“La création de l’UMP a servi de prétexte pour liquider le gaullisme” | Causeur

“La création de l’UMP a servi de prétexte pour liquider le gaullisme”

Entretien avec Henri Guaino

Auteur

David Desgouilles

David Desgouilles
Blogueur et romancier. Prochain roman à paraître : janvier 2017, aux Editions du Rocher.

Publié le 26 septembre 2016 / Économie Politique

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Invité à débattre du protectionnisme mardi 27 septembre par le Comité Orwell que préside Natacha Polony, le candidat gaulliste à la présidentielle Henri Guaino dit ses quatre vérités. Libre-échange, politique des partis, mondialisation : Guaino brise les idoles.
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Henri Guaino. Sipa. Feature Reference: 00712051_000016.

David Desgouilles. Mardi, vous participez au colloque au cours duquel vous débattrez notamment avec  Jean Arthuis, Susan George, Jean-Michel Quatrepoint et Paul Jorion sur le thème du traité transatlantique. Il est organisé par le Comité Orwell dont la présidente Natacha Polony déplore que ce thème demeure confidentiel sans le  débat public. Ainsi,  la campagne de la primaire de droite ignore totalement le Tafta. Comment l’expliquez-vous ?

Henri Guaino. Il est paradoxal de parler autant de l’identité et aussi peu de ce qui la mine le plus : la religion du libre-échange avec ses traités qui aplatissent le monde en imposant des normes économiques, techniques, sanitaires, sociales, juridiques, et, au bout du compte, culturelles, uniques. Si vous posez la question aux candidats ils déclareront tous qu’ils sont contre, parce qu’aucun n’a oublié le traumatisme de l’Accord multilatéral sur les investissements ou celui de la directive Bolkenstein : des textes concoctés en secret qui, aussitôt connus, soulèvent une violente opposition de l’opinion qui sent son mode de vie menacé sans qu’on lui ait jamais demandé son avis. Mais le sujet est peu abordé parce que gouvernement a déjà pris les devants et surtout parce que l’Europe et le libre-échange font partie de la doxa des 40 dernières années vis-à-vis de laquelle la pensée des politiciens n’a pris aucun recul faute le plus souvent du moindre effort de réflexion personnelle.  Je me souviens d’une visite de Manuel Barroso alors président de la Commission Européenne nous disant à propos des négociations  de l’OMC : « vous n’allez pas sacrifier l’industrie à quelques poulets ! » Tout est dit ! Et avec ça, on peut espérer être recruté par Goldman Sachs… Je crains qu’au fond d’eux-mêmes la plupart des candidats soient sur cette ligne. Ils ont juste peur de contrarier trop l’opinion et de perdre les élections.

Les élections, parlons-en. Vous avez décidé de jumeler l’annonce de votre candidature à l’élection présidentielle avec la publication d’un livre d’économie de 650 pages. Vous ne partagez donc pas l’analyse, notamment faite par Nicolas Sarkozy, selon laquelle ce sont les questions identitaires et sociétales qui sont aujourd’hui prioritaires dans l’esprit des électeurs ?

Aujourd’hui c’est l’économie qui sert de principal argument pour discréditer la nation, l’Etat, les frontières, le modèle social, l’identité culturelle, la langue… Comment peut-on revendiquer d’être une nation avec une identité si les difficultés économiques, le chômage de masse, l’exclusion empêchent d’avoir le sentiment d’une destinée commune ? Si en tout, il faut imiter les autres, se rallier à un modèle unique ? Si on se contente de glorifier la concurrence et la mondialisation en n’imaginant pas d’autre issue que de « s’adapter à la mondialisation », c’est-à-dire de la subir, au lieu de se donner les moyens d’agir dans le monde tel qu’il est ?

J’ai publié ce livre parce que si notre vision de la politique économique ne change pas, tous les discours politiques qui prétendent changer la vie des gens et refaire une nation sont des mensonges.

