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José Benazeraf est mort

Le majordome bien monté et la veuve lubrique sont en deuil

Publié le 15 décembre 2012 à 14:30 dans Culture

Mots-clés :

jose benazeraf

“Les films de Benazeraf charrient des pierres et des diamants” disait Henri Langlois.

C’est peu dire que la disparition il y a une dizaine de jours du cinéaste José Benazeraf est passée à peu près inaperçue. Difficile d’imaginer, on en conviendra, les chaînes de télévision diffuser en guise d’hommage La veuve lubrique ou Le majordome est bien monté, mais quelques papiers rappelant la singularité de sa carrière et la puissance des premières œuvres du cinéaste auraient été bienvenus. Car voyez-vous, ma bonne dame, Benazeraf ne fut pas seulement un « vulgaire » pornocrate (ce qui, après tout, n’est pas plus méprisable que publicitaire ou chef d’un quelconque parti politique) mais un auteur inspiré et bouillonnant, exprimant à travers l’érotisme une volonté révolutionnaire de briser tous les freins sociaux et de faire voler en éclats tout ce qui mutile la liberté de l’individu.

Né en 1922 à Casablanca, Benazeraf sort diplômé de Sciences Po, débarque dans le milieu du cinéma grâce à sa fortune familiale et par le biais de la production (Les lavandières du Portugal de Pierre Gaspard-Huit), fait une apparition dans À bout de souffle de Godard et débute derrière la caméra au début des années 60 avec L’éternité pour nous (aussi connu sous le titre du Cri de la chair).
Dans la lignée des films de la Nouvelle Vague, Benazeraf enchaîne les tournages rapides pour de petits budgets (son cinéma s’inscrit dans une économie de séries B) et pimente ses polars violents ou ses mélos existentialistes de scènes de plus en plus osées à mesure que les mœurs se relâchent.
À ce titre, certains associent systématiquement son nom à celui de Max Pécas : débuts à la même époque, évolution progressive d’un cinéma dit « sexy » (dont ils furent, en quelque sorte, les pionniers) vers un érotisme plus explicite et qui finira par le passage au porno hard.
La comparaison s’arrête là : autant Pécas est un cinéaste sans envergure et plutôt moralisateur, manifestant peu de goût pour les plaisirs de la chair (il abandonnera très vite le X pour revenir aux comédies de plage franchouillardes qui ont fait sa renommée), autant Benazeraf est incontrôlable et flamboyant, transformant les conventions du cinéma de genre en authentiques diamants bruts. Avec des films comme Le concerto de la peur (1962), La nuit la plus longue (1964) ou encore L’enfer est sur la plage (1965), Don José fait voler en éclat les stéréotypes du film noir et leste ses œuvres d’un existentialisme poisseux (les petits gangsters qui enlèvent et séquestrent une jolie pépée dans La nuit la plus longue en attendant un homme qui, tel le Godot de Beckett, ne viendra jamais).

Son sens inouï du montage et du découpage transforme des récits de séries B dignes de la littérature de gare en véritables cérémonies érotiques et extatiques. En jouant sur la disjonction entre l’image et le son (la musique a une importance considérable dans l’œuvre de Benazeraf et on n’oubliera pas celle de Chet Baker dans Le concerto de la peur ou La nuit la plus longue), en travaillant la couleur (voir la « messe en rouge et noir » dixit Bory que constitue Le désirable et le sublime) ou la voix off; il transcende la pauvreté de ses scénarios par des mises en scène flamboyantes et étourdissantes.
En 1966, Benazeraf se heurte brutalement à la censure qui réclame une interdiction totale du film Joë Caligula, superbement interprété par l’immense Gérard Blain. Il ne sortira qu’en 1969, après quelques coupes. Plus que la violence de ce polar ou l’érotisme qui imprègne de plus en plus durablement les œuvres du Condottiere, c’est sans doute son anarchisme qui dérange et cette manière de toujours mêler à ses fictions des références à l’actualité politique et sociale du moment. Cet « intellectualisme » (comme Godard, Benazeraf use et abuse de la citation) qui s’exprime de plus en plus dans des œuvres comme Frustration (où l’on retrouve Elizabeh Teissier avant qu’elle ne devienne l’astrologue favorite d’un ancien président de la République, sans doute plus séduit par ses formes plantureuses que par ses prévisions ; du moins, on l’espère !) ou l’hallucinant Le désirable et le sublime où Don José crache rageusement sur tout le cinéma du moment (Godard excepté), sur le pouvoir de Pompidou en citant allègrement Camus, Hegel et Trotsky ; va lui valoir le surnom d’ « Antonioni de Pigalle », l’adulation des habitués du Midi-Minuit et l’opprobre consternée des critiques « officiels ».

