Pays musulmans: face aux islamistes, la démocratie ne fait pas tout | Causeur

Pays musulmans: face aux islamistes, la démocratie ne fait pas tout

De la dangereuse complaisance des Occidentaux

Auteur

André Versaille
est écrivain et éditeur.

Publié le 18 mai 2017 / Monde

Mots-clés : , , ,

Election présidentielle en Egypte, mai 2012. SIPA. 00637998_000018

André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé : « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dit: « La démocratie c’est comme un tramway, une fois arrivé au terminus on en descend. »  

Comment penser la question de la démocratie dans le monde arabo-musulman quand, dans bien des États de cette vaste zone, un vote libre donnerait, très vraisemblablement, la victoire aux islamistes qui refusent l’État de droit ? Ce fut notamment le cas à Gaza. On a beaucoup reproché aux États occidentaux de ne pas considérer le vote « démocratique » gazaoui en faveur du Hamas : « Vous voulez la démocratie, et quand un parti qui ne vous plaît pas est élu au suffrage universel, vous refusez de collaborer avec lui. » Comme si un scrutin libre, condition indispensable mais évidemment très insuffisante, pouvait garantir à lui seul l’État de droit. Faudra-t-il encore et toujours revenir à l’élection démocratique allemande de 1933 pour faire comprendre qu’un suffrage, si régulier fût-il, n’implique pas l’instauration d’un État de droit ? Quand saisirons-nous que c’est par la voie des urnes que bien des régimes totalitaires se sont installés avant de cadenasser le système politique afin d’éliminer toute opposition ?

« Un homme, une voix, une fois »

Pour les partis islamistes en général, un scrutin libre et honnête n’augure pas d’une évolution démocratique, mais de sa fermeture. Cette route vers le pouvoir est toujours à sens unique. Une phrase résume bien la conception islamiste du vote : « Un homme, une voix, une fois » (Bernard Lewis). Le pouvoir islamiste établi, il est inconcevable pour ses partisans de renoncer quelques années plus tard à la souveraineté de Dieu représentée par ses serviteurs (il est remarquable que la Tunisie ait fait, jusqu’à présent, exception à cette règle). Contrairement aux démocrates, tenus par principe d’accorder la liberté d’expression ainsi que les autres droits politiques à l’opposition quelle qu’elle soit, les islamistes au pouvoir ne se sentent nullement tenus d’accorder quoi que ce soit à leurs adversaires ; ils s’estiment fondés à réprimer tout ce qu’ils jugent sacrilège, à commencer par la démocratie laïque.

Notre compréhension à l’égard des islamistes est telle que nous sommes devenus sourds et aveugles au désir de démocratie de beaucoup de musulmans, notamment des résistants qui se battent pour la subordination du religieux au civil, le confinement de la religion dans la sphère privée et l’instauration de la liberté en matière religieuse. Dans des États où l’incroyance est hors-la-loi, et où le libre arbitre doit s’effacer au bénéfice de la soumission à Dieu, c’est-à-dire aux imams, la tâche est immense.

Quant à nous, les « progressistes », nous n’en demandons pas tant ! Ce qui nous intéresse, c’est de voir apparaître dans le monde musulman une démocratie d’élections. Quant à la démocratie d’exercice, on verra plus tard. À croire que la participation des partis religieux extrémistes musulmans au suffrage universel est notre priorité.

De quoi cette complaisance témoigne-t-elle, sinon de la conviction de beaucoup d’entre nous que le despotisme religieux ou civil est conforme à la mentalité et à la culture islamique, et que, de toute façon, les musulmans sont incapables d’exercer le libre arbitre, l’esprit critique et la démocratie ?

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 23 Mai 2017 à 18h44

      Leucate dit

      Les musulmans ne refusent pas du tout “l’état de droit”, simplement leur civilisation en donne une définition différente.

      Le mieux est d’aller puiser à la source, c’est à dire dans les textes de la Conférence Islamique qui regroupe l’ensembles des pays musulmans, monarchies et républiques “islamiques”.

