Israël : la révolte des inclus
Bac+6 ch. F2
Publié le 02 août 2011 à 9:55 dans Monde
Mots-clés : Benyamin Netanyahou, Israël, révolte

En Israël, le nom de Rothschild n’évoque pas le « grand capitâaâl » de feu Georges Marchais mais la philanthropie d’une famille qui dépensa beaucoup d’argent en faveur du « foyer national juif » établi en Palestine. Pour les habitants de Tel Aviv, ce nom est celui d’un boulevard où la jeunesse dorée vient fréquenter les bistrots à la mode, et où le prix de l’immobilier atteint des sommets stratosphériques. C’est de cette artère qu’est partie la vague protestataire la plus importante en Israël depuis les grandes manifestations pacifistes des années quatre vingt.
Comme à Paris, il y a deux ans au bord du canal Saint Martin, un village de tentes modèle Quechua a été dressé à l’appel, sur les réseaux sociaux, d’étudiants rendus furieux par les prix ophtalmocéphaliques des loyers dans la principale métropole de l’Etat juif. Ce n’étaient donc pas des sans-abris, et nombre d’entre eux appartenaient à des familles aisées des quartiers nord.
Très rapidement, la protestation s’est étendue aux principales villes du pas, Jérusalem, Haïfa, Bersheva, et les étudiants ont été rejoints par des salariés, appartenant pour la plupart aux classes moyennes et éduquées. Le 23 juillet 2011, le mouvement a réussi à rassembler plus de cent mille personnes à travers le pays, la plus importante manifestation depuis celle qui suivit, en 1994, l’assassinat d’Itzhak Rabin.
Les reportages publiés dans la presse concernant ce mouvement montrent que ce n’est pas l’Israël pauvre (ultra-religieux, Arabes ou Falashas) qui est descendu dans la rue. Ce sont les étudiants, des jeunes professionnels actifs dans le secteur des services et de la haute technologie. Tous ces gens déclarent en avoir plus qu’assez de dépenser l’essentiel de leur salaire dans des loyers qui grimpent sans arrêt, de payer des sommes trop importantes pour faire garder leurs jeunes enfants quand les deux parents travaillent, et de se coltiner des heures d’embouteillages sur le périph’ de Tel Aviv faute des transports en communs performants.
C’est la révolte des inclus, de ceux qui portent le pays par leur travail et qui font sans rechigner leurs longues années de service militaire. Peut leur chaut que le gouvernement de Benyamin Netanyahou leur oppose les performances économiques remarquables d’Israël, qui a plutôt bien traversé la crise économique mondiale et peut aligner des indices de croissance et d’emploi à faire verdir de jalousie les pays de l’OCDE ,dans laquelle Israël vient d’être admis.
Ni la gauche, ni le syndicat Histadrout n’ont vu venir ce mouvement. Les travaillistes, ou ce qui en reste depuis la scission du parti au début de l’année1 avaient concentré leurs critiques du gouvernement sur les questions de sécurité et de stratégie diplomatique pour résoudre le conflit avec les Palestiniens. Ils avaient tout simplement oublié les obligations liées à leur dénomination et à l’histoire de la gauche sioniste : défendre les travailleurs.
Ce mouvement préfigure peut-être « l’insurrection qui vient » chère à quelques uns des plus éminents contributeurs de ce salon. C’est une nouvelle forme de la « révolte des modérés », expression créée par Milan Kundera pour désigner le mouvement de résistance au communisme en Tchécoslovaquie.
Les manifestants et campeurs du Boulevard Rothschild veulent habiter « là où ça se passe », là où la culture officielle ou underground s’épanouit, et ne veulent pas être relégués dans de lointaines et ennuyeuses cités dortoirs. La gentryfication des quartiers branchés de Tel Aviv n’est pas un phénomène spécifique à Israël. Elle atteint toutes les métropoles dont le prestige et les attraits rayonnent au delà des frontières nationales : les centres de New York, Londres ou Paris sont devenus inaccessibles même aux salariés des classes moyennes supérieures. A Tel Aviv, les programmes d’appartement luxueux avec vue sur la mer se multiplient, et leurs acheteurs américains ou européens les laissent vides onze mois sur douze. Les quartiers pauvres du sud de la ville, aux alentours de l’ancienne gare routière sont devenus des ghettos pour immigrés africains ou asiatiques, décourageant toute tentative de rénovation urbaine en faveur des classes moyennes.
