Prêcheurs de haine, je vous emmerde! | Causeur

Prêcheurs de haine, je vous emmerde!

Réponse à mes détracteurs antisémites

Auteur

Karim Akouche

Karim Akouche
est poète, romancier et dramaturge.

Publié le 29 septembre 2016 / Monde Politique

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Après son voyage en Israël et à Ramallah, l'écrivain canadien d'origine algérienne Kaim Akouche a subi les foudres de la presse de son pays natal. Dans cette tribune, il répond aux prédicateurs de haine qui l'ont voué au bûcher.
karim akouche israel

Karim Akouche à Jérusalem. DR.

Voulez-vous devenir une vedette dans la presse algérienne arabophone ? C’est facile.

Prêchez la haine des juifs, accusez les Amazighs (les Kabyles en particulier) de travailler pour le « Parti de la France », insultez l’Occident et traitez-le de dévergondé, méprisez les femmes et les homosexuels, soyez plus palestinien que les Palestiniens… et vous voilà célébré, auréolé, acclamé.

Je ne mange pas de cette soupe. Le monde, les hommes et les peuples sont complexes. Je me dois de refuser les simplifications et le recyclage des clichés. Je préfère les nuances, les contradictions et l’épineux chemin de la vérité.

Le rôle de l’écrivain, ce n’est pas d’apporter des solutions, mais de poser les bonnes questions.

Je suis allé en Israël et à Ramallah en poète et en homme libre. Personne ne m’a dicté ce que j’avais à dire ou à entendre. Je voulais comprendre, sans intermédiaire, ce qui se passe au Proche-Orient, en Syrie et dans les pays voisins.

Dois-je demander une autorisation aux autorités algériennes pour m’y rendre ? Dois-je consulter les vigiles de la pensée à ce sujet ?

L’école algérienne m’avait enseigné à détester les juifs

Aucunement. Je suis trop libre pour me soumettre à qui que ce soit.

Je suis un rescapé de l’école algérienne. On m’y a enseigné à détester les juifs. Hitler y était un héros. Des professeurs en faisaient l’éloge. Après le Coran, Mein Kampf et Les Protocoles des Sages de Sion sont les livres les plus lus dans le monde musulman.

Que faire ? Suivre le troupeau ? Entretenir la haine et le ressentiment ? M’abreuver à la pensée unique d’un système malade et hypocrite ?

J’essaie d’observer l’histoire avec des yeux clairvoyants. J’écris avec une plume trempée dans l’encre de la raison. Aucun conflit n’oppose mes ancêtres, les Berbères, aux Juifs. Pourquoi alors en inventer un ? À qui profite cette stratégie ? Les responsables politiques algériens n’utilisent-ils pas la haine des Juifs pour endormir le peuple ?

Je ne suis pas un mouton. Je pense par moi-même. Je refuse d’être l’otage de quelque conflit que ce soit. Je revendique le droit de choquer toutes les doxas et de secouer leurs certitudes.

La presse algérienne arabophone s’est déchaînée contre moi. On m’a traité de traître et pis que cela. Mais qui donc ai-je trahi ? La Oumma ? La communauté des haineux ?

Rompant avec les idéaux du journaliste Omar Ourtilane, assassiné par les islamistes en 1995, le journal El-Khabar a commis un acte méprisable à mon encontre en inventant un roman-feuilletant de très mauvais goût. Je ne sais où son gratte-papier a cherché ses informations. Selon lui, je serais allé en Israël avec une délégation de « séparatistes kabyles », omettant volontairement que le groupe ne comptait que des journalistes et écrivains québécois.

C’est grave et comique à la fois. Je ne sais s’il faut en rire ou en pleurer. Le journalisme de caniveau est très répandu en Algérie. On voudrait me traîner dans la boue, faire du buzz. C’était prévisible, la haine du Juif rapporte.

Mon voyage au Proche-Orient a donné lieu à toutes sortes de fantasmes. Pourtant tout était transparent. Nous y avons rencontré des hommes et des femmes de tous horizons : des journalistes, des responsables politiques et des écrivains. Nous avons échangé avec eux sur les conflits de la région pour mieux en cerner l’origine. Nous nous sommes égarés dans des labyrinthes, dans un passé lointain et un présent confus, dans des vestiges, des épopées et des tragédies.

Les Israéliens ne sont pas un bloc

Le Proche-Orient m’est apparu comme un paradoxe flamboyant. La haine dispute la première place à l’amour, les femmes voilées côtoient les hommes en papillotes, la langue arabe partage avec l’hébreu les panneaux de signalisation, l’Esplanade des Mosquées est adossée au mur des Lamentations, Tel-Aviv l’hédoniste s’oppose à Jérusalem la religieuse, Ramallah du Fatah est aux antipodes de Gaza du Hamas… La guerre n’est jamais loin, la paix se cache sous les décombres.

Les Israéliens ne forment pas un bloc monolithique.  Il y a de tout : des intellectuels prônant sans relâche une solution à deux États pendant que des déçus, comme l’écrivain Abraham B. Yehoshua, optent pour un État binational ; il y a aussi certains Juifs qui sont contre l’État d’Israël et des Arabes israéliens dont le cœur bat surtout pour la Palestine…

Tout a été dit à mon sujet, souvent avec haine et vulgarité : j’aurais embrassé la main du grand Satan ; j’aurais souillé l’honneur algérien ; j’aurais trahi les martyrs de la Révolution de novembre 54… et que sais-je encore.

La sagesse chinoise m’a appris que même si les oiseaux de malheur volent au-dessus de ma tête, je peux en revanche les empêcher d’y faire leurs nids.

