Jacqueline Sauvage, un procès très politique | Causeur

Jacqueline Sauvage, un procès très politique

Ses avocates ont instrumentalisé la cause des femmes

Auteur

Régis de Castelnau

Régis de Castelnau
est avocat.

Publié le 12 août 2016 / Politique Société

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Avocates de Jacqueline Sauvage. © AFP/Archives JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN.

La demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage a donc été rejetée. Mais qui, peut être sérieusement surpris d’une pareille décision ? Elle était inéluctable pour plusieurs raisons. Il n’est que de constater la nouvelle levée de boucliers des médias acharnés à véhiculer un story telling mensonger et la réaction de politiques inconséquents à la recherche de mauvaises causes pour le comprendre. Tous ceux qui ont instrumentalisé cette affaire et transformé Jacqueline Sauvage en victime d’une terrible erreur judiciaire poursuivent dans cette voie par ignorance dans le meilleur des cas, par calcul dans le pire.

Une affaire plus complexe qu’il n’y paraît

Interpellé par le gigantesque battage médiatique après la condamnation en appel de Jacqueline Sauvage et par la contradiction avec tout ce que racontait la procédure judiciaire, je m’étais penché d’un peu plus près sur ce dossier. Pour constater que l’on nous servait un mensonge en la présentant comme la victime d’un monstre qui l’aurait martyrisé pendant 47 ans, violé ses filles et poussé son fils au suicide, monstre qu’elle aurait été contrainte de tuer pour se défendre. Je renvoie à l’article que j’avais alors publié pour expliquer la discordance entre deux décisions de justice identiques prononcées après une procédure d’instruction régulière, et le scénario que nous servaient les associations féministes massivement relayées par les médias. Ceux qui connaissaient le dossier, pour avoir par exemple assisté aux débats relevaient, parfois très sévèrement, les énormes fautes des avocates de la défense qui, se détachant de la réalité du dossier se comportèrent en militantes de la cause des femmes.

Négligeant le prétoire lieu où la justice se rend, elles se déployèrent dans l’espace médiatique. Où le vacarme obtint rapidement la décision à laquelle on pouvait s’attendre du Président de la République, une grâce mi-chèvre mi-chou. Sans mesurer à quel point cet énorme battage et cette décision présidentielle constituaient une gifle pour les magistrats et les jurés intervenus sur ce dossier. Parce que  le scénario que nous servaient militants et magistrats avait une logique : Jacqueline Sauvage sainte et martyre, cela voulait dire Justice rendue par des salauds. Alors, toutes les cervelles d’oiseau qui se réjouissaient de cette demi-victoire n’ont absolument pas vu le piège dans lequel elles enfermaient la malheureuse Jacqueline Sauvage. Et d’ailleurs, pour beaucoup d’entre elles, ce ne devait pas être un souci.

Justice pour une coupable

En France, on adore l’indépendance de la justice mais uniquement quand elle rend une décision en votre faveur. Où en ce qui concerne les médias quand elle leur donne satisfaction. Par conséquent, quand on n’est pas content, on l’insulte. On n’ira pas lui reprocher des décisions parfois délirantes comme dans l’affaire de Guyane concernant Christiane Taubira ou des violations des règles et des principes dès lors qu’il s’agit de la chasse au Sarkozy. Et on trouvera très amusant l’incroyable affaire du « mur des cons » où l’on a vu un important syndicat de magistrats revendiquer expressément la partialité (!). En revanche, quand la justice fait bien son boulot mais que cela heurte les convictions de militants bien en cour, que cela ne permet pas aux médias de faire de l’audience, ou que cela n’offre pas à des bateleurs politiques un peu de grain démagogique à moudre, alors là, la justice on lui tombe dessus.

Le corps des magistrats n’avait pas apprécié d’avoir été violemment attaqué dans ce qui ressemble à un mépris social certain à l’égard des jurés concernés. La demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage  semble faire l’objet d’un traitement assez rigoureux. Le parquet a fait ce qu’on lui demandait, c’est-à-dire requis la mise en liberté. Mais le juge du siège, après expertise, a considéré que la décision de condamnation – concernant le quantum de la peine1 – avait l’autorité de la chose jugée. Force est de reconnaître que la campagne médiatique et la décision de grâce ont enfermé psychologiquement Jacqueline Sauvage dans un statut de victime. Ce qu’elle n’est judiciairement pas. Militants, politiques et médias attendaient la libération d’une innocente. La justice, quant à elle, avait à rendre une décision sur la mise en liberté conditionnelle d’une coupable.

