L’islamophobie, une instrumentalisation politique | Causeur

L’islamophobie, une instrumentalisation politique

« Pas d’amalgame ! » toi-même

Auteur

André Versaille
est écrivain et éditeur.

Publié le 23 mai 2017 / Société

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"Marche pour la dignité" à Paris contre le racisme et les violences policières, octobre 2015. SIPA. 00728849_000029

André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé : « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

À l’instar de l’antisémitisme, on a voulu assimiler l’islamophobie au racisme. Dans cette logique, beaucoup ne manquèrent pas de s’étonner que les actes antisémites soient condamnés comme actes racistes, tandis que l’islamophobie restait impunie au nom de la liberté d’expression. Apparemment, malgré les explications fournies mille fois, les distinctions entre religion, ethnie et population échappent encore et toujours aux anti-islamophobes qui ne comprennent pas la différence entre l’antisémitisme, manifestation de haine envers les Juifs en tant que personnes, donc condamné comme racisme, et l’antijudaïsme, hostilité à la religion juive, jamais poursuivi : tout le monde a le droit de critiquer la Torah comme le Talmud et de blasphémer Moïse, Josué ou le roi David.

Les mots ont un sens

« Islam », « phobie ». Si les mots ont un sens, il s’agit d’une peur non pas des musulmans mais de l’islam. Peur, en partie, provoquée au vu des barbaries commises par les djihadistes qui ont fait de l’islam une idéologie meurtrière, ou peur de la façon dont l’islam est pratiqué dans les pays musulmans appliquant la charia. L’islamophobie n’est donc pas plus une variété du racisme que ne l’étaient les diatribes de Voltaire et d’autres philosophes des Lumières, contre le christianisme. Par ailleurs, toute religion étant porteuse d’idéologie, la critique adressée à l’islam concerne essentiellement son instrumentalisation idéologico-politique.

« Pas d’amalgame ! » répétons-nous. Or, que font donc ceux qui, en dénonçant l’islamophobie, déduisent délibérément une appartenance communautaire à partir d’une religion supposée pratiquée par la totalité des musulmans, ceux-ci étant essentiellement identifiés comme des fidèles et non comme des citoyens libres de leurs croyances ? Car c’est bien dans une mono identité religieuse que cet islam emprisonne les musulmans. Et comme cette mono identité est déclarée sacrée, le fidèle est enfermé à double tour : hors de l’islam il ne peut y avoir de salut, et toute distanciation sera qualifiée de trahison, sinon d’apostasie.

Cela étant, il est incontestable que, de même que nombre d’antisémites masquent leur détestation des Juifs derrière un antisionisme de façade, beaucoup de racistes dissimulent leur haine des musulmans et des Arabes derrière l’islamophobie. Soit. Cela doit-il empêcher le débat sur les ravages provoqués par les fanatiques qui tentent d’imposer leur idéologie religieuse par le fer et dans le sang ? En dénonçant immédiatement toute critique rationnelle de la religion musulmane comme raciste, nous avons évacué la possibilité de réfléchir sur l’islam, donc y compris sur les crimes commis au nom de celui-ci.

Un terme choisi à dessein

Ce n’est, à mon sens, nullement par erreur ou par hasard que le terme d’islamophobie a été choisi plutôt que celui de racisme antimusulmans. Ambigu, le mot ne distingue pas la critique des pratiques de l’islam des agressions commises contre les fidèles. En amalgamant la religion à l’origine ethnique, le concept d’islamophobie entretient donc la confusion dans les esprits, et, sous couvert de lutte contre le racisme, sanctuarise l’islam. Et comme dans les pays démocratiques la provocation à la haine raciale ou ethnique est punie par la loi, cet embrouillement devrait amener naturellement les tribunaux à prononcer pour les offenses à la religion les peines appliquées aux délits racistes. Dès lors, comme en Arabie saoudite, au Pakistan, et dans les pays qui appliquent la charia, un individu pourrait se voir condamné pour avoir critiqué non seulement l’islam mais également des crimes commis (ou projeté : la fatwa contre Rushdie, par exemple) au nom de l’islam.

