Hollande a déjà oublié son discours du Bourget
Il énerve sa gauche et rassure la City
Publié le 15 février 2012 à 9:25 dans Politique
Mots-clés : François Bayrou, François Hollande, Nicolas Sarkozy, the Guardian

Photo : Guillaume Peltier
A la veille de la probable déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, son principal concurrent a réussi à mettre tous les projecteurs de son côté, avec l’aide involontaire du journal britannique The Guardian.
Ses propos rapportés par le quotidien de centre-gauche détonnent déjà de ce côté-ci de la Manche : sous le titre « François Hollande cherche à rassurer le Royaume-Uni et la City de Londres », le favori des sondages fait ni plus ni moins allégeance aux marchés financiers. Le brillant tribun du Bourget qui pérorait sur le thème « Mon ennemi, c’est le monde de la finance » retrouve les bons vieux revirements mitterrandiens, sans prendre la précaution d’attendre son élection pour annoncer la somme de ses reniements. Au Guardian1, Hollande confesse ne pas avoir d’ambitions sociales démesurées et relègue sa harangue anti-financière au rang de passage obligé pour tous les candidats à la présidentielle française.
D’ailleurs, l’impétrant se défend de tout ancrage à la gauche de la gauche, assumant son image de social-démocrate bon teint, fidèle au discours d’Obama sur Wall Street, dont il dit partager « les conseillers ». Connaissant la proximité du président américain avec des pans entiers de la finance américaine, l’aveu a de quoi rassurer les investisseurs Outre-Manche. Certes, ses propos plus nuancés sur Tony Blair – dont il vante la politique de soutien aux services publics tout en déplorant la croyance dans l’illusion lyrique d’une autorégulation des marchés- lui laissent une certaine marge de manœuvre pour complaire à ses alliés « degauche » (Verts, Front de Gauche…).
Mais l’essentiel de l’article du Guardian, ce que toutes les rédactions reproduisent avec envie et jubilation, ce sont ces quelques phrases à très fort potentiel explosif : « Les années 80 étaient une autre époque, il y avait eu 23 ans de droite au pouvoir, c’était la guerre froide et Mitterrand a nommé des communistes au gouvernement. Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France… ». Attendez, le meilleur est à venir : « La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans durant lesquels nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grande peur à avoir ».
Dans des conditions de campagne normales, on y verrait de la nitroglycérine pour électorat de gauche déboussolé. Ainsi, l’aile gauche du PS n’a plus que ses yeux pour pleurer, son candidat revenant aux premières amours qu’il n’a au demeurant jamais vraiment quittées : Mitterrand (au pouvoir, pas celui qui fustige l’argent corrupteur avec la verve de Péguy)- Delors-Jospin. Retour aux années 1980, celles de Vive la crise !, du creusement des inégalités sociales par la gauche, du renoncement à son « changer la vie » et de la libéralisation des mouvements de capitaux sur le vieux continent, le tout sur fond d’Acte unique européen adopté en entonnant l’Hymne à la joie. Au passage, on peut saluer la remarquable honnêteté de Hollande qui, contrairement à son rival bougon Mélenchon, ne se paie pas de mots sur les années Mitterrand.
En quelques mots, il dresse un bilan parfaitement exact des deux septennats de Tonton. Qu’il le revendique pour en faire la martingale de sa future victoire, voilà qui semble a priori moins compréhensible, sinon à vouloir empiéter sur les terres centristes pour priver François Bayrou de second tour. Après tout, l’idée n’est pas si farfelue qu’il n’y paraît. Moyennant quelques haussements d’épaule à gauche, de la part de Mélenchon et de la direction du PC, laquelle se targue de « 130 000 adhérents » dont on ne voit plus la couleur depuis vingt ans, le calcul pourrait s’avérer payant. Car Hollande n’a pas de réel adversaire à gauche, du moins personne capable de le dépasser au premier tour, condition sine qua non de l’anticapitalisme incantatoire du Mitterrand de 1981. Il y aurait bien Marine Le Pen, qui, à défaut de séduire les édiles de province, capte l’électorat ouvrier naguère dévolu au PC, mais l’étiage très faible de Sarkozy en fait une menace pour l’UMP, pas pour un Parti Socialiste jamais aussi sûr de lui-même.
Et en cas de second tour Hollande-Sarkozy, si l’on en croit les sondages, le match serait plié. A fortiori si le candidat étiqueté socialiste mise sur l’antisarkozysme triomphant, avec une gaine de sécurité sur son flanc centriste, il n’y a plus guère de suspens à attendre, malgré le boulevard que Hollande ouvre à Sarkozy sur le refrain des élites contre le peuple, déjà brillamment joué par Henri Guaino. Quant aux militants « degauche » sincèrement en quête d’une alternative au réformisme de marché, victoire ou pas, ceux-là en seront pour leurs frais. Depuis 1983, à force de jouer les dindons de la farce, ils savent qu’on gagne avec les mots de Chevènement… avant de gouverner avec Attali. Cette fois-ci, l’hypocrisie n’aura duré qu’un temps. C’est sans doute aussi cela, le président « normal »…
- Le choix d’un medium britannique pour une sortie aussi tonitruante pose néanmoins une question de fond : l’équipe de campagne de Hollande croit-elle que le peuple ne lit pas la presse étrangère, même traduite ? ↩
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L'auteur
Daoud Boughezala est rédacteur en chef adjoint de Causeur.
