Peut-on faire aimer la France à ses élèves? | Causeur

Peut-on faire aimer la France à ses élèves?

Cachez ces sentiments que je ne saurais voir

Auteur

Thomas Clavel

Publié le 19 octobre 2016 / Culture Histoire Société

Mots-clés : , , , , ,

Deux profs d'histoire, Nicolas Kaczmarek et Marie-Cécile Maday, considèrent que "l’Histoire n’a pas pour but de faire aimer la France, qu'elle est une science qui permet de comprendre le passé par une étude critique et dépassionnée.". Du haut de leur chaire, ils excommunient donc Lorant Deutsch, trop franchouillard à leur goût...
lavisse élémentaire guerre cent ans

Illustration tirée de Histoire de France, cours élémentaire, Ernest Lavisse, 1913. Wikipedia.

Un professeur d’histoire a-t-il pour vocation de faire aimer la France ou bien de préserver ses élèves d’un patriotisme suspect et contraire à l’esprit critique? A-t-il pour mission de raviver les braises de l’épopée nationale ou celle d’en déconstruire la mythologie? La question semble binaire. Comme si la transmission de l’amour de son pays et la recherche de la vérité historique s’excluaient nécessairement. Pourtant, c’est en ces termes qu’elle a été posée par deux professeurs d’Histoire-géographie d’un collège de Trappes. Et facilement tranchée.

Feu sur Lorant Deutsch !

Interrogés par RMC le 13 octobre dernier, Nicolas Kaczmarek et Marie-Cécile Maday considèrent en effet que “l’Histoire n’a pas pour but de faire aimer la France, qu’elle est une science qui permet de comprendre le passé par une étude critique et dépassionnée.” A l’origine de l’interview, la publication d’une tribune intitulée Lorant Deutsch devant nos élèves? Ce sera sans nous! dans laquelle les deux collègues ont expliqué pourquoi ils n’accompagneront pas leurs élèves de quatrième à une rencontre avec le comédien féru d’histoire monarchique organisée par l’académie. Si l’anecdote parait insignifiante, l’argumentation est beaucoup plus symptomatique. Pour ces enseignants, “la venue de M.Deutsch à Trappes n’est que la conséquence de l’idée selon laquelle les élèves des quartiers populaires, d’ascendance immigrée récente, ne seraient pas assez attachés à la République. L’urgence serait de leur faire aimer la France et le seul moyen serait de les divertir et de les émouvoir dans une Histoire de France présentée sous la forme d’un roman national.” Émotion, vade retro! Arrière, passion! Au goulag, le panache français! L’enseignement prioritaire ne pourrait souffrir la moindre dose de narration exaltée car celle-ci offenserait l’intelligence des élèves qui n’auraient soif que de la plus stricte objectivité historique. “Nous travaillerons activement à ce que la représentation n’ait pas lieu!” ont d’ailleurs menacé les enseignants manifestement animés d’une implacable rigueur intellectuelle, gage pour leurs élèves d’une meilleure compréhension du monde et réussite scolaire.

Leur ennemi ? Le roman national

Rien que de très louable, en apparence. Pourtant, bien des passions et des idéologies peuvent se tapir derrière une austère déontologie, se dissimuler derrière un implacable rigorisme. Accusé de rendre l’Histoire “spectaculaire”, Lorant Deutsch n’est peut-être pas simplement victime du syndrome Bogdanov -mépris qu’ont les savants pour toute tentative de vulgarisation.
Plus profondément, il paie probablement ici son enthousiasme royaliste, une forme de nostalgie d’un âge pré-révolutionnaire. “Il est assez marqué sur le fait qu’il faille aimer la France à travers ses grands personnages, ses rois. Nous, c’est aux antipodes de ce que l’on fait avec les élèves. Nous ne sommes pas là pour glorifier les rois ou pour faire aimer la France à nos élèves.”
Hélas, on ne les croit que trop bien. L’analyse marxiste de certains enseignants ne se contente pas de diviser le monde entre oppresseurs et opprimés. Elle suspecte toute forme de grandeur, déconstruit l’héroïsme, asphyxie le souffle de l’Histoire, déboulonne les grandes aventures humaines, surtout celles antérieures à l’avènement de la République. Il est tout de même remarquable que beaucoup de ceux qui incriminent le passé du monde sont censés l’enseigner. Mais pour justifier leur idéologie, rien de tel que de l’enrober d’austérité et d’invoquer à tout bout de champ l’esprit critique par lequel on somme nos élèves de démythifier des mythes qu’ils n’ont pas même eu le temps d’entrevoir.
Leur ennemi? le roman national. Leurs cibles? “les images d’Épinal qu’habituellement on épargne aux autres élèves de France”. Mais de quelle imagerie est-il question au juste? De quelle France imaginaire et glorieuse les petits collégiens de Trappes ont-ils été abreuvés et doivent-ils être désintoxiqués de toute urgence? où les a-t-on catéchisés à grands coups “nationalisme rétrograde”? A la télévision, chez eux?

