinger pense qu’Obama n’a pas d’autre choix que d’écouter le commandant qu’il a lui-même nommé sur place, le général Mc Chrystal, et d’envoyer des renforts importants, à défaut de quoi les talibans interprèteront cette irrésolution comme un signe de faiblesse voire de défaitisme. D’autre part, il sait que la victoire militaire n’est rien sans l’appui de l’opinion publique. Au Vietnam nous avions presque gagné, dit-il, mais l’opinion ne soutenait plus l’effort réclamé. Le Watergate a fini de tout ficher par terre et a précipité la débâcle. Cette fois-ci les alliés des Américains ne se bousculent pas non plus pour les appuyer militairement (Sarkozy vient d’annoncer qu’il n’y aurait pas un soldat français de plus).
Conclusion: Obama a toutes les chances de se planter.

Mais Kissinger est aussi un grand conteur. Allez tonton Henry (86 ans) une anecdote pour finir sur la fin du mur de Berlin, il y a 20 ans déjà: “J’étais en Chine, ou je m’entretenais avec Deng Xiaoping. Tout semblait calme, mais Deng m’explique que le bloc communiste en Europe de l’Est est condamné parce que Gorbatchev a fait la glasnost (ouverture démocratique) avant la perestroïka (modernisation économique et sociale), et que les Chinois ne feront jamais la même erreur. Là-dessus je m’envole pour Hawaï, ou j’atterris quelques heures plus tard. Et j’apprends que le mur n’existe plus ! Il faut toujours faire très attention à ce que disent les Chinois.”

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  • 20 October 2009 à 15h02

    MT dit

    “Kissinger aurait eu toutes les chances d’être élu Président”.

    Ben voyons!

  • 19 October 2009 à 17h33

    Pirate dit

    l’Ours je vous conseille de lire ses mémoires, elles ne sont pas forcément simple à lire mais elle vous enseignera sur le personnage qui a une sérieuse tendence à se donner le beau rôle. Rappelons que la guerre du Vietnam s’est reconstruite sur la Théorie des Dominos, bien qu’en réalité les premiers à armer les Vietminh contre la France… étaient les américains. Rappelons qu’avant la politique mené par Kissinger et Nixon là bas, le Paphet Lao et l’Angkar étaient minoritaires, et que les bombardements au Cambodge ont précipité le pays dans les mains de l’Angkar, pays que les américains ont soigneusement abandonné quand leurs hommes de pailles ne tenaient plus. Bref que cette Théorie des Dominos a été principalement le fait de ceux qui voulaient la combattre. A 86 ans il a beau jeu d’expliquer ce qui devrait être fait surtout quand lui a si bien rater ce qu’il a fait.

  • 19 October 2009 à 7h58

    Shonarchan dit

    “Kissinger est tout sauf un néo-con”

    C’est vrai.
    C’est juste un vieux con.

  • 19 October 2009 à 0h29

    H2 dit

    Trop cool l’article pour parler du super grand criminel de masse Henry Kissinger.
    Combien de millions de victimes ce type a sur la conscience ? Mais ce type malade a t-il seulement une conscience ?
    Père du génocide du Timor oriental ( deux millions d’individus exterminés)
    Père de la guerre du Vietnam ( Plus d’un 1 million de victimes )
    Père de la Guerre du Cambodge ( Aux débuts des années 70, le président Richard Nixon et son conseiller Henry Kissinger ordonnèrent de lancer sur les zones rurales du Cambodge plus de bombes que ne furent lancées sur le japon pendant la deuxième guerre mondiale, tuant au moins 750.000 paysans cambodgiens)
    Kinssinger le grand accoucheur de Pol-Pot et soutien financier du psychopathe Kmer ( 2 Million de victimes ) + 100 000 personnes amputées après avoir été fauchées par une mine.
    Kissinger , le père des dictatures fascistes et néonazies d’ Amérique du Sud, grand initiateur du “Plan Condor” qui extermina tous les opposants politiques à ces régimes…

  • 18 October 2009 à 20h43

    Venik dit

    Une “brève” aurait suffi.

  • 18 October 2009 à 19h48

    kessler dit

    merci mr Attal, faites-donc une longue interview à trois (Védrine compris) et faites-en un bouquin ça serait passionnant! Même si nous pouvons lire ses mémoires et des textes divers, rien ne remplace la discussion, ce bonhomme est un des derniers grands acteurs de l’Histoire encore en vie, il faut se dépècher…

  • 18 October 2009 à 16h23

    robespierre dit

    Il avait presque gagné au Vietnam …..

    Kissinger en tant que diplomate sait réécrire l’histoire à son avantage.

  • 18 October 2009 à 15h03

    jerome dit

    “être anti-Obama signifie être étreint par un antiaméricanisme nauséabond et être anti-américain, c’est être antisémite”

    Israel, ou Obama bat tous les records d’impopularite au monde, va etre heureux de l’apprendre.

