Il était une fois la loi Taubira | Causeur

Il était une fois la loi Taubira

Oui, la garde des Sceaux est une communautariste convaincue

Auteur

Noix Vomique

Publié le 24 mai 2012 / Politique

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Lundi, Le Monde nous rapporte que Christiane Taubira, depuis qu’elle a été nommée garde des Sceaux, est “l’une des cibles privilégiées de la droite et de l’extrême droite sur le Web”. Une rumeur, étayée par de vieilles photos de drapeaux français brûlés à Toulouse en 2007, lui prêterait même des propos qu’elle n’a en fait jamais tenus.

L’auteur de l’article, Samuel Laurent, dénonce alors, tweets à l’appui, les attaques dont la ministre de la Justice est victime : l’occasion, pour lui, de confondre droite et extrême droite, mais surtout, de mettre sur un même plan une rumeur imbécile et les critiques légitimes suscitées par la loi Taubira de 2001 sur la traite négrière. La réacosphère reprocherait ainsi à Christiane Taubira de vouloir “étouffer la traite arabo-musulmane” pour accuser les seuls “Blancs”. Le journaliste du Monde semble oublier que de nombreux historiens, indépendamment de leurs opinions politiques, ont dénoncé cette même loi. Il préfère incriminer la réacosphère : une façon de discréditer tous les contradicteurs de Christiane Taubira en les faisant passer pour d’immondes racistes. C’est une explication facile, qui revient à dire que Christiane Taubira, à cause de sa couleur de peau ou de ses revendications communautaires, est intouchable. Or, n’est-il pas légitime de questionner sa nomination place Vendôme ? Et pourquoi cette nomination suscite-t-elle justement tant de controverses ?

Christiane Taubira a donné son nom à la loi du 21 mai 2001 qui condamne la traite négrière et l’esclavage. C’est un texte mémoriel qui stipule dans son article 1er : “La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVème siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité“.

Une telle loi pose problème, notamment parce qu’elle remonte loin dans le temps et qu’elle est rétroactive. D’abord, l’esclavage ayant été aboli en 1848 et la traite condamnée depuis plus de deux cents ans, leurs victimes sont mortes depuis longtemps et leurs descendants appartiennent au moins à la sixième génération. Ensuite, le crime contre l’humanité est une notion contemporaine, inconnue de ceux qui, à l’époque, pratiquaient la traite ou l’esclavage. Ainsi, l’anachronisme s’ajoute à la rétroactivité. Or, parce qu’elle est anachronique, la loi Taubira apparaît comme une manipulation intolérable de l’histoire. Passons sur son occultation des traites inter-africaines et arabo-musulmanes, du Maroc à l’Inde.
L’élément-clé est qu’il n’appartient pas au législateur de dire l’histoire. L’objectif de la loi Taubira était de reconnaître aux descendants d’esclaves le droit de défendre la mémoire de leurs ancêtres et, éventuellement, d’engager des poursuites contre ceux qui nieraient ou minimiseraient ce fait. L’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, qui a étudié le trafic d’esclaves dans toute sa complexité, sans le limiter à la traite atlantique, mais en le replaçant dans un contexte plus global1, en a fait les frais. En 2005, un collectif d’Antillais, de Guyanais et de Réunionnais l’accusa en effet de négationnisme parce qu’il avait déclaré dans un entretien au Journal du Dimanche que « les traites négrières ne sont pas des génocides ». Il reçut alors le soutien de 19 historiens, parmi lesquels René Rémond et Pierre Nora, qui fondèrent l’association Liberté pour l’Histoire. Dans un excellent petit livre publié en 20062, le regretté René Rémond est revenu sur cette histoire, en précisant que la traite ne pouvait pas être un génocide, quoiqu’en dise Christiane Taubira : les négriers, qui avaient des objectifs mercantiles, ne pouvaient pas avoir l’intention d’exterminer les esclaves puisqu’ils en tiraient profit. De la même façon, selon René Rémond, la loi Taubira fait implicitement le procès de la colonisation en oubliant que celle-ci a, au XIXème siècle, entraîné l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.