L’esprit critique avant les bases

Sûrement pas à l’école, en tout cas. A peine les enfants ont-ils eu le temps de découvrir Roland à Roncevaux ou Bayard à Marignan qu’on les a désenivrés à grand coup de déconstruction et d’esprit critique. Sur le blog Herodote.net consacré à l’Histoire, Nicolas Kacsmarek, disciple du sociologue Emmannuel Todd dont il préfacé un ouvrage, écrit: “Les élèves ne recherchent pas dans mes cours des héros auxquels s’identifier et je ne constate chez eux nulle envie de se réincarner en Vercingétorix ou Napoléon.” On le croit assez. Surtout lorsque Alésia se résume à une entreprise de propagande. “Jamais je n’ai senti un attachement particulier aux “Grands Hommes”, poursuit-il. Surtout quand on leur enseigne qu’ils sont tous des tyrans.
“Je peux bien passer des heures devant mes collégiens à chanter les louanges de la France éternelle sans susciter chez eux la moindre envie de mourir pour la patrie. Leur apprentissage de la citoyenneté se construit davantage dans leur expérience quotidienne d’enfants face aux adultes, aux camarades, à la télévision ou à internet que dans l’étude de chapitres d’histoire ou même dans des cours d’éducation morale et civique.”
Il n’est plus franchement question d’envoyer la jeunesse mourir pour sauver la patrie ou préserver les frontières de France. On en est plutôt loin, et notre professeur semble en retard d’une ou deux guerres. A moins au contraire qu’il ne soit en plein champ de bataille, celle qui cherche dans l’ombre à déconstruire sans relâche l’idée toujours suspecte de nation. Avec comme dégât collatéral le sacrifice de l’innocence rêveuse de collégiens qu’il faut s’empresser de dégriser du vieux parfum romanesque de l’Histoire. A onze ans, y a-t-il pourtant chose plus importante que de savoir que Romulus et Rémus ont été allaités par une louve, que Vercingétorix s’est bien battu et que Roland a sonné de l’olifant juste avant de mourir?

Déconstruire ce qui n’a pas été érigé est une absurdité. Les enfants ont soif de mythes, de souffle et de grandeur, surtout au moment où une bannière autrement plus menaçante que le drapeau tricolore flotte au-dessus des consciences adolescentes. Qui toujours préfèrent l’héroïsme au marxisme étriqué.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 24 Octobre 2016 à 9h32

      expz dit

      “A onze ans,y a t’il pourtant chose plus importante que de connaitre…”. Oui,il y a beaucoup plus important:savoir lire,écrire et compter correctement.Faire des phrases simples:sujet+verbe+complément-et la ponctuation avec…-,maitriser les 4 opérations,le calcul mental,quelques fractions…etc…:A cet âge,ces notions d’histoire leur passe complètement-pour beaucoup du moins-au dessus du crane.Ils auront ensuite toute leur vie pour les connaitre.

      • 24 Octobre 2016 à 18h51

        Pierre Jolibert dit

        Mais j’ai l’impression que l’auteur de l’article ne veut même pas entendre parler de notions. Il faut seulement s’enticher des héros. Et pour cela, d’ailleurs, il faut bel et bien aligner sujet, verbe et complément.
        Romulus et Rémus ont été allaités par une louve. C’est simple, certes, mais il faut encore savoir le lire, et ça permet d’apprendre la voix passive.
        Ce que l’auteur ne veut pas, par exemple, c’est ça :
        Devenue par la violence mère de deux enfants, soit conviction, soit dessein d’ennoblir sa faute par la complicité d’un dieu, la Vestale attribue à Mars cette douteuse paternité.” ou ça : “Faustulus (c’était, dit-on, le nom de cet homme) les emporta chez lui et les confia aux soins de sa femme Larentia. Selon d’autres, cette Larentia était une prostituée à qui les bergers avaient donné le nom de Louve; c’est là l’origine de cette tradition merveilleuse.
        C’est long, c’est compliqué, ça laisse les enfants dans le doute, l’amertume, l’incertitude, ça les initie à la contestation du sacré, en plus c’est scabreux. Tite-Live, il faut le lire en latin en cours de latin, pas en français en cours d’histoire.
        http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Tite/livre1.htm#PREM