Ce « printemps israélien », on le voit, est à mille lieux du « printemps arabe » auquel quelques commentateurs myopes ont prétendu l’assimiler. C’est un mouvement ultra-moderne, au sein d’une démocratie qui n’est pas remise en cause. Cela n’a rien à voir avec les divers « indignés » européens qui se plaignent de leur exclusion du monde du travail du fait de la crise et de la rigueur budgétaire imposée. C’est le pays utile et laïque qui est en colère, qui en a assez des impôts qui financent ces ultra-religieux improductifs mais indispensables dans toutes les coalitions gouvernementales. Cette situation est beaucoup plus menaçante pour le gouvernement de Netanyahou que les pressions internationales exercée sur lui pour qu’il cède aux exigences des Palestiniens.
- Le groupe travailliste à la Knesset s’est scindé en deux, une fraction restant fidèle à Ehoud Barak et à la coalition gouvernementale, l’autre passant dans l’opposition ↩
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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RotilBis dit
“eclair dit @RotilBis la perception cela dépend ce quon montre. Une ville bombardée je vous montre des quartiers intacts ou des quartiers compléement détruits. Votre impression ne sera pas la même. La perception qu’on a d’israel dépend uniquement des information squi sont remontées et de leur présentation.
Aaah bon , éclair ? C’est vrai, ça ?
Franchement j’aurais pas cru. Vous êtes vachement intelligent, vous, ça alors !
Ben quand j’dirai ça à ma femme !
Ainsi, selon vous, l’opinion pourrait être influencée par les informations qu’on lui donne ?
C’est fou, ça, on n’arrête pas le progrès.
Saul dit
ce que je ne comprends pas, c’est qu’on dit qu’Israël connait un plein emploi et une croissance économique constante.
si les prix augmentent, comment se fait il que les salaires stagnent ?
en période de croissance, quand un pays est en bonne santé économique, l’augmentation des prix n’est elle pas accompagnée de celle des salaires, afin de garder au moins un même pouvoir d’achat ?
eclair dit
pas plein emploi le chomage baisse mais il était à 5,7% en mai.
et c’est justement seulement à partir de ce taux de chomage qu’il peux y avoir des pressions sur les salaires.
RotilBis dit
Saul, les israéliens sont d’abord préoccupés par leur sécurité.
Ensuite, quand depuis des mois on leur explique que l’économie va bien, que le shekel va bien, etc., ils font comme tout le monde, ils demandent à voir un peu de beurre dans les épinards.
Rien que de très normal.
eclair dit
@RotilBis
la perception cela dépend ce quon montre.
Une ville bombardée je vous montre des quartiers intacts ou des quartiers compléement détruits.
Votre impression ne sera pas la même.
La perception qu’on a d’israel dépend uniquement des information squi sont remontées et de leur présentation.
RotilBis dit
Il m’avait fait marrer, Jean Daniel, quand il avait appelé à un “printemps israélien”.
pirate,
Vous connaissez un pays qui n’a aucun problème social ?
Ce qui est vrai en tous les cas, c’est l’exploitation contre le vilain Nétanyahou, dont on oublie un peu vite qu’on lui doit cette bonne santé économique, qui est sans doute une des causes du mouvement actuel.
Les chiffres sont si bons que chacun en voudrait un peu.
C’est normal.
Et puis, Israël sans “balagann“, ce n’est pas tout-à-fait Israël, ce qu’on ne sait pas toujours à l’étranger.
Quand même, Israël ne se résume pas à Tel-Aviv, il y a des coins très praticables.
Bibi dit
Curieux tout de même que nos révolutionnaires n’émettent aucune protestation sur la construction en parfaite illégalité (depuis des décennies) dans les villes, villages et quartiers de nos concitoyens arabes.
RotilBis dit
Ce qui m’interpelle, Bibi, c’est l’abîme que je constate petit à petit entre ce qu’est Israël et l’image qui en est perçue à l’étranger.
pirate dit
Aaaaaah toujours ces putains d’arabe… vous êtes une vraie caricature Shlomo
Bibi dit
Rotil, vous pouvez remercier les Jean Daniel, Edwy Plenel, Charlot Enderlin et Co. pour avoir pris soin de fabriquer un Israël imaginaire, détaché de toute réalité, afin d’en gaver le croyant lecteur-spectateur.