L’affaire Pétré-Grenouilleau a révélé à quel point une loi mémorielle menace la connaissance historique. Désormais, les historiens savent qu’ils peuvent se retrouver sur le banc des accusés. De surcroît, en stipulant dans son article 2 que « les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent », la loi Taubira impose aux enseignants et aux chercheurs des objectifs quantitatifs sans que l’on sache vraiment ce qu’est une « place conséquente ». Cette ingérence du pouvoir politique dans le domaine de l’enseignement et de la recherche, qui suppose une judiciarisation de l’histoire, n’existe habituellement que dans les régimes totalitaires. Enfin, en introduisant la notion de « crime contre l’humanité », la loi renvoie implicitement à la Shoah, ce qui inaugure une forme de surenchère victimaire. D’ailleurs, quitte à remonter dans le passé, pourquoi s’arrêter à la traite ? Puisque je suis protestant, pourquoi ne demanderais-je pas, moi aussi, réparation pour les persécutions que mes ancêtres ont subies après la révocation de l’édit de Nantes ?

En 2008, Pierre Nora dénonçait en ces termes le communautarisme de la loi Taubira : “ces lois traduisent à la fois la logique compassionnelle des sociétés modernes et la parcellisation de notre mémoire nationale entre différents groupes et communautés”. On ne saurait mieux dire. C’est comme si des mémoires particulières se développaient, entraient en concurrence les unes avec les autres et menaçaient, finalement, de désagréger la mémoire nationale. Il est inquiétant que l’auteur d’une telle loi devienne garde des Sceaux, a fortiori lorsque ladite femme politique milite encore à Walwari, un mouvement guyanais vaguement indépendantiste. Autant dire que Christiane Taubira est un symbole du communautarisme qui gangrène l’identité de la France.

*Photo : Parti Socialiste

  1. Olivier Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières : essai d’histoire globale, Paris, Folio Histoire, 2006, 733 pages.
  2. René Rémond, Quand l’État se mêle de l’histoire, Paris, Stock, 2006, 109 pages.
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    • 28 Mai 2012 à 12h02

      rico211 dit

      Elle ne parle pas que du triangle d’or, la loi elle site aussi l’océan indien serte il y a aussi les malgaches, mais on peux sous entendre toutes les traites dans ces zones.
      Quand à la France le servage fut l’un des plus grand massacre, il dura prés de mille ans les guerres de religions à coté !!!!!.
      Pourquoi ces attaques? aurait-on honte d’admettre que notre pays  c’est enrichi en partie sur le dos de c’est sujets et celui de l’esclavage.
      Nous dira-t-on un jour que  ce fut un détail de l’histoire? 

      • 28 Mai 2012 à 12h14

        Marie dit

        Bon nous voici remonter au Moyen Age! je vous conseille vivement de lire des historiens universitaires sur le servage ça vous dessillerait sur ce que ce fut vraiment ! L’image d’ Epinal transmise à l’école n’est pas la réalité!La traite était faite par les arabes dans l’océan indien ” L’unesco dit “Avant même la colonisation, le système de l’esclavage est présent dans les îles de l’océan Indien, notamment à Madagascar et aux îles Comores où sont acheminés des esclaves par les commerçants arabes ou swahilis de la côte Est de l’Afrique. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’arrivée des Européens dans l’océan Indien est à l’origine d’une traite d’esclave intensive avec pour conséquence le peuplement et l’exploitation des îles inhabitées des Mascareignes” lire aussi Gerbeault ;”“L’Océan Indien n’est pas l’Atlantique. La traite illégale à Bourbon au XIXe siècle.”Qui a dit que c’était un détail ed l’histoire? mais on ne va pas faire repentance pour des siècles et des siècles d’histoire dont nous ne sommes pas responsables!

    • 27 Mai 2012 à 9h53

      Baudoche dit

      Enfin c’en est fait, la Brinvilliers est en l’air : son pauvre petit corps a été jeté, après exécution, dans un fort grand feu et les cendres au vent. Ainsi Mme de Sévigné annonçait-elle à Mme de Grignan, sa fille, la fin de la grande empoisonneuse du 18e siècle condamnée à mort, pour ses méfaits criminels, par la justice de l’époque.

      Enfin c’en est fait, la tête de M. Zémour est tombée pourrions-nous écrire aujourd’hui non par la justice rendue pour un crime non commis, mais par la vindicte de la bien-pensance qui ne supporte pas, et encore moins maintenant qu’avant, la moindre opinion critique à qui elle reproche de lui empoisonner la vie ! Son arme : crier à la haine raciale, au racisme à la xénophobie ou, pire encore, à la misogynie.

