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Oslo, la faute aux nouveaux réacs ?

Après le meurtre de masse, le procès collectif

Publié le 08 août 2011 à 9:56 dans Société

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Je n’y suis pour rien. Pardonnez-moi de vous parler de ma modeste personne, mais cette information capitale a pu vous échapper. Or, vous devez savoir : Oslo, c’est pas moi. Certes, pour l’instant, Le Nouvel Observateur est le seul à m’avoir, sous la plume de son patron Laurent Joffrin, innocentée de l’effroyable crime du blondinet norvégien transformé en machine à tuer. « Non, Guéant, Sarkozy, Ménard ou Zemmour ne sont pour rien dans les événements d’Oslo. Elisabeth Lévy non plus. » Vous avez bien lu : « Elisabeth Lévy non plus. » C’est marqué dans le journal.

Je ne voudrais pas être désagréable, mais vous, cher lecteur, c’est écrit quelque part que vous n’êtes pas coupable, même un tout petit peu ? Cherchez bien, au cours des derniers mois, vous n’avez jamais eu la moindre pensée déplaisante, voire suspecte, peut-être même, qui sait, nauséabonde ? Allons ! Pas l’ombre d’un mouvement d’humeur susceptible d’offenser un individu et, par extension, de stigmatiser le « groupe » auquel il appartient ? D’accord, vous n’êtes pas raciste, en tout cas pas consciemment. Mais pourriez-vous vous porter garant de votre inconscient ? Avouez que dans les secondes qui ont suivi l’annonce de la fusillade en cours, vous avez pensé « attentat islamiste ». Ça c’est une preuve ! Bien sûr, vous n’avez pas été assez benêts pour aller le clamer sur les ondes comme ces quelques « experts en stratégie des cellules djihadistes en Europe » pincés en flagrant délit d’imbécillité. Mais enfin, vous l’avez pensé. Moi aussi. Vous êtes sur la pente glissante qui mène à l’islamophobie. Peut-être au meurtre.

En quelques heures, une vague de spécialistes en « motivations et inspirations de tueur de masse à pedigree d’extrême droite » déferle sur nos écrans. On pourrait penser qu’il faut du temps pour faire avouer ses secrets à un acte qui suscite d’abord l’effroi et l’incompréhension. Que nenni. En trois reportages dans la « fachosphère » – au moins, c’est pas cher – et au prix d’une palanquée de syllogismes et glissements sémantiques – dont leurs auteurs sont pour la plupart parfaitement inconscients de les commettre, convaincus qu’ils sont d’être dans le bon camp – l’affaire est pliée. Anders Behring Breivik est un symptôme. Peut-être un avertissement. Le nouveau visage de la bête immonde qui déploie ses multiples et hideuses têtes dans toute l’Europe, y compris, bien sûr, en France où il dispose d’idiots utiles mais aussi de complices objectifs tout aussi criminels que lui. Comme de toute façon, sur la Norvège, on ne sait pas grand-chose et qu’après quatre reportages pleins d’émotion on n’a plus grand-chose en rayon, on va s’intéresser aux vrais coupables. Ceux qui ont armé ce bras.

À qui la faute ? La question excite d’autant plus les médias que sur ce coup-là, ils peuvent lui donner la réponse qui leur plait. Et sortir l’attirail de l’indignation morale et la rhétorique du dimanche qui va avec – « les mots qui tuent », « les racines de la haine ». Le drame norvégien est peut-être l’occasion de réussir à l’échelle européenne la diabolisation qui a donné avec le FN l’heureux résultat que l’on sait, autrement dit de mettre à l’index une partie du corps électoral, coupable de ne pas savoir ce qui est bon pour lui.

Sur RTL, l’inénarrable Rokhaya Diallo remarque très sérieusement que dans sa logorrhée numérique, Breivik cite deux fois Alain Finkielkraut. « Ce n’est pas un hasard », lâche-t-elle sentencieusement avant d’en appeler à la responsabilité de l’intellectuel. On pourrait lui faire remarquer que Ben Laden a cité Emmanuel Todd et Allah, mais ce n’étaient pas le vrai Todd et pas le vrai Allah. Là, c’est autre chose. Ce Breivik sait lire. D’ailleurs, il faudrait songer à interdire 1984 qui est l’un de ses livres de chevet. À ce compte-là, comme l’a fait remarquer Rémi Lélian, il serait temps de placer sous surveillance les penseurs écologistes et trotskystes qui inspirèrent Richard Durn, le tueur de Nanterre et Audry Maupin. On pourrait aussi faire remarquer à mon estimable camarade de On refait le monde qu’il n’est pas très cohérent de brandir à tout bout de champ la tolérance et l’ouverture à l’autre et d’être incapable d’examiner une opinion différente de la sienne. Comme d’habitude, personne ne moufte. De même que personne ne sursaute, dans les jours qui suivent, en entendant répéter en boucle que le refus du multiculturalisme, c’est la haine des étrangers.