        • 25 Octobre 2016 à 9h17

          expz dit

          N’étant pas littéraire,vous me mettez à l’épreuve…Je vois mal les filles d’aujourd’hui s’enticher de Napoléon,mais plutôt de la musique.Par contre Marie Curie ou Emmy Noether pourraient les aider.Pour les garçons,les héros d’aujourd’hui sont souvent issus des jeux vidéos,Ubi-soft a sorti quelques personnages historiques.Les cours d’histoire ne devraient servir qu’à enseigner les personnages-clé servant de repères(Si ils ne confondent pas Louis XIV avec De Gaulle,ce sera déjà très bien…). L’auteur de l’article devrait revenir dans le monde réel…

        • 25 Octobre 2016 à 10h52

          Pierre Jolibert dit

          Les cours d’histoire servent bel et bien à enseigner les personnages-clés qui servent de repères. Je crois vraiment que l’auteur de l’article n’en demande pas plus que vous en quantité.
          Tout le problème est le choix des personnages et l’esprit de leur présentation.
          Rassurez-vous :
          ce ne seraient pas des phrases de leçon, mais le document-source (sur la page en lien, le § IV du livre 1er) qui permet aux élèves d’étudier la légende, accompagnée d’indices archéologiques ;
          mes collègues ont trouvé que leur donner cette lecture-là en début d’année, c’était trop difficile, et ont préféré un petit extrait de la préface, comme : “Les faits qui ont précédé ou accompagné la fondation de Rome se présentent embellis par les fictions de la poésie, plutôt qu’appuyés sur le témoignage irrécusable de l’histoire : je ne veux pas plus les affirmer que les contester. On pardonne à l’antiquité cette intervention des dieux dans les choses humaines, qui imprime à la naissance des villes un caractère plus auguste.” C’est magnifique, comme toute la préface d’ailleurs, mais c’est ça que je trouve bien plus difficile, parce que c’est une idée générale.
          Les personnages-repères, là, ce sont donc César (qui échoue), Vercingétorix (dont la défaite a servi l’ambition personnelle de César, ce qui n’enlève rien à son mérite ni à l’émotion que l’on a à voir son destin tragique) et Auguste, car le repère c’est le siècle d’Auguste où il y a floraison de poèmes pour célébrer cette cité qui a conquis le monde alors qu’elle était à sa naissance un ramas de ploucs aux yeux de ses voisins.
          Mon pari est qu’on peut très bien conserver l’émotion tout en l’insérant dans un discours pas con. Bien sûr que la plupart ne comprennent pas tout. Au fait, si quelques-uns comprennent, voire retiennent le nom de Tite-Live même s’ils ne prennent pas plus tard l’option latin (dont les heures ont été déguisées pour faire la réforme sans la faire), c’est si gênant que ça ? ça va créer des inégalités ?

        • 25 Octobre 2016 à 11h07

          Pierre Jolibert dit

          Et j’ai suffisamment éprouvé de plaisir dans les jeux vidéo pour être très content de ces créations d’Ubi Soft. Je suis sûr que ça peut être une très bonne chose.
          Justement, cette offre est assurée, donc l’école peut proposer autre chose : ce qui m’oppose à l’auteur de l’article, c’est la façon de traiter la religion.
          Si on se contente de dire que Romulus et Rémus ont été allaités par une louve et choses dans ce genre, je ne vois rien qui permette de créer une différence, mettons, par rapport à un discours ou un jeu vidéo qui dirait que Mahomet est allé je ne sais plus comment sur le rocher où il était prévu de tout temps que s’élèverait le mosquée Alaska (je maîtrise mal mes repères).
          Vous dites qu’on a toute la vie pour découvrir les choses, c’est vrai : Tite-Live je n’en ai lu ces morceaux que… l’an dernier, je n’en avais jamais rien lu, et je ne l’ai toujours pas lu entier, je ne sais même pas si je pourrai le faire un jour. Mais quand j’ai lu ça, j’ai été tellement soufflé par la puissance du type, c’est tellement vigoureux, intraitable, et en plus de ça, tellement dans le sujet (la religion) qui est censé être le plus urgent pour nous maintenant… et il est lui-même un excellent exemple qui prouve qu’il est possible de tenir un discours pas con (on voit bien comment il traite les légendes, une fois passée la formule de politesse selon laquelle il ne veut pas plus les affirmer que les contester) tout en servant bien l’empire sur lequel on tient le discours (ce n’était quand même pas un marginal).

