Affaire Al-Dura : Israël parle enfin | Causeur

Affaire Al-Dura : Israël parle enfin

Au terme d’une enquête minutieuse, un rapport officiel invalide les dires d’Enderlin

Auteur

Gil Mihaely

Gil Mihaely
Historien et directeur de la publication de Causeur.

Publié le 19 mai 2013 / Monde

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israel mohammed al dura

Le gouvernement israélien vient de publier un rapport officiel commandé par le premier ministre Netanyahou pour mettre fin à la controverse autour du reportage de Charles Enderlin, que France 2 avait diffusé le 30 septembre 2000, montrant un enfant palestinien – Mohamed Al-Dura – touché par balles dans les bras de son père Jamal Al-Dura. Cette enquête conclut que l’absence de preuves permettant d’appuyer les propos du journaliste était manifeste avant même la diffusion du reportage. Autrement dit, il s’agit dans le meilleur des cas d’une faute professionnelle grave de la part des responsables de la télévision publique française qui ont décidé de diffuser les images et le commentaire qui les accompagne.
Malheureusement, les conséquences de ces erreurs sont terribles. Rapidement diffusé dans le monde entier, ce reportage erroné a gravé dans la mémoire collective l’image choquante d’un enfant mourant dans les bras de son père sous une pluie d’acier. Les dégâts se sont révélés particulièrement dévastateurs dans le monde musulman où elles ont encouragé la haine et la violence.
Pour Israël, il s’agit d’un véritable revirement car dans les jours suivant la diffusion du reportage, les officiers de l’état-major et du commandement du Front Sud avaient accepté la possibilité que des balles israéliennes aient pu accidentellement atteindre le garçon. À l’époque, alors que la deuxième intifada faisait rage dans la bande de Gaza (où les images ont été filmées) mais aussi en Cisjordanie et dans certaines zones à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël, le haut commandement de l’armée, tenant en estime Charles Enderlin et la télévision publique française, n’avait pas imaginé que de telles erreurs étaient possibles. Les propos d’Enderlin étaient donc pris pour argent comptant. Mais très rapidement, dès novembre 2000, des sources officielles israéliennes ont commencé à émettre des doutes quant à l’authenticité du reportage de France 2.
Pendant plus d’une décennie, l’attitude générale du gouvernement israélien a été de ne pas s’impliquer dans une affaire où il n’avait que des coups à prendre. Certains officiels ont espéré qu’en mettant de côté ces images, le reportage sur Mohamed al-Dura serait oublié et qu’il ne causerait plus de dégâts. Du coup, des particuliers comme Philippe Karsenty ont mené un combat quasi-solitaire, affrontant l’indifférence  israélienne voire parfois une franche hostilité.
Aujourd’hui, après avoir examiné de façon exhaustive les éléments liés à l’affaire al Dura, la commission constate que les faits rapportés dans le reportage de France 2 sont sans fondements. C’est désormais la position officielle du gouvernement israélien. Contrairement à ce qui est affirmé dans le commentaire du reportage, les images montrent clairement qu’à la fin des rushes de France 2, le garçon est vivant et qu’il bouge de façon délibérée. Il n’y a aucune preuve que Jamal et son fils aient été blessés. En revanche, de nombreux indices amènent à penser qu’ils n’ont reçu aucune balle. De plus, l’analyse balistique montre que les impacts de balles sur le mur, retrouvées autour des al-Dura, ne pouvaient venir de la position israélienne.
Quant aux déclarations du caméraman de France 2, Talal Abu Rahma (qui a filmé la scène, Charles Enderlin étant resté à Jérusalem), elles se sont révélées souvent contradictoires et mensongères. En dépit de tout cela, France 2 et Charles Enderlin, qui a commenté le reportage, ont refusé de reconnaître leurs erreurs. Ils ont même réaffirmé leurs accusations initiales.
Bien que tardive, l’adoption de ce rapport par le gouvernement israélien est néanmoins important. Depuis l’automne 2000, comme me l’avait objecté un ancien garde des sceaux, ceux qui se battaient pour rétablir la vérité dans cette affaire étaient obligés d’expliquer pourquoi le gouvernement israélien ne soutenait pas leur combat. Avant la décision de la cour d’appel dans le procès en diffamation engagé par France 2 contre Philippe Karsenty, attendue le 22 mai, c’est peut être un premier signe que les arguments avancés depuis si longtemps tombent enfin sur des oreilles attentives.