On a beaucoup glosé sur l’origine du terme d’islamophobie. Les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed, auteurs de Islamophobie, estiment qu’aucun autre mot n’a jamais provoqué autant de critiques ou de rejets du débat public. Pourtant, disent-ils, il n’y a pas de mot pour signifier un racisme ou une haine d’un groupe, qui soit parfait : ni « antisémitisme », ni « homophobie », ni aucun autre. Ces discussions sont stériles, ajoutent-ils, car la question n’est pas sémantique mais politique : ce qui importe, c’est ce qu’il recouvre, en l’occurrence le racisme antimusulman. Et ils considèrent, à juste titre, que refuser un mot qui sert à désigner une réalité, est une manière de nier cette réalité.

Hajjat et Mohammed nous apprennent que le terme d’islamophobie n’a pas été forgé par l’imam Khomeiny, comme beaucoup l’ont cru, mais qu’il fut déjà utilisé au début du XXe siècle. D’ailleurs, disent-ils, il n’y a pas, en persan, de « réel équivalent au mot d’islamophobie ». Je fais confiance à l’érudition de nos deux sociologues, mais en quoi est-ce significatif ? Que le mot soit récent ou exhumé n’a aucune importance : la seule question qui vaille, est de déterminer ce qu’il signifie aux yeux des religieux musulmans : est-il une forme de racisme ou concerne-t-il le blasphème ?

Où est le CCIF quand des musulmans sont brimés en terre d’islam?

Dans le monde arabo-musulman, les minorités étant seulement tolérées et de moins en moins nombreuses (le nombre des chrétiens d’Orient diminue comme une peau de chagrin, quant aux juifs, ils ont pratiquement disparu), toute manifestation raciste envers les musulmans est inconcevable. Ceux que les régimes islamistes condamnent et persécutent sont donc les personnes qu’ils considèrent comme blasphématrices de l’islam. Dans sa fatwa contre Salman Rushdie, l’ayatollah Khomeiny avait bien utilisé un terme non « réellement équivalent à celui d’islamophobie », pour maudire l’écrivain. Or que lui reprochait-il ? Pas du tout de haïr les musulmans, mais de blasphémer ; il justifiera d’ailleurs sa condamnation à mort en soutenant qu’avec son livre Les Versets sataniques, Rushdie s’était dévoilé comme apostat, crime passible du châtiment suprême. De même, si la tête de Taslima Nasreen a été mise à prix par des fondamentalistes bengalis, ce fut pour avoir combattu en faveur de l’émancipation des femmes et lutté contre l’obscurantisme religieux qui sévit au Bangladesh, son pays d’origine. De même, Waleed Al-Husseini, blogueur palestinien, à qui il fut reproché d’appeler à la défense des principes de laïcité, ainsi qu’au droit de pouvoir critiquer la religion, et de discuter librement de certains versets de textes religieux, qu’il estimait utilisés par les djihadistes pour justifier leurs crimes.

Dans ces trois cas – et il y en eut bien d’autres – la condamnation a toujours porté sur le blasphème, jamais sur quelque manifestation raciste antimusulmane que ce soit.

Comme on le sait, à l’instar de la Ligue des Droits de l’homme ou de la LICRA, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) et d’autres associations « anti-islamophobes » musulmanes se sont instituées pour lutter contre la discrimination et la persécution des musulmans en tant qu’individus. On peut toutefois s’étonner de ne les avoir jamais entendus s’insurger lorsque des musulmans étaient brimés en terre d’islam par des régimes despotiques, comme ce fut le cas de Taslima Nasreen, de Waleed Al-Husseini, ou des homosexuels en Tchétchénie.

