Il n’y aura pas de débat civilisé
Ce que la gauche reproche à Claude Guéant, c’est de penser que tous les électeurs se valent
Publié le 13 février 2012 à 14:25 dans Société
Mots-clés : Caroline Fourest, civilisation, Claude Guéant, Islam

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Pour la gauche, toutes les civilisations se valent. C’est ce qui se déduit a contrario de l’hystérie déclenchée par deux phrases de Claude Guéant. Pendant trois jours, le braillomètre inventé par Cyril Bennasar (p.22) pour mesurer les variations de l’indignation saisonnière a atteint des sommets. Jusqu’à ce qu’un député accuse le ministre de l’Intérieur de ressusciter les « heures les plus sombres de notre histoire ». Guéant dépeint en nazi – pour un discours écrit par Yves Roucaute, issu d’une famille de résistants de la première heure : l’embarras des socialistes prouve qu’ils n’ont pas rompu avec le bon sens1.
Que le ministre ait eu des arrière-pensées « électoralistes », comme on le dit en se pinçant le nez, ne fait guère de doute. Du reste, un responsable politique qui, à deux mois d’un scrutin majeur, se soucierait comme d’une guigne de convaincre ses concitoyens serait coupable de masochisme – ou de faute professionnelle. Nul ne s’offusque d’ailleurs que l’on cherche à séduire les ouvriers ou les fonctionnaires. Ce qui déplaît à la gauche, c’est que l’on parle à ces électeurs-là – malheureusement, elle ne précise pas ce qu’il faudrait faire d’eux. Cela dit, on peut soupçonner l’Élysée de tabler sur l’absence de Marine Le Pen, calcul qui, en plus d’être immoral, pourrait se révéler désastreux. On aimerait que les principaux prétendants, à l’image d’Andy Schleck, refusent de gagner avec des dés pipés. Passons.
Il est tout aussi clair qu’en opposant au ministre les proclamations morales qui lui tiennent lieu de pensée dès qu’il est question de différences culturelles, le PS est tombé dans un piège – calculé ou pas. Sans doute le terme « civilisation » n’était-il pas parfaitement adéquat – il serait bon que les responsables politiques et les journalistes fissent preuve en toutes circonstances de ce vertueux souci de précision langagière. Non seulement tout le monde a compris ce que voulait dire le ministre, mais son opinion est très largement partagée, la gauche d’en haut étant, sur ce terrain, parfaitement déconnectée des gens ordinaires. Encore que même Cécile Duflot, dont on comprend, à lire l’ami Miclo (p.7) qu’elle n’a pas été la moins sotte dans cet épisode, préfère certainement vivre sous des cieux où la critique et les femmes sont libres. Comme le rappelle Pierre-Henri Tavoillot (p.21), s’il est une « supériorité » occidentale, elle tient d’abord à la distance à soi qui autorise la divergence.
En l’absence d’une instance extérieure à l’humanité, il n’est pas possible, ni d’ailleurs souhaitable, d’établir entre les civilisations ou les cultures une hiérarchie admise par toutes. Il devrait être permis d’exprimer une préférence, et même – osons ce vilain mot – un jugement de valeur. C’est d’ailleurs parfaitement admis quand cette préférence va dans le bon sens : comme me le souffle Marc Cohen, il est très tendance d’affirmer qu’au Moyen Âge, la civilisation islamique était plus avancée que la chrétienté. Autrement dit, on a le droit de comparer si on conclut à l’« infériorité » de l’Occident – massacreur, pilleur et esclavagiste.
Pour autant, il y a quelque hypocrisie à affirmer qu’on ne voit pas le problème. Si un propos banal a mis le feu aux poudres, c’est précisément parce qu’il y en a un. La formule de Guéant rappelle que le « choc des civilisations » n’est pas un spectacle exotique mais une menace dont chacun craint qu’elle s’invite chez nous. « Islamophobie ! », perroquettent les roquets du Bien. Est-ce islamophobe d’observer que, là où l’islam est au pouvoir, il ne montre pas le visage le plus engageant ? Attention, dit-on encore, à ne pas stigmatiser les Français musulmans. J’appelle au contraire mes concitoyens musulmans à se joindre à moi pour stigmatiser les adeptes de la burqa et autres enfermeurs de femmes, les incendiaires de Charlie Hebdo, les empêcheurs de parler librement qui ont empêché la tenue d’une conférence de Caroline Fourest à Bruxelles – en somme tous ceux qui voient dans les valeurs qui font la force de l’Occident une faiblesse dont ils peuvent abuser.