La tournée West-Eastern Divan Orchestra, projet musical pour la paix porté par le musicien israélien Daniel Barenboïm et l’écrivain palestinien Edward Saïd, m’a toujours inspiré. Si je ne peux contribuer à construire des passerelles, je m’abstiendrai d’ériger des murs.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 3 Octobre 2016 à 13h52

      personne3 dit

      Qui est karim Akouch à coté de Lamartine et de Voltaire qui, aprés etudes et analyse ils concluèrent que le prophète mohammed est un homme parfait, alors que l’homme parfait n’existe pas

    • 2 Octobre 2016 à 10h11

      keg dit

      Le jour où Israël est devenu problème et solution du monde….
      Ce jour là, dieu eut mieux fait de se mettre aux abonnés absents…..

      Que d’encre a coulé depuis (et pas que cela)!

      http://wp.me/p4Im0Q-1j4

    • 2 Octobre 2016 à 7h59

      Livio del Quenale dit

      les discours exotiques flottent sur les brouillards de Garonne :
      “t’i fait ça c’est chaud, t’i fait ça c’est froid, touch’ mon poil m’dame”. 

    • 1 Octobre 2016 à 20h33

      Michel Caillant dit

      Hélas, Karim Akouche souffre de la malédiction qu’engendre toujours l’Islam. L’Islam a été conçu en fonction d’une dictature. Le prophète était un des pires dictateurs, ayant commis plusieurs fois le génocide. C’est pourquoi l’Islam et la démocratie ne vont jamais aller ensemble. L’Islam c’est la haine d’autrui, la peur quotidienne de sa société, l’exigence d’une soumission totale et sans discernement, l’oppression des femmes, des mécréants et d’autres, c’est la menace de violence dite d’origine divine à tout instant de la vie. L’Islam opprime toute vraie créativité et inventivité et mène inexorablement à la pauvreté intellectuelle et matérielle. L’Islam ne connaît que le noir et le blanc et refuse le gris. Pourtant, les Musulmans aiment certaines choses comme p.e. le téléphone portable, la voiture moderne, la médecine occidentale, toutes des choses d’origine occidentales, mais rejettent en même temps le positivisme, qui justement a rendu possible toute la technologie moderne. Le positivisme a triomphé car il a refusé toute ingérence de la religion. Les Musulmans ne se réalisent pas de leur attitude paradoxale: ils rejettent l’Occident mais reconnaissent en même temps ses réalisations positives.

      Le fait que la grande majorité de musulmans est pacifique et modérée ne suffit pas à justifier l’idéologie islamique. En 1938 la grande majorité des membres du parti nazi se vouait au pacifisme et argumentait que le fait que quelque voyous ont harassé des Juifs ne justifiait pas l’amalgame et le rejet final de l’idéologie national-socialiste. La réaction actuelle envers les attentats islamistes est que l’Islam est “autre chose”, et rappelle la réaction des nazis en 1945: “Dass haben wir nicht gewusst”, “On ne l’a pas su”. Et pourtant, ils suspectaient l’holocauste mais ils ont préféré de se taire. Les musulmans pratiquants modernes ont une attitude similaire: ils savent mais se taisent. Il est vrai que beaucoup de chrétiens sont très naïfs.

      • 1 Octobre 2016 à 23h13

        i-diogene dit

        Il est vrai que les fachos-nationalistes ne diront pas leurs projets non-plus..!^^

        • 2 Octobre 2016 à 10h39

          RED (From Tex) dit

          Et alors ? La présence des fachos-nationaliste “justifie” la présence des “islamo-fascistes” ?…

          Intéressant comme raisonnement.

      • 1 Octobre 2016 à 23h34

        Livio del Quenale dit

        oui, et un  défaut rédhibitoire est que jamais rien n’est de leur faute et qu’ils ne se remettent jamais en question, a part quelque rares exceptions.
        Ainsi pas de créativité, pas de progrès, pas d’ouverture. On voit les autres comme l’on est.
        Peur des femmes plus futées . Femmes qui pourtant une fois mères élèvent leurs fils en perpétuant cet état d’esprit qui leur est ensuite confirmé par leur religion dont les écoles en pays musulmans  maintiennent les enfants dans l’obscurantisme.
         Ceux qui naissent et vivent là où l’école est gratuite et obligatoire auraient plus de chance s’ils ne sont pas “perturbés” par ailleurs.
        –  

    • 1 Octobre 2016 à 19h37

      beornottobe dit

      “? Dois-je consulter les vigiles de la pensée à ce sujet

      notamment le Parti Socialiste !…….

      c’est même surprenant qu’ils n’aient pas encore réagi! (c’est vrai qu’ils sont en pleine “refonte”)

    • 1 Octobre 2016 à 18h54

      Daamghar dit

      L’Algérie appartient à deux clans. Le mafieux politique et le mafieux religieux. Ils travaillent en commun à privatiser ce pays pour leur propre compte. Le religieux et la haine qu’ils puisent dans ce religieux sont les drogues utilisées dans l’avilissement du citoyen. Ce citoyen ne fait actuellement aucune critique politique.

      Actuellement (le Ministre du Culte l’a plusieurs fois signalé) ces deux clans alimentent la haine entre l’algérien mauvais musulman pratiquant et les autres bons et bigots musulmans. Ces derniers ostracisent violemment les tièdes musulmans.

      Al Khabar qui a été amené à la banqueroute par ces clans veut survivre dans ce climat de soumission aux forts du moment, de ce fait faire du zèle dans la surenchère dans la calomnie est la seule action qui lui reste. Il faudrait lui poser la question de ce qu’il pense de la présence de M.Abbas aux funérailles de S.Peres. (Peut-être qu’il a réagit, mais comme je ne lis ce journal…)

      Respectueusement et amicalement M.Akouche.