N’est-ce pas la mission de toutes les ligues de défense des droits humains (et apparentées) que de lutter, en toute indépendance, contre les exactions des gouvernements à l’encontre de ses citoyens ? Force est de constater que, face à la persécution de musulmans, dès lors qu’elle est le fait de régimes ou de sociétés islamistes, le CCIF, les associations et organisations anti-islamophobes affichent une froide indifférence.

Quant à la situation des femmes et des filles dans les cités françaises (et certains quartiers de grandes villes), surveillées, insultées, voire molestées par les « grands frères » si elles ne s’habillent pas « correctement », la question ne se pose même pas…

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 25 Mai 2017 à 17h52

      alghandy dit

      Une croyance est une adhésion sans preuve. Croire en Dieu ou croire que Dieu n’existe pas sont des croyances. En matière métaphysique, seul l’agnostique, qui à la question sur l’existence ou non de Dieu: Répond : Dieu? je ne sais pas ! lui seul est rationnel.

    • 24 Mai 2017 à 19h13

      accenteur dit

      Ils sont enracinés dans leur religion, dans leurs traditions, obscurantistes et rétrogrades, ils ne supportent qu’eux et prétendent convertir ou détruire les autres ils viennent en masse dans le pays de Rabelais, Molière, Voltaire et Sade. Par pure politesse, certains, leur ont dit de faire comme chez eux. Et ils l’ont cru.

    • 24 Mai 2017 à 14h31

      Philvar dit

      Tout cela c’est bien gentil; et il semblerait que tous se préoccupent de l’islam sans même l’avoir étudiée. Le bon traitement de cette religion est celle de Charles Martel n’en déplaise aux cœurs sensibles. Du roi du Maroc au dictateur Turc en passant par tous le sud de la méditerranée et une partie de l’Asie sont islamisés et sous la loi de la charia, qui, issue de dictats de dieu, se place au-dessus de nos lois décadentes ! L’Europe du sud jusqu’en Alsace est dite : terre d’Islam. Le Canada ne saurait tarder non plus. Alors l’angélisme ne doit plus avoir cours. D’un autre côté, comme nous sommes en décadence accélérée avec l’élection de micron, c’est peut-être un passage obligé avant de, peut-être, nous refaire une santé. Alors étudiez tous la charia pour vous préparer et commencez à apprendre des versets du coran pour votre prochaine conversion obligatoire.. ou la mort, ou la fuite. Dire qu’il y a un maximum de cons qui croient encore en un dieu ! Triste et moyenâgeux ! Mais c’est comme cela.

      • 24 Mai 2017 à 15h37

        Julien dit

        Il y a de cela quelques années j’espérai enfin un monde débarrassé des idéologies moyenâgeuse (L’islam en tête) et me disais que le 11 septembre était le dernier sursaut de la religion… Quel aveuglement… Voir la montée et le repli identitaire de ce gens là me glace le sang.
        Reste une chose positive, l’athéisme monte, malgré le cauchemar islamique.
        Et non, pas de fuite. Ce battre contre eux est une nécessité absolue des chrétiens, des athées et des agnostiques, qu’ils soient blancs noirs ou arabes.
        Un musulman modéré est un poseur de bombe qui s’ignore encore.

      • 24 Mai 2017 à 16h50

        Patrick dit

        C’est l’islam qui pose problème. Point. Pas les chrétiens ni les juifs.
        Le coran enseigne qu’il faut trucider les juifs, les chrétiens, les agnostiques, les athées, et même les musulmans “modérés”, ceux qui ne demande qu’une chose, qu’on leur fiche la paix.
        Et en Inde, actuellement c’est l’hindouisme qui pose problème. Les autorités veulent d’ici 2021 débarrasser le pays de toute présence chrétienne. Évidemment parce que les chrétiens disent que les hommes sont tous égaux en droits, ce qui contrarie ceux qui veulent maintenir le système des castes, avec leurs “sous-hommes” sans aucun droit.