    • 24 Octobre 2016 à 9h00

      IMHO dit

      Lisez cela, ça vous apprendra un tas de choses sur le passé et vous donnera envie d’en savoir plus .

      https://www.amazon.fr/histoire-monde-sans-sortir-chez/dp/2228913405/ref=asap_bc?ie=UTF8

    • 23 Octobre 2016 à 18h58

      IMHO dit

      Il me semble que “aimer la France”, c’est d’abord aimer la France qui existe, le pays et ses habitants que l’on a autour de soi,
      et ceci dans la mesure du possible, bien sur .
      On ne peut pas aimer ceux des Français qui sont odieux à tous ou presque, ni trouver beaux les endroits hideux, ni approuver les fautes et les bassesses qui se commettent en France.
      L’amour pour la France, ou du Monténégro, c’est aussi désirer et vouloir que les gens odieux deviennent meilleurs, que les endroits enlaidis redeviennent beaux, et qu’on puisse être fier d’être Français, ou Monténégrin, en vrai citoyen et en vrai patriote .
      Je ne vois pas donc pas le rapport entre l’amour de la France et le passé de la France, qui importe peu, pourvu que le présent soit aimable, respectable ou même admirable.
      Il faut cependant connaître ce passé par prudence, pour éviter de le revivre, et par piété, par attachement à la patrie et ce qui en est mort, mais sans se dissimuler tout ce que ce passé fut, il faut aimer malgré tout, mais pas éperdument .
      Donc enseigner l’histoire ne doit pas faire détester le passé ni le faire aimer, mais le faire connaître, comprendre et en faire sentir la présence dans le présent .
      Ce qui est le contraire de l’histoire romancée ou épique ou rêvée du vieux répertoire .

      • 23 Octobre 2016 à 19h08

        Villaterne dit

        Aimer ce qui existe c’est du fatalisme, et le fataliste est un irresponsable.

        • 23 Octobre 2016 à 20h51

          IMHO dit

          Assinsense ?
          Et “ceci dans la mesure du possible, bien sur” .
          Pas lu ?

    • 23 Octobre 2016 à 12h12

      Pierre Jolibert dit

      Retour à un lien mis l’autre jour par Fioretto :
      http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/09/23/31003-20160923ARTFIG00212-comment-l-islam-est-aborde-dans-les-manuels-scolaires.php
      Barbara Lefebvre trouve qu’on est trop naïf avec les sources de l’histoire musulmane. Je suis d’accord (voir ci-dessous). Mais elle a pour dire cela deux arguments étranges :
      Pour remettre en cause l’utilisation des liens diplomatiques avec Haroun al-Rarchid, elle dit que ce n’est rien que de la géopolitique. C’est bien dommage, la géopolitique je trouve que c’est ce qu’il y a de plus important. Voilà entre elle et moi une opposition fondamentale.
      Et elle a cette phrase : “C’est comme si on apprenait la vie de Charlemagne uniquement à travers la chronique d’Eginhard !” Diable : et il y a tant d’autres sources que ça, sur Charlemagne ?
      Mais à la lecture de l’article ci-dessus, je conçois qu’il y en ait qui trouvent Eginhard pénible. C’est sûr que s’il faut que l’enfant ne connaisse que Roland et l’oliphant, Eginhard, qui a vécu sous le règne de Charlemagne et a côtoyé celui-ci, est à éviter, en ce qu’il nous signale tout bonnement que l’expédition d’Espagne de 778 avait pour origine la défection de quelques chefs musulmans qui auraient pu faire gagner quelques territoires sans coup férir, mais cela échoue, au retour de quoi la ville de Pampelune est mise à sac (ben oui, quoi, on va pas rentrer les mains vides, non plus) et de là le fâcheux incident au passage du col.
      Seulement il faudrait savoir. Soit on passe tout au crible, dont l’islam, soit on ne passe rien du tout. Ce n’est pas seulement un problème de contradiction, car celle-ci pourrait très bien restée cachée. C’est surtout qu’une fois que n’importe quel esprit a passé quelque chose au crible, le plaisir qu’il a ressenti cette première fois, il ne saurait s’empêcher de chercher à l’éprouver sur un autre objet.

