Viril(e) comme un garçon qui se cherche | Causeur

Viril(e) comme un garçon qui se cherche

Jérôme Meizoz enquête sur les anciennes et les nouvelles formes de virilité

Auteur

Marie Céhère

Marie Céhère
Sophistique, littérature.

Publié le 03 juin 2017 / Politique

Mots-clés : , ,

Tom Cruise dans Top Gun de Tony Scott, 1986

Se sentir bien dans sa peau et perdre cinq kilos avant l’été, prendre son pied au lit et fonder une famille, manger bio et cuisiner comme nos grand-mères… Les magazines féminins fourmillent de ces injonctions contradictoires, pointées du doigt régulièrement par les associations spécialistes. Ce que l’on montre moins, ce sont les injonctions contradictoires que les hommes subissent. À l’image du désormais célèbre « stage de virilité » mis à l’honneur par le journal télévisé de David Pujadas, ces messieurs partent parfois en quête d’un modèle, d’un idéal, d’un mode d’emploi pour devenir, être ou demeurer un « homme, un vrai ».

Romancier et essayiste suisse, Jérôme Meizoz explore depuis quelques années les méandres de l’identité masculine. Dans Faire le garçon, il mêle enquête et roman, souvenirs, auto-analyse, coupures de presse et récit. En exergue, une phrase tirée d’un magazine féminin : « Cette année marque le retour des hommes virils avec des poils, des rides et une odeur de mâle, tout simplement. » On jurerait que ce n’est pas si simple.

 « Le garçon se réveille avec la sensation d’un arbre qui pousse entre ses jambes. »

Il relève qu’être un homme, un homme selon les critères que lui enseigne son maître de stage de virilité à lui, c’est être galant mais pas vaniteux, c’est ne pas être trop pressé ni trop pressant, en amour, rester mystérieux, romantique, voire torturé, mais pas silencieux ni brutal. C’est se laver, mais pas trop, s’habiller selon son goût, mais pas de manière trop féminine. C’est ne pas parler à d’autres hommes aux urinoirs, et ne pas retenir ses larmes, même devant une comédie romantique. Bref, être un homme, un vrai, on dirait que ça ne s’apprend pas. Les jeunes hommes sont poussés par leur père, par les moniteurs de sport, par les chefs scouts, à ne pas être « des femmelettes ». Mais alors, que faut-il être ?

L’auteur déroule le fil de ses souvenirs, accompagné par les conseils de la vénérable Santé des familles (1935), et constate que si les femmes deviennent femmes, les hommes sont faits hommes. « Le garçon se réveille avec la sensation d’un arbre qui pousse entre ses jambes. » Tout part du pénis et aboutit au pénis, tout tourne autour du pénis, rien ne dépasse l’aire d’influence du pénis. Le reste, semble-t-il, n’est que littérature.

Les garçons n’ont pas de modèle à suivre

C’est à ce reste, en réalité un reste immense, tout un monde de sensualité, de sentiments, d’émotions, que Jérôme Meizoz consacre la partie romanesque de son ouvrage. Il accompagne « le garçon », un certain « J. » dans les débuts de la vie professionnelle qu’il s’est choisie, dans laquelle il s’épanouit, « s’appartient » : masseur « et plus » pour femmes. En découvrant des corps et des histoires de femmes, il accède à une éducation sentimentale qui n’entame en rien, comme s’il fallait en douter, sa puissance sexuelle et sa certitude d’être un homme, d’être bien dans son corps d’homme.

Les garçons, les hommes, ne disposent pas vraiment d’archétypes à qui tendre les bras. On ne leur désigne pas les modèles à suivre, quand les filles apprennent à distinguer la couturière, la poupée, la maman, la nonne et la salope. Un seul indice : ne pas passer pour une « tapette ». Débrouillez-vous donc avec ça.

Faire le garçon n’élucide pas le mystère. Jérôme Meizoz n’a heureusement pas écrit un manuel à l’usage des apprentis garçons. Il contribue seulement, et ce n’est pas peu dire, à étendre le champ sémantique du mot « garçon », à rendre plus malléable la figure auguste de l’homme.

