Il n’y aura pas de loi sur la burqa | Causeur

Il n’y aura pas de loi sur la burqa

Vous en rêviez ? Personne ne la fera

Auteur

Marc Cohen

Marc Cohen
est rédacteur en chef de Causeur.

Publié le 25 juin 2009 / Politique

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Les journalistes politiques sont-ils tous couchés après 10 heures ? Aucun d’eux ne reçoit les chaînes de la TNT ? Toujours est-il qu’aucun quotidien n’a jugé utile de répercuter l’interview donnée sur BFM à Karl Zéro par Eric Besson, mardi dernier à 22 h 30. Que nous a donc dit ce soir-là le ministre de l’Immigration, qui venait à peine d’être reconduit dans ses fonctions ? Qu’il était opposé à une loi sur le port de la burqa, parce qu’il jugeait un tel texte techniquement inapplicable et politiquement inopportun. Il n’y aurait pas de quoi réveiller un mort, ni même un rubricard de l’AFP, si ce baratin capitulard nous avait été servi par un quelconque islamologue expert agréé par les Frères Musulmans ou par le sociologue de service payé avec nos impôts pour légitimer en France cet immondice.

Mais non, c’est un ministre qui parle, un ministre-clé de l’équipe Fillon IV, et pas le plus idiot du lot – personnellement je le trouve même extrêmement doué, et pour tout dire, brillant – et, accessoirement, le ministre en charge du ministère que l’on sait. On me dira que le même Eric Besson était déjà monté au créneau à maintes reprises et sur le même registre depuis la proposition de commission d’enquête lancée par le député communiste André Gerin et ses 57 collègues – dont la presse de gauche ne cesse de nous rappeler tout en lourdeur qu’ils sont très majoritairement issus de l’UMP. Le 18 juin dernier, Besson déclarait déjà sur Europe 1 : “Il n’est pas opportun de relancer une polémique. La loi a déjà énoncé un certain nombre de règles du vivre ensemble, elle dit qu’on ne peut pas porter le voile dans un certain nombre d’administrations, de services publics ainsi qu’à l’école. Un équilibre a été trouvé en France et il serait dangereux de le remettre en cause.” Une attitude que mes confrères du Parisien jugent “similaire” à celle du président du CCFM, on ne saurait mieux dire. On notera aussi avec amusement que le “traître” en charge de l’identité nationale, habituellement marqué à la culotte par le lobby du Bien et criblé de balles dès qu’il ouvre la bouche a échappé cette fois à la traditionnelle séance de Besson-bashing, y compris dans les colonnes du Monde ou de Libé : j’ai comme une puce qui me gratte l’oreille, là.

Reprenons le film : le 18 juin, Eric Besson explique à tous les micros que la moucharabieh portable est soluble dans les valeurs de la République. Le 23, il redit la même chose à Karl Zéro. C’est logique ; sauf que.

Sauf qu’entre ces deux déclarations, il s’est passé des trucs à Versailles. Nicolas Sarkozy y a entre autres déclaré, sous les applaudissements : “Je veux le dire solennellement, elle ne sera pas la bienvenue sur le territoire de la République française. Nous ne pouvons pas accepter, dans notre pays, des femmes prisonnières derrière un grillage, coupées de toute vie sociale, privées de toute identité. Ce n’est pas l’idée que la République française se fait de la dignité des femmes.” Ce que d’aucuns, dont moi, ont perçu comme une prise de position en faveur d’une loi anti-burqa. Eh bien d’aucuns, dont moi, ont pris leur désirs pour des réalités. En fait, le président s’est dit favorable à ce que les parlementaires causent du sujet, alors qu’en vrai, ces grands garçons n’ont pas besoin de son feu vert pour le faire. Et, si le cri d’indignation sonne juste, il aurait, à la réflexion, gagné à être étayé par un truc simple, dans la meilleure tradition des blitzkrieg sarkozystes, du style : “Le gouvernement proposera un projet de loi dans les plus brefs délais, il en va de l’honneur du Parlement que vous le votiez tous.” Bref, un truc façon paquet fiscal ou Hadopi. Mais, non en vrai, Nicolas Sarkozy ne nous a pas dit qu’il irait chercher la Loi anti-burqa avec les dents. Il a juste dit que la burqa, c’était très mal, étourdissant au passage avec force moulinets d’aucuns dont moi.