BLANCHE dit
“des coins très praticables” : ?
pour le surf ?
isa dit
@Bibi:
Je connais tant d’amis qui investissent en Israêl et qui sont français, que je crois l’auteur quand il dit que de nombreux somptueux programmes construits en bord de mer, par exemple, sont achetés par des étrangers pour être utilisés très peu de temps dans l’année pour les vacances. et il s’est avéré qu’effectivement, ce sont de très bons placements.
J’espère que les israéliens peuvent y accéder;.. a mon avis, seuls les très riches, non?
Bibi dit
Oui Isa, il y a ces projets, et des moins somptueux aussi. Mais ce n’est pas ceux-là qui posent problème.
Tout le monde ne veut/peut pas habiter Paris, Lyon ou Nice “huppé”, ou leur équivalent à Tel-Aviv, Jérusalem ou Haïfa. Ou faire le compromis de loger avec 3 gamins dans un 3-pièces.
Il y a une partie justifiée dans la revendication – mais qui n’a rien de nouveau (ce qui ne signifie pas qu’il ne faut pas remédier, bien que même des mesure révolutionnaires mettent également du temps à se concrétiser). Il y a un certain nombre de réformes qui sont en train de se mettre en place – depuis avant que “n’éclate” la “révolte”. C’est la façon de protester et le brouhaha médiatique qui sont critiquables.
Bibi dit
Et puis, Isa, il y a aussi ce que le touriste voit moins – les bâtiments et les unités d’hôpitaux et d’Universités, par exemple, qui sont là grâce aux dons des riches notamment de de l’étranger et dont certains possèdent des maisons et appartements en Israël aussi.
Vous pouvez y ajouter des jardins publics, des salles de théâtre/concert, des structures de convalescence pour militaires et pour “seniors”…
isa dit
Ah oui!
Je rêve d’aller à Massada voir un opéra dans un décor qu’on m’a décrit comme merveilleux, l’année dernière.
BLANCHE dit
“Je connais tant d’amis qui investissent en Israêl…”
on ne presente plus isa, star de Causeur
isa dit
Mais pourquoi j’énerve tant que ça? J’ai dit quoi de si “starifiant”?
Bibi dit
@Luc Rosenzweig,
Ce mouvement de protestation est une manip à laquelle les médias israéliens s’adonnent avec délectation. Les leaders/porte-paroles du mouvement “spontané” sont, pour la plupart, des activistes d’ONG ou de mouvements politiques d’extrême-Gauche post-sioniste (d’où la prolifération des drapeaux rouges chez les protestataires).
L’adhésion s’explique par (a) l’effet de mode – Athènes, Madrid, Place Tahrir… tous protestent et nous, et nous*? (b) Le poids des impôts qui pèse très lourd depuis 63 ans, et les allocations pas assez substantielles pour les “inclus”.
Que la Histadrout (principal syndicat) et les comités des grandes entreprises restent à l’écart de ce mouvement revendicatif n’est pas insignifiant. Car il ne s’agit pas de salaires ou de conditions de travail – le chômage est quasi-nul. Ce qu’exigent les protestataires est un interventionnisme d’état à l’encontre des règles du marché.
La majorité des israéliens ne sont pas dupes: autant ils souhaitent des réformes administratives et fiscales, autant ils regardent ces protestations comme un épisode d’un reality-show.
–
*Plusieurs éditorialistes d’Haaretz appellent de leurs vœux “une place Tahrir” en Israël depuis des mois.
pirate dit
Aaaah un complot de la gauche, Shlomo en est sûr, y’a pas de problème sociaux en Israel (enfin si mais à peine hein), tout ça c’est que des menteries de sales coco, parce que c’eest la mode, le vrai problème c’est les palestiniens c’est tout, Tout le temps. Netanyahou c’est Dieu ! Le vrai peuple il sait bien, d’ailleurs la preuve tout ça c’est la faute à ce sale journal de gauche ! Rosenzweig gauchiste !