À mesure que les mœurs se libéralisent, le cinéma de Benazeraf se fait de plus en plus leste et se met à flirter avec le pornographie (les actes sexuels ne sont plus simulés) au début des années 70. Il est même le premier, avec Black love ou Adolescence pervertie (où Don José mêle aux étreintes les plus torrides des images du congrès de la CGT et de Georges Séguy!) à tourner des séquences hard qui seront ensuite retirées pour l’exploitation, sauf à l’export.
Pornographique ou pas, son cinéma au début des années 70 se distingue par son caractère lyrique, bouillonnant, subversif et volontairement provocateur. Le cinéaste franchit allègrement le pas du hard avec des œuvres comme La veuve lubrique, la soubrette perverse ou un excellent « pot-pourri » de ses films intitulé Anthologie des scènes interdites qui se termine par un quart d’heure de scènes hard issues de La planque 1 et La planque 2.

Sur le même modèle anthologique, le cinéaste concocte JB 1 en 1975 et obtient le prix Extasy remis par un jury de journalistes pour « son caractère délibérément pornographique, subversif, lyrique et en raison des exceptionnelles qualités (…) qui en font le premier chef-d’œuvre authentique d’un genre que les pouvoirs publics voudraient cantonner dans un ghetto ». Il faut dire qu’entre temps, le classement X a été instauré en France, pénalisant de manière très lourde le cinéma porno en le condamnant à la morne routine des salles spécialisées et des budgets de misère.
Vomissant comme toujours les décisions stupides de la censure, Don José renvoie rageusement sa carte de réalisateur au CNC et deviendra dès lors l’un des grands stakhanovistes du hard français, que ce soit en 35mm ou en vidéo.

Je confesse humblement à cet instant mon ignorance de ce vaste continent qu’est la carrière X du cinéaste. Toujours est-il que même les spécialistes (Jean-Pierre Bouyxou, par exemple) semblent sceptiques quant à ces œuvres tournées à la va-vite, par lots de 3 ou 4, dans les mêmes décors, avec les mêmes interprètes et aux titres aussi peu réjouissants que La madone des pipes ou Du foutre plein le cul ! Néanmoins, avec l’aide de l’indispensable Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques de l’excellent Christophe Bier, on pourra s’aventurer dans cette filmographie pour tenter d’y déceler quelques pépites, Benazeraf gardant la réputation de « rallier les colères prolétariennes » en faisant « fréquemment gémir sur le sort des masses exploitées ses actrices-objets » (Noël Godin)!

Toujours actif dans les années 90 où il fit la conversation à la hardeuse batave Zara Whites (Portraits regards de Zara Whites en 1999), José Benazeraf apparaît aujourd’hui comme l’exemple le plus symptomatique du basculement d’un monde à l’autre. S’il représenta un temps ce que la « révolution sexuelle » pouvait avoir de transgressif, d’authentiquement anarchique (la souveraineté des désirs contre l’oppression et les conventions sociales) et de libérateur ; il fut vite récupéré par le marché et l’horreur économique qui firent de l’industrie pornographique une manne financière sinistre, routinière, aseptisée, vidée de tout contenu subversif et parfaitement conforme à l’ordre social en vigueur (on ne s’encanaille désormais plus que dans les limites érigées par le marché).

