Jacqueline Sauvage grâciée, libérée mais pas innocentée | Causeur

Jacqueline Sauvage grâciée, libérée mais pas innocentée

La justice n’est pas à la fête

Auteur

Régis de Castelnau

Régis de Castelnau
est avocat.

Publié le 29 décembre 2016 / Société

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Jacqueline Sauvage a été condamnée à deux reprises successives à dix ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son mari. Une défense fantaisiste, militante et judiciairement contre-productive a construit pour les médias une story telling victimaire aux antipodes de la réalité du dossier. Quoi qu'en dise le lobby féministe, Madame Sauvage n’a pas tué son mari parce qu’il la violentait et s’était permis des agressions sexuelles sur ses enfants.
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Manifestation en faveur de Jacqueline Sauvage. Sipa. Numéro de reportage : 00784814_000041.

François Hollande a un don. Tout au long de son quinquennat chaotique, nous avons pu constater à quel point Pépère était à côté de la plaque. On a beaucoup reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir insuffisamment occupé la fonction de Président de la République. Le problème avec François Hollande, c’est qu’il en a occupé une autre. Et qu’il est aujourd’hui impossible de savoir laquelle. Dernier exemple en date, la soudaine grâce totale de Jacqueline Sauvage. Était-il possible de faire pire ? Malheureusement non.

Jacqueline Sauvage, simple victime?

Rappelons que Jacqueline Sauvage a été condamnée à deux reprises successives par deux cours d’assises différentes à dix ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son mari. Une défense fantaisiste, militante et judiciairement contre-productive a construit pour les médias une story telling aux antipodes de la réalité du dossier. Non, Madame Sauvage n’a pas tué son mari parce qu’il la violentait et s’était permis des agressions sexuelles sur ses enfants. Cette présentation n’est absolument pas conforme à la réalité qui apparaît à ceux qui ont pu connaître du dossier et en particulier aux magistrats et jurés qui l’ont jugée. Cela explique la peine prononcée à son encontre par deux fois.

Saisi une première fois après une campagne furieuse du lobby féministe victimaire, François Hollande avait accordé dans l’urgence une grâce partielle. C’était passablement louvoyant, méthode habituelle de ce Président comme on avait pu le voir dans la ridicule affaire Leonarda. Mais c’était déjà un camouflet pour tous ceux qui avaient eu à connaître judiciairement de ce dossier et pris les décisions, magistrats du siège, procureurs et jurés, que cette grâce chèvre-chou présentait déjà comme des brutes sans cœur ayant failli à leur mission.

Le lobby féministe en embuscade

À deux reprises par la suite, la juridiction de l’application des peines a rejeté, sur la base des dossiers qui lui étaient soumis, une demande de libération conditionnelle anticipée. Les lobbies féministes ont à nouveau embouché les trompes pour insulter les magistrats qui avaient fait leur boulot.

Nouvelle campagne au moment des fêtes, on nous a prévenus à grands cris que Jacqueline Sauvage n’aurait pas d’autorisation de sortie pour les passer en famille. En omettant de dire que c’était pour une bonne raison : elle n’en avait pas fait la demande !

Et voilà que François Hollande, virtuose du contresens, tout à son besoin compulsif de laisser dans l’Histoire la trace d’un ahuri, vient d’accorder à Jacqueline Sauvage une grâce, cette fois-ci totale. Pourquoi cette décision, et à ce moment ? La seule motivation ne peut être que la volonté de bafouer ce qu’ont décidé les juges de l’application des peines, seuls événements intervenus depuis la grâce précédente.

Bras d’honneur présidentiel

Soyons clair, tant mieux pour celle qui a retrouvé la liberté. Mais à quel prix ? Tant pis pour la justice et ceux qui la rendent, magistrats et jurés, juges de l’application des peines qui ont accompli leur mission, celle que la République leur a confiée, en conscience et avec mesure. Ils se débrouilleront avec ce bras d’honneur présidentiel.