On pointe du doigt quelques sites s’assumant comme « islamophobes » ou désignés comme tels – et qui d’ailleurs, sont souvent obsessionnels. Un article paru sur Slate.fr fait scandale en observant que « François Desouche » n’a pas, loin s’en faut, l’exclusivité des commentaires haineux. Dans la foulée, les partis désormais rangés sous le vocable « populiste », donc leurs électeurs, ramassis de petits blancs peureux à l’esprit étroit insensibles aux merveilles du brassage culturel, sont habillés pour l’hiver, et tous pareil : en vert-de-gris.

L’intérêt de la manœuvre est évident : disqualifier et même criminaliser toute critique des transformations des sociétés induites par l’immigration – ou plus précisément dans le cas de la France par le renoncement à assimiler les immigrés. S’il existe un fil rouge menant d’Alain Finkielkraut à Breivik en passant par l’électeur de Wilders ou de Marine Le Pen, toute réticence à l’égard du multiculturalisme tel qu’il s’installe en Europe mène au meurtre. Bien sûr, vous avez le choix : ou vous pensez que les changements culturels produits par les flux migratoires sont une bénédiction pour nos sociétés sclérosées et, par conséquent, qu’il serait monstrueux de demander aux populations fraîchement installées de s’adapter aux mœurs locales, ou vous êtes un salaud prêt à sortir son revolver dès qu’il entend le mot « différence ».

Je ne sais absolument pas dans quelle mesure un discours ambiant peut expliquer un passage à l’acte. Mais si c’est le cas, on peut soutenir que ce ne sont pas les propos dans lesquels il croyait entendre un écho de ses propres obsessions qui ont enragé Breivik, mais le conte de fées qui sert de discours officiel aux médias sur l’immigration et les bienfaits de la coexistence. Peut-être n’a-t-il pas basculé parce qu’il se croyait compris, comme le proclament mes estimables confrères, mais parce qu’il se sentait isolé dans un monde indifférent à ses angoisses.

Quoi qu’il en soit, je ne vois toujours pas en quoi il serait criminel d’observer les difficultés d’acculturation de l’islam ou de souhaiter la préservation d’un certain cadre de vie collectif. L’ennui, c’est que si je ne vois pas, les arbitres de nos élégances morales voient très bien. Grâce à ce maudit Norvégien, la police de la pensée est de nouveau sur les dents. Moi, je viens d’échapper au coup de filet, alors comptez sur moi pour me tenir à carreau.

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  • 20 August 2011 à 17h11

    JMS dit

    Il se trouve que je connais assez bien la Norvège.
    Je ne suis pas un expert en nynorsk (qui doit être selon moi la langue de Breivik) mais je pense que les Norvégiens devraient se réferer au Hàvamal et plus particulièrement à ce poème traduit en français:
    “Seul l’insensé pense qu’il vivra en fuyant la bataille, la vieillesse se chargera de ce que l’épée a épargné”.
    Celà signifie qu’il ne faut pas être dupe de soi-même.
    Et les Norvégiens n’ont que trop tendance à s’y livrer, à cet égard le discours du prince Haakon était tout à fait révélateur.
    Il y aura d’autres traumatismes pour la nation norvégienne: où? quand? comment? de quoi s’agirat-il ?
    Personne ne peut le dire.
    Mais ce qui est certain pour qui connait un peu, c’est que si le peuple norvégien ne porte pas un regard critique sur la société qu’il a construit il se passera d’autres drames.

  • 14 August 2011 à 23h20

    RotilBis dit

    Trop tard, je suis mort d’inanition, Sophie, et vous êtes coupable. Je vous écris du ciel, par autorisation spéciale. 

    Voilà c’qui arrive…  

  • 14 August 2011 à 23h00

    didier H dit

    Qui a osé déconsidérer le chicon?

  • 14 August 2011 à 22h25

    Sophie dit

    Bon, bon, voilà :

    http://images.imagehotel.net/iqsoez93ux.jpg

    C’est bon pour une fois!

  • 14 August 2011 à 22h02

    RotilBis dit

    Un chicon !
    Un chicon !
    Un chicon !

    Sinon, je me venge !

     

  • 14 August 2011 à 21h59

    RotilBis dit

    Oh Sophie, s’teplait ! 