Avec la disparition de Benazeraf (après celle de Sylvia Kristel et, dans un genre un peu différent, celle de Wakamatsu), c’est un peu de cette utopie des années 60-70 qui semble s’éloigner encore plus.
Retrouvera-t-on, un jour, des cinéastes audacieux et libertins capables de faire rimer érotisme avec transgression et qui sauront réinventer le sexe pour le rendre joyeux, passionné et tout simplement beau ?

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  • 24 Décembre 2012 à 1h15

    Yannick dit

    Franchement, j’ai vu deux films de lui Le concerto de la peur et La nuit la plus longue, et c’est épouvantablement mal joué, raide avec un scénario tenant sur un confetti et avec des acteurs surjouant, lançant des répliques ridicules sur un ton sérieux. Et avec cette tendance bien française de faire bavard au lieu d’installer une ambiance ou de dire des choses autrement que par la parlote. C’est vraiment du mauvais cinéma qui mérité de rester là où il est. Il n’y a même pas un petit charme, simple. Et il n’est guère étonnant qu’il soit tombé encore plus bas après.

  • 18 Décembre 2012 à 14h29

    lespremiereslueurs dit

    Mes films de José Benazeraf préférés: 
    LES PREMIERES LUEURS DE L’AUBE (PLAISIRS PERVERS) 1967. Film allemand.
    BLACK LOVE (1974) 
    LE CONCERTO DE LA PEUR (LA DROGUE DU VICE) 1963
    FRUSTRATION (1971) 
    THE FRENCH LOVE (1972)  

  • 18 Décembre 2012 à 12h41

    lespremiereslueurs dit

    Et Anna les cuisses entrouvertes, oublié !

  • 18 Décembre 2012 à 12h40

    lespremiereslueurs dit

    les pornos mémorables de J.B. 
    La Soubrette
    La Veuve (lubrique)
    Les Deux gouines
    Séquences interdites / Anthologie des scènes… (version sortie dans les cinémas en 1975 – dont le dernier quart d’heure – en noir et blanc – est totalement différent de la version clean pour Canal +)
    La Planque (dont le début est hallucinant de violence, poursuite entre deux voitures, une Mustang et une DS je crois)
    La Bonne auberge (1 des meilleurs avec Les Deux gouines)
    Les Vices cachés de Miss Aubépine
    Bordel SS (qui est encore très diffus au niveau des scènes hard)
    Nicole par-dessus par dessous
    Baisez-moi partout (1 des tb – av. Karine Gambier, Cathy Stewart, Dominique Irissou… où les acteurs jouent réellement)
    Pour moi, ça s’arrête là.
    Cynthia’s Diary et Anatomie d’un meurtre ne sont pas des pornos, et ne comprennent même qu’à peine des scènes érotiques. 
    Parmi les érotiques, The French Love, Le Sexe nu, Adolescence pervertie (qui comprend des scènes hard, selon les versions), Le Bordel.
    Voir Malte et mourir … (sorti sous le titre d’Une garce en chaleur) est plutôt un polar (expérimental).
    Une femme plus une femme (sorti sous le titre Les Lesbiennes) est magnifique, des scènes sont reprises dans le dernier film en 35 mm (et dernier grand film) de J.B. : Cynthia’s Diary, film hermétique (renvoyant à cette phrase de JB : je n’ai  jamais cherché la communication, je me fiche du communiqué).
    Pour la péridode video, je n’en retiens aucun, les trouvant tous mauvais, à l’exception de Contes de la folie dordinaire (qui n’a rien à voir avec C. Bukowski) et de Montage JB, deux films tout à fait différents, plutôt style cinéma underground, reprenant des images d’autres films, qui n’ont jamais été commercialisés, et que j’ai eu la chance de voir.   