D’accord, notre civilisation ne saurait prétendre à la supériorité. Je crois pourtant qu’elle doit, sur le sol de France, bénéficier de droits supérieurs, et que ceux que nous accueillons (comme mes ancêtres ont été accueillis) doivent en accepter les codes. On peut estimer au contraire que l’antériorité ne confère aucun droit et prôner un multiculturalisme qui place toutes les cultures à égalité. Après tout, il n’est pas si simple de penser en même temps l’universalité de l’homme et la diversité des hommes. Seulement, pour la gauche, cette question ne doit même pas être débattue. Ce qui, à terme, règlera le problème. Quand l’anathème, la censure et le refus de la divergence auront totalement remplacé la confrontation civilisée des arguments, il sera inutile de défendre la civilisation occidentale : elle aura disparu.
Cet article est paru dans Causeur magazine n°44 – février 2012
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- Il faut saluer François Hollande qui a eu l’intelligence de s’en tenir à une désapprobation mesurée. ↩
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 44Février 2012

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L'auteur
Elisabeth Lévy est journaliste et essayiste.
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57Jesse Darvas dit
“Est-ce islamophobe d’observer que, là où l’islam est au pouvoir, il ne montre pas le visage le plus engageant ? ”
Non.
Mais est-ce islamophile d’observer qu’en France, le risque de voir “l’islam au pouvoir” ou la charia remplacer la constitution est égal à zéro?
Or que signifient les propos de Guéant s’ils ne sont une mise en garde (confirmée un peu plus tard avec le rapprochement “vote des étrangers aux élections locales”/”halal à la cantine”) contre le risque d’une islamisation de la France?
Personne à gauche ne prône le droit à l’excision ou à la lapidation. L’attaque de Guéant visait donc un “homme de paille”. Et les indignations de gauche n’étaient pas motivées par un attachement à l’Arabie Saoudite (où Sarkozy fit une visite remarquablement courtoise et pleine d’éloges sur le rôle “civilisationnnel” de toutes les “religions du livre”, islam compris!) mais par un dégoût certain devant cet appel ridicule à rééditer la geste de Charles Martel avec plus d’un millénaire de retard.
Fiorino dit
Bien sûr il y a des enseignants qui font observer un minute de silence pour le tueur de toulouse à l’école de la république mais il y a aucun risque. On ne parle pas de sharia au pouvoir à l’elysée, mais petit à petit dans certains immeubles dans certains quartiers…
Dio Gêne dit
L’homme s’est trompé en suivant bêtement un esprit de civilisation basé sur la monnaie hérité des Sumériens.
Calembredain dit
Elisabeth Lévy : vous êtes l’Edwy Plenel de Causeur. Votre anti-indignation automatique vaut bien leur indignation automatique à eux. Il va falloir que vous acceptiez, tout comme Edwy Plenel, que ces propos ne veulent surtout ABSOLUMENT RIEN DIRE. Bref : médiocre.
hathorique dit
@ Saintex
parce que j’ai apprécié la méthode synthétique de progression par thèse antithèse et synthèse de votre post de 11 H 10 et que je ne connais pas de plus poétique et de plus bel oxymore, que :
“l’obscure clarté qui tombe des étoiles, ”
qui me paraissait l’illustrer de manière lumineuse
Ne vous y trompez pas c’était un compliment :=)
saintex dit
Moué j’dis qu’en tous cas, tant qu’à être toujours cocufié, c’est ben mieux d’se coller l’soleil ent’ les cornes que d’sortir dans la tempête pour qu’e tombent.
Je ne voyais ni compliment, ni bonnet d’âne, je ne voyais rien. Sinon la surprise que quelqu’un se penche sur mes élucubrations quantiques.
C’est marrant, il y a un M. Calembredain qui s’est penché aussi, de l’autre côté, mais si fort qu’il est tombé.
Bibi dit
@ kacyj,
Cette “une” illustre l’inversion dans laquelle on nous berce (ou berne).
Tous les titres sont de même procédé.
L'Ours dit
hathorique,
H.S:
en ce moment sur le site medici, il y a le concert donné à Lyon, avec le stabat mater de Poulenc et le requiem de Faure.