      Après avoir tenté, il y a quelques mois, de le faire condamner pour des propos dont beaucoup s’accordaient à dire, y compris un ancien ministre de la République, qu’ils ne contenaient aucune incitation à la haine et le souffle de la lame n’était pourtant pas passé bien loin, la tête de M. Zémour vient de rouler dans la sciure médiatique.

      C’est en fait une de ses chroniques sur les premières mesures annoncées par le nouveau ministre de la justice qui en aura eu raison et une des rares radios, qui ne soit pas encore totalement baignée par l’idéologie bien pensante, vient de lui fermer son antenne au motif que M. Zémour est clivant et partisan.

      Il est regrettable, au pays des droits de l’homme, de constater de telles pratiques et la dérive qui consiste à jeter l’anathème sur tous ceux qui ne pensent pas comme ceux qui aujourd’hui sont au pouvoir. La recette est simple : il suffit de nommer une personne de couleur, ou originaire de l’immigration ou même homosexuelle pour que tous les commentaires factuels que l’on portera sur ses actes conduisent leur auteur devant les tribunaux ou leur fassent perdre leur emploi.

      Comme le disait un journaliste chroniqueur à chaque fin de ses émissions : « Nous vivons une époque moderne ! »…. mais inquiétante.

    • 26 Mai 2012 à 21h48

      lisa dit

      Ca serait bien si Elisabeth Lévy lancait une pétition ?
      Une manif ?

    • 26 Mai 2012 à 19h28

      Marie dit

      Et bien ça n’a pas tardé
      http://blogs.lexpress.fr/media/2012/05/26/eric-zemmour-debarque-de-la-matinale-de-rtl/
      au pays des Droits de l’homme on a juste le droit de la fermer!

      • 26 Mai 2012 à 20h09

        lisa dit

        Mais c’est dingue, il y a une manif prévue ?

        • 26 Mai 2012 à 20h45

          Marie dit

          Non mais sur sa page FB c’est le délire…On attend un billet de la patronne . Elisabeth qui va être le suivant dans la brouette?

    • 25 Mai 2012 à 0h18

      ylx dit

      “Qu’il est pénible d’avoir à rendre compte de sa vie à des hommes d’un autre siècle que celui où l’on a vécu”. Caton l’Ancien

      Non seulement la traite n’était pas considérée comme “inappropriée” mais elle était encouragée par l’Etat qui versait une prime aux négriers pour chaque “tête” d’esclave livrée.
      Des tonnes de thèses universitaires ont été écrites expliquant dans le mondre détail le mécanisme de la traite côté européen. Par comparaison aucune archive n’existe en Afrique sur cette traite qu’elle soit continentale ou maritime. Et donc toutes les hypothéses peuvent être avancées en l’absence de documents et de chiffres. Les seuls documents dont on dispose sur les conditions de vie (ou plutôt de mort ) qui prévalaient, sont ceux des peu nombreux récits de souvenirs de capitaines ayant pratiqué ce trafic en Afrique, et qui ont décrit dans les mondres détails, les conditions de vie, de mort, de tortures et d’atrocités commises à cette époque par les tribus africaines constamment en guerre et où les chances de survie étaient bien minces.
      De part et d’autre, en Europe et en Afrique , les conditions d’exercice et de justification des violences, de quelque nature que ce soit, étaient bien différentes de nos conceptions actuelles (d’ou la citation de Caton). A la même époque les “bons” européens de la Terreur révolutionnaire, enfants des Lumières , de Rousseau et de Voltaire massacraient allègrement , en deux ans, “par principe d’humanité” 250000 personnes dans les trois départements qui constituaient la “Vendée militaire” Presqu’autant que les 300 000 esclaves “déportés” par les négriers nantais pendant deux siècles.. La cruauté n’a ni frontière, ni couleur, et l’idéologie du Bien peut faire autant de victimes que l’appât du gain !
      Et puis enfin, on oublie ce qui est à l’origine de cette traite. C’est évidemment la nécessité de disposer de la main-d’oeuvre pour produire essentiellement de la canne à sucre et du café, dont les nouveaux “bourgeois” s’étaient entiché, les bobos de l’époque en quelque sorte.
      Les vrais responsabilités de ce trafic infernal seraient plutôt à rechercher du côté des consommateurs européens de l’époque, à l’exemple de ces intellectuels des Lumières qui se retrouvaient autour d’un café au Procope pour deviser sur le thème du Bon Sauvage sans avoir la moindre pensée pour l’esclave noir qui avait produit ce café. A Feirnet Voltaire et Mme de Chatelier n’auraient renoncé pour rien au monde à leur consommation effrénée de chocolat sous toutes ses formes. Voltaire, cynique mais perspicace le fait dire dans “Candide” par un esclave noir amputé d’une main et d’un pied parce qu’il avait tenté de s’enfuir:“ C’est à ce prix-là, messieurs, que vous mangez du sucre en Europe”. Tout comme aujourd’hui le consommateur occidental qui achète sans retenue ni scrupule ses gadgets et ses vêtements dernier cri fabriqués en Chine par des travailleurs-esclaves ! Bis repetita Historia….