  • 17 Décembre 2012 à 17h50

    lespremiereslueurs dit

    “Et j’ai fait CALIGULA. Et pof ! J’en ai pris plein la gueule. Et je me suis dit je ne fais plus de cinéma dans ce pays. Il me fair chier. Je me suis retiré. Je me suis retiré, je suis parti en Amérique. (Long silence). Et pendant deux ans j’ai haï le cinéma. Mais si tu veux à la fin c’était toujours une longue tentative et une série de tentatives pour quitter le cul. Pour finalement aborder la pornographie. C’est comme ça. C’était Easy Way ! C’était la voie facile. Sans avoir de plaisir profond à tourner. Jamais j’ai baisé une fille, une pro du cul, j’ai jamais touché à ça. Je me suis même pas approché. J’ai pris des distances kilométriques. D’abord parce qu’elles avaient très souvent une vulgarité profonde de gestes et d’attitudes, qui faisait que je les trouvais pas bandantes… ”
    José Benazeraf à Herbert P. Mathese (2002) in “José Benazeraf la caméra irréductible” (2007) REPRODUCTION INTERDITE 

  • 17 Décembre 2012 à 17h39

    lespremiereslueurs dit

    “la petite césure” … (J.B., à propos de la mort)

  • 17 Décembre 2012 à 17h19

    lespremiereslueurs dit

    C’est à la télévision aussi de passer cela. Ils ne veulent pas acheter de films ! 

  • 17 Décembre 2012 à 17h18

    lespremiereslueurs dit

    LA FÊTE ESPAGNOLE
    La cinémathèque doit avoir une copie.  

  • 17 Décembre 2012 à 17h14

    lespremiereslueurs dit

    Et FRUSTRATION, qui est un grand film, mais il est sorti il y a six mois en dvd. 

  • 17 Décembre 2012 à 17h13

    lespremiereslueurs dit

    Cher Dr (Orlof), 
    Effectivement, je venais de lire 1 autre papier sur J.B. mentionnant The French Love, d’où le film encore dans mon esprit lorsque je vous ai répondu.
    La particularité de Black Love pour ce qui concerne la scène hard en question (vue au festival de Cannes en 1974), absente des copies du film en exploitation dans les cinémas de Paris au même moment, et plus tard dans 1 vhs,  est que cette scène est particulièrement sombre, improvisée… (Benazeraf en raconte le tournage… tjrs dans mon bouquin !) et contraste totalement avec les scènes hard à venir – suréclairées – (que l’on voie tout !) avec abus de gros plans, ce qui qualifiera le porno pour le porno. Benazeraf n’en était pas encore là. Quelques années avant il partait encore en guerre contre la pornographie ! (eh oui ! le fameux article de Noir et Blanc que je vous ai montré !) … Pour ce qui est de la période vidéo… il y a là-dedans de tout ! Et beaucoup de pire, J.B. était le premier à le reconnaître lors de ces entretiens (figurant dans le livre), il dit de “La Corrida charnelle” que “c’est n’importe quoi”… 
    “Le Majordome est bien monté” est un des plus regardables de cette longue série vidéo (entreprise après le blocage de BRANTÔME 81) le film le plus ambitieux – et le plus cher – de JB, qui n’avait pas trouvé de sortie. (Et qui n’en a tjrs pas trouvé !). “Le Majordome” est une comédie, porno, relativement bien jouée.
    Mais l’oeuvre de Benazeraf à d’autres pépites, d’autres diamants que cette série finale qui tranche radicalement sur les derniers pornos en 35 MM (notamment La Bonne Auberge, tourné en agfacolor, Baisez-moi partout et 1 ou 2 autres, relevant encore du cinéma). 
    Je pense que c’est quand même par ses qlqs chefs-d’oeuvre (sixties, début seventies)  qu’il faudrait faire découvrir Benazeraf ! (ceux qui existent en dvd n’étant  pas forcément les meilleurs – La Drogue du vice, et L’Eternité mis en part). 

  • 17 Décembre 2012 à 16h57

    lespremiereslueurs dit

    J’avais mis 3 photos du film (dont 1 en extérieurs, Pyrénées) et le pavé de presse du film dans le livre consacré à Benazeraf (la caméra irréductible). 
    J’ai revu récemment RUE DU HAVRE de Jean-Jacques Vierne (1962), c’est pas mal du tout.  

  • 17 Décembre 2012 à 16h53

    lespremiereslueurs dit

    LA FÊTE ESPAGNOLE
    Adapt. Henri-François Rey, Jean-Jacques Vierne, José Benazeraf, d’après le roman d’H-F R.
    Dial. : H-F R., J-J V.
    Egalement Roland Lesaffre dans le film.
    Il a été présenté en 1967 rue d’Ulm lors de l’hommage à J.B. par Henri Langlois.  

