Juppé-Sarkozy : tir à vue !

Pas de Cour des Comptes, mais un vrai règlement de comptes

Publié le 20 janvier 2010 à 18:01 dans Politique

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Alain Juppé

La presse aura surtout retenu une seule information de la longue interview donnée hier par Alain Juppé aux Echos : son refus de la présidence de la Cour des Comptes que lui a proposé Nicolas Sarkozy après le décès de Philippe Séguin. Une fin de non-recevoir que l’ancien Premier ministre explicite en ces termes: “ Cela aurait impliqué que je renonce à mon mandat de maire de Bordeaux. Je ne ferai pas ça aux Bordelais et aux Bordelaises. L’idée que je pourrais m’ennuyer à Bordeaux est une idée qu’il faut se sortir de la tête !”

En revanche, on aura beaucoup moins commenté le reste de l’interview et c’est bien dommage. Certes, l’appréciation globale portée sur le bilan du quinquennat en cours peut sembler empreinte de modération, même si rigoureusement exempte de toute trace d’enthousiasme : “Avec Nicolas Sarkozy, tout ne marche pas, mais globalement, la France bouge ”. Mais dès qu’on rentre dans le détail des réformes passées, en cours ou à venir, Alain se lâche grave, et pas dans le genre groupie.

L’inscription de la limitation du déficit public dans la Constitution? “Cela ne sert pas à grand-chose. Et je ne crois pas à la vertu constitutionnelle sur ce type de sujet.”

Les critiques contre le Conseil constitutionnel après la censure de la taxe carbone? “Dans aucun pays démocratique au monde, on ne s’attaque aux cours suprêmes. Le Conseil constitutionnel fait son travail.”

La réforme territoriale ? “Avant de porter un jugement, j’aimerais bien la connaître avec précision.”

Le nouveau mode de scrutin préconisé par le gouvernement pour les futurs conseillers territoriaux? ” Il n’est pas dans la tradition française et élire quelqu’un qui, par hypothèse, pourrait réunir 35% des voix ne me paraît pas un bon signal.”

Son éventuel retour au gouvernement ? “La question ne se pose pas aujourd’hui. Il y a bien des manières de servir son pays.”

On se gardera bien de porter un jugement de fond sur la pertinence de ces analyses. Les experts en UMPisme, il y en déjà un derrière chaque plante verte à l’UMP. On pourra néanmoins esquisser un léger sourire quant aux reproches intra-droitiers sur le rythme des réformes alors que l’actuel maire de Bordeaux ne s’était guère fait entendre durant les années de l’immobilisme absolu chiraquien, quand on jouait à “Jacques a dit: bougez surtout pas!”

On pourra aussi remarquer que le refus du golden placard de la Cour des Comptes a une signification politique claire. Non, c’est non ! Sans ergoter longtemps sur la partie comique de l’argumentaire de Juppé (en résumé: J’ai deux amours, mon pays et Bordeaux, mais surtout Bordeaux), on notera qu’il a aussi un caractère symbolique fort : Juppé refuse de devoir quoique ce soit à Sarkozy, bref d’être peu ou prou, son féal : ce n’est pas lui, non plus, qui aurait accepté d’être nommé au FMI.

En clair, Juppé se place. Et comme Martine Aubry, ce n’est plus l’horizon lointain de 2017 qu’il a coché sur son agenda, mais celui de 2012, pariant un Sarkozy largement démonétisé à cette échéance, pas tant vaincu par ses adversaires que s’effondrant sur lui-même, victime expiatoire de ses propres contradictions. Et de fait, le maire de Bordeaux a intérêt à ne pas trop tarder à sortir du bois, la concurrence – inexistante il y a quelque mois – se durcit et se précise chaque jour un peu plus. Dans la même niche écologique, celle de la droite non-sarkozyste (comme on parlait il y a quarante ans de gauche non-communiste), il faut déjà compter avec la guerre ouverte de Villepin et la guérilla larvée de Copé, sans parler des innombrables escarmouches provoquées ça et là par deuxièmes couteaux type Raffarin. Et sans parler non plus d’une possible défection d’un poids lourd du gouvernement. On pense bien sûr à Fillon, qui pourrait songer à se mettre fissa en orbite pré-élyséenne, mais Borloo pourrait avoir le même type de tentation, pas du tout de Venise…

À toutes ces dissidences présentes ou futures, prévisibles ou inattendues, viendra donc s’ajouter la petite musique de l’ex-premier ministre. Il est encore trop tôt pour dire de quoi elle sera faite. Mais d’ores et déjà on sait de quel modèle tactique “dedans-dehors” Alain Juppé pourra s’inspirer pour transformer sa dissidence en blitzkrieg : celui qui il y a cinq ans à si bien réussi à un certain Nicolas Sarkozy.

