Japon: des musulmans sous surveillance | Causeur

Japon: des musulmans sous surveillance

Quand le Soleil levant découvre le Croissant

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 01 juillet 2016 / Monde Religion

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La (modeste) communauté musulmane du Japon commence à faire parler d'elle. Si la justice nippone a validé le principe d'une surveillance préventive des musulmans pour lutter contre le terrorisme, la communauté islamique du pays prévoit de construire une grande mosquée. Vers un bras de fer au pays du sumo?
japon islam mosquee

Mosquee de Gyotoku (Japon). Sipa. Numéro de reportage : AP21764951_000004.

Tout a commencé il y a six ans avec la  fuite de 114 dossiers de police dévoilant une opération de surveillance de grande envergure de la communauté musulmane du Japon. Les fichiers diffusés sur Internet font état d’une surveillance systématique des lieux de prières, restaurants hallal et associations islamiques de Tokyo. Ces dossiers ont par exemple dévoilé que pendant le sommet du G8 tenu au Japon en 2008, quelque 72 000 résidents ressortissants des pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (dont 1 600 étudiants) avaient été mis sous surveillance, sur la base d’un fichage ethnoreligieux. Par viralité, les fichiers constituant un potentiel « sushileak » ont été téléchargés quelques 10 000 fois à partir d’adresses IP domiciliées dans 20 pays différents.

Surveiller et dédommager

À la suite de ces révélations, 17 musulmans nippons (pour la plupart, des immigrés d’origine nord-africaine et moyen-orientale) ont décidé d’attaquer l’Etat japonais devant la justice pour violation de leurs droits et libertés fondamentales. Après des années de débats et deux procès en appel, la Cour suprême a fini par rendre sa décision il y a un mois. Si les juges nippons ont ordonné à l’Etat de verser 90 millions de yens (presque 800 000 euros) aux plaignants en dédommagement de la violation de leur vie privée, la plus haute magistrature du pays a surtout conclu que ces mesures de surveillance étaient à la fois « nécessaires et inévitables » pour faire face à la menace terroriste.

Faute de statistiques officielles, il est très difficile d’estimer le nombre exact de musulmans résidant au Japon – Wikipedia parle de 170 000 individus dont 100 000 d’origine étrangère. Ces communautés disposent d’une quarantaine des mosquées dont les premières ont été construites dans les années 1930. Plus récemment, une petite dizaine de Japonais convertis à l’islam ont rejoint les rangs de l’Etat islamique, dont l’une des premières exactions mondialement médiatisées fut l’assassinat d’otages nippons.

L’histoire des relations entre le pays du Soleil levant et l’Islam, risque de vivre un nouveau bouleversement, l’association musulmane japonaise ayant entamé des démarches en vue de la construction d’une très grande mosquée à Shizuoka, une ville de 700 000 habitants à deux heures de route de Tokyo. Pour Yassin Essaadi, le résident japonais d’origine marocaine qui préside l’association, cette grande mosquée devrait devenir l’un « des catalyseurs de la propagation de l’islam dans le pays ». Ce projet ostentatoire rappelle les chantiers pharaoniques de mosquées-cathédrales planifiées en Europe.

Sans passif colonial avec le monde musulman, ni difficultés d’intégration liées à une immigration arabo-musulmane massive, le Japon suit pourtant une trajectoire proche de la nôtre. Jusqu’ici, la contribution de la culture japonaise à l’islam se résumait au mot de kamikaze. Les problèmes ne font sans doute que commencer.

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    • 4 Juillet 2016 à 10h40

      FrancoiseTLV dit

      Ce n’est pas par hasard que le Japon choisit de mettre sous surveillance les résidents ressortissants des pays membres de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) au profit de leurs objectifs sécuritaires. Cette organisation compte 57 pays membres, qui tous siègent à l’ONU. Elle a « … l’insigne honneur de galvaniser la Oummah dans une parfaite unité et a activement représenté le monde musulman en épousant les causes qui tiennent à cœur à plus de 2,5 milliards de musulmans à travers le monde …. » (Site officiel de l’organisation). Elle compte à son actif, grâce à ses budgets sans limites, le financement de la propagande mondiale qui supporte son action et à laquelle nul pays dans le monde n’échappe. C’est cette organisation qui a adopté «La Déclaration universelle des droits de l’homme en islam ». Cette charte se traduit notamment par « une forte imprégnation religieuse, l’affirmation de la primauté divine, la limitation de la liberté de choisir sa religion et d’en changer et par l’inégalité des droits entre l’homme et la femme » (Wikipédia). Très influente à l’ONU, l’OCI diffuse librement son idéologie, contraire et totalement incompatible avec « La Déclaration universelle des droits de l’homme » qui définit les valeurs morales et humaines dont le sens profond et universel doit servir de guide au travail de cette institution et reconnait la nécessité du respect inaliénable des droits fondamentaux de l’homme par tous les pays, nations et régimes politiques. Le Japon s’ajoute donc à la liste des nombreux pays victimes de l’action idéologique de l’OCI, action qui dans toutes ses occurrences se traduit par le terrorisme djihadiste islamiste.

    • 3 Juillet 2016 à 8h55

      beornottobe dit

      c’est bien pourquoi je suis très surpris par l’énorme silence des féministes (des tous bords) et du parti dit socialiste, sur le sujet !

      il me semble que les “féministes” (de tous bords) s’en mordent les doigts avant longtemps…..(mais trop tard !)

    • 3 Juillet 2016 à 3h31

      Livio del Quenale dit

       @i-diogene
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      vieuxchameau n’a pas tort.
      Et vous cacher derrière les lois, n’est pas très courageux, et va dans le sans conformiste du moment, surtout quand ces lois sont interprétées voire trahies ou dévoyées quand la lettre prend le pas sur l’esprit par des juges “politisés”.
      Cela traduit un laxisme trouillard, sur lequel nos dirigeants ferment les yeux par peur d’être accusés de ce dont ils accusent les autres, et aussi des mouvements sociaux et/ou troubles dans les banlieues .
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       Et bien ils ont les deux avec en plus les casseurs que l’on regarde déconcertés et médusés pour les uns, indifférents, narquois, voire sarcastiques et/ou cyniques pour les autres.
      De toute façon sans réaction appropriées.
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       Ah! quels signaux ! pour la haine ambiante.
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       Ce qui est sûr, c’est que ce genre de politique, si l’on peut encore parler de politique, fait le lit d’une dictature policière, car la dictature du politiquement correct et de la pensée unique autoritaire, nous l’avons déjà.
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