1. En fin de course.

Une erreur de manipulation sur mon iPhone  –  volontaire ou non- et je me suis trahi. Il ne me restait plus qu’à avouer à Miss V. la passion que j’éprouve pour Miss W. Je me sens bien avec Miss V., mais je me sens encore mieux avec Miss W., tout au moins sexuellement. Pendant ces trois dernières années, j’ai mené une double vie… et parfois plus quand l’occasion se présentait. Cela me convenait. Ce n’est plus possible. Ma vie est en danger. Ou, plus prosaïquement, mon mode de vie. Ce serait d’une banalité extrême si je n’étais en fin de course. Presque indifférent à tout. Mais toujours aussi con. Certains diraient : dégueulasse. Ils n’auraient pas tort. Je brise le cœur de Miss V. et je donne l’illusion à Miss W. qu’elle atteindra bientôt son but qui est, bien sûr, de prendre la place de Miss V. Cette dernière me dit qu’elle ne se laissera pas faire, qu’elle tuera Miss W. Sans doute serai-je mort avant. Miss V. trouvera à ma mort un goût de vengeance et Miss W. un goût d’éternité. J’ai la naïveté de le croire. Mais je ne serai plus là pour assister au spectacle. Pour l’avoir déjà vécu une douzaine de fois, je ne le regrette pas. Mais comment deux jeunes femmes peuvent-elles être assez dingues pour se disputer le cœur d’un vieillard ? Si encore, j’étais riche, je comprendrais. Je leur conseillerais à l’une comme à l’autre de prendre la fuite. Sans le vouloir, je leur ai donné l’occasion de me donner tout leur être. Elles n’y renonceront pas si facilement.

2. Sans artifice ni faux-semblant.

S’il y a un but, un seul but que je me suis assigné en écrivant, c’est de retranscrire sans artifice ni faux-semblant ce que j’éprouvais. Un peu à la manière d’Henry Miller qui voyait là le but suprême auquel peut, auquel doit tendre tout écrivain. En évoluant au plus près de mes désirs sans aucune dissimulation. Je relis  Le Monde du sexe que Miller rédigea en 1940, un an avant ma naissance, comme si aujourd’hui il était devenu mon frère aîné. Charles Ficat, qui a eu l’heureuse idée de le rééditer aux Éditions Bartillat, note que l’œuvre entière de Miller se compose d’une longue réminiscence autobiographique. À vrai dire, il n’a jamais voulu écrire qu’un seul livre, comme Montaigne, comme Sade, comme Amiel, comme Proust… Chacun complètera la liste à son gré.

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