Homère et Balzac chez les junior-managers | Causeur

Homère et Balzac chez les junior-managers

J’ai enseigné cette culture qu’on dit « générale »

Publié le 02 mars 2012 / Société

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Mais comment diable enseigner ce qui n’existe pas, n’a ni définition ni contour, et ne relève d’aucune filière ? La culture générale, c’est cette qualité du discours qu’on admire dans les débats, qui se nourrit de références et permet de penser. Elle est ce petit rien qui change en l’or d’une vision le plomb d’une observation. Elle est le fruit d’une curiosité, d’un appétit, d’un cheminement. Professeur de culture générale est donc un oxymore. Et neuf années durant, au Pôle universitaire Léonard-de-Vinci, je fus cet oxymore, face à des jeunes gens frais émoulus du baccalauréat, persuadés d’en avoir fini avec ces vieilles lunes, philosophie, histoire, littérature, pour enfin se consacrer aux choses utiles, le marketing ou le management.
Le directeur du département « Culture et communication » de la « fac Pasqua » s’appelait alors Jean-Claude Barreau, prêtre défroqué, éditeur, conseiller de François Mitterrand, puis de Charles Pasqua, ancien directeur de l’Office national des migrations et auteur de quelques livres fort peu consensuels comme De l’islam en général et du monde moderne en particulier ou Tous les dieux ne sont pas égaux. Il avait convaincu le président du Conseil général des Hauts-de-Seine d’abolir les cours de « développement personnel », généreusement proposés aux futurs ingénieurs et commerciaux, pour les remplacer par des cours de culture générale. « On refait tout simplement ce qu’ils n’ont pas fait au collège et au lycée, résumait-il tout de go. De l’histoire chronologique, de l’étude de grands textes patrimoniaux, de la philosophie. Accessoirement, des cours de grammaire et d’orthographe. »

Jean-Claude Barreau avait ainsi résolu l’ambiguïté d’un enseignement sans discipline identifiée : la culture générale, pour cet homme qui l’incarne plus que tout autre, passait par ces savoirs scolaires auxquels l’institution, depuis quelques décennies, avait peu à peu renoncé. Ce qui nous a permis, pendant ces neuf années, de voir des cohortes de bacheliers incapables de situer l’époque de Jeanne d’Arc ou de Picasso, de comprendre l’expression « franchir le Rubicon » ou de se demander si un progrès de l’humanité est pensable.
Quelle importance, demanderont certains ? A-t-on besoin de jouer les singes savants pour être un commercial ou un communicant correct ?

[...]

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    publié dans le Magazine Causeur n° 44 - Février 2012

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    • 12 Mars 2012 à 17h54

      isa dit

      Madme Polony, je ne sais pas si vous lirez un jour ces réflexions: votre copine Pulvar s’est conduit de manière immonde face à Copé samedi dernier!

      Je suis extrêmement choquée que Ruquier la garde comme journaliste en période électorale alors que, par la force des choses, elle est si partiale!

    • 6 Mars 2012 à 21h51

      Dio Gêne dit

      Avoir lu tout Balzac devrait être une obligation pour être président de la république… 

    • 5 Mars 2012 à 12h08

      red benjamin dit

      Excellent article.

      Je diverge à la conclusion: non ils ne se rendront pas compte de cette duperie.
      Nous avons trop soigné leur égo et appuyé le poids des apparences pour qu’un diagnostique sain sur leur cas ne les effleure. Ils se payent de mots, comme leurs aînés, peu importe qu’ils en aient perdu le sens.
      Constat maintes fois renouvelé à l’université même.

    • 4 Mars 2012 à 14h22

      livia dit

      NP

      J’apprécie vos interventions écrites et parfois à “On n’est pas couché” regardé juste pour vous.
      Je suis légèrement affligée que dans cette émission comme dans toutes les autres les voix les plus autorisées et encouragées soient celles les moins , et de moins en moins appréciées par une majorité de spectateurs avides de diversité d’opinion, mais le service publique qui vit en partie avec nos impots , n’en a cure et je trouve cela juste scandaleux.