Tant pis pour la dignité de l’institution, à croire que celle-ci ne pèse pour rien dès lors qu’il s’agit de satisfaire de petits lobbies parisiens. Parce que sinon, quel intérêt pour François Hollande que d’essayer d’améliorer sa popularité alors qu’il n’en a plus besoin ? Ayant décidé de sauter par-dessus bord du navire qu’il a conduit vers l’iceberg. Simplement par inconséquence, lui et ses amis auront ainsi passé cinq ans à nous abîmer les institutions.

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    • 3 Janvier 2017 à 12h11

      Pol&Mic dit

      “Jacqueline Sauvage grâciée, libérée mais pas innocentée”……….
      …….
      encore heureux !…….
      n’empêche……cela démmontre (une fois de plus) que…………………….!

    • 31 Décembre 2016 à 14h41

      Rico dit

      Idem que beaucoup,je ne plains pas ce mari violent et ce père pédophile s’il on en croit ses propres filles.
      Donc,bon débarras car ces faits “la” semble incontestable.
        
      Mais,a suivre les grandes lignes médiatiques orchestrées a grand coup de féminisme exacerbés,il faut bien convenir que la supposé victime a un passif souffrant de zones d’ombres.

      Je ne les citerai pas toutes:

      Mais:”Selon l’administration pénitentiaire, elle est capable d’être méchante.
       Le personnel pénitentiaire la décrit comme autoritaire, indiquant qu’elle refusait les ordres.”
      Loin du profil d’une femme soumise au point de ne pas avoir eu le courage de protégé ses enfants au moment opportun.

      Mais aussi: Beaucoup de témoignage interne a la famille et quelques témoignages du voisinage ou amis qui ne remettent pas en cause la violence subit ainsi que le comportement  du père avec ses filles.

      Mais encore: “Une personne désirant temporairement garder l’anonymat soutient le fait que Jacqueline Sauvage aurait eu une aventure extraconjugale 3 mois précédent le décès de son mari. Il s’agirait d’un homme de 20 ans son cadet, Didier M.”

      Le trouble dans cette affaire judiciaire,n’est certes pas le regret d’un mauvais homme disparu qui inspire le dégoût par ses actes déviants,mais plutôt l’acte déterminé,prémédité,meurtrier d’une femme qui élimine son mari pour d’autres raisons que celles dont elle se plaint plusieurs décennies après.

      Je ne doute pas de ses raisons a cette femme,retenues pour sa victimisation médiatique et sa libération suite a l’élimination d’un homme qu’elle a laisser agir durant près de 47 ans,mais je m’interroge sur ses véritables raisons aujourd’hui face a son laisser faire vis a vis de son mari avec qui elle travaillait de concert dans une entreprise de transport.

      En tant que conjointe collaboratrice d’une société ne touchant pas de salaire,un divorce avec pension alimentaire pouvait être plus enviable financièrement que le fait de perdre un emploi avec salaire?

      • 31 Décembre 2016 à 14h48

        Rico dit

        Enfin,si sa liberté ne me cause pas un problème particulier moralement face a tant de potentiels ou futur-récidiviste-assassins-terroristes dans nos rues grâce a l’UMPS,il faut bien que cette libération se fasse sous couvert de vérité…et bien des questions restes sans réponses.

          

