Justice des mineurs : De Charybde en Taubira! | Causeur

Justice des mineurs : De Charybde en Taubira!

Le nouveau projet de loi paralysera les tribunaux

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Philippe Bilger

Philippe Bilger
anime le blog "Justice au singulier".

Publié le 14 juillet 2014 / Politique

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Il est dommage que le président de la République fasse tellement confiance à Christiane Taubira, ou qu’il ait tellement peur d’elle, que la justice et ses réformes lui demeurent totalement étrangères.

Certes ce pourrait être une forme de sagesse de ne pas intervenir dans un domaine qu’on maîtrise mal mais à condition qu’on ne laisse pas la bride sur l’esprit à un ministre dont le seul carburant est l’entêtement idéologique.

Mais, après tout, pourquoi s’arrêterait-elle sur le chemin du désastre puisque personne ne s’oppose à elle et que les velléités d’opposition de Manuel Valls ont fondu comme neige au soleil ?

Après une loi calamiteuse sur les majeurs, une future réforme sur la justice des mineurs qui, réformant l’ordonnance de 1945, va amplifier la mansuétude éducative et élargir aux majeurs de 18 à 21 ans les règles et les principes aujourd’hui fortement contestés de la spécificité pénale appliquée aux jeunes transgresseurs de 13 à 18 ans.

Il paraît que l’inspirateur de Christiane Taubira en l’occurrence serait Pierre Joxe. On peut respecter ce dernier sans considérer pour autant que son nouveau métier d’avocat spécialisé dans la défense des mineurs le qualifierait plus que la réalité pour servir de base à une réflexion politique pourtant nécessaire.

Les tribunaux correctionnels pour les mineurs de 16 à 18 ans, excellente initiative de la présidence Sarkozy, ont été supprimés et il apparaît qu’il n’est plus rare de voir des garçons ou des filles de moins de 13 ans commettre des infractions.

S’il était parfaitement légitime d’opérer une remise à plat de l’ordonnance de 1945, le paradoxe est d’aggraver son caractère inadapté en refusant de tirer les leçons d’une évolution faisant apparaître une délinquance de plus en plus précoce et de plus en plus violente (Le Figaro).

Il n’est pas honteux, au regard de l’humanisme, de souligner cette banalité sociologique que le mineur d’aujourd’hui, dans sa réalité et ses comportements, n’a plus rien à voir avec l’adolescent abstrait de l’optimisme républicain.

L’innovation principale de ce projet – j’ai déjà évoqué l’élargissement déplorable et l’abolition regrettable – se rapportera à la césure du procès qui deviendrait la norme pour la justice des mineurs : déclaration de culpabilité et instance civile puis bien plus tard sanction. Cette fausse bonne idée aura pour effet de battre en brèche l’obligation admise par tous de faire connaître précisément et rapidement ce qu’il aura à subir au mineur incriminé. Ce délai d’attente sera, sur ce plan, catastrophique, laissant la bureaucratie compliquer la justice et la psychologie des jeunes transgresseurs vivre comme une absolution cette culpabilité décrétée mais sans impact répressif.

Comment ne pas ressentir devant ces démarches qui prennent tout à l’envers l’impression que ce pouvoir se veut délibérément sourd et que, s’abandonnant à une fuite en avant suicidaire pour la société, il cultive son petit jardin dogmatique et irénique seulement pour se faire plaisir ? Après lui, le déluge en matière de justice !

Ou alors serait-ce une propension à la contradiction poussée jusqu’à l’absurde ? Parfois je me dis que peindre la société, le réel, le peuple, ses attentes et ses peurs, en rose, serait le meilleur moyen pour inciter le pouvoir à prendre enfin au tragique ce qui crève les yeux de chacun dans sa quotidienneté ? Il prétend tellement fuir les évidences qu’il conviendrait de les dénaturer pour le convaincre.

Affligeant de devoir en arriver là, de Charybde en Taubira !

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    • 16 Juillet 2014 à 19h28

      Octavius Pik dit

      Bonjour.
      Wil et Parseval sont en désaccord ci-dessous à propos de Georges Frêche, poursuivi pour racisme pour son ‘’Vous êtes des sous-hommes’’ visant des harkis. Parseval, à mon avis avec raison, rappelle que cela ne visait que deux harkis en particulier, ce que le tribunal a conclu en relaxant Frêche.
      Il me semble, Wil, que votre point de vue – ces propos sont racistes – nous fait emprunter des chemins très risqués. Ainsi, tout propos peu sympathique, un peu fort ou insultant envers un (ou des) individu(s) d’un groupe ‘’victime’’ (Noir, femme, musulman, etc.) sera automatiquement considéré comme raciste, sexiste, islamophobe, etc. Or je veux pouvoir dire à Fiorino ‘’vous êtes un idiot’’ (ce que par ailleurs pas un instant je ne pense) sans être qualifié d’homophobe.
      Wil, votre façon de voir les choses est hélas très répandue. Un exemple récent : début juillet 2014, le débat télévisé « On ne va pas se mentir » évoque la couverture du journal L’Express : « Ségolène royale, l’emmerdeuse ». Un intervenant rappelle la couverture équivalente du Point : « François Bayrou, l’emmerdeur ». Sans compter les nombreuses Unes vilipendant les politiques de sexe mâle. Cela n’a pas empêché un autre participant, Philippe Besson, de se lancer dans une dénonciation du sexisme en politique.
      Dénonçant de cette façon une expression malveillante, Wil, vous pensez sûrement protéger les ‘’victimes’’ et lutter pour le ‘’vivre-ensemble’’ et la grande fraternité républicaine. Vous faîtes pourtant exactement le contraire : en faisant de la moindre attaque individuelle un propos déshumanisant le groupe entier, vous séparez les Français en ensembles distincts, créant ainsi des ‘’espèces protégées’’, pour vous éternelles victimes de l’affreux groupe dominant des mâles Blancs.

      • 16 Juillet 2014 à 20h18

        Wil dit

        Bon,je me suis arrêté au deuxième paragraphe,c’était tellement de mauvaise foi ou idiot que j’ai renoncé à lire la suite.
        Je vous renvoie à ma réponse au sophisme de Parseval plus bas qui dit en gros la même chose que vous mais heureusement en moins long,quand il dit pour résumer que les harkis n’ont pas été traités de sous hommes en tant que Harkis mais en tant que membres d’un parti.
        C’est évident,”Dire de quelqu’un que c’est un sous homme ça n’est pas raciste puisque ça l’exclut même de l’espèce humaine…”

        • 16 Juillet 2014 à 22h33

          mogul dit

          Vous avez tort Wil, vous devriez aller jusqu’au bout, ce qui dit Pik est très vrai (même si un peu verbeux).
          Quant à Frêche, Parseval a raison. Il a été victime d’un règlement de compte d’une frange du PS qui voulait sa tête depuis longtemps.
          Mais je vous rejoins sur l’affaire Leclère. Je ne verse pas une larme sur les soucis rencontrés par cette conne, mais eu égard à la jurisprudence, ce verdict cayennais est clownesque. Un dépaysement de l’affaire vers la métropole pour le jugement en appel ne serait pas étonnant.