Jérôme Meizoz, Faire le garçon – Éditions Zoé, 151 pages.

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    • 4 Juin 2017 à 14h31

      agatha dit

      Bien qu’il y ait plus grave aujourd’hui à commenter dans l’actualité : et si la lamentable plaisanterie de Macron à Brest venait de sa tentative de paraître plus “viril” au milieu d’hommes plus musclés et plus épaulés que lui ?

      • 4 Juin 2017 à 14h39

        t hdo dit

        Pourquoi cette plaisanterie était-elle lamentable ?

      • 4 Juin 2017 à 14h46

        Pierre Jolibert dit

        Bonne intuition Agatha.
        Je dirais pour la poursuivre (et suite à l’article de J. Leroy sur le sujet l’autre jour) : plaisanterie pour meubler une difficulté de se trouver dans un cercle où il se sentirait mal à l’aise ? à fouiller, à la lueur des remarques de David M et de l’illustration qu’a donné, de cette rencontre de divers genres, mon peintre préféré. Macron, ce serait plutôt Hermès chez Arès ?
        [cela dit, je ne vois pas non plus ce que cette plaisanterie captée par les moyens techniques qui empêchent ces gens de se relâcher ne serait-ce qu'une seconde dans leur vie de tous les jours a de si lamentable qu'il faille que les êtres qu'on attendrait le moins en matière d'esprit de bon goût, Morano en tête, et Baroin en y croyant à peine (je l'espère pour lui), montent sur leurs grands chevaux ailés, mais c'est un autre sujet]

        • 4 Juin 2017 à 14h50

          Pierre Jolibert dit

          par les Muses, Agatha, si vous me lisez, il faut que je rectifie : l’illustration qu’a donnée (enfin, je crois, je doute de plus en plus souvent et longtemps de ces accords, maintenant)

        • 4 Juin 2017 à 17h23

          agatha dit

          Je reconnais aussi La Forge de vulcain de Velasquez, maintenant que vous le dites. C’est bien vu. Comme il a l’air incongru le mignon Apollon face aux magnifiques forgerons !
          Hermès chez Arès, dans quel tableau ?
          Pour la plaisanterie, et je réponds aussi à Thdo, je la trouve incontestablement indigne, ou alors, on a le droit de tout dire ! Cela excède tous les dérapages habituels à mon avis, à une époque où le moindre écart est scruté et sanctionné, c’est un comble. Macron n’a pas été piégé dans un moment de relâchement, au contraire, il se sait entouré d’un aréopage respectable. Heureusement, ceux qui l’entourent ne réagissent pas en courtisans.

        • 4 Juin 2017 à 17h29

          t hdo dit

          Je ne pense pas que la plaisanterie soit indigne, même si elle n’est pas très drôle (ce qui est un autre sujet).

          Il y a en effet un problème d’immigration clandestine à Mayotte. Faut-il se scandaliser qu’on y fasse allusion ?

          Il faudrait quand même savoir ce qu’on veut. L’immigration extra-européenne pose des problèmes considérables, dont le terrorisme n’est que l’infime pointe émergée, et l’une des raisons pour lesquelles il est impossible de traiter sereinement de ce sujet est ce politiquement correct tyrannique qui déclenche des polémiques pour le moindre propos. Je refuse donc de jouer ce jeu-là.

        • 4 Juin 2017 à 17h35

          Pierre Jolibert dit

          thdo,
          je pensais qu’agatha voulait d’abord dire ça : plaisanterie pas drôle dans la situation où son auteur se trouvait.
          C’est le problème délicat du rire : la même chose peut être dite par deux personnes différentes sans faire rire la même assistance.
          Je suis plutôt d’accord avec vous : il est malheureux qu’on ne parle de choses qui courent sur des décennies (car en amont il y a le thème merveilleux des relations entre Mayotte et les autres îles) qu’au rythme des bêtises de cette sorte.

          agatha :
          aucune peinture et aucun mythe précis : j’imaginais ce que serait une scène équivalente, car je vois plus Macron en Hermès qu’en Apollon (Hermès, les nouvelles technologies, l’informatique, Michel Serres, etc.) et Arès c’est pour l’armée, même si ce dieu est difficile à manier.