    • 31 Décembre 2016 à 9h49

      buble dit

      Le parti des médias a encore frappé et Hollande le mollusque-bien-pesant confirme sa friabilité intellectuelle aussi bien que la vulgarité de la seule vision politique qu’il sait excréter.
      Puisque les décisions de Cour d’assise sont moins importantes à ses yeux que d’engranger le bénéfice d’un agrément populiste facile mais de courte vue, sans mérite ni gloire, il confirme les sobriquets dont il est affublé depuis le début de son mandat.
      Il ignore ce que tout monarque impartial sait d’évidence, qu’on peut être une victime authentique et tout à la fois une ordure véritable; et ce savoir sur la nature de l’humain, il l’inscrit en lettres d’or dans la pratique de la philosophie politique de son mandat avec autant de gravité que d’indulgence ou de sévérité.
      C’est à force d’injurier l’esprit des Institutions patiemment élaborées par les pères de la République, que les gouvernants avides de reconnaissance cosmétique font le lit de l’arrivée au pouvoir d’autocrates auxquels il suffit de dénoncer la dictature des minorités pour séduire en paraissant subvertir; car entendre un lobby, c’est ignorer les autres qui se trouvent dès lors fondés à pétitionner contre l’insupportable inégalité induite par l’impéritie du Prestataire de service élyséen.
      La dignité d’un chef d’État véritable, réside dans l’exemple qu’il donne d’une impartialité sans faille à travers son respect rigoureux des lois de la République et qu’il s’y soumet par la manifestation d’une hauteur de vue inaliénable. Ce n’est qu’ainsi que peut s’imposer le respect, pour un Prince qui le recherche.
      Après l’ignominie de la “décision Lagarde” complaisamment approuvée par le pouvoir socialiste, instaurant “la culpabilité avec dispense de peine “, le signal est donné que la sophistique est désormais à la disposition des Cours de Justice d’exception.
      Les comptes seront donc bien réglés et comme prévu, par des Français silencieux, lucides et outragés par tant de renoncements, aux prochaines élections présidentielles.

    • 30 Décembre 2016 à 23h01

      L’Imprécateur dit

      Non pas “légitime défense” mais “légitime vengeance”, bien que le sens de ce dernier mot retire le sien au précédent.

    • 30 Décembre 2016 à 11h48

      curnonsteen dit

      Hollande est un danseur de samba, hélas ! Que Madame Sauvage soit dehors, tant mieux : son mari ne valait pas cher sans pour autant mériter de mourir. Cela ne règle pas le problème de fond : le président actuel de la République n’est pas à sa place et cela depuis le tout début. Il lui reste malheureusement cinq mois pour danser encore.

    • 30 Décembre 2016 à 11h32

      pierrepauljacques dit

      Le droit de grâce est un droit régalien et n’a pas à se justifier. Un article sur les grâces présidentielles précédentes font penser un peu à l’entre-soi .
      mais cet article après la “condamnation” de Christine Lagarde me parait manquer d’épaisseur

      • 30 Décembre 2016 à 11h55

        Sancho Pensum dit

        Bon parallèle. Christine Lagarde est en effet un genre de Jacqueline Sauvage. Reconnues toutes deux coupables, mais dispensées de peine.

        • 30 Décembre 2016 à 19h38

          ZOBOFISC dit

          Tout à fait !
          D’ailleurs, elle a tiré trois coups de fusil dans le dos de DSK pour lui piquer sa place mais comme elle vise comme une patate elle l’a raté. Alors, Machiavélique comme Jacqueline Sauvage, elle lui a envoyé Nafissatou !

    • 30 Décembre 2016 à 10h45

      philpat dit

      qu’elle soit coupable, c’est certain, mais ses filles que le “père” violait, l’ont soutenue! des délinquants graves ne passent pas par la case prison…
      le choquant pour moi, c’est les trois pas en avant de Hollande, suivis d’un pas en arrière (demie grace) puis la grace complète après procès; quelle indétermination, puis quelle baffe magistrale aux jurés qui décident “au nom du peuple français” peuple dontse fout le président!

