Les particules alimentaires | Causeur

Les particules alimentaires

La carte et le menu de l’œuvre de Michel Houellebecq

Auteur

Paulina Dalmayer

Paulina Dalmayer
est journaliste et travaille dans l'édition.

Publié le 12 juin 2016 / Politique

Mots-clés : , ,

Michel Houellebecq à son domicile du XIIIe arrondissement de Paris, 2014 (Photo : Philippe Matsas/OPale/Leemage)

Et si, ramenée à sa dimension sociologique et politique par une critique à l’instinct grégaire bien affirmé, l’œuvre de Michel Houellebecq pouvait se lire, sinon se déguster, comme un traité de gastronomie et un ouvrage de cuisine ? Tel a été en substance le pari fou – et formidablement réussi – d’un spécialiste de la littérature française tout à fait sérieux, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille, Jean-Marc Quaranta. En scientifique doublé d’un fin gourmet, Quaranta livre, dans son Houellebecq aux fourneaux, l’analyse sans doute la plus originale à ce jour de la prose houellebecquienne, décortiquant à la fois la portée romanesque de divers menus et leur réelle composition, pour nous inviter à réaliser (sic !) quelques-unes des recettes parmi la soixantaine qu’il recense. Il y aurait au total près de 200 plats mentionnés par celui que Dominique Noguez a qualifié de « Baudelaire des supermarchés » dans les pages de ses romans, autrement dit 34 plats par livre.

[...]

Houellebecq aux fourneaux, Jean-Marc Quaranta, Ed. Plein Jour, 332 pages.

  • causeur.#36.couv

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    publié dans le Magazine Causeur n° 95 - juin 2016

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    • 13 Juin 2016 à 18h26

      salaison dit

      Euh………….. je dois être borné, archi borné!

    • 13 Juin 2016 à 12h23

      Lector dit

      Eh bien, pour y revenir, je dirais que cette expression forgée par Dominique Noguez, « Baudelaire des supermarchés » donc, est assez bien trouvée ; elle m’a de suite renvoyé à ce poème de Houellebecq qui m’avait plu, et, dois-je confesser, amusé. Assez, disais-je, mais pas totalement. Ou bien il faut la saisir comme un oxymore, évidemment. C’est ce qu’il y a là d’occis ou d’à demi mort qui fait vrai. Car il n’y a ni royauté ni azur dans la poésie de Houellebecq. Notamment avec ce personnage maladroit et honteux d’hypermarché, qui manque d’air et d’ailes, est sans avirons ; ça godille sous un ciel de faïences ; on est plutôt dans la semelle de chaussures péniches glissant sur canal de corde en chanvre tressé. C’est pluvieux. Moins solaire. Gris plutôt que sombre. Michel c’est peu ou prou l’anti-Charles. L’ennui n’est pas le spleen, il méconnait la douleur profonde. Ses yeux jamais ne se perdent dans le ciel des fixes où, par delà la chevelure de Bérénice qui y ondoie d’une lueur gracile, l’âme se noie dans des abysses galactiques. Et pourtant il y a du quark dans cette répulsion cordicole. Un sourire malicieux que dissimule à peine cette hyper angoisse au bord des lèvres, c’est-à-dire sans estomac. On ne peut déclarer s’écrouler au rayon fromages sans couver une autodérision certaine qui sauve du dégoût de soi-même, un humour qui sait la part comique du ridicule ou du tragique. Voilà une poésie de minuscules trous noirs, double et duplice, qui exhale plus qu’elle n’exalte. Poème d’une lassitude post Debord. La médiocrité du Spectacle en rayonnages y est ciselée. Tout élan vain. Terminé le son du cor au fond des bois, t’as l’bonjour d’Alfred. On finira tous sardines ! Si ce n’est déjà fait. [...]

    • 12 Juin 2016 à 13h10

      Lector dit

      « Baudelaire des supermarchés » illustration :

      “Hypermarché – Novembre”

      “D’abord j’ai trébuché dans un congélateur. Je me suis mis à pleurer et j’avais un peu peur. Quelqu’un a grommelé que je cassais l’ambiance ; Pour avoir l’air normal j’ai repris mon avance. Des banlieusards sapés et au regard brutal Se croisaient lentement près des eaux minérales. Une rumeur de cirque et de demi-débauche Montait des rayonnages. Ma démarche était gauche. Je me suis écroulé au rayon des fromages; Il y avait deux vieilles dames qui portaient des sardines. La première se retourne et dit à sa voisine: «C’est bien triste, quand même, un garçon de cet âge.» Et puis j’ai vu des pieds circonspects et très larges; Il y avait un vendeur qui prenait des mesures. Beaucoup semblaient surpris par mes nouvelles chaussures; Pour la dernière fois j’étais un peu en marge.” (M.H.)

      • 13 Juin 2016 à 10h22

        Thalcave dit

        Dommage que les rimes ne soient par mises en page!
        C’est de la poésie, pas du roman.

        • 13 Juin 2016 à 12h20

          Lector dit

          moui, difficile parfois avec les sauts de ligne sur ce site, la mise en forme pourrait se faire déplaisante ajoutant trop d’espaces alors que le poème en question tient du confinement le plus absolu.

          (Et puis les chants de Maldoror, contenant de pures merveilles d’alexandrin ou tout comme, sont-ils d’une facture et lecture moins poétique ? Alors après tout…)

      • 13 Juin 2016 à 10h26

        malaimé dit

        Il a beaucoup de talent ce “Baudelaire des supermarchés”"
        Sûrement plus que Paulina Dalmayer

        • 13 Juin 2016 à 12h22

          Lector dit

          ils n’ont de toute façon pas le même statut. Oui un talent particulier.