Je trouve qu’il est d’une qualité exceptionnelle!
http://fr.medici.tv/#!/josep-pons-faure-requiem-poulenc-stabat-mater-orchestre-national-de-lyon
hathorique dit
@ Saintex :
spéciale dédicace
”Cette obscure clarté qui tombe des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ;
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Les Maures et la mer montent jusques au port. “
Corneille (1606-1684),
Le Cid (1682),
acte IV, scène 3
saintex dit
Divine et aurifère Mère Ruminante,
Je me demande… je me demande…
Rendons hommage à un maître du goût de la France pour le paradoxe. En voilà un beau et dûment daté. Toutefois, je ne suis pas sur que les traits dessinés par “l’obscure clarté” soient dans la trace de ceux que la lumière suscite. L’incomparaison, si elle ne manque pas du panache de l’esprit, est-elle plus pertinente et raisonnable que la comparaison.
Quoiqu’il en soit, la clameur demeure la même, depuis Charles en 732, passant par le Campeador, gravée dans le marbre de Causeur, jusqu’à son immortalisation chez Les Visiteurs : Messire, un Sarazin !
http://www.dailymotion.com/video/x29plz_les-visiteurs-le-sarazin_creation
Saintex (1958-1664)
saintex dit
Et puis aussi la question de base. Pourquoi cette dédicace ?
L'Ours dit
kacyj,
exact!
et ce qui se passe en Syrie en est un autre exemple.
saintex dit
Il y a débat !
Il y a, pour des sujets-clefs, un cycle sur Causeur.
Au départ, ce sont au minimum deux articles de base, souvent plus, exprimant des visions opposées et assez radicales d’un évènement.
Les lecteurs répondent. Il en existe trois groupes qui sont les suivants, du plus vaste au plus restreint. certains intervenants pouvant basculer de l’un à l’autre.
Dans la position extrémiste, certains apportent des éléments extérieurs propres à appuyer celle-ci, mais aussi par l’enrichissement à moduler la réflexion.
Le débat s’établit donc initialement sur un mode d’opposition.
Certains lecteurs synthétisent le débat. Un mode consensuel apparaît alors. Il co-existe avec le premier et continue à se nourrir des nouveaux apports de celui-ci.
L’apport d’une précision sémantique et l’appel à des valeurs communes (même aux contours généralement incertains), sont les bases les plus courantes de l’entrée en lice de cette deuxième phase.
Le mode de ce deuxième groupe amène un troisième à resituer le débat initial dans un cadre plus large. Les interventions peuvent être ressenties comme hors-sujet alors qu’elles en sont un aboutissement. Le sujet initial n’est plus un « problème en soi », mais une expression symptomatique.
C’est donc tout l’intérêt du “brain storming” qui est mis en évidence, tant il est vrai que personne ne saurait prétendre mener seul en ce temps, une telle structuration.
La dernière étape est l’intervention de Mme Levy, “supervisant” les visions du troisième groupe. Comme le stade de la passion initiale, de la réaction, est dépassé, elle recueille généralement un consensus assez large.
Sauf bien sur auprès de ceux qui ont une mission unipolaire. Il est d’ailleurs assez irréaliste de leur en faire le reproche tant ils participent de façon structurelle à l’élaboration du consensus, bien qu’ils ne se rallient pas.
Il apparaît ainsi clairement que Mme Levy lit son courrier des lecteurs. Même si son siège est déjà fait, pour parler un langage trivial, elle en nourrit additionnellement sa pensée et en structure l’expression. Puis, elle restitue, d’abord ici et ensuite auprès d’une plus large audience à laquelle elle a accès, le résultat de cette chimie.
Certes, la tendance globale de Causeur est toujours la même, dont les couleurs donnent le ton de l’image qui est ressentie à l’extérieur du cercle.
Ces couleurs sont assez tranchées pour que certains extérieurs, trop sans doute dans notre monde, parviennent à les recevoir sans l’éblouissement qui trouble et poussent à la catégorisation exagérée.
Mais il est postulé qu’un impact extérieur est possible.
Et il est clair que la volonté de diversité éditoriale n’a pas pour objectif de faire passer un courant plutôt qu’un autre, mais bien de mener plus une position déjà pressentie et le plus consensuelle possible.
bea33 dit
Une civilisation est faite de valeur admises collectivement, de pratiques, d’usages… en fait d’un tas de briques.
Certaines briques comme la liberté d’expression sont des éléments de soutien indispensables, d’autres sont des éléments qui doivent être retirés car ils mettent en péril l’équilibre de l’ouvrage (excision par exemple).
