Honduras, mon beau souci
Revoilà la guerre du golpe
Publié le 05 juillet 2009 à 11:00 dans Monde
Mots-clés : Honduras, Manuel Zelaya
Soudain, j’ai eu l’impression d’avoir neuf ans. En soi, ce n’était pas désagréable. Ce qu’on a vu, brièvement, sur nos écrans et qui m’a donné cette sensation, en revanche, l’était bien davantage. Des militaires, dans une capitale latino-américaine, qui sillonnent des avenues plus désertes que le cerveau d’un néo-conservateur. Des blindés qui prennent position devant un palais présidentiel. Des manifestations populaires, entre trouille et héroïsme, dispersées par des coups de feu.
J’ai cru, comme on dit dans les romans de science-fiction, à une déchirure du continuum spatio-temporel. J’étais revenu au 11 septembre1 1973 et la première chaîne en noir et blanc montrait l’armée chilienne cernant et bombardant Allende et ses derniers partisans dans le palais de la Moneda, pour la plus grande gloire de la CIA, d’ITT, des actionnaires des mines de cuivre et du général Pinochet.
Mais non, je n’avais plus neuf ans. Il y en avait maintenant des centaines, de chaînes, toutes en couleurs, dont certaines prétendent à une information en flux continu et pourtant se montraient bien avares d’informations sur la question. En même temps, ce n’était rien, ce n’était qu’un coup d’Etat, un putsch, un golpe, un pronunciamiento, et dans un pays d’intérêt franchement secondaire : le Honduras. Même pas une équipe de foutebaule digne de ce nom, c’est dire… Bref, un événement très périphérique. Vous imaginez un peu, ce qu’on peut en avoir à faire du Honduras, quand Téhéran s’enflamme et que Maïqueule Djaquesonne vient de mourir. Non, soyez sérieux, il faut savoir hiérarchiser l’information, tout de même. Et puis titrer sur “Coup d’État à Tegucigalpa”, cela vous a tout de suite l’allure d’un SAS des années 1970, ce qui manque de crédibilité pour les journaux de référence.
Mais voilà, le président renversé est bolivarien, c’est-à-dire très proche d’Hugo Chavez. Il s’appelle Manuel Zelaya et, à l’origine, était plutôt un homme de droite. Seulement, il s’est aperçu que la politique de Chavez, ce n’était pas si mal. Que la finalité de tout gouvernement, comme on le sait depuis Aristote, devrait être la philia, c’est-à-dire une certaine concorde entre les citoyens, une volonté d’harmonie et que cela suppose une relative égalité, donc une redistribution la plus juste possible des richesses produites. On s’excuse de dire tant de gros mots au pays du bouclier fiscal, mais il semblerait que quelque chose qui ressemble à la construction d’un socialisme du XXIe siècle soit en train de se jouer, en ce moment précis, dans toute une série de pays latino-américains, et que cette construction se fasse, ô rage, ô désespoir, avec l’assentiment des peuples qui reconduisent leurs gouvernants aux affaires avec une régularité désespérante pour l’observateur néo-libéral alexandreadlérisé.
Que s’apprêtait à faire Manuel Zelaya ? À organiser un référendum constitutionnel l’autorisant à se représenter. Les observateurs estiment qu’il allait le gagner de manière écrasante. Manuel Zelaya, contrairement à Nicolas Sarkozy, quand il veut changer sa constitution, le demande à son peuple. Il ne compte pas sur une unique voix de majorité au Congrès, celle d’un ex-futur ministre d’ouverture qui paraît-il est toujours socialiste. Mais demander son avis au peuple, pour le néo-libéral alexandradlerisé, et surtout depuis le référendum de 2005, c’est populiste. D’ailleurs, c’est bien connu, tous les chefs d’Etats bolivariens sont populistes. Populiste, dans la novlangue de l’Empire du Bien, fait partie du tiercé de la disqualification, juste après antisémite et pédophile. Plus généralement, il y aura, à l’avenir, une histoire à écrire du traitement de la révolution bolivarienne par les médias français. Les “spécialistes” du Monde par exemple, comme Marie Delcas ou Paulo Paranagua, écrivent sur la question des articles tellement caricaturaux qu’ils seraient refusés par la CIA qui trouverait ça un peu gros, même pour une opération de déstabilisation à l’ancienne.
Ce qui gêne, chez Chavez, Morales, Correa, Ortega, c’est qu’ils sont en train de réussir. Là où comme n’importe quel militaire hondurien, le penseur de garde français veut voir des dictateurs marxisants, il y a en fait une politique du “prendre soin”, telle que la définit Stiegler où le rapport à l’autre, au monde, à l’amour est en passe d’être réinventé. Qui sait que Chavez lit davantage Les Evangiles, Don Quichotte et Les Misérables2 que Marx et Engels pour mener sa politique ? Et qu’il pense déjà à l’après-pétrole alors que ce fut le carburant de sa révolution ? Que la fameuse phase du dépérissement de l’Etat, qui devrait pourtant plaire à nos libéraux, semble même déjà entamée avec des transferts de pouvoir de plus en plus grands aux communautés de base (communes, conseils ouvriers et paysans, etc.) ? Alors évidemment, comme le capitalisme est entrain de retourner à l’âge de pierre, ça énerve.