Je vois pour ma part dans ce retour au réel une manifestation d’indépendance d’impartialité de la justice. Ce n’est bien sûr pas le cas des militants, des politiques en campagne, et de ces médias qui continuent très tranquillement à raconter n’importe quoi. Au détriment des véritables intérêts de Jacqueline Sauvage.

 

  1. Le quantum de la peine est le montant de la peine infligée compte tenu de la faute commise et de l’appréciation du juge.

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    • 18 Août 2016 à 9h47

      beornottobe dit

      quelle “sauvagerie” !!!!!

    • 18 Août 2016 à 7h27

      lisa dit

      En causant de Taubira, elle a une affaire sur le dos encore en ce moment, les medias bien en cour n’en parlent pas.

      • 18 Août 2016 à 9h12

        beornottobe dit

        “on” ne nous dit pas tout !

        • 18 Août 2016 à 9h58

          lisa dit

          Plus qu’à aller sur les medias de la réacosphère…

    • 17 Août 2016 à 12h18

      dacey dit

      C’est vrai, quoi, cette pauvre femme n’est qu’une victime. Elle n’a fait qu’abattre son mari dans le dos, on ne va pas en faire tout un fromage. Sa défense : ledit mari m’a pourri la vie. Des preuves ? Aucune, sinon le témoignage des ses filles … C’est du solide, non ?

    • 17 Août 2016 à 7h54

      beornottobe dit

      les “avocates” ….. socialistes (comme il se doit en ce moment)…..
      ainsi que les socialistes font feu de tout bois……

    • 16 Août 2016 à 17h41

      Hannibal-lecteur dit

      Vos analyses, Régis, sont merveilleuses de pertinence, …dès qu’il ne s’agit pas de combat corporatiste. Votre conclusion est donc parfaite, bien que je reste en désaccord avec votre opinion sur Sauvage : celà tient à ce que vous ne vous êtes pas penché suffisamment sur les complexités du déni, déni qui est la clé des agissements de cette femme, déni qui se justifie par le contraire du bon sens, du sens commun …à condition de le percevoir, ce qui n’est pas simple, il faut pour ça un regard a contrario, si l’on peut dire.
      Et là où vous persistez dans votre corporatisme c’est quand vous refusez de voir que non pas une mais deux décisions de justice, pourtant résultat toutes les deux d’un ” bon boulot ” comme vous dites, d’une bonne éxécution du travail judiciaire peuvent être cependant une erreur à cause de cette compréhension si difficile du déni.
      Et enfin, ce n’est pas parce que de stupides féministes s’en sont emparées que la cause elle-même est autre que ce qu’elle est . Même une féministe stupide peut par miracle avoir parfois raison… 

      • 16 Août 2016 à 18h25

        cyrano dit

        Alors, comment expliquez vous cette double condamnation?

        • 16 Août 2016 à 18h56

          Hannibal-lecteur dit

          Euh, comme disaient nos grands-pères, les mêmes causes produisant les mêmes effets…rien d’étonnant. Deux jurys ignares sur la complexité du déni, une justice qui avance sans précautions ni doutes sur ce qui catactérise d’habitude la culpabilité et qui doit ici être inversé, et voilà elle a bien fait son boulot, comme dit RdC , et s’est trompée. Deux fois, par un mécanisme semblable et sans remise en question.
          Le ” tiré dans le dos ” est un magnifique exemple du déni : elle a eu le courage de reconnaître que ce courage s’évaporerait sous le regard du maître : un jury appelle traîtrise ce courage, ce qu’il est d’habitude, il faut le reconnaître avant de  condamner ce jury…

        • 16 Août 2016 à 20h04

          IMHO dit

          Waw ! Un maître du polar psychologique est né !

        • 16 Août 2016 à 20h15

          eclair dit

          hannibal

          hypothese, le mari lui dit qu’il va divorcer et qu’il va liquider l’entreprise familiale.

          Elle le tue il y a encore votre fameux déni?

        • 16 Août 2016 à 20h17

          eclair dit

          quand elle pourchassait la maitresse de son mari avec un fusil obligeant cette dernière à se réfugier dans un commissariat.

          Elle était aussi dans le déni?

        • 18 Août 2016 à 7h15

          Hannibal-lecteur dit

          Éclairobscur, vous y êtes, ouvrez les yeux, acceptez la coexistence des contraires. Ce sont les enfants vivants bien-aimés de Mme Courjeault ET ceux dans le congélateur.