      • 23 Octobre 2016 à 12h19

        Pierre Jolibert dit

        Je ne nie pas que nous ayons “soif de mythes, de souffle et de grandeur”, mais je voudrais bien qu’on ne déniât pas à la vérité de fait la vertu (ou peut-être le tort, qui sait ? je veux bien l’admettre) de susciter chez qui en éprouve la teneur, et éprouve à partir d’elle la qualité du jeu des vérités d’opinion affrontées, un plaisir indescriptible.
        J’ai fabriqué pour cette année un exercice de lecture parallèle Eginhard/Chanson de Roland, on verra ce que ça donne.

        • 23 Octobre 2016 à 13h55

          IMHO dit

          Trouvé ceci dans Histoire des paysans de France, Paris, Flammarion, 1963 de Gérard Walter.
          Une des capitulaires de Charlemagne prescrit comment punir les paysans libres et les serfs qui ont fait des “parlements”, c’est-à-dire qui se sont réunis pour parler de leur malheurs, et cette punition est la suivante: les paysans libres se donneront le fouet et s’arracheront les narines au fer rouge l’un à l’autre et l’un après l’autre, les serfs se fouetteront seulement (leurs propriétaires restant, bien entendu, libres de les supplicier en plus, bien sur).
          L’Histoire est aussi une question d’échelle: de haut et de loin, tout est beau et grand , de près,
          c’est autre chose .

        • 23 Octobre 2016 à 18h29

          Pierre Jolibert dit

          Passionnant ! merci beaucoup.
          Comme quoi la différence entre libres et esclaves (je tiens d’autant plus à dire encore esclaves pour les temps carolingiens) est plus que vivace alors. Le libre est celui qui est à même de se punir lui-même, c’est merveilleux !
          La répression de la révolte des paysans normands de 997 est bien plus atroce et apparemment indistincte, je suppose que vous connaissez ça. Et pourtant on en fait un poème plus tard… comme quoi vu de loin ou de près, la lutte des classes c’est souvent très beau.

        • 23 Octobre 2016 à 20h56

          IMHO dit

          Le roman de Rou .

    • 23 Octobre 2016 à 8h17

      QUIDAM II dit

      ” L’Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient de vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, insupportables et vaines. ” (Source : Paul Valéry cité par André Maurois dans “Magiciens et logiciens” Ed Grasset 1935, chp II du mémoire consacrée à Lytton Strachey)

      « Pour dicter leur conduite aux peuples, l’Histoire a-t-elle au moins quelques certitudes ? Aucune. Elle est impossible à connaître. Les historiens de la Révolution française s’accordent entre eux précisément comme Danton s’accordait avec Robespierre, quoique avec des conséquences moins rigoureuses car la guillotine, heureusement, n’est pas à la disposition des historiens. » (Source : Lytton Strachey cité par André Maurois dans “Magiciens et logiciens” Ed Grasset 1935, chp II du mémoire qu’il lui a consacré)

      En tout état de cause, l’Histoire est une chose beaucoup trop sérieuse pour la laisser entre les mains des historiens qui sont toujours des idéologues parce que si l’établissement des faits historiques relève d’une démarche scientifique, en revanche leur interprétation revêt inévitablement un caractère romanesque. 