    J’AI FAIM !!! 

  • 14 August 2011 à 21h34

    Sophie dit

    Ha, non! Ici, c’est un salon où l’on s’amuse -sauf Blanche- donc Burt Bacharach sinon rien!

    Je le veux pour mes funérailles!

    Quant au chicon au gratin, ça n’a rien de barbare, c’est délicieux mais vous n’en n’êtes pas digne!

    Non, mais!

  • 14 August 2011 à 21h13

    RotilBis dit

    P.S.: Et aussi celui de Brahms ! 

  • 14 August 2011 à 21h10

    RotilBis dit

    Effectivement, je connais pas. C’est quoi, ce truc de barbare ? 

    P.S.: Je vous ai mis le requiem de Fauré…  

  • 14 August 2011 à 20h20

    Sophie dit

    Bon, bon, ben je vous ferai un chicon au gratin, alors!

    Ne me dites pas que vous avez ça à Tel-Aviv?

  • 14 August 2011 à 19h16

    Sophie dit

    Bravo, Onc Rotil!

    Pour cette bonne résolution, vous recevrez 1 kg d’orange de Jaffa!

    ;-)

    • 14 August 2011 à 19h18

      RotilBis dit

      C’est pas juste, j’en ai plein ici. 
      Pour la peine, je fais la grève de l’abstention du bouton, NA ! 

  • 14 August 2011 à 19h01

    RotilBis dit

    Et vous noterez que je ne touche plus au bouton depuis votre retour de vacances ! Moi, y’en a être sage. 

  • 14 August 2011 à 19h00

    RotilBis dit

    Quoi, Sophie ? 

    C’est vrai que vous êtes responsable de tout ça ?

    Mince alors !

    Ben quand j’dirai ça à ma fame !

    Je ne sais pas si vous avez le droit d’écouter le quatuor de Jérusalem interpréter deux mouvement de l’opus 51 de Brahms, en ce cas.

    (C’est la toute dernière torture imaginée par les méchants sionistes contre les pacifiques terroristes du Hamas). 

  • 14 August 2011 à 18h55

    Sophie dit

    Hé, oui, je réchauffe le climat (et pas que le climat, d’ailleurs) en perdant la tête!

  • 14 August 2011 à 18h20

    Impat1 dit

    … » une aristo à la Conciergerie »…
    Oh Sophie, tu perds la tête ? 

  • 14 August 2011 à 18h17

    didier H dit

    Mais, chère Blanche, vous commes nous avons une part de responsabilité. Mais sans doute sommes-nous un peu moins responsables que le commun des mortels puisque nous exerçons notre liberté de pensée souvent de manière virulente.
    Que nous le fassions de manière gauloise, cynique ou même délirante, je le reconnais volontiers. Comme le dit Tony, on peut toujours militer. Mais on est bien vite déçu par la médiocrité ambiante et cette manière qu’ont les partis mainstream de gérer les affaires courantes alors que le bateau coule. Rassurez-vous: le jour où cela prendra feu, il faudra bien choisir son camp. En attendant, rien ne vous ni ne nous empêche lorsque l’occasion se presente d’oser agir, de donner de la voix. Causeur n’est qu’une facette du théâtre des opérations, comme dirait Dantec.
    @Sophie
    vous êtes également responsable de l’islamophobie et du réchauffement climatique. Veuillez ne pas l’oublier.:-) 

    • 20 August 2011 à 16h32

      BLANCHE dit

      Cher didier H,

      Je vous suis (et donc je suis Tony, que vous citez).

      L’engagement collectif est meme atroce.
      Dans la mesure ou vous murissez douloureusement vos idees/ vos choix, pourquoi/comment accepter au final de les voir salopes par des zombies ?

      J’ai adhere (!) a Causeur parce qu’apres avoir lu Festivus Festivus, puis les Maitres censeurs, j’ai trouve en Elisabeth Levy une intellectuelle courageuse — vous voyez le probleme francais ? l’association des deux devrait etre un pleonasme —, pendant feminin de Finkielkraut dont je ne dirai jamais assez de bien
      (mais qui l’a LU nom de dieu ?! )

      Bien lu aussi, ensuite, le projet de Causeur, son appel…

      Et puis, vous decouvrez sur ce site qu’en fait, au mieux, ca schlingue l’Universite et le gavage aux sciences humanoides.

      Et surtout ca devient un club de sachants qui se lechent les uns les autres et se sucent le lapin a la moutarde.

      Entre les nullards qui accouchent de textes sans idees et les hyenes causeuses qui s’y precipitent pour cabotiner… dites-moi, cher Didier, que fait-on ici ?