    • 17 Décembre 2012 à 16h55

      enric dit

      Je crois savoir qu’hélas toutes les copies ont disparu…

      • 17 Décembre 2012 à 17h21

        lespremiereslueurs dit

        La cinémathèque doit avoir une copie. 

  • 17 Décembre 2012 à 16h47

    enric dit

    Juste pour signaler un film : “La fête espagnole”, d’après un roman d’Henry François Rey, réalisé en 1960 par Jean-Jacques Vierne, avec Dahlia Lavi et Peter Van Eyck. Ce film a été produit par José Bénazéraf (qui aurait été aussi co-scénariste ?)
    Je dois dire que ce film a été tourné chez moi, à Collioure…

    • 17 Décembre 2012 à 17h22

      lespremiereslueurs dit

      Et comment s’est déroulé le tournage ? 

  • 16 Décembre 2012 à 10h49

    Dominique dit

    Bravo et merci pour cet hommage.

  • 15 Décembre 2012 à 17h20

    lespremiereslueurs dit

    Je suis un peu partagé sur cette vision de J. Benazeraf, qui, pour moi ne se tient pas au cinéma porno, loin de là. Lui-même l’a longuement exposé dans le livre d’Herbert P. Mathese : “José Benazeraf An 2002 la caméra irréductible” paru en 2007.
    Dépit, provocation ? Benazeraf confie au cours de 7 longs entretiens à son interlocuteur des propos qu’il n’avait encore jamais tenus auparavant avec personne à propos de ce qu’il appelait le “cinéma de cul”. On retrouve ces propos dans un long chapitre intitulé “un chemin qui ne mène nulle part”, où le cinéaste préfère parler de Furtwängler et du lyrisme du cinéma soviétique que d’”Anna les cuisses entr’ouvertes” qui ne l’intéresse pas, dit-il. Et je suis obligé de revenir à la charge, pour parler de ces films-là. Il y en a un certain nombre qu’il ne reconnaît pas. Personnellement, je ne considère pas “JB1′ comme un grand film, et J.B. lui-même, dans ce livre, avoue à l’auteur se demander ce que l’on peut bien trouver à ce film. Un film comme “La Bonne auberge”, un des meilleurs fillms pornos de Benazeraf, tourné en 35 MM  agfacolor avec le grand Roger Duculot comme chef opérateur (qui avait fait avant La Maison des Bois de Pialat, c’était une des caractéristiques de Benazeraf de s’entourer de grands éclairagistes) dans des dominantes rougeoyantes, est infiniment plus délirant. 
    Quelques petites remarques, maintenant : l’expression  ”L’Antonioni de Pigalle” vient de Michel Aubriant (1966)., non de Frustration, tourné en 1972, avec un autre grand chef opérateur, Georges Strouvé, qui avait fait “Les Etoiles de midi” de Marcel Ichac, avec Lionel Terray, en 1958. 
    The French Love ne comporte pas de scènes hard. On peut ajouter que The French Love est l’un des films de Benazeraf les plus méconnus, à éditer en dvd. Et parmi ses très belles choses.
    Autre remarque, J. Benazeraf n’a pas commencé à faire du cinéma avec l’argent de sa famille, il était avant Les Lavandières du Portugal, un industriel oeuvrant dans le coton, et son arrivée en France est bien plus lointaine que ce que l’on a pu écrire récement dans différentes nécrologies.
    Dernier point : (j’oublie forcément des choses), il y a quelques films de Benazeraf à exhumer, en premier lieu le film allemand LES PREMIERES LUEURS DE L’AUBE en 1967, son chef-d’oeuvre absolu… Dans le genre polar urbain, moins classique, d’une moderne singularité étonnante, le prodigieux BLACK LOVE, autre polar, celui-là, crépusculaire, avec Alphonse Beni et un Alain Tissier bressonien.
    LE CONCERTO DE LA PEUR aka LA DROGUE DU VICE mis en images en 1963 par Edmond Richard qui venait de signer celles du PROCES d’Orson Welles, est un autre de mes “Benazeraf” préférés. Il n’est pas tiré d’un petit “polar de gare”, mais du roman de Dominique Dorn :”Le Parfum de la peur”, dans lequel préfigure déjà à peu près tout ce que l’on retrouvera dans “Le Concerto…” mis en images avec ce que Edmond Richard nomme ses “eaux-fortes”, ses images au noir et blanc fort contrasté. Le film s’ouvre sur des quartiers qui n’existent plus, sous la neige, la nuit, derrière l’ancienne gare Montparnasse. Décors réels de vieux escaliers où monte la laborantine Yvonne Monlaur… Et cette étoile filante aux yeux de chat, l’exceptionnelle Régine Rumen dont ce fut le seul film.
    Concernant le cinéma français, Benazeraf était beaucoup moins sectaire qu’on a bien voulu le dire. Il admirait particulièrement Bresson. Il aimait Garrel, Jean-Daniel Pollet, Marcel Carné, contrairement à ce que l’on a longtemps dit, et qu’il fréquentait, jusqu’à la période d’UN EPAIS MANTEAU DE SANG. 
    Herbert P. Mathese (auteur de “José Benazeraf, la caméra irréductible”) 

