Je suis con, la RATP parle dans ma tête
Encore eût-il fallu que je valibusse
Publié le 01 avril 2009 à 14:00 dans Société
Depuis un mois ou deux, la RATP a lancé une éprouvante “campagne pédagogique pour aider à la régularité du trafic”. Les vitres des métros et des RER se sont ainsi recouvertes d’une lèpre pimpante d’”info-bulles”, de chiures multicolores, d’étiquettes adhésives en forme de bulles de bande-dessinée, sur lesquelles les prétendus “usagers” peuvent lire ces slogans qui font désormais partie de leur désespoir quotidien : “Préparer ma sortie facilite ma descente”, “Les portes s’ouvrent, je laisse descendre”, “Retenir les portes, c’est retenir le métro”, “Au signal sonore, je m’éloigne des portes” ou encore “Une seconde perdue en station = du retard sur toute la ligne”. De manière à peu près contemporaine, des saloperies pédagogiques ont également envahi les bus de la ville qui a été un jour Paris.
Ces campagnes d’infantilisation publique généralisée n’ont pour l’heure suscité la création d’aucun collectif “Adultes en colère” ou “Ztop l’infantil”. La discrimination permanente contre les adultes laisse également absolument indifférente notre bonne vieille Halde. Seuls le talentueux Matthieu Jung dans Libération et Caroline Constant dans L’Humanité ont épinglé avec humour ces “stickers” maléfiques, ces outrageants bubons.
Mais la violence radicale de cette campagne réside avant tout dans sa dégoûtante manière d’employer le pronom “je” à ma place. Non contente de broyer régulièrement ses “usagers” physiquement, la RATP désire à présent les broyer aussi logiquement, symboliquement. Les faire entrer en fusion avec ses décourageantes chansonnettes citoyennes. Personnellement, je suis contre l’abolition de la frontière entre la RATP et moi. Je ne l’autorise pas à me tutoyer, moins encore à me jejoyer.
Tout ça me donne envie de coller quelques “stickers” sur le crâne des communicants délirants de la RATP : “Je ne dis pas je à la place des autres”, “Mes lapalissades, je me les fous au cul”, “Je ne parle pas aux adultes comme à des enfants”, “J’arrête d’être cool, sympa et fun”. Si on continue comme ça, les policiers crieront peut-être bientôt à ceux qu’ils s’apprêtent à arrêter : “Je lève les mains, je me rends !” On en conviendra, cela pourrait prêter à certaines fâcheuses confusions.
Pour tous les adeptes d’une “résistance citoyenne” à l’infantilisation et aux innombrables “incivilités” de la RATP, une bonne nouvelle, tout de même : la charmante petite pointe de ces bulles de bande-dessinée permet de les décoller avec une facilité admirable. Car, en plus, ces gens-là sont bourrés de sens pratique.
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L'auteur
Bruno Maillé est un paria timide.
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chouchou dit
merci pour vous réponses qui m’ont beaucoup fait rire. Je voulais attirer votre attention sur un autre type de panneau débilisant. que vous sûrement remarqué dans les ville où vous habitez : “si tu veux ma place, prends mon handicap”. J’ai un petit garçon handicapé moteur, beau comme un astre et malin comme un singe. D’abord cette phrase véhicule de la pitié envers lui ce qu’il ne supporte pas. Ensuite, comme peut on mettre en corrélation une place de parking et handicap qui se vit quotidiennement ? c’est d’une violence inouie. je suggère donc plutôt une phrase du type “celui qui prend la place de mon fils aura mon poing sur la gueule”…
ramon mercader dit
et ,au fait ,bien que ne descendant pas de prolos,j’ai lu au moins une fois dans ma vie pif-gadget
ramon mercader dit
@ jermie
les descendants de prolos ,dont à l’évidence tu fais partie,ne savent pas accorder le participe
comme toi ,mon gros loulou
dont acte
EDF PTT SFIO dit
Ouaip ! Le Parti du Commun, c’étaient ceux qu’on pouvait niquer à tous les coups parce qui boivaient Dubo Dubon Dubonnet ! Ouaip !
SNCF dit
SNCF à RATP : “Communiquer”, ça veut dire “niquer le commun” ?
RATP dit
La RATP communique : “Communicant” ! Avec un “c” comme…
Libéro dit
Campagne pro-capote-anti-sida, il y a quelques années. Sur un immense calicot tendu en travers d’une avenue, à l’entrée de Pointe-à-Pitre : « Si tu la sors, protège-là ! » J’en ris encore. « Saloperies pédagogiques » ? Ou simples conneries ? A l’image d’une ironie plus ancienne (les vieux pinardiers du Causeur se souviendront) : con comme communiquant…
Alaindeparis dit
La station Troca est en travaux, la ligne 9 est inaccessible pendant 8 semaines : je propose le sticker “le quai est fermé, ceci est une lapalissade”. Grrrr!