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Je veux revoir ma Moldavie

Mémoires d’Outre-Mur

Publié le 19 avril 2009 à 11:56 dans Monde

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J’apprends depuis ma retraite au Mont-Noir dans la villa Yourcenar, où je me trouve en résidence d’écrivain pour un mois, qu’un pays cher à mon cœur d’adolescent connaît des troubles après l’élection parfaitement régulière d’une chambre des députés à majorité communiste. Pas besoin d’être grand clerc pour savoir qu’il s’agit là, après l’Ukraine et la Géorgie, des habituelles tentatives de déstabilisation menées par un président américain qui, quoique noir, n’en continue pas néanmoins à encourager en sous main ces pseudo-révolutions orange (la couleur du Modem chère à André Epaulard) dans toutes les anciennes républiques socialistes soviétiques qui s’obstinent à vouloir garder leurs systèmes de protection et de solidarité sous la houlette d’apparatchiks bonhommes. Je citerai le président de Biélorussie, l’avisé Alexandre Loukachenko, qui ne voit pas l’intérêt, comme on le comprend, que les jolies filles blondes de son pays finissent dans l’industrie pornographique du grand marché unique, avec sa concurrence libre et non faussée.

Il y aurait eu un mort parmi les manifestants antigouvernementaux moldaves. Un mort dont on a beaucoup plus parlé que celui des manifestations londoniennes du G20, mais passons, on sait qu’un manifestant tué par une police démocratique est toujours un émeutier tandis qu’un manifestant tué par une police communiste est toujours une victime de la liberté (du marché ou d’expression, peu importe, la liberté, on vous dit…)

Pour plus de renseignements, sur cette affaire moldave, il faudra attendre le prochain SAS dont nous avons déjà dit ici qu’il s’agissait de la seule source d’informations fiables sur la géopolitique de notre temps.

Mais revenons à la Moldavie.

J’ai été très heureux en Moldavie. La capitale s’appelait encore Kichinev et non Chisnau. J’y ai passé quelques temps entre 1979 et 1982, pour perfectionner mon russe, histoire d’entamer une collaboration fructueuse quand les sept millions d’homme en tenue kaki du Pacte de Varsovie se décideraient à franchir le Rhin pour venir, enfin, nous libérer de la tyrannie des dernières années du libéralisme avancé à la sauce Giscard.

J’avais quinze ans et je ne voulais pas pourrir. Je me souviens particulièrement de l’été 1980.
Il fait beau.
Il y a des portraits de Brejnev à l’entrée du quartier réservé aux maisons Mitteleuropa.
Le secrétaire général a commencé sa carrière en Moldavie.
L’église catholique est fermée, ma mère (tendance Témoignage Chrétien) m’avait demandé de vérifier.

Mes amis s’appellent Auguste Naouki et Violetta Moldovan. La Moldavie ressemble aux coteaux du beaujolais, le vin moldave, lui assez peu au Morgon. Auguste lit Eminescu et Essenine. Il me parle de la Pologne qui bouge, des Américains qui boycottent les JO de Moscou, les salauds.

Les livres ne coûtent presque rien. Violetta parle le russe, le moldave, le roumain, le français. Elle a dix-sept ans, elle est brune et a un gilet orange comme jamais je ne verrai plus de gilet orange. Je comprends les articles de Ogoniok et de la Komsomolskaïa Pravda.

Auguste joue aux échecs. Je ne le battrai qu’une fois. Je crois qu’il m’a laissé gagner. Gentillesse soviétique, courtoisie latine.

Violetta a dix-sept ans. La maison de son père ressemble à un chalet balnéaire de la côte normande, dans une avenue blondinienne, calme et profonde comme un cimetière. Les Pobiéda roulent en silence.

Auguste et Violetta ont le droit d’aller avec moi au Beriozka de l’Intourist. On achète des Marlboro et du chocolat. Moi, je m’obstine à m’arracher les lèvres sur le carton des papirosses et à tousser : je fumerai communiste, quoiqu’il m’en coûte.

On a du mal à écraser les carrés de sucre dans les verres de thé.

Un soir, je suis très saoul. L’odeur de pinède du jardin de Violetta m’empêche de vomir.

On entend l’hymne soviétique qui vient d’une télé à l’intérieur: il est minuit.

Je pleure comme un veau quand Violetta m’embrasse une dernière fois sur le tarmac de l’aéroport. « Mé jiviom v raznire planétare », dit-elle. Nous vivons sur des planètes différentes, oui…

Gilet orange. Portrait de Lénine. Une édition bilingue d’Eminescu donnée par Auguste.
L’Atlantide, seigneur, c’était l’Atlantide.

Qui n’a pas vécu en Moldavie avant 1989 n’a pas connu la douceur de vivre.

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  • 24 April 2009 à 18h12

    nadia comaneci dit

    Cher Lev, un coteau du Cotnari, je vous le conseille avec quelques tranches de salam de Sibiu et des măsline. ça sublime divinement son bouquet bien fruité. Cela dit, mon préféré reste le murfatlar. Réhabilitons les vins roumains si injustement tombés dans l’oubli après les ravages de la collectivisation !

