Les aventures de Tintin au pays du Grand-Palais | Causeur

Les aventures de Tintin au pays du Grand-Palais

Une expo-évènement célèbre le roi des Belges

Auteur

François-Xavier Ajavon

François-Xavier Ajavon
Chroniqueur, professionnel de la presse.

Publié le 22 octobre 2016 / Culture

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Affiche Rmn-Grand Palais / Photo Paul Nemerlin, Hergé © Adagp, Paris, 2016 © Hergé-Moulinsart

Un jour, badinant avec Malraux, le Général de Gaulle a dit : « Au fond, vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin ! Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands. On ne s’en aperçoit pas à cause de ma taille ». L’aphorisme est célèbre. Tintin est universellement connu, à la manière de Marilyn Monroe, Elvis Presley, Jésus, Superman ou Mahomet. Les aventures du petit jeune homme à la houppette blonde ont été traduites depuis des décennies pour les lecteurs de pays improbables où les habitants ont des mœurs condamnables et parlent des dialectes plein de mots étrangers. Après avoir parlé serbo-croate, chinois et même corse, on attend Le Sceptre d’Ottokar en borduro-syldave… Ceux qui sont nés au début du siècle dernier ont découvert Tintin dans les colonnes du “Petit Vingtième”, supplément jeunesse d’une publication catholique quotidienne, les baby-boomers l’ont découvert à la radio (il y a eu une série…) et au cinéma (quiconque n’a pas vu Tintin et les Oranges bleues (1964) ignore ce qu’est cette star potagère que nous appelons communément « navet »), bien des gamins de notre temps ont eu connaissance des aventures du petit belge par la série animée diffusée jadis par France 3, et certain des plus jeunes l’ont découvert à travers le film de Steven Spielberg… Les 24 albums (dont le dernier, L’Alph Art, est inachevé) ont leur place au panthéon des bestsellers mondiaux, avec la Bible et le petit livre rouge de Mao.

Se tient au Grand Palais, jusqu’au 15 janvier, une exposition très riche revenant sur tous les aspects de la vie créative d’Hergé : depuis la méconnue série “Totor chef de patrouille des Hannetons”, publiée dans les années 20 dans “Le boy scout Belge”, jusqu’aux incursions tardives du dessinateur dans l’art abstrait, en passant naturellement par Tintin. L’exposition commence d’ailleurs par les relations d’Hergé avec l’art. L’artiste, arrivé à l’automne de sa vie, peignait régulièrement, des toiles abstraites dans le style de Miró. C’est une production dont il ne faisait aucune publicité, et qu’il abordait en dilettante. Il dira d’ailleurs qu’il tenait à ne pas passer pour un peintre du “dimanche ou du samedi après-midi“. De fait ces toiles sont rares, et dénotent une authentique passion d’Hergé pour l’art de son temps. Cette passion, qui traverse les albums de Tintin où l’on croise souvent des œuvres contemporaines, éclate dans une partie de la collection personnelle du dessinateur présentée en ouverture de cette exposition, où l’on croise à la fois Poliakoff et Dubuffet. Les influences d’Hergé sont à chercher dans la peinture, mais aussi dans la bande-dessinée elle-même et l’exposition n’omet pas de présenter des planches de Benjamin Rabier ou d’Alain Saint-Ogan (l’auteur de Zig et Puce), précurseurs de l’art n°9. Les salles suivantes mettent en valeur l’art “romanesque” d’Hergé, qui était un narrateur hors-pair et nourrissait toujours ses histoires d’une riche documentation. On le sait particulièrement concernant les deux albums de l’aventure lunaire de Tintin (une maquette de la partie supérieure de la fusée est présentée : elle permettait aux collaborateurs du dessinateur, dont Bob de Moor, d’avoir sous les yeux une représentation 3D réaliste de l’engin), mais partout Hergé puisait son inspiration dans le réel, pour les voitures, les bateaux, les objets les plus banals du quotidien. Son art légendaire du découpage est illustré par une passionnante séquence d’archive tv où Yves Robert décrit, avec son vocabulaire de cinéaste (plan large, américain, etc.) la progression de l’action sur une planche de Tintin. C’est bluffant, et nous fait toucher du doigt l’efficacité universelle de l’univers d’Hergé, apôtre de la ligne-claire et génie du mouvement.

L’exposition, composée pour l’essentiel de planches du dessinateur, prêtées par le Studio Hergé, permet aussi de mieux comprendre le processus créatif, des premiers crayonnés où l’on sent que le dessinateur tourne autour de ses personnages, les “cherche”, jusqu’aux planches finales, en passant par l’étape de la colorisation (en grand aplats de couleurs, sans effets d’ombres). C’est ainsi une toute une “famille de papier” qui nous est présentée, et l’on redécouvre, autour d’une maquette géante du château de Moulinsart, les visages familiers de la Castafiore, du Professeur Tournesol, du Capitaine Hadock ou encore de méchants que nous avons adoré détester tels que Rastapopoulos ou l’infâme Docteur Müller de l’Île noire. Au détour de ces portraits, on croise aussi des figures entrées dans le langage quotidien : le fameux sparadrap qui empoisonne Hadock, ou les récurrents appels téléphoniques destinés à la boucherie Sanzot qui aboutissent irrémédiablement à Moulinsart… Soulignons deux salles particulièrement intéressantes : l’une consacrée à la période de crise traversée par Hergé (et le monde entier) dans les années 40 et l’autre à l’Asie. Les années 40 : c’est le succès et la tourmente. Les albums se vendent très bien. Ils commencent à être traduits. Après avoir présenté une Europe au bord du gouffre dans Le Sceptre d’Ottokar (1939), Hergé confronte son petit héros au spectre de la fin du monde dans L’étoile mystérieuse (1942). C’est dans les pages du quotidien Belge Le Soir que le dessinateur publie ses histoires en feuilletons, passant des 40.000 lecteurs habituels du Petit Vingtième à 300.000… On ne manquera pas de reprocher par la suite cette collaboration à Hergé : le journal est alors contrôlé par l’occupant allemand. L’autre salle passionnante est consacrée au rapport d’Hergé à l’orient, avec des planches du chef d’œuvre du dessinateur Le lotus bleu et une traduction hilarantes des inscriptions chinoises omniprésentes dans l’album, dont certaines sont des publicités ou des slogans politiques tels que “A bas l’impérialisme !“. L’amitié d’Hergé avec un jeune étudiant chinois, Tchang, est mise en avant ; Tchang qui ouvrira Hergé à l’altérité, Tchang qui fournira au dessinateur d’abondants conseils pour cet album, et finira même par devenir un personnage des aventures du petit reporter blond – dans le très dépressif Tintin au Tibet (1960).

