Comme saint patron de notre malheureux pays, souffrant, divisé, déchiré, on aurait pu choisir saint Georges terrassant le dragon. On s’est abstenu de le faire : des fois que des gens méchants diraient que le dragon, c’est… Et sagement on a dédié la France à sainte Padamalgame. Elle est pacifique, bonne et donc seule susceptible d’unir les différentes couches de notre population.

On lui a consacré un temple prestigieux : l’Elysée. Là-bas, le président Hollande fait tous les jours brûler de très gros cierges devant sa statue. Et, après chaque attentat, troublé et ému, il s’agenouille et récite la même prière : « Unité, solidarité, fraternité, pas de suspicion. » Son grand chambellan, Jean-Christophe Cambadélis, fait ses dévotions avec les mêmes mots. Mais ses cierges sont plus petits que ceux de l’Elysée : le PS est pauvre.

Manuel Valls, à qui il arrive quand même de faire des infidélités à sainte Padamalgame (n’a-t-il pas dit que l’islam serait « au centre » de la prochaine campagne électorale ?), se comporte pour l’essentiel en bon croyant. Un peu moins bon toutefois que François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis… Il vient de faire savoir à la population que « la France n’était pas en guerre contre l’islam ». Sainte Padamalgame a en effet la guerre en horreur. De toute façon, si la France devait faire la guerre contre quelqu’un, ce serait contre les adorateurs du dieu Cargo (il en reste quelques-uns en Papouasie). Car, là au moins, elle aurait une chance de gagner.

Nous ne sommes pas en guerre donc. Mais on a quand même vaguement l’impression que la guerre, on nous la fait. Déjà une tête coupée… Mais qui ? Qui nous fait la guerre ? Toutes les équipes gouvernementales assistées par la DGSI cherchent. Les bouddhistes, les shintoïstes, les hindouistes, les évangélistes, les chamanistes ? On n’a pas encore trouvé. Et ce n’est certainement pas moi, citoyen de base dépourvu de tout moyen d’investigation, qui vais y arriver.

Mais peut-être que sainte Padamalgame est susceptible de nous aider dans cette quête. Eh bien non. On a beau la supplier, l’entourer de cierges et d’offrandes, elle répète toujours la même phrase : « Ce n’est pas l’islam. » Son vocabulaire est très limité car, victime de l’oppression capitaliste et du colonialisme, elle a dû quitter les bancs de l’école avant d’apprendre à lire et à écrire.

Sainte Padamalgame a en apparence une bonne tête. Mais si on l’approche au plus près, on peut s’apercevoir qu’elle bave. Un filet d’eau tiède s’écoule de sa bouche. Et, goutte après goutte, il inonde tout, le personnel politique, les médias, les intermittents de la pensée.

Ainsi, l’autre jour, les flots dégoulinants de sainte Padamalgame ont transformé un studio de France Info en piscine. Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, y était comme un poisson dans l’eau. Alors qu’on évoquait les attentats, l’islam, le monde arabe, il pointa comme premier responsable le « colonialisme occidental ». Mais il se rendit compte très vite que c’était un peu trop banal.

Et Corbière fit plus fort en s’indignant contre l’inculture des Français ignorant tout du monde et de la civilisation arabes. « Comment se fait-il que les Français ne connaissent que le nom de Bouteflika et même pas celui du Premier ministre algérien ? Pourquoi ne sont-ils pas capables de citer des noms de ministres tunisiens ? » s’emporta-t-il.

Et, toujours très inspiré par sainte Padamalgame, il réclama la présence de policiers « parlant arabe » dans nos banlieues ! Convaincu par ses élans oratoires, j’ai sous les yeux la liste complète des membres des gouvernements algérien et tunisien. J’y ai ajouté à toutes fins utiles la liste des membres du secrétariat national du Parti de Gauche. J’apprends tout par cœur. Et je remercie sainte Padamalgame de ne pas avoir soufflé à Alexis Corbière le nom du Maroc…

P.S. : À ceux qui jugeraient insuffisantes les leçons du professeur Corbière, je suggère cette phrase de Kateb Yacine, un des plus grands écrivains algériens : « À force de parler de Mohamed qui fut prophète, on oublie le Mohamed chômeur, le Mohamed sans logement, le Mohamed sans abri, le Mohamed sans travail et des milliers de Mohamed qui vivent comme des esclaves sous des régimes qui se réclament du prophète Mohamed. »

*Photo : Pixabay.

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Benoît Rayski
est journaliste et essayiste
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