Que dès le lendemain, le ministre de l’Immigration explique qu’il est défavorable non seulement à cette loi, mais à ce qu’on en parle, et ce dans un gouvernement où il n’est pas d’usage, et c’est peu de le dire, de prendre le contrepied des engagements présidentiels ne signifie qu’une seule chose : il n’y aura pas, et au moins du vivant de ce quinquennat, de loi sur la burqa. En vérité, le président n’en veut pas, pas plus que ses futurs opposants “de gauche” à la prochaine présidentielle. Cinq millions ou genre d’électeurs supposés musulmans, ça donne à réfléchir. Rideau !

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    • 28 Juin 2009 à 12h07

      BArry dit

      Saul, il y a plusieurs identités en chacun de nous. Quand l’une surdétermine les autres, au point de les annihiler, ce n’est JAMAIS bon. C’est valable pour tout le monde. Qui n’a pas lu Les Identités Meurtrières ?

    • 28 Juin 2009 à 12h02

      Bibi dit

      @ Saul

      Je crois que c’est dynamique. En fonction de la situation, telle ou telle dimension devient plus pertinente qu’une autre.
      Face à votre fils/fille vous êtes d’abord Papa…

    • 28 Juin 2009 à 12h01

      MLF dit

      La notion même de mariage mixte me gêne:il s’agit de mariage entre français.
      Même Besson parle d’un tiers des mariages concernent un français(e) avec un(e) français(e), de culture différente et de religion différente.
      Mais qu’est ce que la culture et la religion?.
      Une musulmane athée épousant un catholique athée, un juif pratiquant épouse une musulmane pratiquante, un français musulman épouse une française catholique, un français salafiste épouse une française catholique(ça existe, elle va porter la burqa)…mais a t-on vraiment des études sérieuses sur tout cela?.
      A part le sentiment que l’on éprouve quand on se promène dans la rue.

    • 28 Juin 2009 à 11h57

      Saul dit

      Bibi :
      “on se considère être d’abord puis après”

      si, la question est là justement, vous aviez bien expliqué ces dimensions. je ne crois pas au ” en meme temps”, il y a toujours une hierarchie des identités ( ces dimensions justement) . on est d’ abord français puis breton, basque, maghrébin, chrétien, juif, musuman etc….le problème est si l’ on considère l’ inverse c.a.d son identité culturelle, régionale etc, comme au dessus de son identité nationale : dans ce cas là, cette dernière ne veut plus rien dire, car on ne reconnait plus la suzeraineté de la nation.

    • 28 Juin 2009 à 11h54

      maxiton dit

      Non elles ne sont plus libres et je n’ai pas besoin de statistiques pour le savoir.

    • 28 Juin 2009 à 11h45

      MLF dit

      @maxiton
      Vos petites fatmas sont libres de choisir ce qu’elles veulent.
      Et si vous voulez avoir des chiffres sur les mariages mixtes, vous pouvez les trouver si vous prenez le temps de lire.
      Les communautés les moins “endogènes” sont les maghrébines.(comparées aux autres sur une durée moyenne).
      Et les plus “acculturées”: sortir de la langue maternelle et du groupe et de l’éthnie”.

    • 28 Juin 2009 à 11h21

      maxiton dit

      Les beurettes je les ai soignées dans les années 80.
      Elles y croyaient, épousaient des roumis , donnaient des prénoms ” européens ” à leurs enfants.

      Puis petit à petit la reprise en mains s’est faite.
      ” On ” les a menacées, traitées de putes puis envoyées se marier – de plus en plus jeunes – au pays.
      Les grands frères veillent au grain.

      Les loups sont entrés dans Paris, et les chasseurs sont shootés à la tele, à face book, et au déni

    • 28 Juin 2009 à 11h10

      Bibi dit

      @ Saul

      La question n’est pas de ce que l’on se considère être d’abord puis après. On peut être tout à la fois (ou en même temps).
      Ou encore, rejeter complètement une ou plusieurs dimensions.

    • 28 Juin 2009 à 10h57

      Saul dit

      ( là y ‘ a eu gros bug ! j’ avais pas fini et ça a posté quand meme sans que je le veuille ! )

      ..après pour etre sur que “game is over”, il faudrait savoir ce que sont devenues les beurettes de Jerome Leroy.
      portent elles du tissu sur la tronche et se considèrent elles musulmanes avant tout, et non françaises ? si c’ est le cas, alors OK, c’ est foutu et…parabellum.
      vivent elles comme n’ importe quelles autres françaises, et meme si elles sont croyantes, elles confinent leur foi dans leur domaine privé, et elles se considèrent comme françaises avant tout ? alors rien n’ est perdu…game isn’ t over