L’islam à l’envers d’Abdennour Bidar | Causeur

L’islam à l’envers d’Abdennour Bidar

Sa pensée passée au tamis de la réalité

Auteur

Paul Thibaud

Paul Thibaud
est essayiste et théologien.

Publié le 31 mai 2016 / Religion Société

Mots-clés : ,

Abdennour Bidar propose une lecture innovante du Coran. Pour le philosophe, le livre saint annonce le retrait de Dieu du monde, laissant le champ de l’existence libre pour l’homme, jugé apte à se diriger seul. Une hypothèse intellectuellement séduisante, mais trop éloignée de l’islam tel qu’il est.

(Photo : Hannah Assouline)

Abdennour Bidar a succédé à Adelwahab Meddeb sur France Culture comme voix musulmane indépendante, critique, innovatrice. Il avait publié auparavant, en 2006, un essai au titre paradoxal, Self islam, dont il a explicité ensuite les soubassements exégétiques et philosophiques dans L’Islam sans soumission, désormais en poche. D’un titre provocant à l’autre, il poursuit une réflexion audacieuse. Le premier livre a pu paraître simplement désinvolte : l’islam comme on veut, dont on prend et dont on laisse. Pratique atypique d’un marginal, trop français pour être représentatif, une curiosité. L’Islam sans soumission oblige à considérer de plus près l’entreprise de Bidar.

L’auteur affirme d’abord que, loin de se livrer à une provocation effrontée, il a décrit dans Self islam un comportement répandu, peut-être dominant, en Europe aussi bien qu’en terre d’islam, celui du croyant qui ne veut plus vivre « ligoté de toutes parts », accablé de commandements, qui voit la charia non pas comme une « loi édictée » mais comme « mise en route » pour quoi le Coran donne des « conseils de vie spirituelle ». Mais, pour passer de l’islam institué à l’islam libre, il ne suffit pas, comme font beaucoup de « réformateurs », de critiquer les sociétés musulmanes, il faut arracher les croyants à une « servitude spirituelle », dont la servitude sociale qu’ils font subir, notamment aux femmes, est « l’ombre portée».

[...]

  1. Jean-Pierre Le Goff dans Malaise dans la démocratie, rapproche la proposition islamique de Bidar de la religiosité syncrétique, orientée aux souhaits de chacun qu’appelle notre individualisme mondialisé.

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    publié dans le Magazine Causeur n° 94 - Mai 2016

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    • 3 Juin 2016 à 13h41

      Joe dit

      Bonjour,

      Le Coran n’est absolument pas la loi dictée par Dieu, ce n’est pas un recueil législatif immuable comme le prétend Guenièvre.Vive la liberté d’expression pour écrire n’importe quoi… .Mr Bidar devrait commencer il me semble de suivre des études académiques en islamologie, mettre en pâture son utopie saugrenu.

      • 3 Juin 2016 à 13h49

        Guenièvre dit

        Relisez attentivement, je ne prétends rien du tout je dis au contraire que je ne connais pas le texte.Je ne fais que prendre pour hypothèse ce que dit Golvan…

    • 3 Juin 2016 à 12h08

      Guenièvre dit

      @ golvan,
      Je ne connais absolument pas les textes religieux mais j’ai lu de nombreux témoignages, de femmes en particulier, qui pensent comme vous. Je suis donc assez pessimiste sur les possibilités d’évolution mais, contrairement à vous, je conserve une lueur d’espoir. Le Coran c’est l’ensemble des lois dictées par Dieu donc non sujettes à révision soit , mais dans la pratique, au cours de l’histoire, il a bien fallu s’adapter pour construire des états plus modernes . Les états musulmans ne fonctionnent plus comme au Moyen Age . On a mis en place tout un tas de stratagèmes pour “s’arranger” avec la Loi, en un mot on a été obligé de faire des compromis . Des changements se sont produits dans des domaines comme le djihad, l’esclavage, l’usure. Plus récemment la Turquie de Kemal Atatürk, la Tunisie de Bourguiba ont pris leur distance avec la charia en ce qui concerne le statut des femmes . Certes, l’islamisme est revenu en force mais si l’islamisme a progressé il peut aussi régresser . Rien de ce qui est humain ne demeure pour toujours.
      En résumé il y a un texte qui dessine selon vous et beaucoup d’autres, une société totalitaire et immuable mais il y a aussi l’expérience accumulée par les peuples musulmans, du Maroc à l’Indonésie qui n’est pas sans importance. On ne peut pas faire abstraction de la nature humaine et ignorer les changements concrets qui se sont produits en Islam depuis un millénaire.

      • 3 Juin 2016 à 12h25

        Guenièvre dit

        Je rajouterai que, selon moi, nous devons, nous autres non musulmans faire deux choses:

        – lutter contre toutes les formes d’islamisme qu’il soit violent ou plus insidieux.
        - soutenir et encourager des gens comme Abdennour Bidar y compris si nous avons des doutes sur ses chances de réussite.

        • 3 Juin 2016 à 12h57

          Lector dit

          entièrement d’accord avec vous Guenièvre (bonjour!). Je comprends tout à fait le soucis et le discours de Golvan pour être passé par les mêmes depuis début 2000. 16 ans plus tard ça me lasse et surtout je vois bien que ce n’est pas par là que nous arriverons à faire changer les choses. Une fois le fondamentalisme salafiste identifié, expliqué et dénoncé, l’on peut penser qu’il faut s’atteler à une meilleure connaissance exégétique pour contrecarrer la caricature que font les fondamentalisme de leur propre religion (à Brest par exemple). Et c’est ce que font Bidar ou (avec plus de diffuclté du fait de sa condition féminine) Marika el Haki et bien d’autres que vous connaissez.