      Conception islamique des droits de l’homme
       
      La conception islamique des droits de l’homme est influencée par sa conception de la loi que nous avons signalée plus haut, à savoir que la loi n’est pas une oeuvre humaine, mais divine, supérieure à toute autre loi, et que, par conséquent, les droits de l’homme sont subordonnés à la loi islamique.
       
      La 3ème Déclaration des droits de l’homme de l’Organisation de la Conférence Islamique affirme que “tous les droits et libertés énoncés dans ce document sont subordonnés aux dispositions de la loi islamique” (art. 25).
       
      La 2ème Déclaration des droits de l’homme du Conseil islamique dit à plusieurs reprises dans son préambule, comme pour se démarquer de la Déclaration universelle des droits de l’homme, que les droits de l’homme se fondent sur une volonté divine. Le premier passage de ce préambule dit: “Depuis quatorze siècles, l’Islam a défini, par loi divine, les droits de l’homme, dans leur ensemble ainsi que dans leurs implications”. Un des considérants de ce préambule ajoute:
       
      - forts de notre foi dans le fait qu’il [Dieu] est le maître souverain de toute chose en cette vie immédiate comme en la vie ultime [...];
      - forts de notre conviction que l’intelligence humaine est incapable d’élaborer la voie la meilleure en vue d’assurer le service de la vie, sans que Dieu ne la guide et ne lui en assure révélation;
      nous, les Musulmans, [...] nous proclamons cette déclaration, faite au nom de l’Islam, des droits de l’homme tels qu’on peut les déduire du très noble Coran et de la très pure Tradition prophétique (Sunnah).

      • 23 Mai 2017 à 18h51

        Leucate dit

        A ce titre, ces droits se présentent comme des droits éternels qui ne sauraient supporter suppression ou rectification, abrogation ou invalidation. Ce sont des droits qui ont été définis par le Créateur -à lui la louange!- et aucune créature humaine, quelle qu’elle soit, n’a le droit de les invalider ou de s’y attaquer.
         
        Le point 10 des conclusions du Colloque du Koweït, relatif aux droits de l’homme en Islam, affirme:
         
        Les droits et libertés dans le régime islamique ne sont pas des droits naturels mais bien des dons divins basés sur les dispositions de la chari’a et la foi islamique.

        Maintenant, vous faites avec ces principes officiels constamment rappelés ce que vous voulez mais n’oubliez pas que face à des convictions dures les convictions molles perdent toujours.

        C’est ce que rappelait le RP Brickberger, l’aumônier de la résistance, quand il jugeait l’islam ainsi, en tant que prêtre et théologien:
        ““L’Islam est absence de contestation intérieure, c’est sa force et sa faiblesse. La possibilité même d’une contestation est blasphématoire. C’est un système sphérique parfait, hermétiquement clos sur lui-même. Il ne laisse au contestataire d’autre choix que d’être conquis et assimilé ou de se battre. Charles Martel est la seule réponse adéquate à l’Islam”.

      • 24 Mai 2017 à 10h51

        Hannibal-lecteur dit

        Leucate , à quoi bon cette plaidoirie inutile? Elle contredit votre introduction : car il s’agit, bien entendu de NOTRE état de droit que les musulmans refusent comme vous le démontrez si bien !

    • 23 Mai 2017 à 18h18

      Hannibal-lecteur dit

      Désolé M. Versailles, mais votre propos sonne à mes oreilles comme incohérent quand il prétend rendre conciliable la parfaite analyse que vous faites de la culture musulmane ( pour faire court ) et le désir de démocratie dont vous venez de démontrer qu’il lui est plus qu’incompatible : ennemi.
      Ou devriez-vous au moins faire un partage clair entre démocratie de vote et démocratie d’exercice, car si on ne vote pas pour exercer alors…bref votre montage restera acrobatique à mes yeux jusqu’à plus claire explication.

