Jour tranquille à Sarcelles

Le tour du monde en 80 secondes

Publié le 30 juin 2010 à 17:00 dans Société

Sarcelles

Photo Flickr /nath&black

Le vendredi, je déjeune à Sarcelles chez mes parents. C’est jour de marché.

Le marché de Sarcelles, avant, c’était un must. On y venait même des beaux quartiers de Paris pour y dénicher vêtements ou accessoires de marques à petit prix. Puis les choses ont changé. Tout est encore très bon marché mais très bas de gamme. À l’image de la ville.

Vendredi 18 juin, Gare du Nord donc, première étape.

La gare du Nord c’est la plus moche, la plus sinistre des gares parisiennes. Quand j’étais jeune, je la détestais tellement qu’au Monopoly, je refusais de l’acheter. Et ce n’est pas l’arrivée de l’Eurostar qui l’a embellie. Au contraire, maintenant qu’elle est dotée de son terminal bilingue et chicos grouillant d’hommes d’affaires pressés, on dirait que le fossé entre les mondes qui s’ignorent est encore plus grand: les banlieusards du neuf-cinq et  les bobos french ou english. D’ailleurs, pendant les émeutes de mars 2007, le seul événement nouveau dans cette gare fut la peur des voyageurs/Eurostar face à la violence, gorgone surgissant devant eux “en vrai”.

Garges-Sarcelles ou la Paris-Bamako

Dali s’est  trompé : le centre du monde, ce n’est pas la gare de Perpignan, mais la gare du Nord. Elle est le carrefour de toutes les  ethnies, de tous les dieux et de tous les esprits ramenés  d’ailleurs lointains, qui se baladent dans les couloirs. Ce Sikh enturbanné qui tire une lourde caisse, cette vieille mendiante enveloppée dans son safsari sans couleur, faut être aveugle pour ne pas voir qu’ils s’entretiennent en douce avec leurs divinités persos. 

Escalator direction RER D, Garges-Sarcelles. (On surnomme cette ligne  la Paris-Bamako.) Le train arrive. Montent des femmes africaines avec caddies vide et landaus pleins. C’est le train des femmes qui vont au marché entre copines. Je m’installe. À coté de moi, des jeunes ados arabes parlent forts et se contorsionnent pour s’échanger leurs oreillettes d’Ipod sans même se soucier de se retrouver couchés sur moi, qui essaie de lire le journal. Je leur fais remarquer que j’existe. S’en foutent. Excuses ricanantes. Tirade de l’un sur les Bleus. “Un bouffon ce Domenech, qu’il se casse ce connard”.

La veille, les Français se sont fait écraser par les Mexicains. “Lamentable”, titre mon Parisien. Mais ce soir  c’est le grand soir pour mes voisins de RER : Algérie-Angleterre. J’entends qu’ils se réuniront chez un certain Brahim, à Villiers le Bel. Les joueurs de foot, dieux du stade ? Chacun ses mythes… Je profite de l’arrêt Saint-Denis-Stade de France pour changer de rame. Je veux pouvoir lire l’article sur les héros de l’Ile de Sein, ces gens qui ont répondu à l’appel du Général en 40.

Aujourd’hui, c’est le 70ème anniversaire de l’Appel. Encore un  autre esprit qui rôde.

Je me reproche de ne pas avoir parlé avec les jeunes tout à l’heure, glissé du foot à de Gaulle, histoire de leur faire un cours express. Parlé avec eux du courage et de la liberté. C’est un toc chez moi,  je ne peux pas m’en empêcher. Quinze ans d’enseignement dans des établissements “durs”, ça laisse des automatismes. Mais bon. Trop chaud, là, j’ai la flemme.

Impossible de lire mon article : encore plus de bruit et  de portables dans cette rame…comme je plaisante toujours : je n’ai jamais réussi à lire une ligne sur cette ligne. Ca ne change pas.

Arrivée à Garges-Sarcelles, Cohue au portillon, la politesse et le respect du prochain, connaît pas, on se bouscule à tout va. Dès la sortie, je me  retrouve en plein marché. 

Je m’arrête devant une échoppe de sous-vêtements féminins. Un groupe de très  jeunes femmes voilées avec poussettes fouillent dans un tas de strings et de soutiens gorge super sexy. J’essaie de les imaginer dénudées et provocantes sous leur voile. Qu’en pense leur dieu ? J’avance. Population maghrébine, chaldéenne, indonésienne, noire. Beaucoup plus de Noirs qu’avant, de mon temps.

Un stand de drapeaux. Un homme rend celui qu’il tient en hurlant. “Je t’ai demandé le drapeau algérien, celui-là c’est le Pakistan !” Je continue.

Pas de discussion politique l’après-midi

Une blonde décolorée, étoile de David au cou, prend à témoin le vendeur d’épices : “Vous avez vu ce culot ! Elle bloque tout, celle-là, avec sa tirette et elle s’en fout !” La coupable est arabe, comme le témoin. Il y a encore possibilité d’engueulades futiles, je me dis. Les dieux sont parfois encore complices. Il fait beau. Je reconnais chaque senteur, ce sont les miennes. Ici, les fruits et légumes sont magnifiques. Comme toujours. Ici c’est chez moi même si je m’y sens aussi étrangère. Comme à Tunis, quand j’y retourne. Même histoire.

Stand de CD. Musique raï à fond. Ça aussi, ça a changé. 

