Incorrigible Autriche
Barbara Rosenkranz mieux que Sarah Palin
Publié le 08 mars 2010 à 12:46 dans Monde
Mots-clés : Autriche, Barbara Rosenkranz

Barbara Rosenkranz.
Ce n’est pas parce que nous sommes, en ce 8 mars féministe, devant notre ordinateur pour nourrir le moloch qui avale des tonnes de papiers pour la plus grande gloire d’Elisabeth Lévy, que nous allons nous priver du plaisir d’habiller une dame pour cet hiver exceptionnellement rude.
Je viens de faire sa connaissance à Vienne, en Autriche, où m’avait dépêché l’excellente revue Politique internationale.
Elle s’appelle Barbara Rosenkranz. Je préviens tout de suite ceux qui arrêteraient là leur lecture, en maugréant que je vais encore les bassiner avec des histoires de Juifs, qu’ils peuvent se dispenser de cliquer trop vite.
Mme Rosenkranz est une Autrichienne dont on ne peut discerner aucune ascendance non aryenne dans un arbre généalogique plongeant ses racines dans les terres de cette Basse-Autriche danubienne et rurale. Elle vient de déclarer sa candidature à l’élection présidentielle de son pays, le 25 avril prochain, contre le sortant, le social-démocrate Heinz Fischer. Elle est candidate au nom du FPOe, le parti d’extrême droite xénophobe naguère dirigé par feu Jörg Haider.
Les chrétiens-démocrates, qui participent au gouvernement dirigé par le socialiste Werner Faymann ne présentent pas de candidat, car les sondages ne leur laissent aucun espoir face au sortant.
Barbara Rosenkranz est donc la seule personnalité politique non folklorique à défier Fischer. Elle n’a quasiment aucune chance d’être élue, à moins d’un séisme politique, car le socle électoral de son parti (moins de 20%) est insuffisant pour lui faire espérer une victoire.
En revanche, elle vise à rassembler le maximum de mécontents de la situation actuelle, et ils sont nombreux dans un pays touché comme les autres par la crise économique, et travaillé par des angoisses sécuritaires de tous ordres. De plus elle a reçu le soutien du principal quotidien autrichien, le tabloïd Kronenzeitung (1 million d’exemplaires vendus pour un pays de 10 millions d’habitants), dont le propriétaire, Hans Dichand (88 ans) est un anti-européen viscéral et un pourfendeur de la politique d’immigration, jugée par lui trop laxiste, de l’actuel gouvernement.
Barbara Rosenkranz, née en 1958, ne peut être soupçonnée, comme le fut jadis Kurt Waldheim d’avoir été membre du parti nazi dans sa jeunesse. Elle doit cela à ce que le chancelier allemand Helmut Kohl appelait “la grâce de la naissance tardive”. L’Autriche n’est pas, comme l’Allemagne, passée par la dure acceptation d’un passé monstrueux, et s’est longtemps proclamée “première victime du nazisme”, en dépit de la participation enthousiaste de la majorité de la population à l’aventure hitlérienne, et au rôle éminent de quelques Autrichiens dans la nomenklatura nazie, à commencer par le Führer lui-même…
Barbara Rosenkranz appartient, idéologiquement à ce que l’on appelle là-bas les “Kellernazis” (les nazis des caves), qui ont perpétué, jusqu’à aujourd’hui la célébration des vertus du IIIe Reich dans des cercles privés, des confréries étudiantes, des associations de vétérans de la Deuxième Guerre mondiale. Le parti « libéral » (FPOe) a été le réceptacle politique de cette mouvance, sous l’œil bienveillant d’un Bruno Kreisky qui comptait sur ce parti pour empêcher le retour au pouvoir des chrétien-démocrates de l’OeVP.
Comment se comporte un ou une nazi(e) des caves ? Dans le cas de Barbara Rosenkranz, c’est d’abord d’être une mère de dix enfants (chapeau !) dont chacun et chacune d’entre eux sont dotés d’un prénom issu de la mythologie germanique. Pourquoi pas après tout ? Les Odin, Wolf, Gudrun ou Hiltrud n’ont pas vocation à envahir la Pologne chaque fois qu’ils écoutent du Wagner. Mais ce sont là des signaux que s’envoient les nostalgiques du Grand Reich sans tenir des propos publics qui pourraient leur valoir des ennuis judiciaires. Les « fêtes du solstice » sont aussi très prisées dans ces milieux, qui les préfèrent aux célébrations catholiques classiques. Enfin, chaque année, le grand bal des corporations étudiantes (dont certaines pratiquent encore le duel au sabre) est le grand rassemblement, dans le Hofburg (ancien palais impérial) de la jeunesse de cette mouvance.