      Juste 1 HS

      A propos d’intégration, les enfants issus de familles italiennes ;dans les familles d’immigration économique pour bcp, le désir d’intégration pour leurs était si fort, que en plus d’un prénom français (ce qui t avant les années 1970 était obligatoire et s”appliquait à tous ) les parents meme ( ceux qui ne parlaient qu’italien ou un dialecte) leur ont interdit en qq sorte d’apprendre l’Italien des origines, un peu dur à mon avis, mais les résultats : en 1 génération ils sont devenus profs, avocats, juges etc…en renonçant à la langue maternelle de leurs parents.(dommage à mon avis, ) mais pour réussir le temps manque sans doute ;-)
      Pas d’avis particulier, juste une constatation très partielle, mais il semblerait qu’une part de renoncement lorsqu’on arrive étrangers en France pour donner à ses enfants plus de chances d’intégration surtout dans un Pays généreux qui vous ouvre toutes les portes du savoir gratuitement,me semble un minimum et un bon choix.

    • 4 Mars 2012 à 14h11

      livia dit

      NP

      J’apprécie vos interventions écrites et parfois à “On n’est pas couché” regardé juste pour vous.
      Je suis légèrement affligée que dans cette émission comme dans toutes les autres les voix les plus autorisées et encouragées soient celles les moins , et de moins en moins appréciées par une majorité de spectateurs avides de diversité d’opinion, mais le service publique qui vit en partie avec nos impots , n’en a cure et je trouve cela juste scandaleux.

      Juste 1 HS

      A propos d’intégration, les enfants issus de familles italiennes ;dans les familles d’immigration économique pour bcp, le désir d’intégration pour leurs était si fort, que en plus d’un prénom français (, qui c’est avant les années 1970 était obligatoire et ‘appliquait à tous ) les parents meme( ceux qui ne parlaient qu’italien ou un dialecte) leur ont interdit en qq sorte d’apprendre l’Italien des origines, un peu dur à mon avis, mais les résultats : en 1 génération ils sont devenus profs, avocats, juges etc…en renonçant à la langue maternelle de leurs parents.
      C’étaient leur choix, pas da

    • 4 Mars 2012 à 14h03

      livia dit

      NP

      J’apprécie vos interventions écrites et parfois à “On n’est pas couché” regardé juste pour vous.
      Je suis légèrement affligée que dans cette émission comme dans toutes les autres les voix les plus autorisées et encouragées soient celles les moins , et de moins en moins appréciées par une majorité de spectateurs avides de diversité d’opinion, mais le service publique qui vit en partie avec nos impots , n’en a cure et je trouve cela juste scandaleux.

      Juste 1 HS

      A propos d’intégration, les enfants issus de familles italiennes ;dans les familles d’immigration économique , pou bcp, les parents par désir d’intégration ma

    • 3 Mars 2012 à 15h22

      laborie dit

      L’équation est simple

      Le Capitalisme mondialisé et ses élites communicantes a besoin d’exécutants, les incultes.
      Le Capitalisme fait travailler les incultes grâce à l’intelligence artificielle informatisée donc des exécutants serviles. Moins ils se posent de questions, mieux c’est; des robots en somme.
      Le Capitalisme met donc en concurrence l’ensemble du peuple des incultes de la planète.
      Le peuple des incultes planétaires consomme tous ce dont il n’a pas besoin et la machine tourne à plein régime.
      Les élites se pavanent à Saint Barth, Saint Moritz, Aspen.
      Les systèmes politiques occidentaux n’ont plus besoin de démocratie, seulement d’une apparence virtuelle.

      Tout est pour le mieux….

