Juppé: le pire d’entre nous? | Causeur

Juppé: le pire d’entre nous?

Notre numéro de juin est sorti

Auteur

Daoud Boughezala

Daoud Boughezala
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 01 juin 2016 / Culture Politique

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Alain Juppé est arrivé sans se presser au sommet des sondages de la primaire de la droite. Intronisé « moins pire d’entre eux » à l’automne 2014 par Les Inrocks, l’ancien pestiféré de la chiraquie « coche toute les cases pour plaire aux médias », selon l’expression d’Elisabeth Lévy. Un tel engouement après des années de purgatoire ne pouvait qu’interloquer Causeur, dont la « une » flirte avec le blasphème : « Le pire d’entre nous ? » Pour notre chère directrice de la rédaction, Juppé n’est bien évidemment pas le pire avenir qui nous attend, mais la coqueluche d’un grand courant sociétaliste dont on imagine vaguement la future politique : « beaucoup d’Europe, une bonne dose de libéralisme (dont, à tort ou à raison, les Français ne veulent pas) et  un discours intraitable sur le déficit budgétaire ». Si une grande majorité de notre rédaction s’afflige de son élection annoncée, ce n’est pas seulement par goût des surprises ou agacement vis-à-vis du candidat des médias (Barre, Balladur, DSK) que les Français renvoient rituellement à ses chères études.

« Juppé au pouvoir ce pourrait bien être Berlin plus que Bordeaux »

Pour la plupart de nos contributeurs de droite comme de gauche, tantôt « Juppé au pouvoir ce pourrait bien être Berlin plus que Bordeaux », tantôt il incarnerait « dans son souci de complaire à la gauche, son pire travers : son refus frénétique de voir le réel et sa manie de le repeindre en rose multi-culti avec l’espoir que les mots “vivre-ensemble” créeront la chose », résume Elisabeth Lévy. À force de s’aligner sur les positions de la gauche sociétaliste, Juppé a fini par la séduire, ainsi que nous l’explique Marc Cohen. Antisarkozysme et antilepénisme viscéraux sont les deux mamelles de tout chiraquien cherchant à rentrer dans le rang, que le chouchou des sondages conjugue à un discours « anti-islamophobe » fort populaire parmi la « salafosphère » tout en jouant sur la fibre pro-LGBT après avoir divorcé de la manif pour tous.

Ce salmigondis, couplé à une passion déraisonnable pour l’art contemporain dans sa bonne ville de Bordeaux, n’enthousiasme pas Denis Tillinac. À la « droite tocquevillienne » façon Juppé, l’écrivain d’Auriac préfère une droite enracinée dans la France profonde, à la fois catholique et modérément républicaine qui porterait L’âme de la France, confie-t-il au creux de l’oreille de Gérald Andrieu et Elisabeth Lévy.

Ni oubli ni pardon, renchérit Maître Régis de Castelnau, nous rappelant la « morgue tranquille » d’un repris de justesse qui – contrairement à une légende tenace – n’a pas payé pour un autre dans l’affaire des HLM de la Ville de Paris.

En grand sage de Causeur, Luc Rosenzweig retrace l’itinéraire d’un enfant de Chirac pas toujours gâté par l’opinion, tant s’en faut. Après des années de vaches maigres, Juppé revient avec une équipe resserrée et n’est pas content !

In fine, seuls Jérôme Leroy et Hervé Algalarrondo se réjouissent de la bonne fortune sondagière de l’ex-Premier ministre de Chirac. Maintenant que la gauche de gouvernement a trahi toutes ses promesses, notre bolchévique de rédacteur en chef culture voit dans Juppé un possible recours anti-Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Qui plus est, l’élection d’un président un tant soit peu solennel redonnerait un peu de lustre à une Ve République abîmée par les quinquennats Hollande et Sarkozy. Quant à Hervé Algalarrondo, social-démocrate assumé de la rédaction, il défend une grande coalition sous commandement juppéiste qui nous ferait définitivement entrer dans le cercle de la raison.

Affaire Baupin, Laurent Fabius, Jeremy Stubbs…

« Le pénis au pénal ! » vocifèrent les chaisières échaudées par l’affaire Baupin. Jamais à court de bons mots, notre amie Anne-Marie Le Pourhiet nous raconte son expérience d’universitaire harcelée deux fois en quarante ans, sans que les juges n’en aient été informés. L’alcôve ne devrait pas conduire au tribunal, assure le professeur de droit. Toujours dans l’arène politique, Luc Rosenzweig dresse un réquisitoire argumenté contre Laurent Fabius, dont le bilan au Quai d’Orsay n’égale pas la hauteur de l’ego. Celui qui se rêvait prix Nobel de la Paix « s’est mis en tête de faire plier Israël dans l’interminable conflit israélo-palestinien » sans que la situation au Proche-Orient n’avance d’un pouce, ni que sa « diplomatie économique » ne produise les miracles annoncés.  Enfin, pour clore cette partie actualité, Jeremy Stubbs analyse les ressorts de l’antisémitisme britannique, qui éclot de plus belle au sein du parti travailliste.  