Les premières déclarations de Barbara Rosenkranz comme candidate ont provoqué le scandale. Elle s’est prononcée pour un assouplissement de la loi de 1945 interdisant les activités nazies ou néo-nazies. Interrogée sur ses positions vis à vis des négationnistes de la Shoah, dont certains sont des amis de son époux, elle a répondu : “J’ai, sur ce sujet, l’information d’une Autrichienne qui a fréquenté l’école entre 1964 et 1976.” Comme l’enseignement de la Shoah ne faisait pas partie des programmes scolaires autrichiens à l’époque, l’interprétation de la réponse de Mme Rosenkranz laisse ouverte toutes les hypothèses concernant ses convictions en la matière.
Ces propos ont fait tellement de bruit que le patron du Kronenzeitung lui a demandé de les rectifier sans tarder. Barbara a alors concédé qu’elle ne doutait pas de l’existence des chambres à gaz, sans toutefois préciser qu’elle était également persuadée qu’elles avaient servi à ce que l’on sait…
L’effet Rosenkrantz s’est déjà fait sentir sur la campagne de son concurrent socialiste : ce dernier s’est cru obligé d’adresser une lettre aux associations de réfugiés des Sudètes, nombreux en Autriche pour leur dire qu’à son avis les décrets Benes de 1945 étaient une injustice, et qu’il allait, au sein de l’Union européenne œuvrer pour que ces réfugiés puissent obtenir des compensations.
À part ça, l’Autriche est un pays merveilleux peuplé, aussi, de gens cultivés, bons vivants et tolérants. Demain, c’est le 9 mars, et c’est tant mieux.
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L'auteur
Luc Rosenzweig est journaliste.
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nadia comaneci dit
L’impératrice du shtetl !
rgrouot dit
Bon, je vois. Tu as une âme d’Impératrice.
nadia comaneci dit
A la manière de Napoléon alors !! Ils faisaient moins les malins les Autrichiens en 1809, quand l’Empereur a gouverné l’Europe de Vienne pendant 6 mois.
rgrouot dit
…”Ces pays où l’on parle allemand ne me valent rien.”…
Mais, chère Nadia, il suffit d’y parler français…1
Impat1
nadia comaneci dit
A deux ailes, non juste mes souvenirs persos. Il y a à Vienne un Office des Nations Unies où j’ai eu à me rendre parfois. C’est une ville hors du temps, les viennois sont hors du temps. Ils se sont arrêtés en 1918.
Attention, tout n’y est pas négatif, les cafés, les patisseries et les stube sont somptueux. D’ailleurs, quand j’y allais, je passais mon temps à manger. Pas besoin de passer chez Freud pour comprendre pourquoi.
Ces pays où l’on parle allemand ne me valent rien.
a2lbd dit
Nadia
Trop de soirées de Noël passées à regarder ces sommets de mièvreries que sont les sisi ? Nono ?
rgrouot dit
…”comme des tartes à la crême”…
Ouais, en attendant, une tarte à la crème au Café Grienstredl, ça vaut le détour.
Impat1
nadia comaneci dit
Partiale mais si peu… Ces immenses batiments lugubres et décorés comme des tartes à la crême, plus un chat dans les rues à la nuit tombée, des fantômes partout et des crânes comme s’il en pleuvait, ils dégoulinent des colonnes de la peste, ils débordent de la crypte de Saint Stefan, ils sortent des petits cercueils des archiducs tuberculeux aux Augustins. Cest la ville la plus mortifère d’Europe. Pas étonnant que l’aiglon y soit mort d ‘ennui et de désespoir. Sans compter leur petit peintre à l’oeil allumé qui doit encore déambuler dans les gasse.
rgrouot dit
Saul, de mes quelques trop rares voyages à Vienne , et Salzburg, je n’ai pas eu le sentiment que les Autrichiens détestaient la France, bien au contraire.
Mais mes impressions ne sauraient valoir statistiques…
Impat1
rgrouot dit
Nadia, je pense qu’en effet tu es partiale.(Mais faute avouée est à moitié…).
