Ingrate Betancourt? | Causeur

Ingrate Betancourt?

Huit ans après sa libération, elle est devenue très impopulaire en Colombie

Auteur

Alexis Brunet
est professeur de français langue étrangère.

Publié le 29 juin 2016 / Monde

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Ingrid Betancourt, 2016. Sipa. Numéro de reportage : 00744432_000040.

Le 2 juillet, cela fera tout juste huit ans qu’Ingrid Betancourt fut arrachée aux mains des Farc lors d’une opération de libération menée par le gouvernement colombien. La madone au visage fin venait alors de passer six ans et demi otage des Farc dans la jungle colombienne, à la merci des maladies tropicales. Six ans durant lesquels Chirac-Villepin puis Sarkozy s’évertueront à juste titre à faire pression sur le gouvernement colombien d’Alvaro Uribe pour « sauver Ingrid ». Humaniste, courageuse et pas vilaine de surcroît, Ingrid a tout pour plaire à l’opinion. Qui ne s’est apitoyé ne serait-ce qu’un instant sur le sort de notre pauvre Ingrid aux mains de rebelles rouge sanglant dans un pays miné par la guerre et la corruption ? Même l’indomptable Renaud succomba au charme de Sainte Ingrid par ces vers : « Nous t’attendons Ingrid / Et nous pensons à toi / Et nous ne serons libres / Que lorsque tu le seras. »

En Colombie en revanche, on ne la porte plus dans son cœur. En 2013, tandis qu’Ingrid souhaite faire son grand retour politique en Colombie, les mots de l’opinion colombienne seront parfois si durs que le quotidien El Espectador juge utile de publier une chronique dans laquelle il appelle à la retenue.

L’enlèvement

Retour en février 2002. Ingrid Betancourt, ancienne sénatrice, fait campagne en Colombie comme candidate à la présidentielle de son parti Verde oxígeno. Les intentions de vote en sa faveur sont basses, comme souvent pour les candidats écolos. Alors à Florencia, une ville dans le département de Caquetá, au Nord-Ouest de l’Amazonie, la franco-colombienne souhaite rejoindre San Vicente de Caguán, petite commune située non loin de là. Se présente alors un combat entre les militaires et les Farc. Le gouvernement la met en garde sur les risques réels de mésaventures si elle ne rebrousse pas chemin. Mais Ingrid, fière et téméraire, refuse d’écouter les conseils des soldats et continue son périple, accompagnée de Clara Rojas, sa fidèle directrice de campagne, et de son chauffeur. Selon la version du gouvernement, elle signe un document stipulant qu’elle a pris connaissance des risques liés à la présence de guérilla et qu’elle sera responsable s’il lui arrive quoique ce soit. Peu après, le convoi est intercepté par un commando des Farc. Quand les guérilleros identifient Ingrid Betancourt, ils raflent un trophée de première catégorie. Six longues années plus tard, le gouvernement colombien lance une opération de libération camouflée sous une fausse émission de télé sur la Croix Rouge. Ingrid Betancourt, Clara Rojas et treize autres otages sont libres. Le cauchemar prend fin. L’opinion française est ravie, Ingrid aussi. Elle qualifie l’opération du gouvernement de « parfaite ». La mésaventure semble se terminer comme un conte de fée.

Amère libération

Deux ans après, les tensions commencent. En guise de remerciement envers le gouvernement colombien, Ingrid Betancourt lui réclame la modique somme de 6,6 millions de dollars au titre de la loi en faveur des victimes du terrorisme. Ingrate Ingrid ? Elle refusera ensuite les 450 000 euros que lui propose l’Etat français à travers le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme. Non qu’elle considère avoir assez d’argent, mais au contraire que c’est insuffisant à son goût. Pourtant, rien qu’en 2008, les frais de rémunérations des gardes du corps de Madame Betancourt s’élèveront à 73 000 euros, ceci payé par les impôts des Français, pointe du doigt l’essayiste Jacques Thomet. Dans le même temps, dénoncera également ce dernier, un Français ayant été otage des Farc durant quinze mois, Christophe Beck, a été complètement oublié par l’Etat au point de vivre en 2010 dans une caravane suite à la vente du patrimoine familial afin de payer aux Farc une rançon de 500 000 dollars.

Lorsque le calvaire de la candidate écologiste se termine en 2008, il reste plus de 800 otages aux mains des Farc. Ingrid Betancourt, qui jouit alors d’un prestige international (la présidente du Chili, Michelle Bachelet, fait campagne pour qu’elle obtienne le Prix Nobel de la Paix) pourrait user de son influence pour tenter d’en faire libérer. Elle n’en fera rien. En 2009, ses ex-compagnons d’infortune publient leurs bouquins et règlent leurs comptes. Clara Rojas soutient que les lettres écrites à sa famille et remises pour cela par les Farc à la famille Betancourt ne sont jamais arrivées à destination, afin de « réserver à tout prix le rôle principal à leur fille », dénonce-t-elle. Quant à Keith Stansell et Tom Howes, deux otages américains, ils dénoncent une femme arrogante et égoïste, qui les a mis plusieurs fois en danger.