Voilà une transition toute trouvée pour amener notre dernier grand entretien. Ulcérés par Ils sont partout, le film de science-fiction dans lequel tous les antisémites sont blancs, européens de souche et nostalgiques des années 1940, Elisabeth Lévy et Cyril Bennasar ont soumis à la question son réalisateur Yvan Attal. En résulte une interview sans tabous au cours de laquelle l’acteur-réalisateur ne ménage personne, même pas lui-même, et finit par appeler un chat un chat.

Non sans passer par l’expo Araki au musée Guimet, le lecteur solitaire parcourra les romans qu’ont inspirés Apollinaire et Drieu la Rochelle, ici célébrés par Jérôme Leroy, puis méditeront les leçons de cinéphilie de Michel Mourlet.

Avec Alain Finkielkraut, Basile de Koch, Jean-Paul Lilienfeld, L’ouvreuse et notre nouveau chroniqueur cinéma Olivier Prévôt, la distribution vaut bien le casting d’un péplum !

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 5 Juin 2016 à 9h40

      salaison dit

      et c’est ainsi que les élections passent, sans apporter de changements !….. (ou alors en pire!)

    • 5 Juin 2016 à 7h14

      salaison dit

      hum…… peut être (sans aucun doute d’ailleurs) : “La voix de son maître”?….
      normal : il sait qu’il doit mentir pour réussir

    • 4 Juin 2016 à 17h00

      Jacques des Ecrins dit

      Crâne d’œuf mais coquille vide…

      Qui, Premier Ministre, a accepté de mettre en œuvre -sans scrupules ni états d’âmes- le reniement systématique des principaux engagements électoraux ayant permis à Chirac d’être élu !

      On me dira qu’il l’a payé, politiquement et judiciairement. Mais dans les deux cas cela était parfaitement justifié.

      Pour résumer : un homme sans autres convictions que celles de sa caste.

      • 6 Juin 2016 à 10h52

        C. Canse dit

        Juppé, le mauvais casting.

    • 4 Juin 2016 à 13h36

      meylanville dit

      Si Dieu existe, et je crois que oui, qu’il nous préserve de Juppé .
      Sortir de Hollande pour tomber dans Juppé, qu’avons nous fait pour mériter cela ?

      • 5 Juin 2016 à 7h15

        salaison dit

        …..that is the (good) question !

    • 4 Juin 2016 à 13h33

      meylanville dit

      Pour moi, Yvan Attal fait partie de ces personnes qui n’ont qu’un seul sujet de prédilection, toujours le même, et ça commence à me saouler .
      Ressasser en permanence le même sujet, c’est son truc, et il est bien évident que je n’irai pas voir ce film, quelles qu’en soient les raisons .
      N’est-ce pas ce genre de personnage qui amplifie un phénomène qui sans lui resterait marginal ? Mais c’est plus fort que lui : il faut tout ramener à leur obsession .
      Je n’embête personne avec mes origines ; qu’il fasse de même et nous vivrons en paix .

    • 2 Juin 2016 à 20h31

      mordor dit

      Et cerise sur le gâteau, en politique étrangère Hollande est à quatre pattes devant Merkel et Obama, Juppé lui, sera à plat ventre.

    • 2 Juin 2016 à 18h31

      Guenièvre dit

      @ Mogul , 2 Juin 2016 à 12h30

      Bonsoir Mogul et merci à vous !
      En accord avec tout ce que vous avez dit sur le sujet ! et sur bien d’autres …:-)

    • 2 Juin 2016 à 18h27

      Guenièvre dit

      @ Warboi,
      Je ne place pas du tout ma “défense d’Elisabeth Lévy “sur le plan affectif. Elle ne m’a “déçue” en rien pour reprendre vos arguments en ce qui la concerne. Je ne la connais que par ce que je lis d’elle ici et je ne l’ai jamais vue dans ” la bande à Ruquier”.
      Ce qui m’interpelle véritablement dans vos interventions c’est cette volonté de mettre les gens dans des cases .
      Ainsi critiquer l’Europe telle qu’elle fonctionne actuellement , ne pas se satisfaire de la montée des communautarismes, s’inquiéter de la prolifération des islamistes, s’interroger sur la place de l’islam en France et regretter une assimilation républicaine qui a fait ses preuves c’est “faire le jeu du FN” quand ce n’est pas tout simplement appartenir au FN.
      Ah !” faire le jeu de,” l’argument privilégié pour ne pas avoir à regarder la réalité en face . L’argument fatal qui a permis pendant des années d’occulter les crimes communistes parce qu’en les dénonçant on “faisait le jeu des capitalistes” ! Et vice versa d’ailleurs ! Combien de dictatures sanglantes se sont installées parce que l’on a agité l’épouvantail communiste.
      Je n’ai aucune sympathie pour le FN. J’ai dit maintes fois ici que leurs “solutions” étaient irréalistes et dangereuses et j’ai expliqué pourquoi je pensais ainsi.
      Pour les gens qui ont longtemps voté à gauche, qui ont été proches de Chevènement comme c’est le cas d’E.Lévy ( et le mien) , il n’y a pas aujourd’hui d’offre politique et cela vous n’avez pas l’air de le comprendre . Vous préférez continuer à remplir vos cases…
      Cette volonté d’ assimiler tous ces gens, orphelins politiques, à l’extrême-droite y compris en affirmant sans l’ombre d’une preuve par exemple, je prends au hasard ” que Bouvet qui est un universitaire médiocre voudrait voir la gauche parler comme le FN et ça plait beaucoup à E.Lévy, ce qui ne me surprend guère”, est vraiment désolant !