Si un maçon n’utilise pas les éléments de base et veut conserver les mauvaises pierre, vous êtes au minimum en droit de vous étonner. Je ne parle pas de ceux qui vous demande de refaire le mur…
kacyj dit
Merci pour votre lien Bibi,
http://www.bentbay.dk/alvor/newyork_times.jpg
Tout le monde connaît la photo bien sûr mais la titrisation sur cette une est affolante, hallucinante.
Ours,
Dans votre constat sur le dévoiement du “plus jamais ça”, vous avez oublié les Noirs, au Rwanda, au Darfour. Ils peuvent être massacrés, se massacrer entre eux. Tant que ce n’est pas l’occidental qui massacre, la bonne conscience européenne n’en a que faire, d’autant plus si ce sont des musulmans qui massacrent comme au Darfour.
L'Ours dit
Bibi,
excellente correction!
eclair dit
moody a placé la note de la france en situation négative.
http://www.francetv.fr/info/moody-s-abaisse-les-notes-de-l-italie-de-l-espagne-et-du-portugal_61765.html
Marie dit
non c’est de Paris qu’il s’agit la ville!
eclair dit
@marie,
La ville de paris a vu sa note abaissé oui.
Mais là la note de la france par moody est mis en perspectivement négative depuis hier c’est une conséquence logique en mettant en perspective négative l’espagne, l’italie et le portugal cela fragilise également la france!
L'Ours dit
Marie,
votrre lien sur Goldanel.
Il y a quelques temps, j’avais développé à peu près la même thèse sur Causeur.
En fait nous avons perverti le: “plus jamais ça”. On se rend compte que par peur des mêmes mécanismes de pensées aboutissant aux pires crimes on en est arrivé à perdre tout sens critique. L’ennemi a disparu, quelqu’un qui veut nous tuer n’est plus qu’un fantasme, il n’existe que des pensées coupables. Et celui qui en souffre ne peut être que nous, l’occidental blanc.
Un pays s’est dévelopé à “notre” façon: Israel et il a en face de lui, celui qui ne peut être qu’une victime puisqu’il est différent (et inconsciemment inférieur, je le démontre ailleurs).
Le “plus jamais ça” qui avait commencé en pensant aux juifs pour se généraliser, s’est mis à ne concerner que les musulmans – oui, les bouddhistes peuvent crever – et les juifs devenant la principale cible du ressentiment, on ne l’a pas encore réalisé, mais le “plus jamais ça” et devenu “encore et toujours ça!”.
Ce qui a changé, et cela avait changé avant que les chrétiens soient aussi une cible en tant que chrétiens”, c’est que par une attitude d’une stupidité suicidaire, l’ “occidental” s’est lui même entraîné dans cette auto-conmdanation. Nous avons donc perdu nos défenses immunitaires et si, autrefois, la haine avait pu nous aveugler sur un autrui qui pourtant nous aimait, c’est aujourd’hui la peur de la haine qui nous aveugle sur le non-amour d’autrui.
Et pour que cela garde un sens, nous avons inconsciemment décidé que nous ne pouvions être que coupables.
En réalité, cela nous a mené à une conséquence terrible puisqu’elle nous met en danger et physique, et sociétal, celle d’une lâcheté d’affronter le concret, le réel par le simple fait qu’ils nous déplaisent!
Bibi dit
@L’Ours, pas “par le simple fait qu’ils nous déplaisent” mais parce qu’ils infirment les préjugés.
eclair dit
@l’ours
Le plus jamais ça c’était pas aussi ce qui était entendu après la première guerre mondiale?
Les accords de munich n’avaient pas été applaudi parce que cela évitait la guerrre?
Autre époque autre contexte même renoncement.
lisa dit
Il y a aussi la peur de certains groupes de personnes qui fait que l’on ne peut réagir.
Risques sur notre intégrité physique par certains, et risque sur la réputation par les injures des autres.
Patrick dit
Goldnadel, littéralement “Aiguille d’or”.
skardanelli dit
Muoais, les socialistes mesurés : c’est comment quand ils perdent la mesure ?
Bibi dit
Il s’agit d’une tautologie.
Par axiome, c’est une entité gardienne de la mesure. De l’aune même.
Patrick dit
Des socialistes démesurés sont des communistes.
L’URSS communiste se disait bien socialiste.
Marie dit
Le socialisme c’est le communisme, sans la partie léniniste qui considère que l’avant garde du prolétariat est une élite, enfin le socialisme démocratique de Palme.