    • 17 Décembre 2012 à 9h13

      Dr Orlof dit

      Tout d’abord, un grand merci pour ces précisions. C’est toujours passionnant d’avoir la vision d’un spécialiste du cinéma de JB.
      En fait, je suis assez d’accord avec ce que vous dîtes sur la carrière “porno” du cinéaste. Comme je le dis dans mon texte, je ne connais pas du tout ce continent n’ayant pas eu l’occasion de voir ces films.
      Sauf erreur, je ne parle pas de “French love” dans mon article mais de “Black love” qui aurait été exploité avec des séquences “hard”.
      Ne reste plus qu’à espérer que l’on redécouvre désormais les pépites qui émaillent la carrière de ce cinéaste…

  • 15 Décembre 2012 à 15h15

    from dit

    “Retrouvera-t-on, un jour, des cinéastes audacieux et libertins capables de faire rimer érotisme avec transgression et qui sauront réinventer le sexe pour le rendre joyeux, passionné et tout simplement beau ?”
    Non, parce qu’il n’y aura plus rien à transgresser… 

    • 15 Décembre 2012 à 17h32

      lespremiereslueurs dit

      Il y a(ura) toujours à transgresser. 
      Aujourd’hui que l’on ne transgresse (presque) plus rien…  

      • 16 Décembre 2012 à 0h33

        Aël dit

        Si la transgression est une fin en soi, c’est stérile, sans issue et au bout du chemin, peut ragoûtant …à l’image de la sodomie en fait.
        Pardon de nous égarer du sujet JB (qui n’en demandait sans doute pas tant) mais ce concept de la “chouette-nouvelle-transgression-qu’on-avait-pas-encore-fait”…j’en ai soupé. Saint-Ex a écrit de bons mots là-dessus.
        Pour ceux qui ne le savent pas, il y a une côte de la transgression sur le marché de l’Art Contemporain. L’AC depuis sont apparition s’est fait une spécialité de conjuguer business et transgression. Pièta de Paul Fryer est un cas d’école du “transgressiveness for business”, un business activement soutenu par notre richissime collectionneur national F.Pinault.

      • 17 Décembre 2012 à 9h16

        Dr Orlof dit

        Tout à fait d’accord avec “les premières lueurs” : à l’heure de l’Empire du Bien, il y a sans doute beaucoup plus de choses à “transgresser” qu’autrefois (même si nous sommes d’accord : la transgression sponsorisée par le marché de l’art n’en est pas !)

      • 17 Décembre 2012 à 17h26

        lespremiereslueurs dit

        en réponse au Dr Orlof - 
        à propos de transgression…  on est maintenant surtout dans l’autocensure ! (Godard effleure la chose dans le dernier entretien : “on ne filme plus pour découvrir des choses… mais pour affirmer des choses…” etc. 2012)