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  • 24 January 2010 à 9h19

    Le libéralisme pour les débutants dit

    Le principale problème a droite, ce n’est pas Sarkozy, c’est plus généralement l’étatisme.

    Il n’y a plus de courant libéral qui est pourtant une vraie attente des Français.. Moins de règlementations à la con, moins de taxes, d’impôts, de fonctionnaires, de contrôles inutiles, d’interventions bruyantes…

    Et il est peu probable que les hommes que vous citez vont changer quelque chose…

  • 22 January 2010 à 11h03

    rackam dit

    Alpin,
    onze ans, c’est plus qu’une part…
    Merci pour le lien Dumont.

  • 22 January 2010 à 10h54

    eclair dit

    bvb09 tout à fait d’accord avec vous le fait de montrer du doigt ces errements du capitalisme permet de les corriger en partie. Le chemin sera encore long mais cela n’est pas impossible de rendre la societé plus humaine.

  • 22 January 2010 à 10h51

    Alpin dit

  • 22 January 2010 à 10h48

    Alpin dit

    @rackam,

    Ne seriez vous pas d’éducation jésuite pour une part?

    Ils furent des pédagogues de qualité et d’innovation.
    En leur imputant un part dans le brouet néo-stalinien chinois,j’entendais
    cela par le biais de la médiation léniniste,Lénine étant très fasciné par
    l’Ordre .
    Voir à ce propos les analyses d’A Besançon.

    Pour ce qui est un lien plus direct je penserai aux “réductions” du
    Paraguay,qui avec une efficacité et une intelligence qui n’a jamais été
    atteinte par le léninisme,participe à l’archéologie de la tentation totalitaire,tentation qui
    au cours du XX° siècle est hélas devenu un “bien”(mal) public international.

    A cet égard je fais référence implicitement à un auteur que j’admire et
    qui m’inspire parmi d’autres :Louis Dumont dont les “Essais sur l’individualisme”sont remarquables à cet égard.

  • 22 January 2010 à 10h38

    bvb09 dit

    @ eclair
    ce que j´aime avec le capitalisme c´est qu´il s´adapte.
    le capitalisme a remarqué que des gens pensaient comme vous.
    Le commerce équitable était né.
    Depuis que Nike s´est vu reprocher de ne pas être regardant quant à l´âge de la main d´oeuvre enployée dans les usines de ses sous-traitants ils font attention à ce problème.
    Idem pour la grande distribution qui contrôle ses sources.
    Il y a des contre-pouvoirs au pays du capitalisme.

  • 22 January 2010 à 10h32

    Kacyj dit

    “Dans aucun pays démocratique au monde, on ne s’attaque aux cours suprêmes. Le Conseil constitutionnel fait son travail.”

    Pourriez vous me citer quelques pays au monde (pour les rares qui en disposent), à part la France, où les membres de la cour suprême sont d’anciens responsables politiques. Si l’on veut un conseil constitutionnel inattaquable, celui-ci ne doit pas être dirigé par le larbin de l’ancien président république, qui n’a pas laissé des marques indélébiles d’intelligence au temps où il occupait des responsabilités politiques.

    Fernando,

    “Imaginez une abstention de 60 voire 80%… voilà qui fermerait le caquet de tous ces politicards; ils n’auraient plus aucune légitimité.”

    Imaginez ce résultat au second tour de 2002. Et bien, Le pen est élu, il prend légalement le pouvoir, devient dictateur, Causeur ne voit jamais le jour, et nous ne serions pas en train de discuter aujourd’hui.

  • 22 January 2010 à 10h31

    rackam dit

    Alpin,
    va pour le comté fruitière.
    Mais votre insinuation anti-jésuite me chiffonne.
    Vous croyez qu’il reste à ce point des traces de leur passage dans la civilisation chinoise d’aujourd’hui? Et que, si c’est le cas, ce sont les “pires” traits qui demeurent?

  • 22 January 2010 à 10h24

    Alpin dit

    @rackam,

    Bien le bonjour,

    Alors tout va bien,mais voyez vous je préfère le meilleur comté fermier
    à ce grand fromage Suisse(normal ,parti pris de Jurassien).

    Mais c’est excellent quand même!

  • 22 January 2010 à 10h20

    Alpin dit

    @Nadia,

    Bien le bonjour,

    Oui vous avez raison,la dimension orwellienne de ce pays et de la mentalité de ses élites dirigeantes est flagrante.

    Ne pensez vous pas que la mauvaise foi,le déni de réel,l’hypocrisie,
    appuyés par des moyens et des “arguments” terroristes,sont le pain
    quotidien de la sophistique de parti qui sert au pouvoir,là bas?

    Un style et une mentalité qui semblent avoir fusionné le pire de la
    tradition jésuite et la chinoise classique avec l’inversion des noms et des choses de l’univers stalinien?Un métissage comme un autre mais sur le versant noir de la force.

