Croyez-nous, il ne s’agit ni de jalousie (féminine) ni de concupiscence (masculine). Nous n’avons rien à redire au fait que le président ait choisi une femme que bon nombre de Français convoitent – peut-être est-ce précisément ce qui le fait craquer. Après tout, il a dû en rêver, ado, d’avoir la plus belle fille de la classe, plus encore que de présider le plus beau pays du monde. Il faut reconnaître, quoi que nous en ayons que, la Bruni, elle a de la classe : intello, polyglotte, de bonne famille, elle est zéro défaut (on ne se joindra pas ici aux moqueurs qui plaisantent sur sa voix). La belle-fille dont la France rêvait. Et puis, après une Espagnole, une Italienne, ça vous a un petit genre multiculturel du meilleur aloi. Tant qu’il ne s’amourache pas d’une Autrichienne…

Certes, on peut trouver qu’il s’est bien vite consolé du grand chagrin d’amour causé par le départ de Cécilia. La vitesse à laquelle il s’est délivré du statut de célibataire montre à quel point le président a horreur du vide. Pour lui, être seul avec lui-même, c’est être seul tout court. Au point qu’on a du mal à l’imaginer plongé dans un dossier ou dans un roman, ou encore méditant face à la mer. Hors de la relation, point de salut. Le président est shooté à l’Autre. S’agissant du chef de l’Etat, cette addiction est inquiétante mais c’est une autre affaire.

Pourtant, quelque chose ne passe pas. Que le président de la République ait choisi Eurodisney pour s’afficher avec sa fiancée quand Khadafi et ses amazones se montraient au Louvre, voilà qui est franchement humiliant. Certes, le « Guide » dont on nous a dit sur tous les tons qu’il était un peu fruste, a parcouru le musée au pas de charge, s’extasiant sur la Joconde et le Radeau de la Méduse, ce qui ne témoigne pas d’un raffinement exagéré. Au moins a-t-il visité un temple de la culture française.

Choisir le royaume de Mickey pour une escapade amoureuse (même avec enfants), il fallait oser. (Le Parc Astérix n’aurait pas été plus acceptable). Si on ajoute Eurodisney à la liste des choses qu’affectionne Nicolas Sarkozy – Fouquet’s, Paloma, maison de vacances dans le plus pur style Dynasty, Rolex et compagnie – il y a de quoi être accablé. Les goûts du président sont de moins en moins convenables pour un président.

Soyons clairs. Si Nicolas Sarkozy aime manger des hamburgers, lire du Marc Lévy et écouter du Johnny Hallyday, grand bien lui fasse. Qu’il carbure au Coca light, c’est son choix. Il peut tout aussi bien s’empiffrer de barbapapa et jouer au cow boy. C’est sa vie privée et nous la respectons. Mais qu’il se cache ! On a vidé le Louvre pour Khadafi, on peut bien ouvrir Eurodisney la nuit pour Sarkozy. S’il veut montrer sa fiancée, qu’il l’emmène à la Comédie Française. Ou à Beaubourg. Ou à l’opéra (elle doit aimer ça).

Sarkozy est libre de choisir ses amoureuses et ses loisirs. Mais en public, il ne s’appartient plus. Il appartient à la France. Il est le symbole de la France. Et que cela lui plaise ou non, la France est une vieille idée qui a partie liée avec la culture, le passé, la grandeur. Mère des arts, des armes et des lois, comme disait l’autre. « Tout cela est fini », répète-t-on. Peut-être : ce n’est pas au président de constater le décès. Il n’a pas seulement été élu pour gouverner la France mais pour l’incarner. Merde, Paris vaut bien un après-midi au Louvre.

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