In Fed we trust

Publié le 22 août 2010 à 6:01 dans Brèves

Mots-clés : , ,

Depuis le 15 août 1971, date à laquelle Richard Nixon, a mis fin à la convertibilité fixe entre l’once d’or fin et le billet vert, le dollar n’a plus de compte à rendre à personne et peut proliférer sans contrainte. Désormais, derrière lui, le tas d’or a disparu, il n’y a plus rien, sinon une gigantesque rotative. Le sommet de la Jamaïque (janvier 1976) confie au FMI un rôle de surveillant général des comportements financiers de chacun. Les rares survivants de cet accord historique en rient encore…

Le 8 novembre 1988, Milton Friedmann déclarait sans ambages au Monde : «[Notre] déficit est libellé en dollars, non en livres ou en francs ; en dernier recours, nous disposons de la planche à billets ». Depuis, l’économie s’élabore dans un laboratoire peuplé d’algébristes hilares, qui la transforment en objet mathématique, éternellement modélisable.

Quel financiariste, les narines blanchies de poudre, proposa un jour de « larguer du cash depuis des hélicoptères »? Sa suggestion fut immédiatement appliquée. Ainsi, lorsqu’une créature modélisée échappe à ses créateurs, provoquant l’effondrement du magnifique château de cartes qu’elle avait contribué à bâtir, la planche à billets entre en fonction. D’une bulle à l’autre, la Fed bombarde le territoire avec des dollars, « le dernier recours ». La Chine fait le reste : contre l’achat à bas prix de ses marchandises diverses et variées, elle acquiert des bons du trésor émis par son partenaire commercial, et finance largement son déficit.

Longtemps encore, les Américains, privés de cash, les yeux au ciel, les bras tendus, à la manière de John Goodman dans The Big Lebowski, réclameront à grands cris : « Hélicoptère ! ».

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

48

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous :

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?

Pas encore abonné ? Pour commenter cet article :

  • 27 August 2010 à 20h30

    Patrick Mandon dit

    fatback , je vous remercie de votre riche contribution. Bien sûr, elle ne répond pas aux interrogations que j’ai soulevées, mais elle a le mérite d’éclairer superbement des manœuvres obscures, voire inconnues. Je pense que votre effort ne restera pas vain ; pour ma part, je plongerai prochainement le couteau dans la plaie, et je me servirai sans doute de (ou je renverrai à) vos explications. Je suis, comme tout le monde, fortement inquiet pour l’avenir de notre société, pour le seul maintien de son équilibre social, culturel, psychologique. Ce que je sais et ce que j’attends de l’économie, c’est qu’elle favorise le développement normal des êtres humains. Je souhaite, par exemple, que nous puissions maintenir notre niveau d’éducation, notre protection sociale, notre système hospitalier. Je ne crois pas au «progrès» mais je pense qu’il existe une bonne et une mauvaise manière de gouverner les peuples. Enfin, il me semble que nous avons terriblement besoin du politique. Au contraire de l’économie, il entre dans le gouvernement des hommes plus de volonté, de ruse et d’art que de technique. Le bon gouvernement est celui qui parvient à écarter du banquet les prédateurs, tout en considérant que la prédation est constitutive de l’être humain. Nous reparlerons de tout cela.
    Merci encore

  • 27 August 2010 à 13h04

    fatback dit

    [ fin de transmission ]

  • 27 August 2010 à 13h03

    fatback dit

    Alors voilà (et là je ne m’adresse pas spécifiquement à Patrick Mandon). Vous avez le droit de préférer croire une bordée de journalistes totalement incompétents qui se contentent de recracher des dépêches AFP mal comprises en les interprétants à la lumière de leur lointain passé maoïste. Vous pouvez choisir de regarder avec admiration les gesticulations de Nicolas Sarkozy qui brasse du vent en menaçant de déclarer la guerre nucléaire aux traders, agences de notations, paradis fiscaux et autres alliens responsable de la soi-disant crise du capitalisme. Vous pouvez choisir d’écouter Marine et Jean-Luc qui vous expliquent que si l’état s’était occupé tout ça il n’y aurait pas eut de problème (il aurait suffit que, yaka, fokon…).
    .
    Bonne chance à tous parce que, parti comme s’est, la prochaine crise promet d’être particulièrement spectaculaire.

