Hitler : que s’est-il passé ?
Publié le 25 octobre 2011 à 15:30 dans Brèves
Mots-clés : Apocalypse Hitler, Daniel Costelle, Isabelle Clarke
Un homme de taille moyenne (1m 73), le front barré d’une mèche de cheveux plats, vociférait dans les brasseries. Il avait un accent autrichien mêlé d’intonations du Sud bavarois. Des fidèles d’abord, puis un large public venaient entendre ses imprécations plébéiennes : ils aimaient ses violentes diatribes, ses formules de dénonciation, qui apaisaient leur détresse. Ses colères, toujours lourdes de menaces, les envoûtaient littéralement. Ils se retrouvaient dans son national-populisme, dans son ivresse argumentée, dans son récit sauvage. Ils voulaient vraiment qu’il les incarne tous.
Ce diable d’homme savait les formules de la magie sociale, et il était un sorcier sarcastique : il donnait le spectacle renouvelé de tourments très anciens. Il justifiait, avec l’habileté d’un publicitaire, la haine ordinaire, la rancune qu’avait déposées la défaite allemande dans le cœur des hommes et des femmes.
Alors, oui, il se produisit un effet de ravissement des foules : « Tous se lèvent et crient, exultent, applaudissent, gesticulent et hurlent. Je suis debout près de la fenêtre et je pleure comme un petit enfant . » (Joseph Goebbels, Journal, 14 juillet 1925).
Ce soir, France 2 diffuse les deux épisodes d’Apocalypse Hitler, documentaire d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle. J’ai déjà salué leurs grandes qualités professionnelles à l’occasion de leur Occupation intime sur TF1. Apocalypse Hitler ne fait que les confirmer.
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L'auteur
Patrick Mandon est éditeur et traducteur.
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Jrockfalyn dit
Qui est ce Apocalypse, à côté d’Hitler ?
Saul dit
c’est le nom de la série documentaire : il y a eu un “apocalypse seconde guerre mondiale”, et pour 2014 un “apocalypse, 1ère guerre mondiale”. (çui là, il me tarde!)
dans l’esprit des auteurs, le 20ème siècle est le siècle de l’Apocalypse
isa dit
Le 21ème me semble pas mal parti…
Saul dit
pour l’instant on n’en est qu’au début, on pourrait dire même qu’il n’a pas commencé, que nous sommes dans un intermède (il y avait une théorie historique, fumeuse il faut l’admettre, comme quoi les siècles commencent en réalité une quinzaine d’année après : 1914, 1815, 1715, 1610 (c’est l’exception…), 1514, 1415, 1314, 1214, etc etc, car c’est à ce moment que s’achève une époque, une “ère”, et qu’en commence une nouvelle)
mais c’est vrai que le 21ème semble prometteur…
isa dit
Dès la première année, ça a fait fort quand même.
Intéressante, mais glaçante votre théorie.
2014 on va où encore?
Saul dit
c’est vrai, mais les Twin towers ont surtout une portée symbolique, qui peut être relativisée si quelque chose de plus important survient (pensez par exemple aux évenements de Tien An Men de 89. A l’époque tout le monde croyait que ce fait marquerait l’Histoire. Je me souviens que Peyrefitte avait été vilipendé quand il avait relativisé cet évenement disant un truc du genre qu’on l’oublierait…il avait raison)
je dirais que cette période, cette “fin de l’Histoire” qui court de 1989 à nos jours, est une période de tâtonnements.
sans vouloir faire de similitude (chaque époque historique ne peut être similaire), les twin towers, guerre contre al qaida, Irak etc peuvent être comparées avec la “belle époque”. Celle ci n’était pas exempt de massacres, et elle connaissait aussi de grands bouleversements : aventure coloniale, les guerres balkaniques qui confirment la décadence de l’empire ottoman, son exclusion définitive de la scène européenne (ce qui était quand même un bouleversement pour l’époque) et sa relégation au statut de puissance secondaire. cette époque voyait aussi de grandes innovations technologiques, et/ou scientifiques (motorisation, cinéma etc)
Notre “fin de l’Histoire” comporte aussi ce caractère d’innovation (Informatique, et la révolution internet par exemple. c’est aussi notre belle époque à nous…
(cette théorie n’est pas mienne, la trouvant imparfaite : elle ne correspondrait que pour la France, et de fait serait fausse puisque notre Histoire se fait par interaction avec d’autres pays. De plus on prend certains événements (la bataille d’Azincourt en 1415 par exemple. pourquoi pas 1420 année du traité de Troyes, ou 1435 année qui voit la fin de “l’affreuse discorde” entre Armagnacs et Bourguignons ? ça serait autant pertinent) qui ne furent pas déterminants pour en conclure un changement d’époque, pour les faire coïncider et confirmer cette théorie…ceci dit, je pense que nous sommes à la veille de quelque chose… certains auteurs de fiction voyaient par exemple une “grande guerre” au moyen orient dans les années 2012…)
Patrick Mandon dit
Guenièvre, Saul, le mot de « séduction » apparaît parfois dans les témoignages de ceux qui ont approché Hitler. Mais on peut encore et surtout parler d’ensorcellement. On doit aussi évoquer les techniques d’apparition publique, les postures pendant les discours, la formulation des idées, la violence proclamée comme solution aux problèmes sociaux et moraux. La montée vers le pouvoir des nazis est certes une entreprise hasardeuse, comme toute action politique, mais elle s’appuie sur une réflexion constamment renouvelée, sur des formules simples mais « scientifiquement » élaborées. La personne clef de cette terrible affaire est sans doute Goebbels : c’est lui le « filtre » du fanatisme, c’est lui qui conceptualise la folie visionnaire du caporal en culottes de peau. Rappelez-vous ce moment du documentaire : Goebbels proclame la fin de l’intellectualisme et du livre, et annonce le temps des masses fanatisées. Le fanatisme contre le livre.
