Hollande, un Président très ordinaire
Chronique d’une journée normale
Publié le 08 juin 2012 à 16:30 dans Politique
Mots-clés : François Hollande, Laurent Fabius

A six heures moins dix, comme tous les matins, le radio réveil se mit à hurler, et François, à tâtons, dut s’y reprendre à trois fois pour le faire taire. Il ne voulait surtout plus d’embrouilles avec les voisins du dessus qui se plaignaient aigrement de ces réveils en sursaut et qui pour se venger taguaient régulièrement sa porte et sa boîte aux lettres. Le calme rétabli, François ouvrit un œil avec difficulté. La nuit avait été brève, et encore, il avait eu de la chance qu’un des gardes du corps puisse le véhiculer jusqu’à Bobigny. Lorsqu’ils étaient revenus de Bruxelles avec Pierre, Laurent et Arnaud, le RER ne fonctionnait plus, et la question de son retour nocturne l’avait perturbé pendant une bonne partie du Conseil européen. Il faut dire que ce n’était pas normal, tout de même, ces réunions qui se prolongeaient indéfiniment et se terminaient à point d’heure, longtemps après le départ de la dernière rame ou du dernier bus… C’est vrai aussi qu’il aurait pu utiliser, pour une fois, la Twingo officielle garée devant l’Élysée. Mais il avait toujours un peu peur de se faire vandaliser, même maintenant que la voiture avait été banalisée, repeinte en beige et dépouillée de tout insigne distinctif. Décidément, il valait mieux prendre les transports en commun.
Émergeant doucement de son demi-sommeil, François se souvint à ce propos qu’il devait deux tickets à Raymond, le portier-adjoint de l’Élysée ; ce mois-ci, entre un G 20 à l’autre bout du monde, la guerre en Syrie qui se prolongeait, la sortie de la Grèce, la faillite de l’Espagne, les sommets européens et les Conseils des ministres en veux-tu en voilà, il n’avait pas eu le temps de recharger son passe Navigo cinq zones. Et il envisageait avec terreur l’idée de se faire contrôler en infraction par des agents de la RATP, vraisemblablement marinistes, qui seraient trop contents d’aller baver auprès de la presse de droite. Il imaginait d’ici les gros titres du Figaro ou de L’Express : « Mon président est un tricheur ! », « Ce n’est pas normal de ne pas payer son billet », « Le retour des privilèges », « L’Etat des passe-droits », etc, etc. Et hop, en un instant, des années d’efforts qui partent en fumée. Il préférait ne pas y penser. D’ailleurs, il fallait qu’il se dépêche un peu. Il se cala sur l’oreiller, essayant de repérer ses savates dans l’obscurité de la chambre. Celle-ci ne payait pas de mine, mais, justement, c’est ce qui avait plu aux reporters de Paris-Match. Ça et le lit IKEA, republican size, comme il disait parfois, qu’il avait eu tant de mal à monter après le départ de Valérie.
Ça aussi, c’était normal. De nos jours, les couples ne durent plus, et honnêtement, il ne pouvait pas lui en vouloir, à Vava, d’avoir eu du mal à supporter la vie en HLM, les désagréments de la cité, les quolibets des vendeuses de l’hypermarché et le regard narquois de ses collègues venus photographier le F3 présidentiel avec vue plongeante sur le périph. La chambrette n’avait qu’un inconvénient, c’est qu’il risquait toujours d’égarer quelque chose dans ce désordre. Comme lorsqu’il était parti en car, l’autre semaine, pour se rendre au Portugal en visite officielle, et qu’il avait laissé la valisette nucléaire derrière le caddie rempli de packs de lait écrémé. Ou la fois où il était allé avec Laurent à Beauvais prendre un avion de la Ryanair pour Dakar, et qu’il s’était aperçu, rouge de confusion devant les douaniers goguenards, qu’il avait oublié son passeport. Maintenant, il en souriait, mais sur le moment, ça avait été terrible, il avait fallu appeler le Quai d’Orsay pour décommander la réunion avec le président sénégalais, et tout le toutim. Mais bon, c’est comme ça, on est normal ou on ne l’est pas.