  • 27 August 2010 à 12h54

    fatback dit

    On voit que l’inquiétude du marché monte progressivement tout au long de l’été 2008 pour exploser début septembre quand la faillite se rapproche. Mais ce qui est vraiment intéressant ce passe un peu plus tôt : avant et après le 14 mars. Avant cette date, le marché semble s’inquiéter de la situation de Lehman (100 points, c’est-à-dire 1% c’est déjà un niveau très élevé) mais, étrangement, le 14 mars, tout semble aller beaucoup mieux. Que ce passe t’il le 14 mars ? Eh bien c’est très simple : oncle Sam annonce le sauvetage de Bear Stearns, une autre grande banque d’affaire de Wall Street.
    .
    Vous avez sous les yeux la valeur réelle d’un soutient supposé de l’état américain en temps de crise : en gros, comptez 3%. Sans oncle Sam, Lehman emprunte au moins 3% plus cher qu’avec. 3%, sur quelque chose comme $600 milliards de dette, ça représente $18 milliards par an.

  • 27 August 2010 à 12h53

    fatback dit

    Le 15 septembre 2008, un peu avant 1 heure du matin (heure de New York), Lehman Brothers, une des plus importantes banques d’affaires de Wall Street annonce officiellement sa faillite après 158 ans d’existence. Bien sûr, à ce stade, tout le monde à bien compris qu’il y avait un énorme problème dans tout le système bancaire : ce n’est pas ça qui est nouveau en ce beau matin du 15 septembre 2008. Ce qui est nouveau et qui a provoqué la gigantesque panique qui a suivit c’est précisément qu’oncle Sam (a.k.a. le gouvernement des États-Unis d’Amérique) n’a pas sauvé Lehman Brothers.
    .
    La politique de sauvetage systématique des banques depuis la crise des Saving & Loans évoquée plus haut était le couvercle qui permettait d’éviter à l’étincelle d’atteindre la poudre. Tout le monde comptait dessus et la suite à prouvé que tout le monde avait parfaitement raison… sauf pour Lehman.
    .
    Au titre des petites démonstrations graphiques, je vous propose le spread du Credit Default Swap (comprendre : « le coût d’une assurance contre un risque de faillite ») de Lehman.
    […]

  • 27 August 2010 à 12h25

    fatback dit

    Les ménages endettés à taux variable les plus fragiles – ceux-la mêmes que l’administration Clinton voulait favoriser – commencent à arrêter de payer tandis que le coût de financement des banques grimpe. On réalise petit à petit que le niveau du marché immobilier est totalement artificiel. Les acheteurs se font rares mais les banques commencent à exercer leurs droits d’hypothèque et cherchent à vendre les biens des débiteurs défaillant : les prix de l’immobilier commencent à baisser. Comme c’était justement ces prix qui garantissaient les mortgages et donc les Mortage-Backed Securities, ces derniers commencent à faire peur : plus personne n’en veut, les gens cherchent à vendre. Les banques voient donc la valeur de leurs actifs se dégonfler, leurs clients cessent de payer, leurs coûts de financement remontent, le prix des maisons qui garantissent leurs prêts s’effondrent…
    […]

  • 27 August 2010 à 12h24

    fatback dit

    L’ultime beauté du montage des apprentis sorciers de Washington c’est que pour être certains que Freddie et Fanny puissent continuer à gonfler jusqu’au jour de leur explosion (et renationalisation), ils avaient autorisé les banques à détenir des obligations émises par les agences comme si s’était des obligations d’état… ce dont les banques auraient été bien stupides de se priver.
    .
    Cet extraordinaire montage que nos journalistes, politiques et autres artistes peintres nous ont décrit comme une faillite du capitalisme n’était rien d’autre qu’un gigantesque baril de poudre créé du début à la fin et dans chacun de ses rouages par oncle Sam et quelques autres états qui ont mis en place des systèmes comparables (souvenez vous des promesses de campagne du candidat Sarkozy en 2007 : il ne rêvait que de reproduire le même schéma en France).
    .
    La petite étincelle qui a mis le feu au baril nous la devons à la Fed (juste retour aux sources) qui décide de remonter ses taux à partir de fin 2004 pour essayer de contrer la prodigieuse bulle immobilière créée par la combinaison de ses propres injections de liquidité et de la politique immobilière du gouvernement.
    […]

  • 27 August 2010 à 12h04

    fatback dit

    Sous l’administration Clinton, Freddie et Fanny reçoivent pour mission de racheter des mortgages accordés à des Low to Middle Income Famillies, c’est-à-dire que l’état américain leur demande explicitement de dégrader leurs standards afin de permettre aux banques de prêter plus facilement à des gens qui n’ont – a priori – pas la capacité de faire face à leur crédit en cas de coup dur. Le tout, toujours garanti par les contribuables américains.
    .
    Freddie et Fanny trainent un peu des pieds mais leur autorité de tutelle (le HUD) les rappelle à l’ordre une première fois en 1995 et une seconde en 1999. Le message est clair : « tu fais une tentative de suicide en espérant en réchapper sinon c’est moi qui te tue (et là t’as aucune chance) ». Freddie et Fanny s’exécute et, dès cette époque, les premiers articles qui s’inquiète du caractère monstrueux que sont en train de prendre les agences sortent dans la presse.
    […]