Sale temps pour les climatologues.

Sommet de la dernière chance pour sauver la planète et l’humanité : les techniques de marketing les plus modernes et les pratiques de propagande les plus anciennes ont été mises à contribution, pour que « cette fois, on ne dise pas: on ne savait pas ». Désormais on sait ce qui nous attend si on ne fait rien et ce qu’il faut faire pour être pardonné. Il s’agit de sauver l’humanité, et en bonus toutes les espèces encore vivantes que nos abus n’ont pas encore éliminées. Pour cela, le chacun pour soi doit disparaître au profit du tout solidaire.

Communiant dans un élan altruiste inégalé, les dirigeants du monde entier, enfin agrégés en un être global et responsable, pourront alors faire jaillir la « force » toute puissance, d’ordinaire attribuée et réservée à Dieu, pour agir sur la nature, renverser les cycles, ouvrir ou refermer la mer, et limiter la hausse future de la température moyenne à 2 degrés. On se demande pourquoi ils n’en profiteraient pas pour limiter aussi à 2 % la hausse du chômage, de l’inflation, des accidents, la baisse de la bourse, du prix du pétrole.

Nous implorons un miracle de notre nouvelle divinité : la planète devenue une personne morale qui se fâche, punit, pardonne, récompense.

Elle nous tient par la peur. J’ai peur, tu as peur, vous avez peur, nous avons peur. De quoi ? De la nature qui perd la boule et dévaste tout parce que nous autres, humains occidentaux, avons abusé sans vergogne de ses générosités. Ceux qui nous disent cela ne sont pas des charlatans et des prédicateurs, mais des scientifiques – les climatologues qui, en faisant tourner leurs ordinateurs, ont réussi à faire parler la planète. Comment refuser cette promesse d’un monde meilleur ?

L’ennui, c’est que cet « immense espoir » repose sur un malentendu de taille. L’état de connaissance actuel de la climatologie ne lui permet de déterminer ni l’évolution du climat à court, moyen et long terme, ni les causes des dérèglements récents. Elles peuvent être naturelles, liées à l’activité humaine ou les deux.

Or, le GIEC transforme les croyances en certitudes, les hypothèses en vérités établies. Peut-être est-il légitime de décider de la réduction des émissions de CO², mais l’imposer comme le seul moyen de sauver la planète relève de la manipulation idéologique. Que les chercheurs défendent leurs convictions, c’est normal. En revanche, quand ils entretiennent la confusion sur la validité de leurs résultats, et se font dans les médias les propagandistes de l’apocalypse quelque chose ne va pas.

La climatologie est appelée à se développer avec succès. Mais elle n’en est qu’aux balbutiements. Rappelons qu’elle n’est pas une science qui a fait ses preuves, mais une agrégation ad hoc de disciplines très diverses allant de l’astronomie à la glaciologie, en passant par la géologie, l’océanographie, l’hydrologie, l’agronomie, la modélisation, chacune n’ayant qu’une vue très partielle des « choses » du climat. Un peu de modestie et de retenue de la part des climatologues seraient donc bienvenues.

Naguère peu développée, la communauté des climatologues s’est transformée en quelques années en une véritable entreprise multinationale dotée d’organismes unitaires qui parlent d’une seule voix. Grâce à un lobbying politique et médiatique efficace, elle s’est installée dans une logique d’entreprise monopoliste qui défend son pouvoir et ses intérêts. Elle a réussi à imposer à l’opinion publique et aux politiques sa « vision » de l’évolution du monde. Loin de favoriser la recherche, ce type d’organisation, unique en science, bloque son libre développement. Cette logique est dangereuse par nature, comme l’a révélé le récent « climategate », qui a mis au jour les petits arrangements entre climatologues alarmistes pour préserver la « ligne officielle » du GIEC.

Un grand nombre de climatologues alarmistes aiment à rappeler que la climatologie n’est pas la météorologie. En effet, et c’est bien dommage. Car la météorologie, grâce à ses prévisions allant de quelques heures à plusieurs jours, soumet ses hypothèses au contrôle expérimental des milliers de fois par an et partout dans le monde. Elle peut donc être considérée comme une science dure même si son degré de fiabilité laisse encore à désirer.

Compte tenu de ses horizons de prédiction très longs, il faudra à la climatologie quelques siècles pour éventuellement atteindre le niveau de la météorologie. Jusqu’à présent, elle n’a été capable que de reproduire le passé, du moins ce que l’on en connaît. Elle n’a fait aucune prédiction avérée. Et tant bien même en ferait-elle une ou deux, ce ne serait pas suffisant pour établir un degré de fiabilité valide.

Le GIEC nous dit que 90 % des scientifiques sont convaincus de la pertinence des thèses alarmistes ; il en conclut que l’hypothèse de la responsabilité humaine a un coefficient de probabilité de 90 % et qu’au nom du principe de précaution, il serait criminel d’attendre d’être sûrs à 100 % pour agir. Seulement, s’agissant d’une situation unique, celle de l’évolution du climat pendant le siècle à venir, l’utilisation de probabilités n’a aucun sens opératoire : nous n’avons qu’une seule planète et qu’un seul climat. Face à une menace incertaine, il est parfois préférable de ne rien faire. Or, la conviction des climatologues ne suffit pas à assurer que leurs modèles permettent de prédire ce qu’il adviendra d’un climat dont on ne connaît pas les lois qui le régissent. La science est amorale, elle ne se décide ni au consensus ni à la majorité, elle se construit par les découvertes des lois de la nature.

Il est indéniable que notre production de CO² a énormément augmenté en raison des excès de notre mode de vie occidental et du gaspillage afférent des ressources épuisables. Mais nos excès et notre contribution au CO² atmosphérique n’ont peut-être rien à voir avec la survie de la planète. Or, quiconque doute de la culpabilité humaine dans l’évolution du climat est immédiatement accusé de cautionner la pollution, le gaspillage, les inégalités et tous les maux du monde. L’état du climat n’a rien à voir avec l’état de la société. On n’a jamais résolu un problème en désignant un bouc émissaire. Réduire notre production de CO² ne créera pas un monde plus juste.

La réalité finit toujours pas s’imposer, mais ce retour au réel peut se payer au prix fort. Méfions-nous de nos bons sentiments, de nos peurs archaïques, de notre conviction d’omnipuissance. Osons dire non à la grande incantation sacrificielle de Copenhague, refusons les sirènes rédemptrices d’un monde sans CO² humain. Ce n’est pas la planète qui est en danger, c’est la société. Et face à ce danger-là, le seul remède, c’est l’intelligence humaine.

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Serge Galam
est physicien, sociophysicien et citoyen.
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