    • 24 Mai 2012 à 20h00

      kriktus dit

      la nocivité de cette loi n’est pas à trouver du coté des spécialistes, et des personnes ayant un petit peu de jugeote, de culture et aussi d’honnêteté intellectuelle, il faut aller la chercher auprès des enfants à l’école: pour eux, après le cours sur le sujet l’esclavage se résume au commerce triangulaire et les blancs européens sont les méchants.
      Essayez de dire à un enfant de primaire tout fier et justement indigné de ce qu’il vient d’apprendre que ça ne correspond pas à la vérité, ne pouvant difficilement traiter de menteur son instituteur et n’ayant évidemment pas toujours une documentation à portée de main il peut vite vous soupçonner de révisionnisme même s’il ne connait pas le mot.
      De plus nous savons tous que même si la curiosité intellectuelle devrait être l’une des premières qualités de l’être humain à optimiser combien de ces enfants plus tard se satisferont de leurs lointains souvenirs qu’ils brandiront avec orgueil et défi?

      • 24 Mai 2012 à 21h19

        kacyj dit

        Vous avez raison. Et c’est bien antérieur à la loi.
        Je n’ai guère appris autre chose que le commerce triangulaire du temps où j(usais mes culottes sur les bancs de l’école, soit longtemps avant 2001.
        Après, on peut s’en remettre. Tout dépend de la trajectoire de chacun. 

        • 24 Mai 2012 à 23h46

          kriktus dit

          il est vrai que c’est antérieur à la loi…

    • 24 Mai 2012 à 19h33

      GPS dit

      Puisque le programme affiché de François Hollande est de restaurer (ou d’établir ?) l’indépendance de la justice, il me paraît très judicieux de nommer une indépendantiste garde des Sceaux.

    • 24 Mai 2012 à 19h22

      Fiorino dit

      @ Saul
      Paoli reprochait en effet à Taubira de ne pas avoir parlé dans son bouqin de l’ésclavage contre les blancs, et d’y avoir glissé que les français ont participé au génocide des amérindien (décidemment cette femme a une haïne de la France presque égale à celle de HB). Si vous voulez revoir l’émission c’était FOG avec elle, paoli, pulvar et un ministre dont je ne me rappele plus le nom celui avec une moumoute sur la tête pour couvrir sa calvitie.

      • 24 Mai 2012 à 19h28

        Saul dit

        c’était quelle émission ?
        (et concernant quels amerindiens ? de toute façon elle a dit une énorme connerie, les Français n’avaient au contraire aucun interet à pratiquer une politique génocidaire contre les Indiens, car ceux ci leur étaient bien plus utiles comme alliés et/ou vassaux, du fait de leur infériorité démographique en Amérique face aux Anglais. ce qui ne veut pas dire que les Français ont été super cools, bien entendu. il y eu quelques massacres de tribus entières, mais du fait qu’elles se rebellaient et pour servir d’exemples aux autres qui seraient tentées de faire de même. politique coloniale française traditionnelle pour mieux s’attacher les populations, la carotte et le baton. Mais de manière générale, la politique française vis à vis des amérindiens étaient de s’en faire des alliés afin de mieux controler l’immense domaine colonial américain, les populations françaises et moyens militaires sur ce continent étant trop insuffisants pour cela)

        • 24 Mai 2012 à 20h27

          Fiorino dit

          cultures et dépendances et le ministre Clément. Mais je crois que c’est dans son livre ésclavage expliqué a ma fille qu’elle dit ça.

