Hollande, Alep, identité: le journal d’Alain Finkielkraut | Causeur

Hollande, Alep, identité: le journal d’Alain Finkielkraut

Morceaux choisis de L’esprit de l’escalier

Auteur

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut
est philosophe et écrivain.

Publié le 10 janvier 2017 / Politique

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François Hollande à Paris, décembre 2016. SIPA. 00786067_000007

Le renoncement de François Hollande (4 décembre)

« Je suis prêt », affirmait, il y a peu, François Hollande dans un grand entretien publié par L’Obs. Lors d’une conférence prononcée à l’invitation des fondations Terra Nova et Jean Jaurès, il avait même esquissé les grands axes de sa campagne. Et puis est paru l’ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme : Un président ne devrait pas dire ça. Ça, ce sont les commentaires médisants et les confidences débridées d’un chef d’État qui, au lieu de méditer, de se promener, de rencontrer, de lire, a occupé le peu de temps libre que lui laisse son épuisante fonction à s’écouter parler devant deux journalistes. Piégeant Narcisse par la simulation de la connivence, ces journalistes ont réalisé le grand rêve de la profession depuis le Watergate : contraindre à l’abandon le détenteur du pouvoir suprême. Et ils l’ont fait, cette fois, avec la participation de leur victime. Celle-ci, il est vrai, était déjà bien mal en point avant ce coup de grâce. Et ce qui l’avait plongée dans des abîmes d’impopularité, c’était, outre sa politique économique erratique, un événement en apparence mineur : l’affaire Leonarda.

Le 9 octobre 2013, cette jeune fille d’origine kosovare avait été appréhendée par les gendarmes lors d’une sortie scolaire et expulsée avec sa famille qui, après avoir épuisé toutes les voies de recours, venait d’être définitivement déboutée du droit d’asile. Dix jours plus tard, François Hollande est intervenu à la télévision pour confirmer l’éloignement de la famille et pour dire que Leonarda pouvait revenir seule en France achever ses études. Celle-ci lui a aussitôt répondu par le même canal qu’il n’était pas question pour elle d’abandonner ses parents et qu’elle entendait bien faire plier le gouvernement.

Pourquoi François Hollande a-t-il commis cette imprudence fatale à son autorité et à son prestige ? Parce qu’entre le 9 et le 19 octobre, les lycéens étaient descendus dans la rue, qu’ils menaçaient de reprendre le combat après les vacances de la Toussaint et qu’ils avaient le soutien d’une grande partie de la classe médiatico-intellectuelle. Ces manifestants et ces vigilants attendaient un geste du président de la République et ce geste, François Hollande s’y est d’autant plus volontiers résolu que, depuis le tournant de la rigueur choisi par François Mitterrand en 1983, l’antiracisme est devenu le nouveau cheval de bataille du progressisme.

La gauche compensait par la lutte contre toutes les discriminations son virage libéral. D’où Leonarda. D’où le mariage pour tous. D’où le fossé qui s’est creusé entre le néo-progressisme et le nombre toujours croissant de Français qui ne supportent plus d’être cloués au pilori parce qu’ils sont inquiets pour le destin de leur patrie et qu’ils tiennent à ce que celle-ci puisse, sans se renier, persévérer dans son être.

La tragédie d’Alep (18 décembre)

Je n’ai jamais oublié la conférence de presse que Nicolas Sarkozy, fraîchement élu président de la République, a donnée, au sortir de sa première rencontre avec Vladimir Poutine. Il avait

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    publié dans le Magazine Causeur n° 101 - Janvier 2017

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    • 15 Janvier 2017 à 12h09

      plouc dit

      hollande ! NOT MY PRESIDENT !!!!!!!!!

    • 11 Janvier 2017 à 16h45

      castor27 dit

      “partie de la classe médiatico-intellectuelle” ah bon ça existe. Je dirais plutôt la “caste merdico-débile”.

    • 11 Janvier 2017 à 2h51

      Nolens dit

      Je n’ai aucune sympathie pour la gauche que je laisse pour ce qu’elle est : un ramassis de planqués idéalistes qui pillent les richesses des uns pour les redistribuer à ceux qui voteront pour elle inéluctablement.
      Hollande n’est que le successeur d’une longue lignée de chefs d’état français tous aussi mauvais et tous myopes quand il s’agit de mettre en place des lendemains qui chantent.
      Hollande a été élu “démocratiquement” si on veut utiliser ce mot dont le sens a été dévoyé en France. Ce sont les français qui l’ont choisi. Son successeur on ne sait pas qui ce sera, mais je crains qu’il ne soit guère mieux tant les entraves à la nécessaire action pour changer de cap sont fortes.
      Chirac n’a pas été meilleur, il n’a rien fait et a cédé sur tout, son mot d’ordre était pas de vagues, ainsi il avait par erreur choisi Juppé qui s’est révélé très mauvais (en parler avec des Bordelais est assez édifiant).
      Evidemment Hollande n’a pas su faire d’autres choses que ce qu’il avait toujours fait : le consensus. Il a exercé son mandat comme il avait exercé celui de premier secrétaire du PS.
      Ne tirez pas sur Hollande, il a été élu par vous, par moi également, même si je n’ai pas voté pour lui. Il a été meilleur que Sarko, il devrait lui être reconnaissant de son élection à la magistrature suprême.

    • 10 Janvier 2017 à 19h16

      desi75015 dit

      “il ne pouvait pas faire plus con”, je crois que tout est dit sur le quinquennat qui s’achève. Je souscris.
      à 2 exceptions, incroyablement:
      -la guerre au Mali qui aura été menée de manière adroite, somme toute. (doit on le créditer lui ou l’état major ?? je ne sais pas)
      -de nous avoir épargné en totalité l’arrivée massive de je-ne-sais-qui(s) dans le grand mois de Septembre 2015 du n’importe quoi humanitariste. Cata dans laquelle a sombré corps et âmes feu l’Allemagne. Niet total mais en douceur était la bonne option. Incroyablement, il l’a prise. Un éclair de lucidité, je ne sais pas.