Dehors, sous la lumière blême des réverbères, les parkings de la cité étaient luisants de pluie et déjà noirs de monde. François entendit distinctement ses voisins du dessus, furieux d’avoir été réveillés une fois de plus par « le petit gros du douzième étage », comme ils l’appelaient. Et un bref instant, comme souvent les matins où il manquait de sommeil, il se dit que, quand même, il avait la belle vie, autrefois, avant de devenir président de la République.
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L'auteur
Frédéric Rouvillois est né en 1964. Il est professeur de droit public à l’université Paris Descartes, où il enseigne le droit constitutionnel et s’intéresse tout particulièrement à l’histoire des idées et des mentalités. Après avoir travaillé sur l’utopie et l’idée de progrès (L’invention du progrès, CNRS éditions, 2010), il a publié une Histoire de la politesse (2006), une Histoire du snobisme (2008) et plus récemment, Une histoire des best-sellers (élu par la rédaction du magazine Lire Meilleur livre d’histoire littéraire de l’année 2011).
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9ylx dit
Les postures de FH, m’amusent ou m’agacent suivant l’humeur du jour et l’humour du commentateur. Mais au-delà de ce ce vernis médiatique il est assez intéressant de voir avec quelle habileté manoeuvre le capitaine de pédalo, à l’instar de son retors mentor F. Mitterrand. Regardez comment il est en voie de phagocyter son extrême-gauche comme F. Mitterrand l’a fait pour le PC. Melenchon, le plus à gauche de ses opposants a été satellisé, et est devenu l’otage du PC. Martine Aubry a compris qu’elle ne tenait plus rien et a préféré jeter l’éponge. Elle n’inquiétera plus les marchés (et FH) avec ses appels à la lutte des classes et à l’a réinstallation de guillotines. Montebourg fera la démonstration que ses incantations protectionnistes et nationalo-industrielles ne débouchent sur rien de concret. Exit le jeune loup et le courant anti-européen. Les Verts ont été achetés par les accords électoraux et ils se contenteront de hochets. C. Duflot démontrera vite son impuissance et son incompétence. Exit les Verts.Les ministères sérieux sont solidement tenus par des amis sûrs et très proches de FH, tandis qu’on amusera l’électeur et la presse avec des gadgets de parité ministérielle et bien d’autres encore.
FH disposera assez vite d’une totale liberté de manoeuvre pour mener une politique sociale-démocrate “classique” sans aucune constestation interne. Il rendra ainsi un fier service à la démocratie française expurgée de ses dernières illusions marxistes et révolutionnaires.
Marie dit
Lire cet article du Guardian
http://dawn.com/2012/06/08/hollandes-normal-tag-starts-to-grate/
eetu dit
ceci est un test
Fiorino dit
ésperons que ça ne marche pas :-)
Fiorino dit
Fallait-y penser avant quand vous avez appellé à faire battre sarkozy. Le texte est sans doute très beau et sympa mais je pense qu’il faut rappeller à chaque fois que ce sont des gens comme vous qui ont permis l’élection du président normal.
ylx dit
@ l’Auteur
Votre libelle est un délice, une gourmandise…
Marie dit
J’ai bien ri et biens sûr partagé!
Monsieur Rouvillois aurait pu parler de la ligne Paris Caen qu’il doit bien connaitre, le président très ordinaire a raté son train le 6 juin …
luculus69 dit
le plus triste, c’est qu’on est même pas loin de la vérité !!
“Putain 5 ans..le voisin du dessus va pas tenir !!” (et nous non plus)
pirate dit
mais si papy, tu verras, tu tiendras facile. Là tu as encore un peu de mal à digérer, c’est encore frais, mais bientôt il y aura Julie Lescot à la télé, et hop tu seras captivé. Et puis tu vas pouvoir ronchonner sur tout pendant 5 ans, t’imaginer résistant, révolutionnaire, nous répéter 2 fois par semaine que “ca va péter, ca va péter”… alors faut dire merci tu vas enfin pouvoir exister.