    • 3 Mars 2012 à 9h54

      agatha dit

      Après un réquisitoire sans excès mais accablant, pourquoi terminer par un appréciation rassurante et lénifiante : ” les jeunes gens …découvriront rapidement la nature de la tromperie”? Il est à craindre, au contraire, qu’ils n’aient jamais l’occasion de prendre conscience de leurs insuffisances ni de se frotter à une certaine culture. En tout cas, pas dans le monde réel du travail, et pas dans les représentations des grands médias. Alors, où?
      J’ai bien peur qu’on soit en train de nous construire un nouveau monde et que la période actuelle ne soit qu’une période de transition dans laquelle se sentent mal à l’aise les gens de bonne volonté et de bonne foi coincés entre les ensauvagés des rues et des cités et les grands prédateurs barbares de l’entreprise mondialisée.

    • 2 Mars 2012 à 23h05

      ylx dit

      Quitte à passer pour un fossile vivant, j’ai gardé le meilleur souvenir de mes 6 années (6e à 1re) d’étude de latin , à raison de 5 heures de cours par semaine + 5 heures de travail à la maison (version+thème), avec au final la possibilité de lire Tacite dans le texte. Indépendamment de la discipline intellectuelle de la langue latine elle-même j’ai eu le grand bonheur de fréquenter pendant 6 années le monde antique avec ses civilisations, ses cultures, ses religions, ses confilts, ses stratégies militaires, ses types de représentation politique (royauté, puis république, puis empire avec au passage les tentatives de populisme ou de dictature), ses auteurs, ses philosophes. En 6 années on parcourait l’ensemble des problématiques de notre monde. Les textes de Cicéron, sont à cet égard emblématiques puisqu’il dénonce dans une langue parfaite la corruption, concussion, la prévarication, le populisme, la dictature, la perte des valeurs républicaines etc
      Ce qui ne m’a pas empêché de poursuivre ensuite de solides études scientifiques ..et de devenir un parfait petit soldat du libéralisme.
      Rappelons au pasage que tous nos grands hommes des Lumières (mais aussi des Ténèbres, je pense à Robespierre) étaient totalement nourris et imprégnés de culture ancienne. Ce sont eux qui d’une certaine manière ont accouché notre monde “moderne”
      Malgré tout un facteur particulièrement important des évolutions dénoncées par NP, c’est le chômage. Dans les années 50 nous pouvions nous adonner avec délectation à l’études du latin, parce que nous avions aucun souci d’emploi à la sortie de nos études, alors qu’aujourd’hui parents et enfants sont angoissés par la hantise du chômage et poussent naturellement leurs rejetons à prendre les options ou les filières les mieux assurées, selon eux, contre cette calamité de notre époque.

      • 2 Mars 2012 à 23h14

        Mangouste1 dit

        Mais c’est une erreur, le fruit d’une courte vue, puisque, et vous en êtes la preuve, le latin mène à tout, sans même avoir besoin d’en sortir.

    • 2 Mars 2012 à 22h06

      hathorique dit

      Merci Madame de votre article,
       ce que vous dites est hélas très juste, ce qui m’est difficilement acceptable, c’est “la trahison des clercs” ceux qui ont failli à leur mission et qui ont trahi, eux qui pourtant ont le plus tiré avantage de cet enseignement, car apprendre c’est aussi accepter de recevoir de l’autre un savoir que l’on doit transmettre à son tour.
      Ce sont trop souvent ceux là même qui maintenant le dévalorise, le déconsidère, comme si ils voulaient conserver à leur seul profit, les avantages et la supériorité que procurent cette culture, c’est une confiscation intellectuelle.
      On ne dira jamais assez la nécessité pour l’acquisition du savoir, de la culture ou de la connaissance de l’effort impérieux qui est indispensable pour la mise en oeuvre de toutes ses capacités à pouvoir surmonter ces difficultés, afin de s’obliger à aller au delà de soi, de sa faculté à raisonner, qui est une des formes de la liberté et nous distingue des animaux .
      C’est par ailleurs la marque d’un mépris profond pour ces jeunes gens, les considérant comme incapables de fournir un effort intellectuel, leur laissant comme seuls choix la paresse et l’ignorance.  
      Nous voyons pérorer dans nos étranges lucarnes des intellectuels rassasiés, des journalistes paresseux, des footeux incultes, des célébrités analphabètes fiers de l’être et s’érigeant en modèle. 
      Mais où sont les passeurs,  ceux qui avaient pour principe :
       apprendre, comprendre, transmettre.
       