  • 24 April 2009 à 17h05

    birahima2 dit

    les tenants d’un nouveau désordre géopolitique en Moldavie sont prévenus :
    en dictature ( contrairement à la “démocratie”), on sait sur qui tirer

    merci pour ce cours de tir JL
    d’où le proverbe moldave
    “mieux vaut prendre des cours de tir que de tirer dans le tas”

  • 24 April 2009 à 16h26

    Laurent Duminy dit

    Alors comme ça on semble regretter l’époque où Chisinàu s’appelait Kichinev?

    Ne vous en déplaise la Moldavie ne comprend “que” 30% de russophones, on y parle principalement roumain sans parler des Moldaves, de plus en plus nombreux, qui acquièrent ou demandent la nationalité roumaine histoire de passer plus facilement les frontières.

    la Moldavie a ses particularismes, son histoire et son accent certes mais pour qui la connaît bien elle est et doit être roumaine.

  • 24 April 2009 à 15h16

    L. Bronstein dit

    @nadia comaneci

    Adorable răsărită, je lève mon verre de Cotnari, accompagné de quelques pătlăgele et d’un păpuşoi (inconnu de Stefan cel Mare), à votre santé!

  • 23 April 2009 à 23h00

    Thadée dit

    M. Leroy, votre billet me rappelle le film “Au diable Staline, vive les mariés !”.

    La douceur de vivre à la roumaine, la picole, les plaisirs simple, un communisme à visage humain et folklo portés à bout de bras par les bénets du coin…

    Sauf que, contrairement à votre billet, dans le film, la réalité du communisme, les personnages et les spectateurs se la prennent en pleine gueule à la fin. Malheur à eux d’avoir oublié ce petit détail en cherchant à profiter de la vie.

  • 23 April 2009 à 21h52

    nadia comaneci dit

    Marchais, il posait ses valises tous les été à Mamaia. Il était repérable à ses gros pourboires, naturellement totalement interdits en république populaire. Mais peut-on reprocher au feu premier secrétaire d’avoir été généreux avec les petites gens ?

  • 23 April 2009 à 20h55

    la borie dit

    Croisé Tonton MARCHAIS près du “sanatori” en 73 ou 74 (mémoire ?)

    Il aimait bien mater les filles, mais en l’absence de Liliane…..qui devait préparer les valise (si en 74)

    “Je vous donne quelle est mon opinion…”)sur les t-shirts mouillés, absents à l’époque..

    Préférence personnelle…..

  • 23 April 2009 à 19h12

    nadia comaneci dit

    La Borie, avouez que vous avez été juré à Sotchi-les-flots au camping de l’étoile rouge !!

  • 23 April 2009 à 18h30

    la borie dit

    “Miss maillot mouillé”

    Non,

    Miss t-shirt mouillé, c’est mieux..!

  • 23 April 2009 à 16h37

    nadia comaneci dit

    Români şi moldoveni este aceeaşi limbă! Toată lumea ştie asta. Salut !

  • 23 April 2009 à 13h41

    laurent DUMINY dit

    Bonjour

    Depuis quand parle-t-on moldave en Moldavie? Il s’agit tout simplement d’un roumain mâtiné d’un plus ou moins fort accent russe selon les locuteurs.

    La langue officielle du pays est en effet le moldave ce qui reviendrait à dire que les Liégeois causent “belge” ou que Georges Frêche cause montpelliérain (il y a belle lurette que le “clapassier”, le vrai parler languedocien de Montpellier, est entré en agonie).

    Je peux donc ajouter sur mon CV à la rubrique des langues parlées le moldave à côté du roumain. Merci Monsieur Leroy de cautionner cette pantalonnade et merci de me donner l’occasion de me goberger avec une langue en plus à mon actif.

    Numai bine în continuare domnule Leroy comme on dit en roum… ha merde non en moldave!

  • 23 April 2009 à 12h15

    nadia comaneci dit

    Pourtant les plages de Lettonie sont bien plus belles que les plages de Crimée, surpeuplées et infectées d’élections de Miss maillot mouillé et autres gracieusetés.

  • 23 April 2009 à 10h24

    Venik dit

    @Apres l’histoire
    “Aujourd’hui encore, même si ça peut surprendre, des Lettons ou des Lituaniens, pas forcément russophones, parfois nationalistes, vont en train passer un mois en Crimée où l’ex-URSS se reconstitue pour l’été.”

    Rien de surprenant,ils ont toujours passe leurs vacances la-bas et ils continuent,pas besoin d’etre russophone pour cela,il suffit de payer.

  • 22 April 2009 à 20h02

    D.H. dit

    Merci pour ce beau texte de Soljénitsine, Zadig.
    Il est une manière de réponse à la question “métaphysique” que posait Jérôme Leroy dans un commentaire précédent.

    Dostoïevski en formulait une à peu près identique dans ses romans (voyant dans le socialisme et le libéralisme, si je ne m’abuse, une seule et même doctrine venue de l’”étranger”, une sorte de nouvelle philosophie économique sur laquelle il a ironisé à travers l’un de ses personnages, dans Crime et Châtiment).
    De même Colossimo, ici même sur Causeur, dans un article assez ancien, déjà, où il les renvoyait dos à dos.