Ça énerve tellement qu’on poutche. Manuel Zelaya s’est retrouvé arrêté dans ses propres bureaux, envoyé au Costa Rica et au revoir monsieur. Confessons-le, nous avons cru à un moment à un coup des Américains. C’est vrai, quoi, la situation avait quand même un côté très vintage guerre froide. On s’était dit : “Tiens, Obama, il en profite que toute la planète ait les yeux tournés vers l’Iran pour renouer avec la bonne vieille doctrine Monroe qui veut que l’Amérique centrale et caraïbe soit l’équivalent de notre Françafrique.”
Mais non, la condamnation est tombée, ferme et sans appel, avec demande d’explication aux ambassadeurs et tout l’habituel toutim diplomatique. Celui qui a dû être embêté, c’est Roberto Micheletti, actuel président par intérim, et candidat malheureux à l’élection présidentielle. Il s’est trompé d’époque, le pauvre homme. Il a cru bien faire et voilà que tout le monde lui tombe dessus à l’ONU comme ailleurs. Même à Washington. Il doit se sentir presque aussi bête que certains journalistes français qui ont osé, dès le renversement de Zelaya connu, avancer l’explication d’une armée hondurienne sauvant la légalité et la liberté. Ce que furent d’ailleurs les arguments, déjà, d’une bonne partie de la presse française en… 1936 pour justifier l’agression franquiste contre la toute jeune République espagnole.
Alors, que cette sinistre pantalonnade serve au moins à modifier la perception caricaturale que l’on veut donner sous nos latitudes de l’ALBA (Alternativa Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América), un traité politique et commercial destiné résister à l’impérialisme étatsunien et à ses tentatives constantes de déstabilisation. L’ALBA comprend, outre le Honduras, le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur, le Nicaragua et Cuba, des pays qui tentent d’élaborer une alternative à la catastrophe en cours et où les indicateurs de santé, d’éducation, de lutte contre les cartels et l’insécurité endémique semblent, enfin, indiquer que ces peuples potentiellement riches pourraient sortir de la misère noire.
Alors, sans croire pour autant aux modèles clés en main, on pourrait peut-être cesser de les caricaturer et les regarder faire. Et, peut-être, essayer à notre tour deux ou trois de leurs idées. Parce que depuis septembre 2008, sincèrement, on n’a plus grand chose à perdre.
- Il y a de ces dates tout de même. Et dire que c’est pourtant le jour anniversaire de la naissance d’une de nos plus charmantes causeuses. ↩
- Chavez a fait distribuer dans les quartiers pauvres de Caracas, à l’été 2006, demi-million d’exemplaires de Don Quichotte. Il a beau avoir serré la main d’un ministre au nom de la real politik, ce que je déplore, ce genre de geste me fait dire qu’il n’a pas grand chose de commun avec les massacreurs enturbannés du Hamas ou de Téhéran. D’ailleurs, d’après mes informations, il y aurait moins de burqas à Caracas que dans certaines banlieues françaises. L’émancipation, sans doute… ↩
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L'auteur
Jérôme Leroy est écrivain et journaliste. Dernière parution, Le Bloc (Gallimard)
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Olyvier dit
Patrick Mandon : oui, il faudra pouvoir en parler, et ne pas craindre la résonance en nous de ce qui s’est aussi inventé là. Il faudra s’y risquer.
J’y serai, promis.
Patrick Mandon dit
Une dernière chose : le fascisme italien n’est pas constitutivement raciste, même s’il est nationaliste. Certes, il sera vite atteint par cette maladie de l’âme, mais, alors, il aura atteint au pouvoir suprême et sera devenu, à son tour, une machine à produire du réel, souvent grotesque et toujours tragique.
Patrick Mandon dit
De ce point de vue, d’ailleurs, peut-on placer le communisme et le fascisme italien sur un même pied ? Au début, tout début, peut-être, mais, très vite, l’implacable nécessité de la lutte des classes comme moteur de l’Histoire abolit toute ressemblance. Il est vrai que je ne place pas la lutte des classes comme moteur principal de l’Histoire. Je crois que les êtres sont des mystères irréductibles au monde connu, qui les contient pourtant tous. je devrais plutôt dire que j’ai le sentiment que ce monde contient leur superbe et redoutable apparence…
Il y aurait trop à dire, et ce serait vite ennuyeux. Et puis je sors du fil.
Patrick Mandon dit
Olyvier, il faudrait pouvoir parler du fascisme, c’est à dire de l’idée sociale et esthétique par laquelle s’accomplissait, ou aurait dû s’accomplir, une politique. Je parle évidemment du fascisme italien, j’exclus à priori le national-socialisme.