Saul dit
oui, il disait que le peuple allemand devait vivre dans une ère de la volonté et non plus du livre, ou un truc comme ça.
assez d’accord sur Goebbels, on le voit quand hitler fait un discours “rassembleur” lors de la campagne de mars 33, où il appelle les électeurs de gauche à voter pur lui. De suite après Goebbels recadre et rappelle les fondamentaux nazis.
skardanelli dit
C’est sans doute la raison qui a poussé tant de nos grands intellectuels après guerre à chercher un adoubement par Heidegger qui a prononcé ce fameux discours du rectorat en 1933 pendant que l’on faisait acte de foi devant de grands buchers de livres.
isa dit
Tout à fait, Skarda.
pirate dit
Excepté que Goebbels ne fait que répéter ce qu’Hitler dit déjà dans Mein Kampf sur la volonté, l’intellectualisme. Goebbels c’est le marketing au service en effet de la sorcellerie d’Hitler lui-même. Regarder ce type attendre que la foule se taise, pendant deux minutes, le regard fixe, comme un dieu de colère devant une foule qui peu à peu ne dit plus rien, hypnotisé avant l’explosion de rage du tribun, c’est impressionant. Ce type avait quelque chose d’électrique en lui qu’à parfaitement mis en scène Goebbels. D’ailleurs il était lui-même totalement sous son emprise.
Saul dit
il ne fait que repeter, mais surtout il banalise le délire d’hitler pour le faire accepter par la masse,que ce délire soit et devienne aussi le sien. Là dessus, Mandon a raison, le rôle de Goebbels est primordial, c’est l’équivalent de Saint Paul dans le nazisme…
Patrick Mandon dit
Oui, le débat a gâché le documentaire. Hitler fut d’abord une créature de l’image. Il n’est pas né de l’image, mais il a prospéré par l’image. Le documentaire l’a superbement démontré. Là gisait sans doute un solide sujet de conversation utile. Il reste le film, qui s’inscrit superbement dans la grande série « Apocalypse », laquelle nous réserve encore de grands moments.
skardanelli dit
Quel débat ?
Guenièvre dit
@ GM “le débat n’a pas volé très haut ”
Alors je n’ai rien à regretter : mon enregistrement n’a pas été jusqu’au bout de l’émission…
j’ai trouvé le documentaire intéressant. On a beau en avoir vu des centaines sur le nazisme on en apprend toujours ( je ne savais pas que Ford avait été impliqué à ce point par exemple)
Comme vous saul je me demande comment on pouvait être subjugué par le ” charme” d’Hitler et par sa voix. Mais bon, nous savons ce qui s’est passé ensuite, cela fausse tout…
Gil Mihaely dit
Le débat n’a pas volé très haut, malheureusement. Mme Drucker n’est pas la plus fine de lames et le casting était incompréhensible. Résultat : on a eu droit à des banalités consternantes qui ont gâché l’effet du film. Dommage.
Saul dit
tout à fait d’accord, entre le psy….chologue/chyatre ? (enfin bref charlatan pour faire simple) qui était à l’ouest, et la Drucker qui ne laissait même pas le temps de répondre, les poncifs et temps limité, c’était plutôt décevant (y’a que Kassiovitz qui a fait une remarque pertinente au milieu des clichés édictés, c’est comment l’autre branque a pu transmettre sa pathologie à tout un peuple).
mais le docu était bien je trouve
skardanelli dit
Saul, bof, bof… Déjà le texte : j’ai noté le “massacre des sous-marins” (sic), mais il y en a d’autres ! Ensuite, les effets d’écho sur les hurlements hystériques d’Adolphe qui n’ont pas besoin de ça. Enfin les gentils spartakistes. Que voulez-vous ça gâche l’ensemble.