On peut ressentir ce qu’on veut, ou ce qu’on peut, dans les rues de Vienne. Mais comment ne pas tomber en extase devant ces monuments tellement beaux qu’à les regarder on croit vivre encore au temps des Habsbourgs, qu’on peut voir les crinolines virevolter derrière les grandes fenêtres illuminées aux chandelles…
La Hofburg., la Stephan Kirche, le Palais Shwarzenberg, Shonbrunn…
Et mieux encore les cafés en ville avec leurs chocolats fabuleux, et leurs strudels ..
Et encore mieux les soirées au Statsoper, où après un opéra même sévère on peut voir une foule de jeunes gens se lever et applaudir pendant vingt minutes, une ambiance plus chaude qu’au Zenith de Paris après un concert rock…
Grandgil dit
A Lisa,
Disons que chez nous, les écrivains très incorrects avaient droit de cité sans trop de problèmes. Sévilla pour nous c’est un peu de la redite, sinon, j’apprécie qu’il remette quelques pendules à l’heure.
Lisa dit
@Grandgil,
Léon Daudet cité par vous et par Leroy, je pensais le lire, je vais m’y mettre.
Sinon j’aime bien Jean Sevilla pour parler de L’Empereur Charles (béatifié) et de l’Impératrice Zita.
Grandgil dit
Le Pen était un épouvantail utile qui a permis aux uns et autres de se faire élire, et finalement Sarkozy applique quasiment le même programme en matière d’immigration. Je me rappelle des manifs de 2002, dont je n’étais pas, et des imbéciles utiles défilant entre deux rangées de CRS car le fâchisme était à nos portes, la bonne blague. Vous aviez peur du totalitaire, vous allez être servis avec le communautarisme et des joyeux drilles comme Besson ou le microleader qui trouve qu’il y a trop d’élections.
Je n’arrive pas à croire que certains en soient encore là.
vienne dit
Les frenchis devraient balayer devant leur porte avant de l’ouvrir sur l’Autriche. Puis-je vous rappeler 2002 et la bérézina de Jospin devant un Le Pen? Sans parler des collabos en tous genres pendant l’occupation!
Ahhh, toujours à donner des leçons aux autres, la paille et la poutre…
Grandgil dit
Je ne suis pas du tout maurrassien. Et c’est plus complexe que cela, les royalistes pouvaient défiler avec les anars et défendre les syndicats sans pour autant perdre leur identité. Sur d’autres sujets, ça n’empêchait pas de se mettre sur la gueule.
J’adore Bainville, tout comme Léon Daudet, je le préfère à Tulard, il faut dire que la période napoléonienne ne me passionne pas. J’aime bien Bluche sur le XVIIème, même s’il est un sale type (je me souviens être arrivé un jour devant lui pour lui faire signer son “Louis XIV” lu et relu, corné, et cet individu refuse sous prétexte que je ne l’avais pas acheté sur place.
Clappique dit
Je ne récuse guère qu’un qualificatif dans votre appréciation: de moins en moins crypto.
Clappique dit
Grandgil.
Moi aussi j’ai appris l’Histoire de France avec Bainville, grâce à l’auteur de mes jours qui avait la bonne idée d’avoir quelques uns de se bouquins dans sa bibliothèque. J’ai particulièrement goûté son Napoléon, qui à mon sens annonçait celui de Tulard.
Grandgil dit
Vous lisez Jacques Bainville, vous êtes un crypto-maurrassien réactionnaire, voire même peut-être un onaniste de sacristie, comme moi alors ? Il vous sera beaucoup pardonné, j’ai appris l’histoire de France avec lui quant à moi.
Clappique dit
Grandgil.
Ce n’est pas que le catholicisme de la monarchie habsbourgeoise que les vainqueurs de 1918 haïssaient, c’était aussi son caractère multinational, considéré comme un archaïsme insupportable. Face à celà les progrès de la démocratie dans la partie autrichienne de l’empire pesaient bien peu.
Sur le sujet, il faut relire Jacques Bainville.
Grandgil dit
Ce qui a causé la chute de l’Autriche vers le nazisme, c’est la destruction de l’Empire d’Autriche, monarchie catholique haï par Clémenceau et le président Wilson, qui aurait pu, qui aurait dû, évoluer vers la démocratie. Ils en sont toujours au même ressentiment, dirigés contre les même boucs émissaires que les nazis.