Haute finance contre haute couture | Causeur

Haute finance contre haute couture

Les défilés de mode ne sont plus qu’événements marketing et vitrines mondialisées

Auteur

Patrick Mandon

Patrick Mandon
éditeur et traducteur.

Publié le 18 janvier 2015 / Culture Économie Société

Mots-clés : ,

mode financeOn peut se gausser de ces petites cérémonies de chiffon, baptisées désormais « fashion weeks », où se retrouvent à intervalles réguliers quelques excentriques, les figures changeantes ou habituelles de ce qu’on nommait naguère le Tout-Paris, et les météorites de l’actualité plus ou moins heureuses. On peut feindre d’en être offusqué, et l’on peut certes moquer ces forains de vanités et autres figurants de la parade sociale. Il reste qu’une société sans mode, et sans la mondanité brillante qui l’accompagne, privée de sa chatoyante extravagance, serait non seulement morose, mais encore inquiétante.

Il y a dans ce genre de manifestation comme la preuve du serment tacite qu’une nation se fait à elle-même : maintenir crânement son droit à la futilité, à l’éblouissement. La mode et, au-dessus d’elle, la haute couture sont un défi à l’usure du temps, une espèce d’imprécation très humaine lancée contre l’habitude, la répétition et l’inévitable fin des choses, des êtres et des liens qui les unissent (lire l’entretien avec Viviane Blassel).

Cet univers a connu en trente ans une série d’événements qui l’a placé au centre d’un dispositif stratégique tout entier animé du désir de conquête et de rayonnement. Par ses méthodes de communication, par les moyens qu’il a mis en œuvre pour gagner des marchés et des clients, il a bouleversé tous les repères du goût et du jugement esthétique qui le gouvernaient auparavant. Sous plusieurs aspects, il peut s’apparenter à celui de l’art dit contemporain.

[...]

Photo : Wikimedia Commons

  1. L’industrie mondiale du luxe (à l’exception des automobiles, des yachts et des œuvres d’art) est dominée par LVMH-Moët Hennessy Louis Vuitton SA, dont le chiffre d’affaires en 2012, grâce à une croissance de ses ventes de 18,6 %, atteignait plus de 9 milliard d’euros. Kering occupe la sixième position (5,849 milliards), L’Oréal la septième (5,240 milliards d’euros), Hermès la douzième (4,481 milliards).
  2. Une maison de haute couture se définit légalement par des vêtements faits à la main, sur mesure, dans des ateliers dédiés ouverts toute l’année.
  3. Il y a de notables exceptions, ainsi Jean Paul Gaultier : ses mannequins n’ont pas toujours le « physique de l’emploi », et jouent volontiers la carte de l’humour. Quant à Gaultier lui-même, il ne craint pas de démontrer son bonheur d’être et de créer.
  4. On dit que pour le personnage central de son livre (dont on a tiré un film fort médiocre) Le diable s’habille en Prada, Lauren Weisberger s’inspira de la personnalité d’Anna Wintour. Elle avait été son assistante à Vogue.

  • causeur 20

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    publié dans le Magazine Causeur n° 20 - Janvier 2015

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    causeur 20
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    • 20 Janvier 2015 à 19h00

      cedarwood dit

      Insoutenable légèreté de l’être, vitrine prestigieuse d’une french touch aux fragrances de tubéreuse et de violettes : le savoir- faire d’un art de cousettes aux dés d’or et de stylistes indémodables, aux retombées économiques en forme de corne d’abondance.
      Si le luxe des défilés de mode pouvait se substituer aux marches républicaines, peut-être pourrions-nous croire que la France possède encore des havres pour rêver.

      • 20 Janvier 2015 à 21h45

        Patrick Mandon dit

        Certes, l’esprit de la haute couture n’existe plus, et les intérêts économiques, financiers, ont eu raison de ses derniers représentants. Mais l’esprit de la mode persiste, avec son goût pour la nouveauté brillante, pour l’audace intelligente. Dans ce pays d’exception, qui a tant donné au monde, l’attente des prodiges est rarement vaine.

    • 19 Janvier 2015 à 14h15

      Patrick Mandon dit

      Le mot ringard, employé à toutes les sauces de la déconsidération, a perdu son sens premier. Il venait de l’argot de théâtre. 
      Aujourd’hui, il ne signifie plus grand chose. Vous l’employez comme une ultime défense de misère intellectuelle. Pour une prétendue salaison, vous manquez de saveur ! 

    • 19 Janvier 2015 à 12h06

      salaison dit

      l’un comme l’autre……. sont d’un “ringard” !…….. je ne dis que ça !