Bibi dit
Isa,
Certains juifs de France – et pas que les Rothschild, dont l’une s’était installée in Israël, ou des plus fortunés – investissent en Israël depuis plus d’un siècle. Les récents investissements immobiliers s’inscrivent à la fois dans cette tradition (partagée par d’autres membres de la diaspora), ainsi que dans une projection de l’avenir de ces personnes. Ce n’est pas ce qui fait flamber les prix de l’immobilier.
isa dit
D’accord avec l’ensemble de votre post, et surtout pour l’aspect sécurité, mais en désaccord avec le fin; comment voulez-vous qu’une forte demande ne crée pas une augmentation des prix? (@ Bibi
Bibi dit
La demande vient principalement de l’intérieur, la part des “futurs israéliens” est petite (et relativement constante). L’immobilier augmente comme ailleurs.
isa dit
Là, je vous suis Mangouste, je déteste franchement les carriéristes et on m’a toujours fait le constant reproche de n’avoir aucune ambition;
si j’en ai, cela ne se situe pas au niveau du travail, mais du bonheur, des plaisirs (etlà, quand même, un peu de monnaie…).
L’accumulation ne me concerne pas non plus (même j’en ai un qui s’en charge, même que ça m’énerve parce que je ne suis que cigale), mais posséder mon appart à plus de cinquante ans, est-ce que ça “montre” que j’ai bien réussi ma vie?
Mangouste1 dit
Avez-vous une Rolex? Il paraît que c’est le critère. ;o)
Mangouste1 dit
Si on se rejoint là-dessus et que l’on est profs tous les deux, ce n’est peut-être pas un hasard.
isa dit
Eh non! J’ai une montre qui vaut, au bas mot, cinquante euros!
RotilBis dit
isa,
Pirate, je crois vraiment que vous ne comprenez pas grand-chose à Israël…
Et il n’est pas le seul !
isa dit
Vous trouvez que moi non plus, Rotilbis?
J’avoue que je n ‘y vis pas.
Je vous donne juste mon point de vue et ce que j’en comprends qui n’est certainement pas LA vérité!
Dites nous, vous, vous êtes quand même mieux placé.
Mais laisser dire que la jeunesse israélienne c’est comme celle de Paris ou New-York, je ne trouve pas.
isa dit
No answer?
skardanelli dit
Sur ce, après une longue journée, le sentiment du devoir accompli, je vais piocer un peu : bonne nuit les petits !
skardanelli dit
Je préfère mille fois ma vie à celle de mes parents et grands-parents et je ne parle pas de ceux avant eux. Je trouve Internet formidable, les moyens à notre disposition inouïs, et je n’arrive pas à prendre conscience du vide de mon existence, je n’arrête pas de me dire : pourvu que ça dure. C’est grave docteurs ?
Mangouste1 dit
J’aime ma vie aussi, Ska, mais j’ai hérité de mes grands-parents – qui devaient avoir plus ou moins l’âge de vos parents – d’une certaine façon de voir les choses et notamment de l’idée qu’on était matériellement chanceux, que ça n’avait pas toujours été le cas et que ça ne durerait peut-être pas toujours ; ça m’a évité de foncer à corps perdu dans le consumérisme et ça fait que je me contente toujours de ce que j’ai. J’ajoute qu’après vous avoir lu pendant quelques mois, je me dis que votre vie n’est effectivement pas pleine de vide – et c’est le cas de la plupart des intervenants ici, mais que ce n’est pas le cas de tout le monde autour de moi, loin de là.
isa dit
Mangouste,
Je vous apprécie beaucoup, mais je ne peux m’empêcher de penser que vous avez peut-être, hein, peut-être, un côté un peu, euh;..je suis gênée “radin”?
Mangouste1 dit
Nooooooooooooon Isa, je vous assure : je suis même plutôt le contraire : un peu insouciant avec l’argent, plutôt cigale que fourmi si vous voulez, mais toujours content de ce que j’ai – un vrai Ravi de la crèche. Ce que je voulais dire, c’est que je n’ai jamais considéré que l’accumulation de biens et d’argent – ou la réussite d’une grande carrière rémunératrice – donnait le moindre sens à la vie, contrairement à beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, et c’était leur droit le plus strict. Pour eux, la chute est dure quand les revenus se font modestes et le cadre de vie pas aussi prestigieux qu’ils ne l’auraient espéré ; et je pense qu’on trouve beaucoup de ces jeunes trentenaires dans les manifestations des “indignés” – mais peut-être moins en Israël, vous connaissez mieux le sujet que moi.