        • 4 Juin 2017 à 18h03

          i-diogene dit

          Mourf,

          Je pense qu’il y a des sujets plus importants à discuter que l’interprétation d’une plaisanterie triviale..

          L’humour noir n’ est pas accessible aux esprits limités..!

          … C’est faire beaucoup de mousse avec très peu de savon..!^^

        • 5 Juin 2017 à 11h02

          Pierre Jolibert dit

          mais idiogène nous discutons, à partir de la plaisanterie et du jugement qui en a été fait par le public, de 2 sujets très importants :
          * la relation entre le chef des armées actuel et les armées (cf article de J. Leroy sur la revue des Champs)
          * la relation entre les (autres) Comores (îles ayant choisi ce qui s’appelait alors l’”indépendance”) et Mayotte (territoire ayant choisi par référendum son maintien dans la France)
          Et nous serions ravis d’avoir votre avis sur ces 2 sujets, mais peut-être le 2ème devrait attendre quelque enquête de fond menée par un-e les limie-è-r-e-s de Causeur.

    • 3 Juin 2017 à 20h00

      IMPERIALYUNAN dit

      Monsieur Dieudonné je vois que vous pérsévérez ……

      • 3 Juin 2017 à 22h47

        Schlemihl dit

        Monsieur Dieudonné est parmi nous ? 

    • 3 Juin 2017 à 16h45

      Schlemihl dit

      Ne pas parler à d’ autres hommes aux urinoirs ……

      - Vous êtres juif monsieur .
      - Hein ?
      - né en Pologne , à Rzeszow
      - Mais alors vous me connaissez ?
      - Et circoncis pas Leib Mendel à l’ âge huit jours , le tailleur .
      - Il faut que vous soyez un de mes parents .
      - peu importe …. le tailleurs qui coupe toujours en biais .
      - Oui , mais …
      - C’ est sans importance . Mais par pitié cessez de pisser sur mes chaussures .

      Est un signe de féminité ? j’en doute .

    • 3 Juin 2017 à 16h44

      IMPERIALYUNAN dit

      Vous pourriez aussi arrêter de vous torturer avec tout cela et mettre simplement un pied devant l’autre dans votre vie….

      • 3 Juin 2017 à 16h48

        Schlemihl dit

        Le conseil est judicieux pour toute personne désirant avancer . Je ne conseillerais pas de le suivre au bord d’ un toit de gratte ciel .

    • 3 Juin 2017 à 16h24

      David M dit

      Chère Marie,
      N’ayant pas lu l’ouvrage de Jérôme Meizoz je prends le risque de tomber à côté, mais tant pis !
      Oui, les hommes sont confrontés à des évolutions de la représentation (ou des représentations) que la société se fait de ce qu’ils sont et de ce qu’ils devraient être, à la fois contradictoires et trop rapides pour faire l’objet d’une transmission sereine entre générations.
      Alors autant s’appuyer sur le temps (très) long, et sans faire du pseudo-Jung évoquer les archétypes anciens : Zeus, Apollon ou Hermès (entre autres) sont des modèles masculins très différents, mais qui illustrent tous une masculinité accomplie et épanouie.
      Au demeurant, la même piste serait riche d’opportunités pour les femmes. Le féminisme serait apaisé et bien plus efficace si les féministes se souvenaient que d’Aphrodite à Athéna en passant par Héra ou Hécate, il y plus d’une façon d’être femme !

      • 3 Juin 2017 à 16h35

        Pierre Jolibert dit

        entre autres en effet, mais dans cette époque qui se remet difficilement en mémoire les particularités du travail physique, j’aurais quand même pris soin de rappeler en tête de liste des types, même devant Zeus, du temps très long, Héphaïstos et Héraklès.
        Mais je suis globalement d’accord avec vous.