    • 18 Janvier 2015 à 18h43

      Patrick Mandon dit

      Will reprend l’argumentation suivante :
       “La mode et, au-dessus d’elle, la haute couture sont un défi à l’usure du temps, une espèce d’imprécation très humaine lancée contre l’habitude, la répétition et l’inévitable fin des choses, des êtres et des liens qui les unissent ”. 
      Puis il argumente, en contrariant mon propos. Il le fait d’une manière subtile et fondée, qui mérite une réponse.
      (Will) : « Ah,j’aurais pensé à peu près tout le contraire. Certes,La mode et donc la haute couture sont peut être un défi à l’usure du temps,mais dans leurs caractères ritualisés et cycliques,elles sont des preuves du besoin de l’être humain de repères donc d’habitude et de répétition et des archétypes de la disparition programmée de toute chose dans leur caractère éphémère. ».
      En effet, la mode possédait ce [caractère ritualisé et cyclique]. Or, il ne fondait pas une exacte répétition du même. Jusque dans les années quatre-vingt, le rite annuel des présentations s’avançait masqué : quelle sera la couleur dominante de la saison ? quelle coupe (près du corps, ample), longue, courte ? quel tissu ?
      Il portait (ce rite) une promesse de changement. Il pouvait même bousculer la mode elle-même, abolir toutes les conventions qu’elle avait auparavant établies. Ce rite, par une seule de ses manifestations (un défilé) avait le pouvoir de brouiller le sens de tous les signes, qu’il avait défini un an (ou cinq ans) auparavant. Christian Dior, par exemple, se sert supérieurement de cette ritualisation, tantôt pour conforter sa ligne et son esthétique précédentes, tantôt pour les oublier.
      Bien sûr, demeurent l’habitude du défilé, son [caractère ritualisés et cyclique], preuve [du besoin de l’être humain de repères donc d’habitude]. Le défilé de mode est cyclique, mais les cycles de la mode n’obéissent pas à une répétition annuelle (ou bi-annuelle). 
      Considérant ces cycles de rupture, il me paraît, alors, que la mode est une « une espèce d’imprécation très humaine lancée contre l’habitude, la répétition et l’inévitable fin des choses, des êtres et des liens qui les unissent ». La mode vestimentaire s’oppose à la routine, à la paresse d’apparence, à la répétition, au retour du même (c’est sans doute vain, mais il faut essayer).
      La mode est enfin une tentative de « renouveau », de « renaissance », voire, parfois, de « restauration ». En ce sens, elle proteste contre la “fin des choses, des êtres et des liens qui les unissent”. Mais c’est en cela aussi qu’elle donne toute la mesure de son action contradictoire.
      Voilà ce que je pouvais dire à votre très pertinente « remontrance ». 

      • 18 Janvier 2015 à 18h49

        Patrick Mandon dit

        « brouiller le sens de tous les signes, qu’il avait définiS »
         

    • 18 Janvier 2015 à 13h00

      Habemousse dit

      Je retiens les formules de « Hub » de Givenchy :
      « Si les financiers ont investi dans la couture c’est pour vendre des accessoires. »
      « L’important aujourd’hui, c’est de faire jeune et de ne pas avoir l’air riche. »
      On pourrait ajouter, pour compléter cette analyse plus qu’aiguë, que la vocation de la haute couture aujourd’hui est plus de masquer que d’habiller.
      La mode servait, avant, à recouvrir les appâts pour mieux les montrer : aujourd’hui ou chacun peut les toucher et les voir sans attenter aux bonnes moeurs, l’œil, gavé, ne s’attarde plus que sur les accessoires, c’est bien vrai, l’essentiel étant le paraître, ce qui donne l’heure plus que le temps .
      Son artisanat de luxe durera tant que la femme durera et tant que l’homme en aura, jusqu’à quand ?

    • 18 Janvier 2015 à 11h17

      Wil dit

      “La mode et, au-dessus d’elle, la haute couture sont un défi à l’usure du temps, une espèce d’imprécation très humaine lancée contre l’habitude, la répétition et l’inévitable fin des choses, des êtres et des liens qui les unissent ”
      Ah,j’aurais pensé à peu près tout le contraire.
      Certes,La mode et donc la haute couture sont peut être un défi à l’usure du temps,mais dans leurs caractères ritualisés et cycliques,elles sont des preuves du besoin de l’être humain de repères donc d’habitude et de répétition et des archétypes de la disparition programmée de toute chose dans leur caractère éphémère.