Il est à signaler qu’une salle entière est consacrée à une partie méconnue du travail d’Hergé, dans le domaine du dessin publicitaire et de l’affiche. On peut notamment y voir une couverture signée en 1936 pour “La tente, organe du camping club de Belgique“, et une pub où l’on voit des enfants déambuler entre des œufs géants, qui n’est pas sans rappeler la marche de Tintin entre les champignons géants de l’Etoile mystérieuse.

Certains confrères ont trouvé qu’il y avait du mou dans la ligne claire avec cette expo, qu’elle était confuse, qu’elle n’offrait pas un véritable “parcours” dans l’œuvre d’Hergé. Elle est surtout très riche, et ravira les tintinophiles experts qui ne reverront pas de sitôt en France un tel nombre de planches originales d’Hergé. La leçon de ce parcours est que Tintin, en plus d’être reporter et un peu aventurier sur les bords, était surtout un grand témoin de l’Histoire ; et Hergé un auteur incomparable qui parvenait à mêler partout le registre du picaresque, voire du dramatique, avec un humour dévastateur. L’humour, certainement une façon de répondre à ce siècle difficile que Tintin a traversé avec optimisme. Un trait qui ne trompe pas : vous pourrez voir à cette expo de grands enfants, de 60/70 ans, éclater de rire tout seul devant les planches présentées…

Au Grand Palais, jusqu’au 15 janvier

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    • 26 Octobre 2016 à 11h13

      Hannibal-lecteur dit

      Bon, c’est le plus célèbre  …mais est-ce meilleur? Rien à faire, côté mentalité je préfère Spirou-Fantasio à Tintin-Haddock!
      Aoohhh dit le captif des 7 bouddhas je me demandais quand on trouverait des gens courageux pour venir me délivrer…et réponse de Fantasio : on n’en a pas trouvé alors nous sommes venus avec la pétoche … Pas un seul dialogue de Tintin n’atteint cette humanité profonde et de bon aloi. 

    • 23 Octobre 2016 à 9h40

      Peter33 dit

      Il y a une très belle exposition permanente dans les communs du château de Cheverny dont s’est inspiré Hergé pour créer Moulinsart. La visite du château magnifiquement entretenu vaut aussi le déplacement.

    • 22 Octobre 2016 à 22h31

      ebolavir dit

      ” … Tchang qui fournira au dessinateur d’abondants conseils pour cet album, et finira même par devenir un personnage des aventures du petit reporter blond – dans le très dépressif Tintin au Tibet (1960).” Ghaaa … Tchang ( 张仲仁, ce qui n’est pas le vrai nom de Zhang Chongren 张充仁 ) était le second héros du Lotus Bleu. Et “Tintin au Tibet” est-il dépressif ? Je ne m’en étais pas aperçu quand je l’ai lu dans Tintin il y a longtemps. Mais je n’avais pas lu la biographie d’Hergé par Assouline. A noter une relique à vénérer sur le mur de couvertures du Petit Vingtième : l’autographe en caractères de Zhang Chongren en bas à droite de la couverture qui représente le cruel Mitsuhirato (remarquée par l’étudiant chinois qui visitait l’exposition avec moi).

      • 23 Octobre 2016 à 2h16

        fxajavon dit

        Si, je vous assure, toutes ces pages enneigées c’est dépressif… La neige fout le cafard ou rend mutique. La neige il n’y a que Jean-Claude Killy qui a assez de jambes pour comprendre…

        • 23 Octobre 2016 à 7h38

          alain delon dit

          La neige, il n’y a que Jean-Claude Dusse qui a assez de jambes pour comprendre…

    • 22 Octobre 2016 à 17h54

      alain delon dit

      Tintin assumait beaucoup mieux son homosexualité que Malraux

      • 22 Octobre 2016 à 18h41

        clark gable dit

        En fait , Tintin était l`amant de la Castafiore , mais faut surtout pas le répéter !

        • 23 Octobre 2016 à 14h34

          Patrick dit

          Le capitaine Ad Hoc en serait jaloux !

    • 22 Octobre 2016 à 14h59

      A mon humble avis dit

      Capitaine Haddock, s’il-vous-plaît, pas “Hadock”.

      • 22 Octobre 2016 à 15h37

        fxajavon dit

        Pan, sur le bec ! Merci. C’est par mesure d’économie que ce d avait été supprimé. Désolé de la gêne occasionnée. Bon week-end ! fxa

        • 22 Octobre 2016 à 17h00

          A mon humble avis dit

          Vous êtes pardonné: la Castafiore n’a jamais pu se souvenir de son nom.