    • 30 Décembre 2016 à 10h27

      jo1934edunom dit

      Excellent article !
      La position de Hollande est totalement incohérente.Il accorde la grâce partielle, puis au bout de quelques mois il accorde la grâce totale!!!
      Cela ne s’est jamais vu. On ne peut pas juger deux fois des mêmes faits. Soit il avait bien lu le dossier la première fois, mais alors pourquoi y revenir ? Soit il l’avait mal lu, mais alors c’est très inquiétant, venant de quelqu’un qui a un tel pouvoir entre ses mains ! On peut se dire que dans les deux cas il n’a pas lu sérieusement le dossier et qu’il ”fonctionne” à l’émotion, ce qui n’est pas rassurant ! La justice avait bien travaillé, deux jurys d’assises, faits de magistrats sérieux et de jurés populaires consciencieux avaient considéré que cette femme devait être condamnée sévèrement, 10 ans. Et Hollande arrive, qui croit que le droit de grâce, c’est le caprice du prince, le bon plaisir du souverain ! Comme pour le reste , cela prouve que Hollande n’a jamais réfléchi aux différentes missions de la fonction de Président.. Le droit de grâce doit être conçu comme un mécanisme d’ajustement nécessaire dans un système judiciaire qui a pourtant bien fonctionné. De Gaulle avait expliqué dans ses Mémoires de guerre pourquoi il fallait, pour une bonne justice,que Pétain à la Libération fût condamné, à mort en raison des fautes impardonnables commises en 1940. Mais il fallait aussi que , pour le ”Sauveur de la France de 1917”, la peine capitale fût , par le droit de grâce, commuée en détention à perpétuité. Ce qui fut fait.
      Que je sache, Jacqueline Sauvage n’avait pas été condamnée à la peine capitale .

      • 30 Décembre 2016 à 11h54

        Sancho Pensum dit

        Au contraire, Hollande est totalement cohérent dans cette affaire.
        Cohérent avec lui-même d’abord en prenant soin d’élaborer une demi-mesure – la grâce partiele – comme à son habitude.
        Et cohérent sur la conclusion : lorsque Hollande a accordé une grâce partielle à Sauvage, c’était pour lui permettre de demander une libération conditionnelle. Pourquoi pas, vu la solidarité publique – qui contrairement au sous-entendu de Castelnau dépasse largement le seul microcosme féministe – exprimée envers cette femme. Il n’a pas que constater, au bout d’un an, que les magistrats lui ont constamment savonné la planche, en refusant le moindre traitement de faveur à Sauvage. D’où cette grâce totale. Une façon de dire à cette “institution de lacheté”, comme il le dit lui-même dans “un président ne devrait pas dire ça” : “je vous emmerde !”.

        PS : le droit de grâce a survécu à la peine de mort, dans les textes et dans les faits.

        • 30 Décembre 2016 à 19h41

          ZOBOFISC dit

          Tout à fait !
          Le droit de grâce aurait dû disparaître avec l’abolition de la peine de mort. 

    • 30 Décembre 2016 à 10h00

      stella dit

      Certains “obéissent” aux Lobbies féministes, d’autres les “honnissent” … moi, j’ai préféré écouter les voisins ….
      Wikipedia, affaire J.Sauvage :

      “Une autre voisine témoigne lors du procès en appel avoir retrouvé Jacqueline Sauvage apeurée, tétanisée et ensanglantée dans une voiture, refusant de rentrer chez elle, mais obligée de le faire par son mari. Elle indique avoir à plusieurs reprises « trouvé madame Marot dans des états, très esquintée du visage. » [sic] et « même été lui faire ses courses une ou deux fois »

      oh, mais flûte, comme c’est ballot ! les magistrats voulaient des PREUVES, pas que des “témoignages” …. malheureusement, J.Sauvage n’est pas restée “handicapée” après ces coups, dommage …..hein ?

    • 30 Décembre 2016 à 9h17

      àboutdepatience dit

      Ce qui est en jeu dans cette affaire c’est la survivance du droit de grâce, qui ne nécessite pas de motivation et qui est confié à un seul homme.
      C’est donc le maintien dans la République d’une pratique monarchiste du pouvoir absolu.
      Que le droit de grâce ait pu s’exercer tant qu’existait la peine de mort est compréhensible, mais en l’absence de peine capitale cette grâce a-t-elle encore un sens ?
      Maintenant, sur le cas présent, il est clair que deux institutions s’opposent au détriment de deux jurys populaires et à la gloire des avocates féministes. Sans que le public ait tous les moyens de comprendre la complexité du cas.
      Nombre de femmes battues ont été plus déterminées en portant plainte et divorcant, bien qu’ayant eu des envies de meurtre auxquelles elles ont eu le courage de résister.

    • 30 Décembre 2016 à 8h56

      soleil13 dit

      Oui, c’est un point de vue mais il en manque la démonstration ! On reste passablement interdit, dubitatif …