Saul dit
oui, bon bien sur, on trouvera toujours à redire sur certains détails (par exemple la qualification de “fascistes” pour les nationalistes espagnols, c’était quand même plus compliqué que ça…j’avais noté aussi ce “massacre” de sous marins….).
sur les communistes, non désolé je n’ai pas eu la même impression, quand ils décrivaient les gars du “front rouge”, on sentait quand même une similitude avec la SA, dans le folklore etc (chants, uniforme etc). Ils ont même pointé leur responsabilité dans leur refus d’alliance avec les sociaux traitres
à propos de la SA, ils auraient pu préciser que leurs uniformes étaient au départ des vieux stocks de “l’Asia Korps”.
un petit regret, ils n’ont pas assez expliqué le rôle de Von Papen et de la caste des industriels rhénans et celle des junckers dans l’ascension d’Hitler.
ah si il y a eu une erreur : quand Kassiowitz dit à un moment que le parti nazi remporte plus de la moitié des voix, et gagne ainsi la majorité au Reichstag aux élections de mars 33. c’est faux, ils n’ont jamais dépassé 44% du scrutin.
autrement j’ai quand même trouvé ce docu remarquable, les rien que par les images d’archives inédites, et tout ce qui a été relaté était juste. Et puis c’était sous la supervision de Jean Paul Bled, un très bon historien et spécialiste du monde germanique (il a écrit un très bon “François Joseph”))
Daniel Costelle dit
1) nous n’avons jamais parlé de similitude avec le Front rouge mais bien de combat. C’est évident, pour nous.
2)à notre connaissance, ce que nous avons dit, l’uniforme des premiers SA provient des stocks de l’ancienne douane austro-hongroise.
3)orthographe Kassovitz
4) merci pour cette appréciation et je me permets de vous demander de trouver le moyen d’envoyer cette appréciation sur JP Bled à M. Christian Ingrao, voir son adresse sur le site, il se prétend si supérieur…merci d’avance!
Saul dit
@ Daniel Costelle
1. je n’ai pas dit que vous aviez parlé de similitude, mais que l’on percevait celle ci dans leur méthode d’action (et pas du tout dans l’idéologie, ce n’est pas mon propos) : même gout pour les chants martiaux, défilé, le coté uniforme (pour le frontiste rouge casquette ouvrière et chemise à la russe), c’est quand même ce qui marquait j’ai trouvé (par exemple vous montrez les SA en train de chanter le Horst Wessel”, et de suite après le chant du Front rouge etc)
2. j’ai raté ce passage. je ne sais plus où j’avais lu ça, mais il me semble notamment que Rudolf Höss, le chef de camp d’Auchwitz, témoigne aussi de cette origine des surplus de l’Asia Korps, dans la bio romancée de Robert Merle “la mort est mon métier”. se pourrait il que l’origine soit multiple ? (genre les chemises de la douane austro hongroise, la casquette de l’Asia Korps etc)
3. sorry (bon je n’arguerais pas qu’il n’y a pas d’orthographe pour les noms, ce serait de mauvaise foi :-)
je ferai gaffe à l’avenir
4.de rien, c’est sincère (j’ai apprécié en plus votre explication sur les “couleurs”….là vous m’avez cloué, croyant qu’il y avait eu colorisation), votre travail est remarquable
je ne connais pas ce Mr Ingrao, mais si vous pouvez mettre un lien de son site, je n’y manquerais pas (il dit vraiment être supérieur à JP Bled ????)
Saul dit
très bon documentaire, exceptionnel même, par les images inédites.
mais Dieu, que l’allemand est une langue désagréable…..
un passage hallucinant, celui où Goering, en tant que ministre, annonce le résultat des élections, ses mains triturant un poignard !
vivement le prochain docu sur 14/18…
Gwalchaved dit
“Dieu, que l’allemand est une langue désagréable…..”
Il faut dire qu’on ne l’entend que dans le contexte de la guerre et du nazisme. Ecoutez-vous quelques élégies de Duino (de Rilke) pour faire la mesure.
Saul dit
ce qui m’étonne, c’est que j’ai toujours entendu dire que lorsqu’on assistait à un meeting d’hitler on était subjugué par l’orateur. (j’avais lu y’a longtemps, le témoignage de la femme d’un ambassadeur, celui des USA je crois, qui avait assisté à un et qui disait qu’elle s’était retrouvée subjuguée, alors que ce n’était pas son idéologie).
or cette voix est tellement agressive que ça ne peut être que rebutant….je sais bien que pour apprecier réellement l’allemand, celui ci doit être parlé à 80 décibels minimum mais quand même, de là à être transporté…
un autre truc que j’ai remarqué : les gauchistes allemand disait d’hitler qu’il était efféminé (entre autres amabilités). ça doit venir de la manière dont il faisait le salut nazi….(mais c’est quoi ce salut de tafiole !)
isa dit
C’était très bien sauf que je ne supporte pas Kassovitz.
Avec ce qu’il dit, il a fort peu de crédibilté pour parler de ce sujet, même en voix off.
Je le soupçonne même d’être ce qu’il reproche à Hitler, soit complètement allumé!
Alpheratz51 dit
Çà va faire führer !
Impat1 dit
Schön, Rackam !
rackam dit
Impossible, ce soir il y a Desperate Ausweis
Mangouste1 dit
Ach!