C’est évidemment risqué de prétendre qu’il y eut une tentative de rénovation de l’idée de beauté, c’est risqué, mais nécessaire. Le plus placide des social-démocrates ne peut s’épargner le frisson de ces quelques mots, échappés du premier manifeste futuriste : «Nous, les futuristes, avons comme unique programme l’orgueil, l’énergie et l’expansion nationale…». Ce n’était pas si simple de célébrer l’émouvante beauté de la vitesse, d’imaginer qu’un monde excitant pouvait jaillir du XIXe siècle à l’agonie, que l’effondrement du réel combiné au progrès purement technique pourrait produire une accélération du mouvement général des hommes et de leur imagination… Les hommes sont ce qu’ils sont, et leurs idées, souvent, d’une haute dangerosité. Mais comment sortir du marasme, de l’enlisement, du désespoir, voire de la médiocrité sans se frotter aux idées ?
Olyvier dit
Averell :
La suffisance méprisante de votre réponse est tout à fait à l’image de votre engagement.
Je ne me drape dans rien, je dis que ce que vous représentez (en gros : un emplâtre philosémite sur une histoire nationale douloureuse) est une escroquerie,
et que vous vous y résumez.
Patrick Mandon dit
«[…] vous m’irritez, et je vous reconnais pourtant de très belles qualités.»
Somme toute, vous avez autant de satisfaction que de contrariété. J’en irrite beaucoup, qui ne feignent même pas de me reconnaître «de très belles qualités.». Imaginez leurs frustrations et leur colère !
Je puis vous assurer que je suis bien décidé à les irriter, avec ou sans qualité.
Janus est-il seul ? Ce n’est point votre cas, puisque vous êtes marié. La question serait plutôt, quant à vous, lequel de ses deux visages ce Janus montre-t-il à ses proches ?
Mais je vous retiens, et Eden, quelque part, doit avoir répandu le dernier contenu de son bol alimentaire, l’un de ses trucs qui vous font tant rire…
Averell dit
@Jérôme Leroy
Touché-coulé ! Moi qui aime tant jouer sur les mots, je n’avais jamais fait le rapprochement Janus/anus. Bien joué. Faut que je me reprenne…
MLF dit
En surfant…pardon
MLF dit
Bonsoir
Je ne voudrais déranger personne mais j’ai une question ou plutôt une requête:
est-il possible qu’Eden nous explique les liens entre son site bivouac.id, Anne Kling, la revue Synthèse, l’anti communisme, l’islamophobie, la civilisation judéo chrétienne, le bushisme,, Radio courtoisie, Le Pen…
Je suis un peu paumée.
On surfant sur “juifs de France et d’ailleurs”.(site pas mal).je rencontre Eden et ses potes
Jerome Leroy dit
En même temps, cher Averell, il faudrait éviter d’être un Janus artificiel.
Bon d’accord, je sors…
Averell dit
@ Patrick Mandon
Nadia Comaneci a compris… Penthésilée… Et je lui adresse un salut fraternel. Votre insistance à humilier Venik me fait mal au ventre, vous m’en excuserez ; des détails m’échappent probablement. Quant à vous, Patrick Mandon, vous m’irritez, et je vous reconnais pourtant de très belles qualités. Voilà, j’en suis à distribuer les bons et les mauvais points comme vous ne cessez de le faire. Je ne m’installerai pourtant pas dans ce rôle. Une dernière chose : je ne suis pas un chef de bande, je suis seul, franc-tireur, je ne cherche pas à constituer une ligue. Je suis seul… Mais Janus est-il vraiment seul ?
Patrick Mandon dit
Averell : «Ma femme et moi rions aux larmes lorsque nous la lisons (Eden)»
Touchant tableau de famille, en vérité ! M. et Mme Averell, après la camomille, s’offrent le dernier plaisir du soir : la lecture des turpitudes d’Eden. J’espère que vous inviterez Nadia, la belle roumaine, à l’une de vos Eden’s party. Elle raffolera ! Surtout si Venik est de la partie : il est bourru, avec de curieuses grâces d’hippopotame en rut, un vocabulaire claudiquant, mais une conviction inébranlable. Lui aussi, c’est un homme qui, c’est un homme que… Je vous imagine ainsi tous les quatre, et je pars, rassuré par cette vision, si j’ose dire, victorienne du bonheur conjugal et de la franche rigolade avec de vrais amis…
Hier, je vous accordais «la moyenne», Averell, mais l’irruption de cette image «potagère» de votre vie réelle, me conforte dans mon pressentiment : vous appartenez à la plus nombreuse des catégories, les Duratoniens. Enfin, un conseil : cessez donc de me lire, il va bientôt vous venir de l’urticaire. Vous ai-je assez déplu, Monsieur ?
Ludovic Lefevre, vous n’avez pas compris. Je ne cherchais nullement à apaiser votre juste courroux contre moi, j’ai simplement voulu, sur le mode amical, pour une fois, vous faire observer les graves dérives lexicales et grammaticales qui encombrent vos dernières interventions. Selon moi, elles accompagnent un trouble passager, sans gravité, mais qu’il convient de prendre en considération. Continuez à me lire attentivement mais sans plaisir.