    • 20 Mai 2017 à 10h41

      QUIDAM II dit

      La complaisance des Occidentaux est d’autant dangereuse (et sotte) qu’elle est utilisée de manière parfaitement cynique par les islamistes :
      “Avec vos lois démocratiques nous vous coloniserons, avec nos lois coraniques, nous vous dominerons” (Déclaration faite en 2002 par la référence des Frères musulmans, le théologien réfugié au Qatar, Youssef al-Qaradâwî)

    • 19 Mai 2017 à 20h12

      Livio del Quenale dit

      Élections piège à cons !
      -
       Si c’était vrai en 68, ça l’est d’autant plus aujourd’hui.
      -
      Dans une démocratie pour voter, on suppose que l’électorat respecte les mêmes choses dans une même culture.
      Accepter des éléments qui ne viennent voter que pour déstabiliser la société dans laquelle ils se sont immiscés, prenant à la lettre les lois, niant leur esprit, soit parce que ça ne sert pas leur dessein, soit parce que cet esprit ne s’intègre pas dans leur culture, n’entre pas dans leur capacités intellectuelles ou pire la mauvaise foi, ce qui semble plus proche de la réalité, relève de la tricherie éhontée. Si en plus cette tricherie est considérée dans le mépris, comme normale on voit bien que le piège justifie son épithète.
      -
       En état d’urgence, pire temps de guerre, nous avons organisé des élections comme en temps de paix, au lieu de prendre les mesures qui s’imposent.
      –  

    • 19 Mai 2017 à 13h45

      jim42 dit

      Quand j’écrivais en 1971, (à l’Arche, notamment..) que le suffrage universel était la plus belle escroquerie bourgeoise des Soi-disant Révolutionnaires de 1789 ? Et qu’en tant que Minoritaire absolu permanent, “j’avais eu tort juridiquement, de surcroît” selon Laignel en 1981 ! Je ne recevais depuis, à ce propos, que des quolibets…!
      Il faut toujours ATTENDRE que le dernier rie…..avant de se croire malin et de se moquer!
      C’est ce que déclarait en 1991/92 le vieux compositeur et Chef d’orchestre berlinois exilé à Londres en 1933 et invité” à Son festival organisé par les musicologues et musiciens de Berlin en son honneur….trois ans avant sa mort à 94 ans….
      Méprisé d’un côté, comme “artiste juif dégénéré” malgré sa musique post-romantique, (!) il fut Négligé (!)sic par les autres, pour sa musique excellente certes! mais “”dépassée”" sic par le sérialisme à la mode.
      Vous n’imaginez pas mon bonheur d’être encore de ce Monde et “”de voir ce que je vois et d’entendre ce que j’entends”"…sic..!!!!!!

    • 19 Mai 2017 à 13h10

      Moumine dit

      Il me semble que la démocratie implique que tous les citoyens soient des semblables.
      Les islamistes considèrent-ils tous leurs concitoyens comme leurs semblables ? Sans parler de leurs concitoyennes ?
      Déjà que bien des Occidentaux trébuchent avec cette acception…

      • 19 Mai 2017 à 13h57

        Bacara dit

        Faut pas pousser l’analogie : les Occidentales (comme vous dîtes ) se sont battues de longue date pour accéder aux mêmes droits que leurs homologues . Reconnaissez que l’islam n’a jamais été un vecteur d’émancipation des femmes ! C’est lamentable de constater qu’en 2017  persiste cette discrimination pitoyable envers le sexe féminin dans tous les pays musulmans. 

      • 19 Mai 2017 à 16h55

        Moumine dit

        Pardon, reprenant le terme du sous-titre de l’article, j’ai parlé des OccidentAUX en général, dont certains peinent à regarder tous leurs concitoyens comme des semblables, entre autres exemples ceux qui se considèrent comme d’essence supérieure.
        Justement, j’ai dissocié les concitoyennes de cette réflexion, car là, je ne pense pas que “l’analogie” ait un sens, en effet.