      • 23 Octobre 2016 à 12h32

        Pierre Jolibert dit

        Les historiens ne sont pas entièrement une profession à part. Les opinions, les mythes, les interprétations des faits, le romanesque et l’idéologie, tout est toujours déjà là, dès que le fait s’accomplit. Tout le monde est toujours déjà engagé et responsable de distorsions, de préférences, etc. ce qui est d’ailleurs impliqué dans votre citation de Strachey : les historiens ne font que continuer dans leur cabinet l’affrontement sanglant des acteurs.
        L’établissement des faits “historiques” ne diffère pas en nature de celui des faits dans le cadre d’une enquête policière : y a-t-il un témoin ? il en vaudrait mieux deux, cela ne me paraît pas spécialement “scientifique”, c’est la tâche de n’importe quel esprit honnête, et en quoi les historiens en seraient-ils absolument privés ?
        Arendt, pour mettre en valeur ce en quoi consiste la vérité de fait, adore citer cette phrase de Clemenceau à qui je ne sais qui demande si les historiens plus tard s’entendraient sur l’origine et les responsabilités exactes dans le déclenchement de la Grande Guerre : “je n’en sais rien mais en tout cas, je suis certain qu’aucun ne dira que c’est la Belgique qui a envahi l’Allemagne” (de mémoire, je ne garantis pas l’exactitude). Et ça n’empêchait ni Clemenceau ni Arendt de faire dans l’idéologie quand ils en avaient besoin, ce que nous faisons tous.

    • 22 Octobre 2016 à 3h16

      Livio del Quenale dit

      Deux profs d’histoire, Nicolas Kaczmarek et Marie-Cécile Maday, considèrent que “l’Histoire n’a pas pour but de faire aimer la France,…
      -
      L’éducation passe pourtant par l’amusement et la séduction et pourquoi ne pas faire en même temps aimer la France ?
      Quelle est cette manie venue des USA et que chez les intellos on s’empresse de singer à savoir, le  plaisir le plus dangereux, le plus stupide qui est le vertige de l’indignation hypocrite.

    • 21 Octobre 2016 à 19h55

      Pierre Jolibert dit

      ebolavir dit :
      Je connais une histoire qui trouvera grâce aux yeux de ces enseignants rigoristes : la biographie de Mahomet.
      Ah mais non, ils n’ont rien à dire, ça peut se décomposer comme tout le reste.
      Je n’en suis pas tout à fait à dire à des 5ème que les fondateurs de l’islam ont d’abord dans l’idée un judéo-christianisme nazôréen ou je ne sais plus quoi avec prise de Jérusalem prioritaire (je ne suis pas encore convaincu et il me faudrait des sources traduites) ; mais enfin cette année j’ai décidé de laisser tomber Mahomet et de n’en parler qu’à travers la suite.
      Le hadith n° 823 selon Mouslim maudit les juifs et les chrétiens qui font des tombeaux de leurs prophètes un lieu de prière. Mais regardez, les enfants, la mosquée de Damas : qu’est-ce qui est resté au milieu ? le tombeau de Jean le Baptiste (on évitera les digressions sur Salomé et ses 7 voiles, ce n’est pas de leur âge). La grande mosquée de la capitale du 1er Etat musulman transgresserait une règle du Prophète en chef censée être prononcée un siècle avant et mise par écrit un siècle après ? Non mais allô quoi, c’est gros comme une maison ! dans ces cas-là, les enfants, on n’a qu’une envie c’est de dire : ouh là là le Coran aussi il a l’air d’avoir été fixé au IXème siècle, comme les hadiths.

    • 21 Octobre 2016 à 13h39

      IMHO dit

      Retour aux fondamentaux .
      ” J’ai eu mille euros ” ce n’est pas ” J’ai mille euros “.
      Le présent est plus présent que le passé .
      Le passé n’est plus présent, il n’existe plus, par définition .
      “Ma grand-mère cocufiait mon grand-père” est moins grave que
      “Ma femme est une salope ” .
      La géographie humaine agit plus sur nous que l’histoire .
      Nous sommes tous dans le même bateau dans notre pays et c’est l’état du bateau qui compte pour naviguer , pas ses voyages passés
      Quand on veut savoir où l’on est, l’on regarde autour de soi, pas en dessous de ses semelles .
      Tout ça pour dire que l’Histoire qui compte, c’est celle de ce qui a mal tourné et celle de ce qui a réussi quand même, pas Louis XIV, traînant tous les coeurs après soi, folâtrant avec Athénaïs dans la Galerie des Glaces, ce qu’on a pu voir à la télé dans un ahurissante daube .
      Si vous aimez le passé, allez-y.
      PS Je signale que je lis deux ou trois livres d’Histoire par quinzaine mais pas des romans de gare nationaux .