Et maintenant ?

Cela n’a pas façonné une image positive d’Ingrid Betancourt dans sa terre sacrée, où l’opinion publique à son sujet tranche avec la nôtre. Extrêmement populaire peu avant sa libération en Colombie, Ingrid Betancourt y est presque devenue non grata dans les années suivantes. En 2013, un sondage (de l’institut colombien Cifras & Conceptos) révèle que sept Colombiens sur dix ont une mauvaise opinion d’elle. Encore maintenant, beaucoup estiment qu’elle savait les risques qu’elle prenait, voire qu’elle aurait bien cherché ses malheurs. En mai dernier, une (petite) manifestation a même eu lieu à Bogota pour lui demander de s’en aller, mais peu importe, Ingrid est chez elle et elle souhaite le faire savoir. Si elle vient de déclarer dans El Espectador ne plus vouloir faire de politique en Colombie, elle s’exprime sur le processus de paix avec les Farc, elle est en forme.

Ingrid, je sais que vous êtes ambitieuse, et que les Français vous aiment. Que faites-vous en 2017 ?

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 30 Juin 2016 à 21h44

      Flo dit

      Je n’ai pas de sympathie particulière pour Ingrid Bétencourt et je trouvais aussi que le soutien médiatique était tout à fait excessif. Cependant, il faut rester juste : Ingrid Bétencourt n’est absolument pas responsable du gavage médiatique que l’on nous a fait subir des années durant. Ce sont les médias et les politiques français et uniquement eux.
      Même chose pour les lettres de Clara Rojas, C’est la famille Bétencourt qui ne les a pas remises, pas Ingrid elle-même.

      Quant à son comportement égoïste lors de sa détention, j’imagine que personne ne se comporte parfaitement bien durant toutes ces années dans de telles conditions.

      Pour finir, le fait qu’elle ait commis une imprudence lors de sa capture était-il une bonne raison pour la laisser crever aux mains des Farc sans que personne ne s’en soucie ?

      Pour le reste, je m’en fous un peu.

    • 30 Juin 2016 à 21h11

      ZOBOFISC dit

      Je conseille “ENFILADES” de François Marchand, recueil de nouvelles dont la dernière est un “journal d’Ingrid B. ” de le plus belle eau.
      Ouvrage conseillé par CAUSEUR lors de sa sortie. 

    • 30 Juin 2016 à 18h08

      MGB dit

      I.Betancourt ? Une totale imposture. Et pire encore, tout ce cirque bobo-gaucho jusqu’à ce qu’elle soit “libérée”. A l’époque, son sort me laissait parfaitement indifférent : n’a t’elle pas eu ce qu’elle cherchait ? Si encore, elle s’était jetée seule dans la gueule du loup, mais non, il a fallu qu’elle entraine sa collaboratrice et son chauffeur. Et en plus, la France devrait l’indemniser ????????? Mais au nom de quoi ?
      Je me souviens de Mme CLAUSTRE, de sa dignité, de sa solitude. Elle méritait, et mérite, notre compassion. Pas l’autre.

      • 1 Juillet 2016 à 2h03

        Bastienou Carcajou dit

        Êtes-vous sûr de votre appréciation concernant Claustre?

        Il semble que bien des points de convergence existe entre ces deux péronnelles.

        Cordialement

        • 2 Juillet 2016 à 16h32

          MGB dit

          Peut-être avez-vous raison, je sais peu de choses de l’affaire Claustre, sauf qu’elle avait été séquestrée par Hissène HABRE dans le Sahara. Et je ne me souviens que d’un reportage émouvant réalisé par DEPARDON sur place au péril de sa vie. Il me semble que HABRE avait assassiné un militaire venu négocier avec lui (le commandant Galopin).

          En quoi le fait pour une scientifique en mission d’étude dans le désert de se faire enlever par un “rebelle” constitue un point de convergence avec Bettancourt qui n’a écouté personne et s’est fait capturer ?

          Cordialement,

          MGB

    • 30 Juin 2016 à 14h14

      agatha dit

      @Tallemant,
      “réécriture” dites-vous. Oui, au minimum. C’est très bien expliqué dans cet article du Monde :
      http://www.lemonde.fr/livres/article/2010/03/04/la-vie-des-autres_1314398_3260.html

    • 30 Juin 2016 à 13h50

      Didier Goux dit

      Ne l’accablons pas non plus, cette femme : vous croyez que c’est drôle, tous les matins, face à son miroir, de se répéter qu’on a la tête de Céline Dion ?

    • 30 Juin 2016 à 11h39

      xanthippe dit

      Ah, non, non. Vos propos n’engagent que vous. Nous non plus, nous ne l’aimons pas. Et en 2017, nous n’avons pas besoin d’elle. Pourquoi aurions-nous besoin d’elle ?