Vos idées économiques sont aux antipodes de celles défendues par tous les candidats à la primaire LR. On a parfois l’impression que la leçon d’économie aux « trop bons élèves » leur est en partie adressée. Pourtant, il y a vingt-cinq ans, lorsque vous travailliez avec Philippe Séguin, ces conceptions économiques étaient largement partagées dans votre famille politique. Comment expliquez-vous qu’elles y soient devenues aussi minoritaires ?

La création de l’UMP a hélas servi de prétexte pour liquider le gaullisme.  Pour être aimable, je dirai que c’est peut-être parce que c’était pour les politiciens de la génération qui était aux commandes une conception trop exigeante de la politique.

En tout cas, ils ont tellement bien appris les leçons de la pensée unique, tellement cédé au conformisme d’un petit milieu qui voulait prendre sa revanche idéologique sur toutes les leçons qui avaient été tirées de la grande dépression des années 30, qu’ils sont devenus incapables de tirer la moindre leçon de leurs propres échecs depuis 40 ans.

J’ai emprunté la formule des « bons élèves » à l’historien Marc Bloch dans « l’étrange défaite » : « les trop bons élèves restent obstinément fidèles aux doctrines apprises. (en 1940) ils occupent malheureusement les postes les plus élevés »

Trop de politiciens ne se nourrissent que des conversations des dîners en ville et des fiches des « bons élèves » traduites en éléments de langage. Les bouleversements de notre époque exigent davantage !

Vous avez des mots très durs sur l’élection primaire. Vous y voyez la victoire du régime des partis. Pourtant, ce système ne permet-elle pas d’élargir la désignation des candidats par un corps électoral plus large que celui des adhérents des partis ? Ce système ne démonétise-t-il pas au contraire le rôle des partis en demandant aux électeurs de sélectionner les candidats à leur place ?

Au RPR ou à l’UMP, jamais le parti n’a délivré d’investiture pour la présidentielle. Il était entendu qu’un candidat ne pouvait pas être l’homme d’un parti ou d’un camp puisqu’il aspirait à devenir l’homme de la Nation. C’est l’esprit des institutions de la Vème République. La primaire fabrique le candidat d’un camp et c’est le parti qui décide de tout : qui peut se présenter, qui peut voter, à quelles conditions… Sous couvert de démocratie, les partis cherchent à verrouiller le premier tour de la présidentielle. C’est l’étape ultime du retour du régime des partis que le Général De Gaulle avait écarté. Comme toujours ce retour qui perpétue des clivages qui n’ont plus de sens annonce une grave crise politique car le verrouillage finit toujours dans le drame.

Sur les questions européennes, économiques, l’identité ou l’école, les clivages ne passent plus depuis longtemps entre les partis mais à l’intérieur d’entre eux. Une recomposition du paysage politique n’est-elle pas nécessaire ? Vous-même avez davantage de points communs avec Jean-Luc Mélenchon, Arnaud Montebourg et Nicolas Dupont-Aignan qu’avec Alain Juppé, Bruno Le Maire et même le Nicolas Sarkozy de 2016.

Les partis sont redevenus des cartels électoraux qui ne sont plus cimentés par un idéal commun mais la seule conviction désastreuse qu’il faut à tout prix gagner les élections et qu’on verra bien après.

Avant la recomposition partisane, il faut la recomposition intellectuelle et morale. L’élection présidentielle est la seule occasion démocratique où cette recomposition est possible. Ne la manquons pas, les circonstances l’exigent Si nous la manquons, nous le payerons collectivement très cher parce que la politique sera incapable de d’affronter les désordres du monde, de l’Europe, de l’économie, de la société…

 

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    • 1 Octobre 2016 à 22h54

      Livio del Quenale dit

      il est parfait …
      Dommage qu’il n’ai ni l’envergure, ni le charisme.
      Comme Fillon , ça ferait un bon second…
      mais pas avec Sarko qui sans doute préfère le conseils de mystérieux voyous.  

