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Le (re)voilà Perret !

Ne laissons pas Jacques Perret aux oubliettes

Publié le 27 janvier 2013 à 9:30 dans Culture

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J’ai eu beau fouiller, me tourner de toutes parts, je n’ai rien trouvé. Ainsi une profonde injustice se faisait jour, Jacques Perret, mort voici vingt ans, passait aux oubliettes ! Pourtant, les éditions Via Romana viennent de sortir le premier volume de ses chroniques parues dans Aspect de la France. Alors, profitons de l’occasion…

Jacques Perret est né en 1901, comme mon grand-père, c’est dire si ma découverte de l’auteur démarrait sous les meilleurs auspices quand, adolescent, j’achetai Le Caporal Epinglé, ouvrage avec lequel il échoua de peu au prix Goncourt. Quatre ans plus tard, il obtint l’Interallié pour Bande à part. Je ne sais si ce prix fut à la mesure de son talent, mais il lui permit d’acquérir un bateau, le Matam, « oiseau des mers » avec lequel il put réaliser ses rêves pélagiques avec l’ami Collot. Il en tira Rôle de plaisance, son livre préféré.

Je pense avoir tout lu de Perret. Le plus extraordinaire est que je pense avoir tout relu également. Car Perret est de ces rares écrivains qui ne lassent pas et qu’on peut lire et relire à l’infini en éprouvant toujours le même ravissement. Un sacré camouflet pour la théorie de l’utilité marginale décroissante ! Dernièrement, je me suis à nouveau extasié sur ses Insulaires. Luxuriance du style et vocabulaire  richissime. Ajoutez-y périphrases et métaphores de qualité, un humour finement ciselé, et vous avez là une cuvée qui vous fait claquer la langue française au palais.

L’homme sait également émouvoir. Son livre de souvenir Raisons de famille , tout en délicatesse, en apporte la preuve. Le passage du voyage avec son père du côté de Bouchavesne dans la Somme pour retrouver la dépouille du frère tué au front en 1916 est un moment poignant, servi tout en pudeur et retenue.

Mais il était aussi un pamphlétaire redoutable dont l’efficacité renvoie sur les bancs de l’école nos folliculaires modernes, qui confondent souvent agressivité et talent. Son soutien à l’Algérie française et son opposition au grand Charles lui valurent quelques déboires : déchéance de ses droits civiques et retrait de la médaille militaire. Commentant en 1949, bien avant son heure, la même mésaventure (à l’exception de la médaille) survenue à Aragon pour avoir publié de fausses nouvelles dans son journal, il écrit : « Je me dis tout bonnement, que privé de sa carte d’électeur, un poète digne de ce nom peut encore écrire des poèmes, et c’est le principal ».

On voit bien par là que la punition gaullienne ne laissa pas à Perret un mauvais pli à l’estomac. En bon marin, Perret a toujours hissé sa voile contre le vent de l’histoire. Cela ne pardonne pas dans notre démocratie moderne, et au panthéon de la reconnaissance républicaine, il est plutôt tricard. Tour à tour gaulois, mérovingien, chouan et mousquetaire, il était terriblement français, un indécrottable français, mais d’une France qui n’existe plus guère. S’étant toujours déclaré pour le trône et l’autel, à l’argument que les temps ont changé il répondait imperturbable : «  Qu’ils aient changé ou non c’est leur affaire, mais un principe n’est pas une girouette. »

C’est sans doute ce qui donne à ses écrits le charme suranné des vérités séculaires aujourd’hui étouffées sous les apophtegmes progressistes ! Ce n’est pas qu’il était contre le progrès mais il se méfiait : « Bien sûr, unité, universalité, c’est un vieux rêve, une noble hantise ; et sur le plan temporel elle sert de caution à toutes les  entreprises d’hégémonies, à toutes les tyrannies autocratiques et doctrinaires ».

J’espère que ce Dieu qu’il aimait tant lui a réservé une place de choix et que les vignes célestes lui offrent de temps en temps un petit coup de muscadet. Quant à moi, en avançant en âge, je me retrouve de plus en plus dans cette phrase : « À mesure que se développe une certaine notion aberrante et inhumaine de l’universel, je tends à me ramasser dans le particulier ».

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A lire sur Causeur.fr

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  • 28 Janvier 2013 à 21h43

    debuttet dit

    Vous avez raison.Jacques Perret est un très grand écrivain,connu aujourd’ui par un cénacle malheuresement réduit et sans doute limité à ma génération.
    Il faut l’en faire sortir d’urgence.Il mérite d’etre présent dans toute anthologie des lettres françaises.
    J’en veux en particulier à Gallimard de ne pas l’éditer dans la collection de la Pléiade. Comme Jacques Bainville.Toujours en rupture de stock!
    A croire que ces grandes maisons de l’édition vivent dans la honte de leur ancien passé collaborationniste et préfèrent dans l’oubli celui de leur propres turpitudes.
    Il est grand temps que ces auteurs sortent de ce placard.Ne pas le faire serait une faute.Les re publier sera une reconnaissance: à la langue,à l’esprit,à l’humour.
    voir :http://jacquesperret.zumablog.com/index.php

  • 28 Janvier 2013 à 11h58

    xray dit

    Bravo !
    En voilà une bonne idée de saluer ce si grand écrivain, si magnifique et drolatique chantre des causes perdues, que moi aussi je relis sans me lasser !
    Que le délicieux Rôle de plaisance que vous citez ne fasse pas oublier La compagnie des eaux, du même tonneau (de Bombita Grand Arôme évidemment) !
    Et ce sens percutant de la formule en panache. Un seul exemple:”Les âmes bien nées n’arrivent jamais trop tard, les événements se retiennent”;

  • 28 Janvier 2013 à 0h47

    Quentin albert dit

    Tout simplement mon auteur favori. A lire et à relire, “le vent dans les voiles”, Ernest le rebelle”, “Bande à part”, “le caporal épinglé” bien sûr… Oh, et puis, tout. Ne rien negliger de cet auteur magnifique! Et si vous avez la chance de tomber sur certaines éditions illustrées par Beuville, Collot ou Jo Merry, alors là… Vive le Roy!

  • 27 Janvier 2013 à 14h29

    byu dit

    Aaah !
    déjà vingt ans ? Je suis comme vous, ce que j’ai lu, je le relis. Je me souviens d’un convoyage zizagodromique entre Allemagne et Irlande. Chaque soir, je lisais quelques versets de “Rôle de plaisance” à l’équipage qui se tordait de rire et de plaisir. Toujours l’étiquette avant la technique.
    Merci, votre papier est salutaire. 

  • 27 Janvier 2013 à 11h35

    bea33 dit

    Je ne connais pas cet auteur hélas, mais je trouve votre chronique très belle.