    • 30 Juin 2016 à 11h25

      vieuxchameau dit

      Je partage totalement l’avis des Colombiens….Cette femme a été certes séquestrée par des fascistes de gauche (les copains des Khmers Rouges de sinistre mémoire) , mais si c’était arrivé à un citoyen lambda, je ne crois pas qu’il y aurait eu une telle “publicité” , ceci pour rester poli! Cette femme est une très grande bourgeoise, très riche contrairement à la population Colombienne!
      Elle est ressortie vivante et soi disant plébiscitée par le peuple Français, je n’ai jamais participé de ce plébiscite. Une de plus qui vit “hors sol”

      • 30 Juin 2016 à 18h10

        MGB dit

        plébiscitée par la Gôche, pas plus

    • 30 Juin 2016 à 7h37

      QUIDAM II dit

      On se souvient qu’Ingrid Betancourt avait demandé à la Fance une somme considérable comme indemnisation du préjudice qu’elle a subi du fait de sa détention par les FARC. “Cette demande est généralement présentée par le Quai d’Orsay. Dans le cas de l’ancienne otage, selon des sources concordantes, son affaire aurait été suivie avec attention par l’Elysée. “On nous a clairement dit qu’il s’agissait d’un dossier signalé et qu’il n’était en aucun envisageable de le rejeter”, confie sous le sceau du secret l’un des administrateurs.” (http://www.lejdd.fr/International/Actualite/Pourquoi-Ingrid-Betancourt-renonce-208121)

      Mais en raison du caractère extravagant et scandaleux de cette demande, elle a fini par la retirer. 
       

    • 30 Juin 2016 à 5h43

      dov kravi דוב קרבי dit

      Pepe de la luna, auriez-vous accepté que des nazis siégeassent au Bundestag en 1945 ? Il est vrai que des Khmers rouges ont siégé au Cambodge…
      En l’occurrence, voici l’horreur que concocte Santos, contre l’immense majorité de la population mais avec l’approbation d’Obama le Démocrate.
       http://www.dreuz.info/2016/06/23/colombie-le-processus-de-paix-ouvre-la-porte-a-une-narco-dictature-communiste/

    • 29 Juin 2016 à 19h56

      Villaterne dit

      Sa médiatisation fut tout ce que j’exècre dans les postures des humanistes de salon !
      Ce n’était pas Ingrid Betancourt, mais Ingrid bête en cour !
      Une pensée émue pour Christophe Beck qui a eu le malheur d’être un vulgum pecus français !

    • 29 Juin 2016 à 19h44

      dov kravi דוב קרבי dit

      Betancourt n’a aucun intérêt. 
      Ce qui est gravissime, en revanche, c’est l’accord entre le président actuel (qui rêve de son Nobel de la paix)  et les FARC. 
      Impunité totale et avantages militaires et idéologiques ahurissants pour ces derniers.
      78 % des Colombiens sont scandalisés et surtout épouvantés par la narcodictature communiste qui se prépare avec ce soi-disant accord (en fait imposé par l’exécutif).
       

      • 29 Juin 2016 à 23h55

        Pepe de la Luna dit

        C’est un peu plus compliqué que ça. Il y a les FARC, l’ELN, les milices d’auto-défense… et le conflit dure depuis 60 ans. Alors on fait quoi ? On continue la guerre jusqu’en 2072 ou on négocie en amnistiant ?

    • 29 Juin 2016 à 15h19

      Cardinal dit

      Son histoire rappelle celle de Françoise Claustre, prisonnière (?) de Hissène Habré et de la triste fin du Commandant Gallopin.

    • 29 Juin 2016 à 15h13

      Tallemant dit

      La personne peut ne pas être sympathique, mais son livre (Même le silence a une fin) est remarquable. Je ne sais pas quelle est la part de fiction ou de réécriture, en tout cas c’est un texte puissant.

    • 29 Juin 2016 à 14h43

      Angel dit

      Je ne suis pas surpris.
      Une amie colombienne men avait parle.

    • 29 Juin 2016 à 14h31

      L'Ours dit

      Ne dîtes pas “les Français” SVP, parce que moi, ça fait huit ans qu’elle me tape sur le système.

    • 29 Juin 2016 à 14h05

      Simbabbad dit

      Ingrid Betancourt est l’exemple type de l’engouement médiatique totalement déconnecté de la population qui n’en avait rien à foutre. Je me souviens, à sa libération le décalage était tellement énorme et hilarant que les médias eux-mêmes s’en sont rendu compte, il y a même eu des articles dessus. Cela était même comparable aux ennuis de Polanski, avec toute l’aristocratie médiatique de son côté au contraire des Français.

      • 29 Juin 2016 à 18h02

        kelenborn dit

        Absolument, je me souviens du sinistre Paoli, le bobo en chef de la désinfo sur Fiente Inter, celui qui fustigeait les automobilistes qui polluaient et affirmant qu’il était venu à pied au boulot sans préciser évidemment qu’il n’habitait pas le 9.3 ou Mantes la Jolie. On avait droit tous les matins que Dieu faisait et ils l’aurait sans doute fait pour ceux qu’il ne faisait pas à une séance de larmes pour chère Ingrid. Eh !!! ce n’est pas le seul fois que le con de contribuable paie pour les bobos et leurs petits bobos! Merci de donner l’occasion de le rappeler!
        MK