    • 24 Mai 2012 à 19h16

      Bibi dit

      Ô grands connaisseurs et -sseuses, quid de l’esclavage ottoman?
      Mi-14ème jusqu’au début 20ème, quand même.
       

      • 24 Mai 2012 à 19h22

        Saul dit

        lequel ?
        celui des “mameluks” (esclaves blancs) ?
        ou le système des yeni cheri ?
        quoiqu’il en soit, cet empire s’inscrivait dans une continuité régionale dans ce domaine

        • 24 Mai 2012 à 19h37

          Bibi dit

          C’est vrai que wiki n’a d’article là dessus qu’en angliche et turc…
           

        • 24 Mai 2012 à 19h44

          Saul dit

          méfiez vous de wiki quand même…
          mais en français, je suis sur qu’il doit y avoir quelque chose sur les janissaires (=yeni cheri, c.a.d “nouvelle milice”)
          le système janissaire est une innovation ottomane mais qui est en réalité une version améliorée des mameluks, ces derniers étant usités chez les souverains iraniens (puis turcs persophones) de l’époque de “l’intermède iranien” : c’était au départ des esclaves géorgiens, circassiens et turcs

        • 24 Mai 2012 à 20h12

          Bibi dit

          Wiki était une boutade.
          Mais il n’y avait pas que les janissaires, et ils ratissaient large (l’Empire l’était). Et n’oubliez pas les femmes!
          Le marché d’esclaves s’appelait Yessir ;-)
           

      • 24 Mai 2012 à 23h00

        Guenièvre dit

        Est-ce celui dont fut victime Cervantès ? En 1575, alors qu’il fait voile vers l’Espagne après avoir participé à la bataille navale de Lépante, en Grèce, il est enlevé par des pirates barbaresques qui le réduisent en esclavage et l’emmènent à Alger, en attendant qu’une rançon soit versée pour sa libération. Il essaie à plusieurs reprises de s’évader, mais en vain, et doit attendre cinq ans que sa famille et ses amis aient réuni la somme nécessaire à sa libération. Il raconte cela dans une nouvelle et dans un chapitre de Don Quichotte.

        • 26 Mai 2012 à 11h57

          Saul dit

          Guenièvre,
          non, comme vous le rappelez Cervantès était dans la catégorie “otage” à échanger contre une rançon. cet esclavage là était une sorte de bizness de kidnapping avec libération contre argent comptant.
          Mameluks et Janissaires étaient des esclaves uniquement destinés à la carrière militaire. Paradoxalement, malgré leur statut d’esclaves, par la nature même de leur condition militaire ceux ci avaient un rang assez important dans la société musulmane de l’époque et pouvaient accéder à des fonctions et des postes de haut rang (vizirs etc), voire même créer des dynasties : ainsi les Ghaznévides en Iran, dont le fondateur était un commandant de la garde mameluk des Samanides et qui occupe une place importante dans la renaissance culturelle iranienne (par exe le Shah Name de Firdusi fut écrit sous un de ses souverains,, Mahmud le Grand, à qui cette oeuvre fut dédiée)
          ou encore le sultanat mameluk d’Egypte, qui n’était pas une dynastie selon le vrai sens du terme : chaque sultan était choisi ou “élu” par leurs collègues officiers mameluks et parmi eux, il n’y avait pas de succession familiale. (sacrée similitude avec la RAE actuelle non ? chaque président depuis la proclamation de la république a été choisi par les officiers supérieurs de l’armée et par eux…)

        • 26 Mai 2012 à 18h03

          Guenièvre dit

          merci Saul ! J’avais vu une émission sur les esclaves chrétiens. Entre 1500 et 1800 environ 1 millions ont été capturés en méditerranée ( notamment sur la côte italienne où des villages entiers pouvaient être capturés) et dans les pays nordiques . Ceux dont les familles pouvaient payer une rançon étaient relâchés mais les autres restaient bel et bien esclaves même si, comme vous le dites certains pouvaient accéder à des rangs supérieurs

    • 24 Mai 2012 à 18h53

      Patrick dit

      Noix Vomique
      Effectivement Saul, vous avez raison. J’ai trouvé des articles à ce sujet sur le net.