Mangouste1 dit
Didier,
Vous écrivez comme Pirate que la perte du sens est la plus grande tragédie de notre époque, mais que les bourgeois – les classes moyennes, je suppose – ne s’en inquiètent pas forcément à votre avis, occupées qu’elles sont par leur passion consumériste. Ne pensez-vous pas que, finalement, les manifestations qui se multiplient nous montrent des gens déjà sevrés de leur opium – parce que, croyez-moi, les fins de mois sont déjà difficiles pour beaucoup, ou qui craignent de l’être dans un proche avenir et qui, par là, aperçoivent le néant dans lequel ils vivent.
pirate dit
Je pense que vous avez tout à fait raison mangouste, mais pas dans votre conclusion.
Effectivement ceux de Madrid ou de Tel Aviv sont des bourgeois avant tout, et c’est pas les classes moyennes, c’est les classes qui pensent moyennement, dans l’alphabet marxo trotskyste ils appèlent ça des petits bourgeois. Gavé d’opium, leur petit monde commence à ne plus ressembler à rien. Pas seulement parce que le manque de miel commence à se faire sentir, ni même que de plus en plus sombrent. Mais parce que même le monde physique commence à disparaitre en morceau. Je vous passerais le couplet sur la virtualité mais vous pouvez également agiter l’argument hygiéno-écolo-spiritualo truc qui depuis 20 nous parles de couches d’ozones, de pet de vache qui fache, de maigrir et de plus fumer, de cyclones terribles et d’ours polaire en détresse. Et le pire c’est que ça arrive vraiment. C’est cet ensemble qui implose en ce moment dans la tête de la classe moyenne, mais pas seulement, parce que la pensée bourgeoise peut également se propager dans le crâne du prolo ou du millionnaire. Vous ccroyez réellement que laréal tv n’est pas un spectacle bourgeois ? Vous rigolez ?
isa dit
Pirate, je crois vraiment que vous ne comprenez pas grand-chose à israël: a part au centre de Tel- Aviv et de quelques villes type Césarée, vous avez énormément de classe très moyenne qui pense tout sauf petit bourgeois: c’est bourré d’intellos dont le seul but n’est pas du tout de consommer: ils regardent plutôt avec mépris les gosses de riche se pavaner et se la péter pendant les vacances.
pour m’être rendue pour la première fois il y a presque déjà trente ans (eh oui, il faut le dire, cadeau de bac), j’ai connu Israël pauvre, très pauvre, avec Eilat et ses cabanons et ses hippyes camés, et Charm-El-Sheir qui avait appartenait àIsraël puisque les Egyptiens en attaquant l’avaient perdu (ils l’ont malheureusement rendu depuis, parce que c’était sublime de sauvagerie et que c’est devenu une triste usine à touristes) et cela correspond à une grande génération; il y a des histoires très lourdes de mort, de déracinement dans ce pays qui ne se comparent en rien aux histoires d’autres pays.
et s’ils ont envie d’être heureux eT de concommer davantage, et ben, c’est bien si vous voulez mon ami. je dirais même qu’un peu de creusitude ne leur ferait pas de mal, et les apaiserait.
Bref, la vie n’est pas facile là-bas, croyez moi, et c’est bien ce qui retient beaucoup de gens de s’y installer.
Il y a une blague courante (et déjà ancienne, il est vrai) qui perdure en Israël: quelle est la meilleure façon d’être millionnaire dans ce pays? Eh, bien, d’y arriver milliardaire.