  • 18 October 2009 à 14h57

    Zadig dit

    La “perestroika” : ce n’est pas la modernisation économique et sociale, Dr. Attal

  • 18 October 2009 à 14h19

    Béret vert dit

    Mais non, Maxime, le grand Mao était déjà sénile en 69-72, donc très affaibli. Pas Kissinger.

  • 18 October 2009 à 13h18

    Rotil dit

    Un peu de soleil ne sera pas pour déplaire…

    http://spicilege.eklablog.com/article-100215-ravel.html

  • 18 October 2009 à 13h01

    BArry dit

    Abdelkader17 est un pastiche, à mon avis.

  • 18 October 2009 à 13h01

    Maxime dit

    En fait, ce qui inspire l’attitude des Nixon, Kissinger et, [...], d’un Peyreffite, ce n’est pas la “Realpolitik”, mais bien ce qu’on pourrait appeler l’”Internationale des Chefs” – phénomène qui transcende toute idéologie. On se demande d’ailleurs pourquoi ces gens ont besoin d’un interprète pour bavarder avec Li Peng [et Deng Xiaoping, je me permets d'ajouter] : au fond, ils parlent naturellement le même langage”. Et paf ! dans les dents ! On est heureux que l’auteur ait posté sur “Causeur.fr”, et pas ailleurs, un article si partial et indigent, bref, absolument pas journalistique. Le ton est trop léger et le registre trop familier pour que cette production figure dans le genre de l’hagiographie, mais dans celui du cirage de pompe, il a acquis sa place.

  • 18 October 2009 à 12h53

    Maxime dit

    … que ce que tente aujourd’hui de mettre en oeuve “M. le prix Nobel à crédit” (au passage, on signalera à l’auteur qu’il a tout intérêt à modérer ses critiques à l’égard du président américain, car si le processus logique, qui avait bonne presse en France n’a pas changé depuis la présidence de G. W. Bush, être anti-Obama signifie être étreint par un antiaméricanisme nauséabond et être anti-américain, c’est être antisémite). Citons, pour en finir, Simon Leys (saluons au passage Basile de Koch), s’exprimant en juin 89 dans un article intitulé “L’Aveuglement du réalisme” : “Ils [Nixon et Kissinger, entre autres] ont attendu, pour découvrir le “génie” de Mao, que celui-ci ait donné, aux dépens du peuple chinois, la pleine mesure de ses folies criminelles. Et maintenant ils volent au secours de Deng Xiaoping et de Li Peng, comme le pouvoir de ces tyrans est à la veille de s’effondrer. Ah, il est diablement fort, leur réalisme ! [...] À suivre…

  • 18 October 2009 à 12h46

    BArry dit

    Il a attribué à l’URSS “beaucoup plus d’intentions belliqueuses et de perspectives stratégiques qu’avéré”… Avec ou sans litote, est-ce une erreur de diagnostic ou une manipulation de l’opinion?

  • 18 October 2009 à 12h37

    Maxime dit

    Ah ! “Tonton Henry”, comme le surnomme familièrement Sylvain Attal, a décidément le sens de l’anecdote et détient probablement le secret pour raconter de bonnes histoires. D’ailleurs, celle que l’auteur de l’article relate, donne au lecteur éclairé une information qui est loin d’être inintéressante. Ainsi, Kissinger était en Chine en novembre 1989, palabrant cordialement avec Deng Xiaoping, un pragmatique, tout comme lui. Or, corrélation révélatrice, par ailleurs soigneusement tue par S. Attal, en juin 1989, Deng X. transmet l’ordre aux forces armées de la place Tiananmen de réprimer impitoyablement dans la violence, donc dans le sang, les manifestations appelant à l’abolition du joug imposé par un pouvoir illégitime et totalitaire. Être l’initiateur, au côté de R. Nixon, du réchauffement des relations américano-maoïstes fut autrement plus inefficace (1969-1972, au plus fort de la révolution culturelle à 1989 : je vous laisse apprécier l’efficience de la realpolitik)… À suivre…

  • 18 October 2009 à 11h13

    L’Ours dit

    Que penser de Kinssinger?
    Comment discerner la vérité d’une éventuelle calomnie quand on entend ses zélateurs et se détracteurs?
    On manque d’une investigation sérieuse sur ce personnage.

  • 18 October 2009 à 11h06

    Abdelkader17 dit

    Tonton Kissinger génocideur en chef au Vietnam au Cambodge en Amérique du Sud,l’éminence grise de la politique étrangère des Usa, homme de l’ombre du sionisme malfaisant ,son palmarès parle pour lui et il se trouve encore et toujours quelques individus frappés de cécité intellectuelle pour lui apporter leur caution morale,un monstre que l’on veut faire passer pour un faiseur de paix c’est dans la tendance,nos plumitifs dont la fonction est désormais de lutter pour l’inversion totale du système des valeurs ne dérogent pas à la règle .
    Kissinger,si l’Amérique ne faisait pas la loi devrait se trouver dans une geôle du TPI,
    glorifier un tel personnage en dit long sur l’effondrement intellectuel et moral du monde occidental.