        • 24 Mai 2017 à 17h13

          i-diogene dit

          Ce sont TOUTES les religions qui posent des problèmes..Hier, aujourd’hui et demain..!^^

        • 24 Mai 2017 à 17h20

          durru dit

          La tienne en premier, Diogène: l’athéisme bête et méchant.

        • 24 Mai 2017 à 17h30

          i-diogene dit

          Durru,

          L’ athéïsme n’ est pas une religion, vu qu’il n’ y a pas de dieu..!^^

          … Mais un crétin de croyant peut-il le comprendre..?^^

        • 24 Mai 2017 à 17h36

          durru dit

          T’as rien compris: la religion ne demande pas un Dieu, seulement de croire en choses invérifiables, sans se poser des questions. Exactement ce que tu fais. Exactement ce que les athées font. Ce que les communistes ont fait en leur temps, etc.

        • 24 Mai 2017 à 17h37

          Patrick dit

          L’athée militant ne connait pas sa stupidité : il se bat contre quelque chose ou quelqu’un qui n’existe pas !

        • 24 Mai 2017 à 18h39

          Prince Murat dit

          Je vous citerai un de mes aphorismes favoris : ” Le ”Dieu” qui a créé notre univers est tout de même un ”sacré farceur” ! ”.

          Il a inventé toute une gamme de microbes malfaisants, de maladies et de souffrances épouvantables, mais il a aussi caché des remèdes dans diverses plantes !

          Il faut donc aux êtres humains se livrer à un passionant ”jeu de piste” pour les identifier.

          Ce qui est regrettable, c’est qu’en plus des scientifiques, qui sont des bienfaiteurs pour l’humanité, il y a une autre catégorie d’individus particulièrement malfaisants : les prêtres et autres religieux.

          Ces crétins essaient de nous convaincre que cet ”Inventeur”, aussi fantaisiste que démoniaque, aurait aussi un code moral à nous proposer.

          Dans les variantes moyen-orientales de ces perversions, les notions d’apostasie, de virginité, de monogamie et de rejet de l’homosexualité ont causé d’incroyables dégâts depuis deux millénaires !

          Comme le faisait parfaitement remarquer J.J. Rousseau, la question n’est pas de savoir si Dieu existe, mais plutôt de décider si ce sinistre personnage, un farfelu dépourvu de toute compassion, merite notre respect et notre soumission !

          C’est aussi ce que dit le Bouddha dans la première phrase de son discours de Bénarès : ”Il y a la Douleur” !

        • 24 Mai 2017 à 21h51

          ji dit

          Bien sûr que l’athéisme est une croyance, c’est même une croyance très judeo chrétienne : il ne peut naître que dans une société ayant connu une religion qui donne toute sa valeur à la personne, jusqu’à la laisser s’émanciper de Dieu, pour le meilleur peut être mais souvent pour le pire, et on n’a pas fini de développer le pire.

        • 24 Mai 2017 à 21h54

          ji dit

          Enfin, “judéo” je ne connais pas assez, en tout cas ca développe le questionnement et l’intelligence, mais chrétien c’est sûr que ca a développé une philosophie de la personne jusqu’à l’individualisme et l’athéisme.

        • 25 Mai 2017 à 15h33

          Julien dit

          Non, l’athéisme n’est pas uniquement judéo-chrétien, c’est juste que dans les autres religions ils se font massacrer…

      • 24 Mai 2017 à 17h52

        Hannibal-lecteur dit

        Il a été dit maintes fois à l’I-dio que la différence entre l’Islam et les autres religions est aujourd’hui que seul l’Islam tue, mais il se fait plaisir en édulcorant celà par rappel du passé. En quoi il croit convaincre autrui de haïr les religions quand il ne les convainc que de le trouver stupide. 
        Et comme il aime les claques, on n’a pas fini de le voir répéter ses stupidités.