    Il est significatif que ce genre de réponses soit d’abord formulé dans le monde orthodoxe, et, pour les deux premiers auteurs, dans le champ littéraire (qu’on aurait tort de mépriser, et qui souvent dit des choses plus justes et plus profondes sur l’homme, la vie et la réalité, que tous les autres).

  • 22 April 2009 à 16h37

    la borie dit

    Tiens, J.Leroy n’est qu’en semi-retraite..

    Jérôme Leroy dit :
    17 avril 2009 à 22:35
    “La Borie, la clef du personnage du précepteur de Roman dans Roman Roi?”
    Après, on parle.

    Thasber ou Marquis? après on parle? (deux fois)

    Et ou en sommes nous avec A.D.G ?

  • 22 April 2009 à 14h14

    Zadig (Tel Aviv) dit

    Commentaire supprimé. Merci de ne pas faire de copié-collé de textes longs : un lien est préférable.
    Justine Jiang

  • 22 April 2009 à 13h15

    ramon mercader dit

    @ nadia
    non !
    ne prenez pas 250 kilos !

  • 22 April 2009 à 1h29

    nadia comaneci dit

    Si vous me parlez des gigouli qui ne dépassaient jamais la seconde et émettaient ce bruit de moteur au bord de l’explosion si caractéristique des rues soviétiques, c’est sûr, vous réamorcez la pompe à nostalgie !

  • 22 April 2009 à 1h13

    la borie dit

    @Après l’histoire

    Tout dans la pose de Leroy relève du dandysme dont les manifestations les plus évidentes sont sa volonté d’anticonformisme sceptique.
    Répéter depuis des mois ses convictions communistes, réfuter l’état de droit avec Coupat , se référer à ses amis littérateurs “du carré des officiers”, à ses “retraites” chez Yourcenar, son zéro dosage, bref faire de la propagande premier degré pour les “billes” tout en faisant du second degré à deux nèfles.

    Certes Monsieur a des lettres, il manie bien la langue mais dans le genre permettez que je lui préfère Oscar Wilde ou Gainsbourg.

    Vous-même dites:
    “”mais réfractaires au conformisme, rugueux, romantiques…. “en parlant de ses références.
    C’est bien ce que je dis…….

    Ses prises de positions idéologiques ne sont donc pas sérieuses….et je préfère et de loin son dernier opus.

  • 21 April 2009 à 22h27

    Après l’histoire dit

    @ nadia comaneci :

    Privet Nadia. Non, je n’ai jamais eu le plaisir de goûter à la kompot ainsi décrite. Cette sublime spécialité soviétique a-t-elle survécu à la fin de l’URSS ?

    Et merci pour vos posts car vous avez raison à propos des anecdotes et des “trésors” cachés. Malgré le régime et les millions de morts, il reste tout de même une certaine nostalgie, dans la plupart des anciens pays communistes. Charme/nostaglie par rapport aux Trabant en ex-RDA, à Tito en ex-YU (combien de “ulitsa Marshala Tita” en Slovénie, Croatie, Macédoine… ?), aux konfietki, aux vieux tramways, aux Gigouli, à une certaine douceur de vivre malgré le dénuement, aux dessins animés soviétiques, aux vacances sur la côte balte ou celle de la mer Noire… Aujourd’hui encore, même si ça peut surprendre, des Lettons ou des Lituaniens, pas forcément russophones, parfois nationalistes, vont en train passer un mois en Crimée où l’ex-URSS se reconstitue pour l’été.

    Pour le PQ, je ne savais pas… Je n’ai pas connu l’époque soviétique, seulement le post-soviétique…

    Par contre, pas certain que nos sociétés aseptisées nous réservent beaucoup de ce genre de trésors cachés à l’avenir…

    @ Jérôme Leroy :

    Effectivement, Muray me semble avoir été un des rares hommes lucides de son temps. Il faut lui rendre hommage, ne serait-ce que par un pseudo.

    Vous me rassurez, j’avais compris quelque chose à l’affaire ! I da, vi tolko picatel’, no otchen’ horoshi picatel’.

    Mais pour les komunalki, j’ai quand même de gros doutes : jamais rencontré quelqu’un qui ait trouvé ça positif, les gens qui y restent le font car ils n’ont pas les moyens d’aller ailleurs ou simplement car ils y sont attachés et ne veulent pas vivre plus loin d’un centre ville par exemple. Vous avez vraiment eu des témoignages positifs, à Chisinau ou ailleurs ?

    @ la borie :

    Je ne pense pas du tout que Jérôme Leroy prenne ses lecteurs “pour des billes”. Pas besoin pour moi d’être d’accord avec lui sur tout pour reconnaître qu’il sait écrire et voir une cohérence dans ses influences qui à mon avis va bien au-delà de ce que vous appelez “dandy”, car Fajardie et Muray, ce n’est pas trop dandy…