      • 21 Octobre 2016 à 14h17

        Habemousse dit

        « PS Je signale que je lis deux ou trois livres d’Histoire par quinzaine mais pas des romans de gare nationaux . »

         Tartarin est de sortie. 

        • 21 Octobre 2016 à 15h16

          IMHO dit

          Mais non
          Cette quinzaine :
          Philippe Vigier : 1848 les Français et la République .
          La vie quotidienne – Hachette .
          Julie Le Glac – Vaincre sans gloire – le corps expéditionnaire français en Italie 1942 1944
          Les Belles-Lettres-DMPA
          Albert Londres – Oeuvres Complètes – Arléa
          relecture, bien sur .
          J’ai une bonne bibliothèque à ma disposition .

        • 21 Octobre 2016 à 20h21

          Habemousse dit

          … avec ses plus beaux atours.
           

        • 21 Octobre 2016 à 21h57

          durru dit

          Ce n’est pas tout d’avoir de quoi lire, faut aussi savoir lire. Plus précisément, comprendre ce qu’on lit. Et là, vu vos prises de position diverses et variées, il y a un gros souci.

        • 21 Octobre 2016 à 22h55

          IMHO dit

          durru est un troll autodidacte, il appris tout seul à être troll . Ça se voit .

        • 22 Octobre 2016 à 3h24

          Livio del Quenale dit

          il est effectivement nécessaire de lire 3 livres d’histoire par semaine pour faire ces commentaires historiques.  

        • 22 Octobre 2016 à 10h35

          durru dit

          “Lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens.”
          “Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.”
          Oui, l’histoire est inutile. On le voit tous les jours. Merci Bill, le troll de service.

        • 22 Octobre 2016 à 17h24

          IMHO dit

          Durru : “Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre.”
          IMHO : “Tout ça pour dire que l’Histoire qui compte, c’est celle de ce qui a mal tourné et celle de ce qui a réussi quand même”
          ” se condamne à le revivre ” ne peut s’entendre que d’un passé funeste, pas d’un âge d’or.
          Donc Durru , il me semble que nous sommes d’accord:
          il faut surtout connaître les heures sombres ou périlleuses de l’histoire de son pays et prendre avec beaucoup de grains de sel les époques prospères ou glorieuses, qui dans le passé, l’ont toujours été pour peu de gens .

    • 21 Octobre 2016 à 12h05

      Orwell dit

      Il est avéré que “La Croix” relève de ces journaux dont les actions ont été achetées par des mondialistes milliardaire, et n’ont plus que seul rôle de jouer les perruches des Galapagos. La collusion entre un libéralisme prédateur, les enfants bourgeois de 68 et la bien-pensance d’une Eglise complexée par son passé historique décrété comme étant la source du Mal absolu par les anticléricaux depuis Voltaire font bon ménage. c’est pourquoi les évêques, en bon élèves de Saint Pierre (mais en oubliant qu’il revint sur sa lâcheté à Rome lors de l’épisode “Quo Vadis”, qui nia le Christ par trois fois, ont toujours préféré se coucher devant le pouvoir temporel – les papes à Avignon. A l’époque, le pape du moment fit montre d’une faiblesse exemplaire face à Philippe le Bel et son agent Philippe de Nogaret lors du procès des Templiers. La suite va de soi : dans la même logique, la condamnation de l’Action française en 1926 qui poussa les prélats jusqu’à refuser les Saint Sacrements aux catholiques membres de cette ligue et donc les plus tributaires de ces derniers les leur vu refuser. Werner Herzog fit dire à l’un de ses acteurs dans ‘Aguirre ou la colère de dieu” ; “Mon fils, l’Eglise a toujours été du côté des plus forts”. Triste constat – qui ne vaut pas pour les petits curés de paroisse en 1789 mais qui était le mot d’ordre des riches évêques; déjà fossé entre le nanti et l’humble. le vote pour le Front national chez les catholiques pratiquants est passé de 4% en 2012 à 24% aux régionales de 2015. Stupéfiant que ce chiffre ne soit passé qu’à un quart des catholiques les plus zélés (jamais mon père n’aurait voté pour le FN) mais ces gens ont encore la candeur de croire que la République les protège alors qu’elle les voue au grand remplacement par des musulmans tout acquis à la société de consommation. Alors rien n’a changé dans notre histoire : les prélats au doigts ornés de bagues n’ont jamais cessé de se soumettre à cette alliance envers tous les pouvoirs.