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    • 1 Juin 2013 à 14h01

      Bibi dit

      Natan Zach / In memory of the Boy Mohammed al-Dura Zach, one of Israel’s leading poets and Israel Prize laureate, wrote a poem in memory of the 12-year-old Palestinian boy killed on September 30, 2000.
      http://www.haaretz.com/weekend/natan-zach-in-memory-of-the-boy-mohammed-al-dura.premium-1.527024
       

    • 1 Juin 2013 à 14h00

      Bibi dit

      France 2 TV and its correspondent Charles Enderlin are threatening to take legal action if Israel does not hand over all information collected by government panel on Palestinian boy killed in intifada.
      http://www.haaretz.com/blogs/diplomania/after-state-panel-s-mohammed-al-dura-report-france-2-hits-back-at-israeli-government.premium-1.526629
       

    • 26 Mai 2013 à 20h53

      Bibi dit

      @Michelle,

      Pourquoi ne pas vous adresser ici même au parangon de la morale Szafran, pour lui proposer de faire du journalisme d’investigation sur le sort de la commission d’enquête de France-Télévision sur cette “affaire” qui n’a jamais vu le jour?

    • 26 Mai 2013 à 19h37

      Bibi dit

      • 26 Mai 2013 à 19h39

        Bibi dit

        P.S. Cage, ce sont des stringers, comme Talal Abu-Rahma qui filmait pour Enderlin/Fr2.

    • 23 Mai 2013 à 22h52

      Bibi dit

      Interviewé par Adi Schwartz pour Haaretz en 2007, à la question “En rétrospective, est-il envisageable que vous étiez un peu hâtif ce soir là?” (30 sept. 2000)
      Charles Enderlin répond: “Je ne pense pas. Si je n’avais pas dit que l’enfant et le père avaient été victimes de tirs venant de la direction de Tsahal, on aurait dit à Gaza ‘comment se fait-il qu’Enderlin ne dit pas que c’est Tsahal’?”
      http://www.haaretz.co.il/misc/1.1558618

      Curieusement, la partie que j’ai mise en gras figure dans la version en hébreu, mais pas dans la trad. de l’entretien en anglais ( http://www.haaretz.com/weekend/week-s-end/in-the-footsteps-of-the-al-dura-controversy-1.232296 ).

      Et encore plus curieusement, le correspondant permanent de la chaine française en Israël fait état d’un souci de légitimité et/ou crédibilité auprès des gazaouïs, et eux seulement. C’est son public de référence? C’est l’autorité à laquelle il est ou se sent accountable (devoir rendre des comptes)?

      Il est, certes, connu que l’exercice du journalisme sous “Autorité falastinie” est une activité qui, en termes diplomatiques, est délicate (défense de publier quoi que ce soit qui déplaise à un cacique). Mais de la part d’un journaliste digne de ce nom on s’attendrait à une attitude plus conforme à la charte déontologique de sa profession.

      • 24 Mai 2013 à 9h03

        kravi dit

        Voilà, tout est dit. La partie censurée de la version anglaise est absolument révélatrice. Pour complaire à la vision partisane de l’Europe et bien sûr du monde arabe, il faut dire que c’est Tsahal la coupable. Où la déontologie journalistique s’efface devant l’idéologie consensuelle et le penser à mal de référence.
        Quand on a compris cela, on ne s’étonne plus des réflexes des journalistes qui ont signé en masse la pétition pour Enderlin. Il ne s’agit pas, comme on le dit trop souvent, d’un réflexe corporatiste. Il s’agit d’une haine anti-israélienne, irrationnelle mais dans l’air du temps.

        • 24 Mai 2013 à 15h01

          Bibi dit

          Mais non, c’est “controversé”. Fallait voir le “persécuté” faire son martyr sur la 10 l’autre jour.

          The first to try to stem the flow of lies and bloodshed that followed the Muhammad al-Dura affair — much like the Dutch boy who put his finger in the dike to stop the trickle that threatened to become a flood — was physicist Nahum Shahaf.
          http://www.israelhayom.com/site/newsletter_article.php?id=9501