      Pour le reste, on aurait pas pu faire plus con, non…
      Ah, si quand même, se faire pincer avec le pantalon sur les chevilles et le casque de moto sur la tête, c’était… comment dire…

      • 10 Janvier 2017 à 20h43

        Sancho Pensum dit

        Vous oubliez le mariage pour tous. Qui sera la seule mesure notable que l’Histoire retiendra de ce quinquennat.

        • 10 Janvier 2017 à 21h13

          Patrick dit

          En passant le “mariage pour tous” au forceps, Hollande a fracturé profondément la société. Le fait que Valls, alors ministre de l’Intérieur, ait traité les manifestants de “factieux homophobes” n’est pas passé non plus. C’est une insulte non seulement stupide (ne correspondant en rien à la réalité), mais profondément blessante de la part d’un ministre.
          Le seule “tort” des manifestants est de n’avoir rien cassé, sans quoi cette loi débile ne serait pas passée. Pour preuve, quelque milliers de “bonnets rouges” ont suffit à faire reculer le gouvernement sur l’écotaxe.

        • 11 Janvier 2017 à 1h02

          Sancho Pensum dit

          Au forceps ? Ah bon. Je n’ai pas souvenir qu’on ait utilisé le 49.3 pour faire passer le MPT. Je n’ai pas souvenir que le gouvernement ait refusé les débats. Je n’ai pas souvenir que la France était profondément hostile au MPT.
          Il y a eu de la casse contre la loi El Khomry, et pourtant le gouvernement n’a pas reculé.
          Il y a eu de la casse pour l’écotaxe, mais mon petit doigt m’a dit que le gouvernement était plutôt satisfait, au bout du compte, de ne pas avoir eu à mettre en place une telle usine à gaz. D’autant que les sous-sous de l’écotaxe ont bien été ponctionnés comme prévu (par augmentation de la TCIPE). Et c’était bien là l’essentiel : récupérer un milliard d’euros par an pour alimenter le budget de l’AFITF. Désolé pour vous si vous avez cru que l’écotaxe était une ligne maginot contre les poids-lourds étrangers, ou qu’elle était destinée à réparer les routes abîmés par les mêmes. Vous êtes un grand garçon, arrêtez de croire aux contes de Noël…

      • 10 Janvier 2017 à 20h45

        Sancho Pensum dit

        Il y a aussi toutes les mesures qu’il n’a pas prises, et pour lesquelles il doit être remercié. L’écotaxe, l’aéroport de NDDL, la déchéance de nationalité…

        • 10 Janvier 2017 à 20h51

          Patrick dit

          Mais si justement ! L’eurotaxe aurait du être mise en place. L’Alsace ne serait plus encombrée par le trafic de transit qui veut éviter l’Allemagne le long du Rhin pour cause de péage poids-lourds. Pour cette région, l’abandon de l’écotaxe, pourtant votée à gauche comme à droite est une catastrophe pour cette région.

    • 10 Janvier 2017 à 16h27

      Sancho Pensum dit

      Houlalala… Par quel étrange raisonnement, Finkelkraut arrive-t-il à relier l’affaire Leonarda et le mariage pour tous ? Celui de devoir répondre à l’exercice imposé du dénigrement systématique du MPT si l’on veut être publié dans Causeur ?…
      Le mariage pour tous était un engagement du candidat Hollande, de la gauche socialiste. Il rencontrait, par chance, le souhait de la majorité des Français – ce qui rend tout de suite les choses plus faciles que pour, par exemple, la loi El Khomry ou la réalisation de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Qu’on qualifie le mariage pour tous d’oeuvre libérale, soit. Même si, personne n’est dupe, cet adjectif est un gros mot sous la plume de Finkelkraut, qui lui permet, dans un même élan, de condamner le MPT, le libéralisme et de rallier à lui toute la clique causeurienne, tel le panache blanc d’Henri IV.
      L’affaire Leonarda est fort différente. Elle n’est le symptome de rien d’autre que de l’indécision maladive du président Hollande, ou pour être respectueux (puisqu’on veut que je le sois) d’un mode de gestion qu’on pourrait qualifier de “médian”.
      Léonarda avait été choppée, lors d’une sortie scolaire, et arrêtée dans une enceinte scolaire, en dehors de tous les usages républicains dans ce genre d’affaires. C’est une des raisons pour laquelle ce dossier est devenu très vite médiatique. Deux solutions raisonnables s’offraient alors au président :
      1. considérer que la méthode utilisée pour son arrestation pouvait justifier une “grâce” présidentielle, et lui permettre, à elle et sa famille, de rester exceptionnellement en France
      2. se montrer inflexible et renvoyer tout le monde.
      Hélas pour lui, il choisira la voix médiane : renvoyer les parents et autoriser la fille à rester à France. Il ne pouvait pas faire plus con. Ah si, il pouvait : se montrer à la télé pour venir justifier l’injustifiable ! Et il l’a fait.

      • 10 Janvier 2017 à 16h31

        Sancho Pensum dit

        Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, qu’il prit une “demi-mesure”, mais celle-ci était suffisamment inhumaine pour laisser des traces. Hollande s’était montré inhumain par faiblesse. Rien n’est pire pour un monarque.

        J’ai beau chercher, je ne vois dans ce dossier, rien qui puisse relier ce comportement présidentiel avec un quelconque “virage libéral”.