      • 2 Juin 2016 à 19h38

        expz dit

        Mais alors,quelle différence voyez-vous entre  chevènement et un Philippot ex-chevènementiste reconverti qui inspire le programme fn d’aujourd’hui?

        • 2 Juin 2016 à 19h47

          Guenièvre dit

          De nombreuse petites nuances comme celle-ci par exemple :

          ” Il ne fallait pas monter dans l’avion de l ‘euro …Maintenant, l’avion a décollé, je ne propose pas de sauter par le hublot sans parachute ” J.Pierre Chevènement

          “Si nous arrivons au pouvoir, il est certain qu’au bout de six mois maximum la France aura une monnaie nationale” Florian Phillipot

        • 2 Juin 2016 à 20h16

          expz dit

          Effectivement,le scénario de Philippot est d’une naïveté confondante.Pour ma part j’avais voté contre l’entrée en 09/1992,mais maintenant que nous y sommes,nous devons faire avec.Inutile de ressasser le passé.
          Ceci dit il existe beaucoup de similitudes avec le programme fn.
          Que chevènement est un authentique Républicain,intègre au caractère affermi c’est incontestable.Son refus de la reconquête Koweïtienne est louable,même si je ne suis pas totalement convaincu…
          Reste -pour moi-l’homme des nationalisations et de la politique économique(ceres: aile Marxiste du Ps de l’époque) de Mai 81 avec ses conséquences funestes. 

        • 2 Juin 2016 à 21h05

          Guenièvre dit

          @ expz,

          A l’époque Chevènement ne me satisfaisait pas à cent pour cent. On trouve rarement le candidat idéal . Cependant , ses analyses de la situation, notamment celles qui concernaient l’E.N étaient justes. Mais c’était en 2002, il y a 14 ans ! Depuis la situation s’est encore délitée et les solutions ne peuvent plus être les mêmes. Inscrire dans un programme ( comme je l’ai vu dans celui du FN ) ” Rétablir l’autorité ” est d’une naïveté confondante pour ne pas dire plus. On ne peut pas rétablir l’autorité d’un coup de baguette magique lorsque l’Institution qui en était la garante a été à ce point délégitimée : on instaure un régime autoritaire et coercitif .

        • 3 Juin 2016 à 8h13

          expz dit

          Totalement d’accord avec vous,mais je pense que le rôle des parents ,et leur intrusion (dont on peut résumer le discours:”et Moi?Et Moi,mon enfant d’abord,les autres après…”)dans l ‘E.N sont la raison centrale.Les politiques-démagogues- adoptent des programmes Pédagos pour satisfaire un électorat “bisounours”,évitant soigneusement d’expliquer que l’on n’apprend pas sans effort.

      • 3 Juin 2016 à 0h17

        Warboi dit

        Et bien voyez-vous Guenièvre, moi je n’ai jamais été chevènementiste ni à gauche. Je n’ai jamais viré ma cutie. A droite je suis, à droite je reste et cela me préserve je crois de toutes les fascinations mortifères, parce qu’on ne me verra jamais aux extrêmes.
        Mais on peut très bien et c’est sain “critiquer l’Europe telle qu’elle fonctionne actuellement , ne pas se satisfaire de la montée des communautarismes, s’inquiéter de la prolifération des islamistes, s’interroger sur la place de l’islam en France et regretter une assimilation républicaine qui a fait ses preuves”… sans faire le jeu du FN. J’approuve et ne m’en prive pas.
        Je suis vraiment désolé pour vous qui ne trouvez pas d’offre politique. Vraiment. Moi j’en trouve, et pas forcément dans “mon camp” stricto sensu. Elargissez le vôtre, après tout vous êtes adepte du grand écart si j’ai bien compris.

        • 3 Juin 2016 à 10h29

          Guenièvre dit

          “Je n’ai jamais viré ma cutie.”
          “après tout vous êtes adepte du grand écart si j’ai bien compris”

          Non,manifestement vous n’avez rien compris du tout !

    • 2 Juin 2016 à 16h38

      politshouk dit

      La France patauge..
      Si elle doit choisir entre un chiraquien, qui ressemble plus a un représentant de commerce qu’a un président, ou Marine qui fait peur pour sortir de l’étang a barbotage, Marine serait un premier pas bien plus sure.
      Une foi sorti de ces sables mouvants faudra penser sérieusement a l’avenir.