pirate dit
Et ce que vous ne voulez pas voir c’est l’impasse.Israel n’est pas plus ou moins spécifique qu’un autre pays. La guerre ? Une bataille rangée qui dure depuis 60 ans avec ses hauts rares, et ses bas. La Shoah, le déracinement, oui ça fait parti de l’histoire de ce peuple, mais la jeunesse juive la vit de plus en plus avec distance. La foi ? Jerusalem la pieuse, Tel Aviv la pécheresse. Vous voulez un signal fort d’un pays qui se banalise ? Une pègre qui se porte très bien. Non en effet, Israel n’est pas l’Espagne, et Tunis n’est pas le Caire non plus. Mais il existe un point commun partout, le pouvoir est de plus en plus relativisé, les incantations économiques, géopolitiques, distendues, ce qui tenait pour une vérité absolu (ici la lutte contre les islamistes, là le sionisme, ailleurs la libre consommation et circulation des marchandise) devient des vérités relatives. Pourquoi faire deux ans d’armée, aller étudier en Amérique si c’est pour ne pas pouvoir se loger, servir la politique spécieuse de partis (tous confondus si l’on en croit Rosenzweig) ancrés dans les seuls et stricts question de sécurités. Ne plus savoir si au bout du compte on est juif, sioniste, les deux ou simplement un israelien moyen. qui aimerait bien s’envisager comme un citoyen ordinaire d’un pays ordinaire. Peut-être que justement c’est bien là le problème. Des intellectuels concernés mais que l’histoire dépassent, le poids relativisé par la bonne forme économique, des envies de changement, de paix, de banalisation. Et rien qui par ailleur ne bouge parce qu’Israel refuse de s’accepter comme un pays ordinaire. Refuse même ce discours à quiconque. Mais vous avez raison sur un point, je n’y ai jamais mit les pieds, je ne sais pas ce que c’est que d’être israelien et d’avoir 20 ans ou 30 à Tel Aviv ou ailleurs. Juste ce que c’est de réaliser que ma vie est en totale décalage avec les discours de nos gouvernants, avec le pays tel que décrit. Avec les péroraisons savantes des médias.
didier H dit
Et si les inclus devenaient incontrôlables? Breivik était-il un exclu? Je ne le pense pas. Comparaison n’est pas raison mais ce qui est en train de couver sous la cendre, c’est peut-être plus une révolte des classes intermédiaires. Intéressant aussi d’analyser la situation dans les années trente ou même en1789, par deux fois la révolution, d’une certaine manière conservatrice dans les deux cas, a vu comme acteurs majeurs et beneficiaires une certaine bourgeoisie voulant la fin des limitations a ses libertés. Et se plantant sans doute royalement avec le nazisme et l’arrivee de Bonaparte. Tout ça pour dire que les révoltes qui aboutissent – sans jugement de valeur de la part – sont menées par une caste en situation de bien être théorique mais entravée par les structures existantes. Cette fois, la révolte prendra peut être d’autres formes mais je pensais intéressant de souligner ce fait.
pirate dit
Mais ce n’est pas une limitation des libertés. En occident on a jamais été aussi libre. Une liberté économique alors ? Le geste de Breivik, dans le contexte qui est le sien démontre le contraire, et d’ailleurs quoi, les français partent moins en vacances ? Non, ou à peine, Noel n’est plus le prétexte à une débauche d’achats, les soldes se portent elles mal ? Non. Un exemple tient, quand la dernière console de jeu Sony est sorti vous savez quelles on été les conséquences (je vous rappel que neuve elle avoisinait les 500 euros à sa sortie) il y a eut une tel demande, tellement massive, que Sony, en rupture de stock, a dû se jeter sur le coltan à bras raccourcis, provoquant une montée vertigineuse du prix du minerais, avec comme effet collateral, une violence accru dans le Kivu… Pas mal non ? Pour que d’un côté de la chaîne on joue à la guerre virtuelle sur Call of Duty, à l’autre on y joue pour de vrai. Donc liberté économique, si on est pas précarisé de manière bien concrète, et bien c’est très relatif. Alors quoi ? Les classes moyennes on en effet le sentiment de perdre une certaine liberté mais c’est surtout dans un rapport de respect des données. En dépit des études, du travail, elles sont non seulement appelés à se serrer la ceinture, à s’inquiété, mais n’ont même pas la certitude du moindre avenir, que ce soit pour elles, ou pour leurs enfants.
Et tout est là justement, ce que moi j’appel le principe d’incertitude. Vous mentionnez par exemple Breivik. D’une part oui, en sommes il s’agit d’un exclu, mais ici je le resituerais dans son cadre psychologique. Il veut être éxaminé par un psy japonais, parce que dans son imaginaire tordu, les japonais comprennent le sens de l’honneur (les samouraïs donc). Il se titre, réclament de porter un uniforme à son procès, bref il muraille son geste dans tout un tas de petite symboliques attachés les unes aux autres et qui justifie sa démence dans un contexte rationnel. Il est un Chevalier d’Occident, il défend l’Honneur de l’Occident. L’Occident est devenu cette famille fictionnelle et idéale que n’est apparement pas sa propre famille. En gros il voudrait qu’on l’aime. Que l’Occident, comme il le conçoit, tout entier l’aime comme un héros.