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Marie dit
et encore mieux
http://www.youtube.com/watch?v=uTHGxIg84k0&feature=related
Hollande Jeckyl et Hollande Hyde
Saul dit
au moins ça a eu le mérite de faire tomber les masques.
et d’ouvrir les yeux sur ceux qui croyaient encore que le PS était de “gauche”.
voter socialo c’est voter pour la trahison.
Marie dit
http://www.atlantico.fr/decryptage/francois-hollande-finance-ennemi-declaration-guardian-journalistes-britanniques-gauche-serge-federbusch-289311.html
kacyj dit
J’aime beaucoup les “5 millions de chômeurs” selon l’OIT . La grande légende française sue l’OIT.
http://laborsta.ilo.org/
Le niveau de chômage dans la plupart des pays du monde est calculé par l’office statistique national, à savoir l’Insee, en ce qui nous concerne. Statistiques qui reposent en Europe sur une méthodologie relativement commune qui s’appuient sur les enquêtes emploi.
Les statistiques de l’OIT, qui n’a pas les moyens de produire ses propres statistiques, pour chacun des pays de la planète, reposent sur…les statistiques nationales.
Le chômage est une définition technique et non la définition que veulent lui donner certaines idéologies politiques.
Maintenant, si l’on veut signifier qu’il y a 5 millions de précaires, ou de pauvres, ou …, il faut employer d’autres termes.
Cette parenthèse étant faite, je suis très satisfait de lire un article qui ne se contente pas de surfer sur les dépêches AFP et dont l’auteur sait garder une certaine distance avec son objet.
red benjamin dit
Kacyj,
Je prends bonne note de votre remarque!
eclair dit
@kacyj
Non kacyj, l’OIT reprend seulement les chiffres tels qu’ils étaient avant la réforme de la prise en compte du nombre de chômeurs dans les années 90.
C’est le nombre d’heures travaillées par mois qui fait la différence.
Quelqu’un qui travaille 10H par semaine, Elle est au chomage ou à un emploi?
Marie dit
Et encore dans le Point
“”La gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et “ouvert les marchés à la finance” déclare Hollande
Marie dit
En tout cas sa prestation fait du bruit ici
http://www.lepoint.fr/politique/parti-pris/en-oubliant-le-pc-hollande-marque-un-but-contre-son-camp-15-02-2012-1431536_222.php?xtor=EPR-6-Newsletter-Quotidienne-20120215
Marie dit
@Patrick
D’autant que les sales capitalistes sont meiux vus par les financiers ,que quelqu’un qui fait des ronds jambes après avoir cracher dans la soupe! Si Hollande espérait avoir un article dans le Guardian aussi élogieux que celui qui a été fait sur Sarkozy, je ne suis pas sûre qu’il l’aura!
Marie dit
http://www.saladelle.fr/?p=9345
Marie dit
Tiens en voici un autre qui a oublié de se taire!
http://www.saladelle.fr/
Patrick dit
« La gauche a été au gouvernement pendant 15 ans durant lesquels nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas de grande peur à avoir »
Tout à fait vrai : la gauche a bien poignardé dans le dos le monde ouvrier et les classes moyennes. Cette même gauche a aussi enjoint les “petites gens” à boursicoter, et certains d’entre eux y ont laissé des plumes.
Alors oui, Hollande est honnête en tenant de tels propos, mais comme vous, M. Boughezala, j’aurais aimé qu’il le dise en France et en français.
Le PS est le digne successeur de la SFIO (Se Fout Intégralement de l’Ouvrier).
Patrick dit
En somme, Hollande pratique le double langage.
Beurk !
Marie dit
Ca vous étonne? si son modèle c’est Mitterrand on ne doit pas s’en étonner!
Patrick dit
Non Marie, cela ne m’étonne pas, je constate simplement.
Si c’est pour nous resservir la même soupe que dans les années 80, autant voter pour les “sales kapitalistes”, ce ne sera pas pire.
red benjamin dit
Très bon ça SFIO!
isa dit
Merci, Monsieur Daoud pour votre article qui fait état du premier gros couac hollandais.
Ce matin, un Besson m’a fait rire et pas celui que l’on pourrait croire.
Eric Besson a fait cette magnifique sortie qui l’interrogeait sur le désamour des français envers nicolas Sarkozy: “on a vu rejaillir le feu d’un ancien volcan….”.
red benjamin dit
Même sans cette mascarade sur le monde de la finance, le PS n’est ni socialiste ni préoccupé par les catégories laborieuses ou en difficulté. Vous avez près de 5 millions de chômeurs en France selon l’OIT (2,7 selon le Ministère du Travail-et du chômage) et le PS veut créer 150 000 emplois aidés et prier très fort pour que la croissance revienne, grâce à la consommation (qui donne donc du travail à l’étranger puisqu’on se résigne à ne plus avoir d’industries) et ainsi devrait pouvoir potentiellement avec de l’espoir et en croisant les doigts très fort réduire un peu le nombre des chômeurs.
Le chômage est une plaie endémique cause de nombreux problèmes en France et ayant un lourd impact sur les finances publiques. Mais Hollande et le PS, eux ils y croient tellement à la mondialisation heureuse que leur programme c’est laisser-faire, relancer la corissance avec des chèques consommation et mettre sous perfusion les chômeurs et laissés pour compte de la désindustrialisation et des délocalisations.
Vive Hollande, vive la banque.
Florence dit
Quand on sait que la France doit emprunter de 150 à 200 milliards par an dans les années qui viennent, Hollande va bien être obligé de lècher les bottes de son ” ennemi”, la finance .
Fiorino dit
Hollande l’américain?