       « Car comment serait-il possible, si le salut était là, à notre portée et qu’on pût le trouver sans grande peine, qu’il fut négligé par presque tous ? Mais tout ce qui est très précieux est aussi difficile que rare. »

        SPINOZA, Ethique,

      • 2 Mars 2012 à 22h14

        Mangouste1 dit

        On les a mis au pied d’une échelle, qu’on les a aidés à monter ; arrivés en haut, un peu essoufflés, ils ont regardés derrière eux et balancé l’échelle en criant, à ceux qui les suivaient : “ne montez pas, c’est trop dur!” Depuis, ils jacassent sur leur branche, en veillant bien à ne pas laisser tomber leur fromage.

        • 2 Mars 2012 à 22h26

          hathorique dit

          Voila qui me parait bien résumer mon “indignation” :-)
           C’est bref,  concis,  ça coule comme l’eau de la claire fontaine, 

            

        • 2 Mars 2012 à 22h43

          Mangouste1 dit

          Merci, dame sagesse. 

    • 2 Mars 2012 à 21h28

      Impat1 dit

      à rien.

    • 2 Mars 2012 à 20h52

      skardanelli dit

      Les origines juives de la pensée moderne c’est la Bible, Spinoza, Marx, Husserl, Freud et Einstein, c’est vrai ça s’accélère à la fin. Ceci étant à quoi rime cette remarque naïve ?

      • 2 Mars 2012 à 21h43

        Saul dit

        vous connaissez ce trait d’humour comme quoi ce sont les Juifs qui ont façonné les visions du monde.
        Moïse a dit “tout est Loi”
        Jesus a dit “tout est Amour”
        Marx a dit “tout est argent”
        Freud a dit “tout est sexe”
        Einstein a dit “tout est relatif”…

        ( Robespierre avait rajouté une variabte assez marrante en guise de conclusion
        : Alain Soral a dit “tout est Sionisme”)

        • 2 Mars 2012 à 22h13

          hathorique dit

          Ne serait ce pas la nouvelle théorie de la relativité ou du relativisme :-) 

          Mais il me semble qu’il ait été oublié le dernier des prophètes, qui aurait probablement dit   : 
           
          “tout est Halal” 

        • 2 Mars 2012 à 22h44

          Mangouste1 dit

          :o)

        • 3 Mars 2012 à 10h41

          Saul dit

          @Hathorique
          vous en avez oublié un avant le “tout est halal”, et d’une importance capitale puisqu’il doit (forcément) d’abord réfuter les 5 précédents par un “tout est haram”

    • 2 Mars 2012 à 19h38

      Naif dit

      Natacha Polony, ce sous Zemmour. 
      oublie de parler des origines juives de la pensée moderne ce qui l’empêche de donner un sens à son article.
      quoi d’étonnant ? 

      • 2 Mars 2012 à 20h30

        Blah dit

        Euuuh, comment on dit déjà ? Ah oui : «hors sujet».

        • 3 Mars 2012 à 6h28

          Naif dit

          C’est bien ça je juger les autres mais si vous voulez vivre dans une société qui défend des valeurs insensées allez vivre dans les  pays musulmans. vous verrez la vie y est si douce !

      • 5 Mars 2012 à 11h57

        red benjamin dit

        Naif

        On aurait dû citer BHL, c’est indéniable!

    • 2 Mars 2012 à 19h27

      L'Ours dit

      Un petit bijou!

    • 2 Mars 2012 à 17h43

      Impat1 dit

      Ah Natacha Polony, quand je rêve à l’avenir de mon Pays, je vous imagine Rue de Grenelle !
       Si seulement…