      • 21 Octobre 2016 à 16h45

        Hannibal-lecteur dit

        Ce en quoi ils respectent scrupuleusement l’enseignement du Christ : rendez à César etc. et mon royaume n’est pas de ce monde…

    • 21 Octobre 2016 à 11h18

      tetene dit

      Et on les paient pour faire ce sale boulot!!!
      Décidément l’education nationale est la plus grande entreprise de démolition de notre pays pilotée par un ministre issu d’ailleurs, nommée par le triste sire que seulement 25% des français ont élu.( 50% des votants qui ne représentaient que 50% des électeurs) et qui prétendait représenter la majorité!! C’est à pleurer

    • 21 Octobre 2016 à 9h32

      Hannibal-lecteur dit

      Il y a dans le discours de ces deux profs la démonstration de leur pauvreté intellectuelle, d’une lacune d’intelligence : car s’ils disent qu’ils ne sont pas là ” pour faire aimer la France …” croyons-les, acceptons même leurs convictions, elles leur appartiennent et on les laisse libres de les vivre et de les exprimer.
      Mais en quoi celà les autorise-t-il à interdire que d’autres estiment  ” être là pour faire aimer la France ” eux, en quoi ont-ils la moindre autorité pour exercer cet anathème, autorité qui leur interdirait à eux-mêmes la libre expression de leurs propres opinions si elle s’exerçait contre eux.
      Bref, ce sont des bancals de la pensée : ce qui vaut pour vous ne vaut pas pour moi. Tirons la chasse. 

    • 21 Octobre 2016 à 8h44

      Pol&Mic dit

      “Peut-on faire aimer la France à ses élèves?”….
      ……
      oui ! si c’est pas “socialiste”!……..

    • 21 Octobre 2016 à 8h26

      Habemousse dit

      L’état dramatique de la France montre que si le mur de Berlin a sauté, si le marxisme a quitté la Russie c’est pour mieux émigrer en Europe et la miner, l’affaiblir, pour permettre aux islamistes de s’installer avec leurs projets dont certains sont compatibles avec ceux de la gauche et le capitalisme aveugle.

      Pour réaliser cette performance, sans victimes physiques ou presque, l’Education Nationale, au cœur du système a eu le premier rôle, le plus important, qu’elle a pu mener depuis quarante ans grâce à la force de ses syndicats et de ses sympathies dans les milieux artistiques et les médias qui l’ont aidé à maintenir une indépendance totale quelques soient les gouvernements en place.

      La Russie a perdu, le communisme a gagné ; nous nous apercevons, un peu tard, de la supercherie, toujours sans bouger, tétanisés par la réaction des « anti fafas ».

       On n’est pas sorti de l’auberge, car la contagion a touché l’Europe entière, certains pays étant encore plus contaminés que nous. 

    • 21 Octobre 2016 à 0h04

      Terminator dit

      Ils n’aiment pas le roman national parce qu’ils sont dans l’incapacité d’y participer : pour ces enseignants marxistes, “communistes de tous les pays unissez-vous” ne participe pas d’un roman national mais d’une utopie internationale !

      • 22 Octobre 2016 à 10h37

        durru dit

        Je crois effectivement que c’est aussi simple que ça, l’explication.

    • 20 Octobre 2016 à 20h54

      Marcus Graven dit

      Pour sauver un pays en danger comme l’est la France, il faut deux choses:
      -une élite qui sert le pays et non qui se sert sur le pays
      -un peuple sûr de lui-même, de ses racines, c’est-à-dire de son histoire.
      Il ne faut pas s’étonner qu’avec des enseignants de la “qualité” de ces deux-là, notre pays soit devenu ce qu’il est: une surface (pas de profondeur) habitée par une bobosphère hors sol, prétendue élite qui ignore le peuple des artisans, des commerçants, des ouvriers, des paysans, des policiers. L’histoire de France est là. Il y eu les sans-culotte, voici les sans-dents. Kaczmarek et Maday se verront un jour obligés de rendre des comptes.

    • 20 Octobre 2016 à 18h55

      Pol&Mic dit

      “Peut-on faire aimer la France à ses élèves?”…..
      …….
      ça dépend si on est “politicien” ou pas! (de Gauche ou de Droite actuelle….)