      Mais il existe un blog de “Noix Vomique” ici : http://noixvomique.wordpress.com/
      Quelqu’un sait-il s’il s’agit de l’auteur de cet article ?

      • 24 Mai 2012 à 18h58

        Patrick dit

        J’aurais du regarder plus près : une bonne part de l’article est identique. Il s’agit donc de la même personne.

    • 24 Mai 2012 à 18h47

      Patrick dit

      Merci Hathorique pour votre développement. Effectivement les Africains de l’époque avaient une responsabilité dans le commerce de l’esclavage.
      Mais l’indignation va toujours dans le même sens…

      • 24 Mai 2012 à 19h00

        Saul dit

        je m’associe à votre compliment Patrick.
        responsabilité d’autant plus écrasante de la part des Africains eux même qu’ils étaient partie prenante dans la traite transatlantique en en étant le premier maillon de la chaine (les blancs ne faisaient pas de razzias, c’était très rare, dans la très grande majorité des cas ils achetaient les esclaves au potentats locaux… la traite transatlantique était déja un exemple de mondialisation commerciale).
        comptons aussi le trafic intra africain en plus des traites transatlantiques et transsahariennes.
        je crois que c’est dans un vieux numéro de L’Histoire qu’avait été estimé le chiffrage des différentes traites. l’intra-africaine était la plus nombreuse, la transsaharienne était la plus meurtrière (le taux de pertes des caravanes transsahariennes atteignait allègrement les 90%…. ce qui explique aussi le peu de descendants noirs dans les pays arabes, en plus de l’explication de Lisa)
        Mais attention à ne pas pointer untel ou untel comme plus coupables que les autres, ce serait inepte et même indécent, mais il est bon de rappeler que ce type de crimes contre l’humanité (dixit la loi) n’est pas une exclusivité d’un seul peuple.

        • 26 Mai 2012 à 17h28

          clappique dit

          D’après Pétré-Grenouilleau dans son bouquin:
          - traite arabo-musulmane: 17 millions de déportés du VIIe au XXe.
          - traite intra-africaine: 14 millions.
          -traite atlantique: 11 millions, il est vrai sur une période beaucoup plus courte. 

      • 24 Mai 2012 à 19h06

        Saul dit

        et encore on ne parle que de l’esclavage ayant touché les Africains, mais on ne parle jamais celui ayant touché les européens (pas que par les musulmans, mais par les européens aussi) et surtout celui qui a touché les Slaves (d’où d’ailleurs provient le mot “esclave”).
        ce qui fait que pour beaucoup, esclaves=forcément noirs.

        peut être trop pales pour faire de bonnes victimes…

        • 24 Mai 2012 à 19h13

          lisa dit

          Yaouh Saul, quel anti-politiquement correct ! vous n’avez pas peur de vous faire gronder ? je rigole

        • 24 Mai 2012 à 19h19

          Saul dit

          allons, il n’y a rien d’antipolitiquement correct :-).
          même les ardents “taubiristes” ont de plus en plus de mal à être pris au sérieux et leur outrance tend plutôt à les discréditer plutôt que les renforcer (pour preuve l’échec contre Pétré-Grenouilleau)

          (“taubiristes” dans le sens d’ardents défenseurs de l’esprit de cette loi… loi d’ailleurs complètement conne, car à la limite quelqu’un pourrait même écrire que la traite transsaharienne n’est pas un crime contre l’humanité, qu’elle a au contraire contribué au progrès du genre humain, qu’elle n’a pas été si terrible, voire qu’elle n’a pas existé etc et bien celui qui oserait un tel truc negationniste ne contreviendrait même pas à cette loi, et ne risquerait donc rien…)

    • 24 Mai 2012 à 17h20

      smanyach dit

      Indirectement lié à ce billet, lire le très intéressant article de Gérard Collomb (cela ne s’invente pas) sur les revendications des populations amérindiennes de Guyane apparues lors de “l’affaire du jardin”
      http://www.laviedesidees.fr/L-affaire-du-Jardin.html