Mais qu’est-ce que nous dit ce type ? Qu’est-ce que nous dit ce type, très exactement comme l’avait personnifié Scorcese avec Taxi Driver (car c’est quasiment le même schémat de penser) que la société comme lui la perçoit s’est perdue, qu’il y cherchait un sens, qu’il en a trouvé un à travers ses lectures, ses discussions maçonniques (je n’accuse pas les Maçons de rien du tout pour les plus débiles qui s’insurgeraient par avance, merci de ne pas faire perdre du temps) son intime conviction. Et que là dedans il a découvert que justement ce n’était pas seulement lui qui était perdu, c’était l’ensemble de la société occidentale, qu’il entendait donc réveiller en sacrifiant un bouc émissaire. Car le comble, c’est que même si ses cibles étaient choisi parmi les tenants futur de la gauche norvegienne, il juge son acte cruel mais nécessaire. En gros il les a préféré elles car elles incarnaient pour lui le mal qui rongeait l’Europe, les multiculturaliste honnie par nos identitaires du nord au sud, mais il s’agissait pour commencer d’un sacrifice comme un message destiné à réveiller les autres, tout le monde, ramener du sens; En gros, et pour faire un mauvais jeu de mot, il s’agissait de mettre du plomb dans la tête à l’occident comme lui l’envisage.
c’est pourquoi ce qui se passe actuellement finira tôt ou tard par trouver des comparatif, mais pour le moment n’en a aucun, d’autant moins que tous les mouvements étaient porté et par des intellectuel et par des idéaux, et qu’ici nous sommes dans aucun de ces cas de figures. Les seuls qui portent en eux cela sont ceux dans l’action, les islamistes, les identitaires, les Breivik présent et avenir.
didier H dit
@Pirate
effectivement aujourd’hui il ne s’agit pas pour les classes moyennes de liberté économique. Celle-ci existe a un point inégale. C’est la sensation que le monde et ses certitudes de dérobent. Que le bonheur petit bourgeois est en péril. Je ne suis pas sur que la question du sens de leur existence et de la civilisation agite le bourgeois, si envahi qu’il est par la réification. Mais vous avez totalement raison. Si l’homo consumans avait encore un lambeau de conscience, il comprendrait que la grande tragédie de notre société réside en cela: la perte du sens, une vision du monde mobilisatrice, porteuse, libératrice, tant pour l’individu que pour la collectivité.
Mangouste1 dit
Isa,
Je vous accorde sans problème que le fait de risque sa peau pendant quelques années ajoute encore au mécontentement de la jeunesse qui voit, “à l’arrière” – très exposé tout de même, en Israël, les plus chanceux s’éclater comme si de rien n’était et ramasser tous les bienfaits de la croissance. On comprend que ça puisse énerver.
Mangouste1 dit
Pirate, Isa,
Je pense que question financière et question de sens ont un grand lien dans la crise qui vient. D’où vient la rage de ceux qui manifestent? Ont-il faim? Ont-ils froid? Sont-ils sans logis? Non, il ont tout ce qui est indispensable pour vivre. Mais il sont tout de même furieux, parce que le sens que l’on trouve à la vie aujourd’hui est le suivant : jouissez de votre passage sur terre, prenez le plaisir que vous pouvez et essayez d’être heureux. Beaucoup y ont cru, beaucoup y croient encore. Mais bien vite, pour la plupart d’entre nous, la réalité vient fracasser ce beau programme : salaires insuffisants, cadre de vie merdique, anonymat… le tout en pouvant admirer le spectacle des Elus qui s’en mettent plein les fouilles ; le choc est rude quand on a cru au programme proposé, quand on a cru à l’égalité. Alors, on manifeste…
eclair dit
@isa
quel est la difference entre ceux qui font tourner un pays enn le protegeant militairement et ceux qui le font tourner économiquement.
Aucune ils voient tous lles mêmes oisifs.
Enlever le service miilitaire et assurer une paix est ce que la vie des inclus serait différente?
Mangouste1 dit
D’ailleurs, ne trouvez-vous pas que les personnages qui sont sur la photo sont furieusement murayiens. Le festivisme est partout, même à Tel Aviv – surtout à Tel Aviv, si l’on en croit le dernier post d’Isa.