Causeur

Juillet/Août
Numéro double
64 pages d'articles inédits.
Sous les pavés, la France.
Le pays est-il en déclin ?
Découvrir ce numéro

À ne pas manquer
Assayas : Carlos sans fard
Êtes-vous embrigadé dans une secte ?

Johnny, grand corps malade

Encore plus grand mourant que vivant

Publié le 12 décembre 2009 à 10h00 65 réactionsImprimer

Mots-clés :

johnny

Une invasion herpétique de Line Renaud, un eczéma purulent de Serge Lama ou une poussée hémorroïdaire de Pierre Arditi seraient-elles à la « une » des journaux ? Sans doute pas, à part peut-être celle du Quotidien du médecin.

La hernie discale de Johnny Hallyday, traitée par la médecine, est également retraitée par tous les médias, jusqu’à en avoir plein le dos.

Le pauvre Johnny, réfugié médical en Californie après avoir été réfugié fiscal en Suisse, est le siège, si l’on peut dire, d’un troupeau de professionnels de la profession de tous poils qui n’en veulent qu’à une info : Johnny est-il très mourant ou un peu beaucoup ?

Les chaînes de télévision s’organisent : des correspondants locaux à l’existence insoupçonnée jusqu’ici apparaissent en direct. Des spécialistes de tout crin donnent leur interprétation extensive des ennuis de santé du chanteur, un peu comme les généraux à la retraite exhibés sur les plateaux du 20h lors des guerres du Golfe détaillaient ceux des fantassins irakiens.

Les rédactions se préparent au pire, c’est à dire qu’elles l’espèrent au mieux. Comme le croquemort dans Lucky Luke, elles prennent déjà les mesures du malade, tissant avec exaltation la « une » qui fera office de linceul médiatique du chanteur au cas où.

Les éditorialistes s’envolent vers les hautes cimes. Certains frisent le nervous breakdown. Denis Jaumin, dans La Nouvelle République, s’illustre, sans que l’on sache s’il s’agit ou non d’une plaisanterie : « On ne conchie pas le drapeau publiquement, pas plus qu’on ne siffle la Marseillaise. On se découvre devant les dames, on se signe dans les églises et – conjointement – on se déchausse dans les mosquées, les bons vins se servent dans un verre à pied, la truite se pêche à la mouche, les camemberts sont meilleurs moulés à la louche etc. La liste de ces recommandations est inépuisable. Il faut en ajouter une autre désormais : on ne traite pas de la santé de Johnny Hallyday à la légère. » Et de celle des pratiquants catholiques et musulmans non plus, d’ailleurs : qu’ils n’essaient pas de se signer et d’enlever leurs chaussures « conjointement », c’est assez casse-gueule.

Tout le monde y va de son explication, ou plutôt de son avis. Dans la grande tradition du procès stalino-médiatique franchouillard. Le chirurgien français de Johnny se voit accusé de tous les maux par l’entourage du chanteur, et même par son Conseil de l’Ordre : ça fait désordre. Son nom : Delajoux, de quoi mériter une bonne claque médiatique. Le producteur de Johnny, Jean-Claude Camus (pas celui du Panthéon, l’autre) parle de « massacre » à propos de l’opération perpétrée par la main de Delajoux. Et de livrer des détails alléchants : « il semblerait que Johnny soit parti sans drain » ! Et j’entends siffler le drain ? Ha non, ça, c’était Richard Anthony.

Chacun se sent concerné. Le présentateur Nikos Aliagas se rend à Los Angeles avec les enfants de Johnny. Louable intention pour une attention maximale. Un chirurgien de la Pitié-Salpêtrière volera dès lundi vers la Cité des anges, à la « demande indirecte de la famille ». Pour faire le point, au cas où les médecins californiens seraient des incapables, on n’est jamais trop prudent : « Faut-il annuler, faut-il ne pas annuler [les concerts prévus]. C’est secondaire par rapport à sa santé, mais c’est important aussi pour pas mal de personnes ». Tout est dit.

C’est donc, avant les soldes, la foire au Johnny ! Cet homme qui se veut « simple », et dont la dignité et la discrétion face à la maladie sont respectables, ne s’appartient plus. Le King du rock hexagonal (et wallon) est devenu la propriété de tous. A l’époque de l’hypermédiatisme aigu, le corps souffrant de Johnny est comme celui du roi sous l’Ancien régime : on l’exhibe. Un jour, peut-être, il sera du pain. Le corps transcendé et réceptacle de l’identité nationale, partagé par tous.

Tout cela en moins d’une semaine. Et heureusement ce n’est que le début de la fin de Johnny…

Discussion

65 réactions
Martin Hirsch, une chance pour la France

Martin Hirsch, une chance pour la France

L’assimilation. À l’envers

Elisabeth Lévy

Regarder la France tomber

Regarder la France tomber

Le déclin, une mythologie française

François Miclo

Le crépuscule des ambassades

Le crépuscule des ambassades

Ne m’appelez plus Excellence…

Luc Rosenzweig

De quoi j’me mêle ?

De quoi j’me mêle ?

La loi française sur le voile intégral défrise Washington

Luc Rosenzweig

Juillet/Août 2010 · N° 25

Juillet/Août 2010 · N° 25

Numéro double, 100% d’articles inédits.
Un dossier « Sous les pavés, la France ». Le pays est-il en déclin ?
ISSN 1966-6055. 64 pages.

Acheter ce numéro

S'abonner au mensuel

Magazine où l’on parle, salon où l’on cause, Causeur est animé par Elisabeth Lévy, Gil Mihaely, François Miclo, Marc Cohen, Jérôme Leroy, Basile de Koch.

Fil RSS

Un fil RSS permet de consulter les dernières nouvelles du site sans avoir à le visiter.
Le fil RSS de Causeur

Facebook

Devenez fan de Causeur et suivez nous sur Facebook.
Notre page Facebook

Twitter

Suivez les gazouillis de Causeur sur Twitter.
Notre compte Twitter

Chaque week-end, recevez par email les derniers articles de Causeur.

Rubriques : Monde · Politique · Société · Médias · Culture · Brèves · Carnets : Homoimbecillus · Antidote · Gastro · Parlons Net

2007-2010 Causeur · Contact · Mentions légales · Régie publicitaire : KDP Groupe