La foule est trop dense. Impossible d’avancer entre caddies et landaus. Je choisis de longer le trottoir. Je lève les yeux vers les immeubles.  Mon regard s’ennuie de cette architecture à angle droit sans courbe ni surprise. Ça, ça ne change pas. J’arrive enfin aux Flanades, je salue les copains de mon père, ceux qui sont restés, comme lui et qui  devisent comme chaque jour dans leur café habituel. Chez mes parents, les deux voisines/copines de ma mère sont là : L’une a apporté les halotes (pains maison) pour shabbat, l’autre prend un plat de méchouia, cadeau de ma mère. Pas de discussion politique aujourd’hui, jamais le vendredi. Elles sont vieilles, elles osent encore les bagarres entre elles certains après-midi. À la différence des nouvelles générations qui n’ont plus les mots mais la violence des corps.

Et si les dieux se décidaient enfin à se parler et nous laissaient un peu tranquilles ?

Ça sent bon, j’ai faim.

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  • 4 July 2010 à 16h31

    l’oiseau bleu dit

    @ au fils de l’étoile

    le vous suis

  • 4 July 2010 à 12h57

    Bakorbakh dit

    Sarcelles, c est 95 % d africains, d’ arabes et de turcs.
    Pour les 5% restant, ceux sont les pauvres juifs et francais de souche qui n ‘ ont malheureusement pour eux pas les moyens financiers d ‘aller vivre ailleur !
    La situation de la banlieu aujoud hui, c est la situation dans laquelle c etait retrouve la france lorsque les derniers soldats francais durent traverser la manche en 1940, livrant le peuple au joug nazis !
    Les banlieusards ont definitivement ete abandonnes par les pouvoirs publiques et les gens qui restent dans ces quartiers sont devenus comme les juifs du Yemen aujoud hui, une peuple qui vit dans un ghetto de plus en plus etroit entoure de meutes hostiles !!!
    Le “pays des droits de lhomme” est plutot percu aujourd ‘hui par les pays d afrique et du magreb comme le pays des allocations chomages et des allocations familiales, l immigration est devenue pecuniere bien que le pays soit au portes de la faillite !

    Il y a vraiment de quoi pleurer quand on voit ce que la france est devenue.

    Tous les deputes et ministres devraient avoir obligation de VIVRE A SARCELLES, cela serait le meilleur moyen pour qu enfin, le PILLAGE DE LA FRANCE s’arrete enfin !!!

  • 4 July 2010 à 12h22

    livia dit

    @ L’oiseau bleu

    Je parlais pour moi hélas, vous etes hors de cause, vos post me font penser( et d’autres aussi ) à une partie de la culture dont j’ai hérité, un humour moqueur, critique et qui adore grossir les travers de chacun sur un mode très imagé, mais cet humour est très largement de “L’AUTO-DERISION”
    Oui je sais, c’est spécial mais c’est son charme.

  • 4 July 2010 à 12h18

    l’oiseau bleu dit

    @ Souris donc

    Mais la colonisation française n’a pas eu que des effets négatifs
    Les pays du maghreb devenus indépendants ont trouvé des infrastructures en ordre de marche.
    Et l’État a fonctionné du jour au lendemain.

    L’évolution iultérieure de ces pays vers telle ou telle forme de gouvernement ne nous regarde plus en tant que français
    À noter que dans ces pays on continue à parler le français malgré toutes les tentatives d’arabisation.

    Je ne discute pas de la couleur des occupants du bus – nous devrions être tous égaux -, mais je reste préoccupé par le refus pour une grande majorité des nouveaux arrivants de devenir français.
    La mésaventure de l’équipe de France de football en est un exemple parfait.
    Et il semble que le phénomène soit européen.
    J’ai pu constater que les joueurs allemands issus de l’immigartion ne chantaient pas eux non plus ce qui devrait être leur hymne national

  • 4 July 2010 à 11h59

    expat dit

    je me gave de BrietbartTv en ce moment (ensuite c’est ranger les placards;-<)

  • 4 July 2010 à 11h54

    Souris donc dit

    L’oiseau bleu est minorité visible dans son bus.
    Il se croit aux temps des colonies et il a raison : immigration de peuplement = colonisation.
    A mon avis son interlocuteur n’était pas le Dr Livingstone, l’oiseau bleu s’en est aperçu quand on lui a répondu en biélorusse.

    L’oiseau bleu est une espèce menacée.

  • 4 July 2010 à 11h48

    l’oiseau bleu dit

    #@ livia

    Mais je ne l’ai pas perdu. Seulement il m’arrive d’avoir des ratés au niveau des synapses….

    @ expat

    Leucoderme : épithète dont les jeunes issus de la diversité affublent les blancs. D’autres disent ” face de craie ”

    Bamako : cela parle tout seul.

    Par exemple Montreuil sur Seine est également désignée sous le nom de Bamako sur Seine

    Mais bien entendu : ” tout ça ça fait d’excellents français,d’excellents français,etc..

    http://www.youtube.com/watch?v=YaWDW_XIG7k

    Bonne fête nationale, et racontez-nous les ” tea parties” et Glenn Beck

  • 4 July 2010 à 11h36

    livia dit

    @ l’oiseau bleu
    On ne devrait JAMAIS perdre le sens de l’humour.

    Mais , Mais……
    Mode d’emploi dans notre quotidien parisien:
    Paris- Est : Mairies: Socialistes ( les autres quartiers , vivent dans un autre contexte)

  • 4 July 2010 à 11h34

    expat dit

    Bon d’accord, faut que je sorte mon harraps – leucoderme ? Barnako ?

  • 4 July 2010 à 10h48

    l’oiseau bleu dit

    Of course not Friday !

  • 4 July 2010 à 10h28

    rackam dit

    Wazoble,
    et il vous a répondu:
    “No sir, my name is Friday”

  • 4 July 2010 à 10h25

    l’oiseau bleu dit

    L’autre jour je me trouvais dans un bus Bamako.
    Au fond du bus apercevant un leucoderme je m’avance vers lui et lui demande :
    ” Docteur Livingstone I presume ? “