    • 1 Octobre 2016 à 12h49

      CGG dit

      j’ai signé la pétition contre le CETA info@stop-ttip.org

    • 1 Octobre 2016 à 11h59

      Pyrrhon dit

      Les visions traditionnelles ou régressives sont toujours plus rassurantes que les modernistes ou les progressistes. Mr Guaino est sur cette position nostalgique. “De la lampe à huile et de la marine à voiles”, lui ferait remarquer son héros progressiste, s’il le pouvait. “IL” ne le peut pas, c’est sûr!

    • 1 Octobre 2016 à 11h50

      marcopes dit

      la seule manière de sortir de ce pétrin sera pourtant bien de revenir à une vrai politique gaulliste pour oublier toutes celles anti nationales de la collaboration

    • 29 Septembre 2016 à 23h46

      lafronde dit

      Le Gaullisme c’est le dévouement au bien commun, allié au réalisme politique et économique (la France d’alors est compétitive). C’est aussi récuser l’intérêt partisan.

      Le gaullisme est mort avec le Général, et au plus tard avec Pompidou. A preuve, dès 1974 l’équilibre budgétaire n’est plus respecté (comme sous la IVe République) et dès 1976 la fiscalité augmente, qui commence à détruire l’économie française. Après 1981 la Ve République sera gouverné&e à crédit jusqu’à ce jour. Le RPR au pouvoir n’y changera rien.

      Il faut voir que la signature du Programme Commun de la Gauche a créé une surenchère sur les politiques publiques. Cette démagogie s’est poursuivie avec la Gauche plurielle.

      Pas assez de suffrages pour rejeter cette tentation clientéliste. D’autant plus que la Droite classique a stupidement rejeté le suffrage proportionnel, puis le suffrage patriote du FN.

      On en est là, une offre électorale divergente selon trois principes : le progressisme, le républicanisme, et le patriotisme.

      • 1 Octobre 2016 à 0h02

        Wil dit

        NON LE GAULLISME N’EST PAS MORT PUTAIN!
        Les gaullistes ont préférés juste s’en foutre pleins les poches avec le libéralisme.
        Le sens de l’état n’est pas mort,il ne meurt jamais.
        Certains l’ont comme Guaino selon moi et d’autres ne l’ont pas comme à peut près tous les autres.C’est tout.
        Les français me font chier à se plaindre de leur classe politique alors que dès que le TV leur dit pour qui voter ils y vont comme des moutons.
        Tain,j’arrête là sinon je vais être encore censuré.
        Allez tous vous faire…..bande de veaux comme disait le vieux.!MERDE!

    • 28 Septembre 2016 à 15h01

      Wil dit

      j’étais hier au Colloque du comité Orwell avec Guaino,je l’ai trouvé excellent.
      J’espère que le Comité aura la bonne idée de mettre le film sur son site pour en faire profiter tout le monde.
      Plus généralement,c’était très intéressant.Je n’ai rien appris sur le TAFTA mais je ne savais même pas qu’il y avait le CETA qui est exactement la même chose entre l’UE et le Canada et dont personne ne parle simplement à cause de l’anti américanisme primaire qui règne en France ou ailleurs en Europe dans les médias et qui fait que les médias français ont l’image des “gentils canadiens” et des “méchants américains” alors que 80% des entreprises canadiennes sont des filiales américaines.
      Ce qui fait qu’une boite américaine pourrait très bien attaquer un état européen et le faire condamner en passant par une filiale canadienne même sans TAFTA.
      Et comme personne (c’est à dire les journalistes français) ne parle du CETA mais que du TAFTA des “méchants américains” (méchants américains dont les journalistes français adorent tout de même le multiculturalisme et Hillary Clinton et son soutient à l’Etat Islamique pour affaiblir Assad le copain de Poutine,mais passons…),les dirigeants français dont Hollande et Sarkosy ont donc assuré qu’ils ne signeraient le TAFTA (ça reste à voir vu le reste de leur promesses) mais rien en ce qui concerne le CETA.

      • 28 Septembre 2016 à 17h26

        Chr martel dit

        Le CETA, c’est le TAFTA qui passe par la fenêtre, tout simplement. D’ou le silence radio pour ne pas qu’il trebuche