    Il faut aussi considérer l’Etat de droit comme essentiel à terme pour
    l’efficacité économique et la simple justice(sum cuicum tributere),
    contrairement à ce qu’une fascination trop hative pourrait nous laisser
    penser.

    Ce qu’une minorité de la “nomenklatura” a compris là bas.

  • 22 January 2010 à 10h11

    rackam dit

    Alpin,
    bonjour,
    elle est étourdissante! Mais son pseudo est seulement “souris donc”.
    Elle répond aussi quand on l’appelle Minnie Mouse. Ses moustaches en frétillent comme devant un Appenzell…

  • 22 January 2010 à 10h07

    Alpin dit

    @Souris donc dis,

    Bonjour,

    Acceptez mes excuses pour l’inversion des composants de votre pseudonyme,il s’agit d’une étourderie de ma part(tout à fait involontaire).

  • 22 January 2010 à 9h46

    eclair dit

    imaginons 80% d’abstentions cela sera pas mal pour la simple raison qu’ainsi ils ne se feraient pas rembourser leurs frais de campagne vu qu’il faut au moins 5% des votes exprimés.

    Après si l’abstention augmenterait ils toucheraient moins de subventions de l’état vu qu’ils touchent pour chaque voix de l’argent chaque année.

  • 22 January 2010 à 9h38

    eclair dit

    jerome c’est beau d’être esclavagiste dans l’âme ?
    TU te sens humaniste en cautionnant le fait d’exploiter des personnnes ? Prenons les baskets elles sont fabriqués pour à peine quelques dollars revendus en europe dans les 80-100 euros, il y a de la marge non? Et tu crois que quand tu les vois solder à 60 80% il y a pas une grosse marge qui est faire derrière?
    Il suffirait de diminuer ces marges et de les payer plus décemment.

    Donc tu as le même discours que les esclavagistes pour la trraite des noirs.
    Le même discours colonialiste qu’avait certains au temps des colonies.

    Pour ton information jusque dans les années 70 il y avait un paquet de petites sociétés innovantes, résultat de nos jours elles se sont toutes fait rachetés par des grands groupes et tout à été liquidé.

    Et pour toi c’est quoi être de gauche et c’est quoi être de droite? L’argument fatal tu est de gauche donc forcement contre le capitalisme et tout ce qu’il y acomme dérive dans le capitalisme.

  • 22 January 2010 à 8h50

    Jerome dit

    @Blackjack
    “@ Jérôme, je vous souhaite de ne pas voir votre job partir pour la Chine ou l Inde. Peut être qu’alors vous poserez vous la question des aspect formidables de la mondialisation sous un autre angle.”

    Toujours la meme demagogie franco-francaise. Bizarre comme on entend ce discours essentiellement en France et peu ailleurs. On se demande comment ils font dans les autres pays. Et bien ils font ce que la France ne fait pas ou peu: ils sont competitifs, ils innovent, ils creent de la valeur ajoutee, et ils ont moins de chomage malgre cette fuite imaginaire d’emplois vers la Chine ou l’Inde.
    J’adore aussi le merveilleux humanisme de tous ces gens, pres a laisser crever les Chinois et les Indiens ou d’autres pour proteger leurs petits zakisossios. C’est beau la gauche.

  • 22 January 2010 à 7h53

    Azim dit

    Contrairement à ce que certains voudrait “Sarko uber alles”, il faudra bien plusieurs candidats de droite en 2012 car il n’est pas sûr que Sarko ait le vent en poupe malgré le matraquage médiatico-politique dont nous allons être tributaire.

  • 22 January 2010 à 6h01

    K.Rignan dit

    En passant, quelques réflexions et apartés:

    - sur Juppé: un type de droite qui mise sur une fin accélérée du sarkozysme ; il ne doit pas manquer d’éléments d’analyse!

    - sur le poujadisme, simple rappel: le 2 janvier 1956 furent élus une cinquantaine de poujadistes (dont un dénommé Le Pen); leur campagne se limitait à “sortez les sortants”…

    - sur la démocratie: par trop devenue formelle! Même le vote (surtout s’il doit être trahi par les élus) ne saurait suffire! Mais ce sujet mériterait un autre traitement…

    - sur le vote blanc (tiens, cela revient sur plusieurs fils…): toutes les initiatives parlementaires visant à le prendre en compte ont avorté. Pourquoi?… C’est vrai que + de 50% de votes blancs signifierait quelque chose, mais je crains qu’un tel résultat serait trés vite commenté.. suffit d’avoir en mémoire l’avant 20 heures un soir d’élection où la question des abstentions est évacuée avec les mêmes trémolos à droite, à gauche et chez les médiatologues attitrés…
    Sinon on peut imaginer une variante au vote blanc: voter pour une figure dont la probité est reconnue: Jaurès, par exemple… Mais on m’a dit que c’était un vote “nul”! Jaurès, nul!