La nation et l’œuf de Colomb | Causeur

La nation et l’œuf de Colomb

Jean-Louis Harouel réhabilite l’identité

Auteur

Frédéric Rouvillois

Frédéric Rouvillois
Professeur de droit public, université Paris-Descartes

Publié le 07 juin 2014 / Politique Société

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nation harouel republiqueLorsque Christophe Colomb, en route vers l’Amérique, démontre à son équipage médusé qu’on peut faire tenir un œuf sur une table, qu’il suffit pour cela d’en briser la coquille, il ignore qu’il vient d’inventer une méthode presque aussi révolutionnaire que ce qu’il découvrira bientôt au bout de sa longue-vue. Une méthode qui consiste à trouver à portée de main la solution d’un problème qui semblait insoluble. Tel l’œuf de Colomb, l’essai de Jean-Louis Harouel, Revenir à la nation, sera sans nul doute accusé de simplisme par ceux qu’il dérange et feignent d’oublier que la simplicité est la marque des grands livres. Celui-ci, de fait, ne s’embarrasse pas de circonlocutions, et il suffit de lire le titre pour comprendre où il veut en venir. Ou en revenir.

À la nation : c’est que celle-ci, bien qu’elle paraisse définitivement ringarde à certains, demeure la cellule fondamentale de l’ordre politique. La nation, qui renvoie à l’idée de naissance, est en effet le lieu de l’héritage : c’est elle qui relie le passé au présent et à l’avenir par l’intermédiaire de la culture et de la mémoire − et Jean-Louis Harouel de rappeler, à ce propos, que même la conception « républicaine » d’Ernest Renan ne se borne pas à une approche volontariste et individualiste : elle la combine à une dimension collective et historique. Si la nation selon Renan peut être « un plébiscite de chaque jour », c’est parce qu’elle traduit « la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu », le désir de prolonger un enracinement dans une appartenance commune qui se situe dans le temps pas moins que dans l’espace.

Dans cet ordre, Jean-Louis Harouel observe qu’une démocratie ne se conçoit pas sans le sentiment de former un ensemble solidaire, et il n’hésite pas à citer Rousseau, qui affirmait au début de l’Émile que « là où il n’y a plus de patrie, il ne peut plus y avoir de citoyens ». Mais plus généralement, la nation conditionne l’existence même du politique, et au-delà encore, de la justice : « Le juste exige un cadre humain et territorial à la fois délimité et le plus homogène possible, dont la forme la plus réussie est l’État-nation. Le fait que l’amour universel n’est pas la justice a été mis en évidence par un rabbin italien d’origine marocaine, mort en 1900, Élie Benamozegh. Partant de l’exemple juif, il considère que la justice ne peut se réaliser vraiment que dans le cadre de la nation et sous le régime de la loi nationale. Garant de la loi, l’État est responsable de la justice. Dans la mesure où elle prétend nier la nation, la fraternité universelle refuse sa légitime part au principe de la justice. » En somme, on ne saurait se passer de la nation.
Or, sur le continent européen qui fut, durant deux millénaires, le lieu de son épanouissement, la nation est en train de disparaître – à l’occasion d’un retournement historique majeur à propos duquel Jean-Louis Harouel avance une hypothèse très pertinente. Selon lui, le « véritable génie du christianisme » a été d’établir une séparation du politique et du religieux fondée sur le précepte christique : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Les obligations religieuses ne concernaient que les personnes, seules appelées à faire leur salut éternel ; les personnes, pas les États, pour lesquels, selon la formule latine, « le salut du peuple est la loi suprême » et qui, même très chrétiens, n’avaient pas à rougir de leur égoïsme national ni à renoncer à la « raison d’État » lorsque le bien de la nation était en jeu. Préoccupé par le seul salut des âmes, le christianisme permet donc une séparation des genres, donc une forme de laïcité. En revanche, le « post-christianisme » qui lui a succédé en Europe depuis la seconde moitié du XXe siècle instaure une totale confusion. En effet, tandis que les personnes ont très largement abandonné leurs convictions religieuses et se complaisent dans un hédonisme décomplexé , les préceptes évangéliques – « Aime ton prochain comme toi-même », « Tends la joue gauche lorsqu’on te frappe sur la droite », etc. – sont désormais considérés comme applicables aux États. Ceux-ci doivent ainsi apprendre à subordonner leurs propres intérêts, même vitaux, à la fraternité universelle, à une non-discrimination élevée au rang de norme sacrée, à la poursuite de la paix perpétuelle et au principe de « l’amour de l’autre poussé jusqu’à la haine de soi ». Le post-christianisme repose sur l’oubli de la leçon séculaire selon laquelle les chemins de la sanctification individuelle sont suicidaires pour un État, en même temps que criminels et forcément injustes pour sa population.

Pour sauver la nation et l’immense trésor qui s’y rattache, il faut donc, explique Harouel, oser aller à contre-courant, répudier le « post-christianisme », et adopter à sa place le modèle juif – autrement dit, celui d’un État-nation « à la vigueur identitaire exemplaire ». À ce propos, l’auteur, qui est par ailleurs l’un des maîtres contemporains de l’histoire des institutions, rappelle que les nations de l’Europe médiévale furent conçues sur le modèle de l’État hébreu de l’Ancien Testament : le cas étant particulièrement net pour l’État français, qui a su tirer très précocement de la Bible « l’armature doctrinale de son édification » – qu’il s’agisse du sacre du roi ou du rapport très intime entre le chef et la nation qu’il dirige, rapport impliquant notamment que seul un prince français peut monter sur le trône.
Le modèle proposé par Harouel a donc le mérite insigne d’être indemne de ce « post-christianisme » où s’est engluée l’Europe : l’État d’Israël refuse en effet de considérer comme dépassées les notions d’indépendance et d’identité, et il admet sans restriction l’usage des moyens nécessaires pour les défendre. C’est ainsi qu’ Israël apparaît à ses yeux comme « le seul État européen à avoir conservé un contenu national précis et qui continue à se comporter en véritable État », c’est-à-dire, en État dont « la seule raison d’être » est le service de la nation.

En somme, conclut Jean-Louis Harouel, « pour revivre pleinement, les nations européennes doivent retrouver ce qui fut jadis la part juive de leur identité chrétienne : l’aptitude à la fierté et l’amour de soi comme groupement humain particulier ». C’est ainsi, et pas autrement, qu’elles pourront « reprendre place dans l’histoire, dont elles étaient sorties ».

Revenir à la nation, Jean-Louis Harouel,  éditions Jean-Cyrille Godefroy.

Photo : Michel GILE/SIPA/00680868_000001.

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    • 9 Juin 2014 à 18h52

      eclair dit

      @attila
      en louant tu vis de la rente.
      Tu ne produis rien tu vis sur le travail d’autres.

      Ensuite l’espagne vous connaissez mal le sujet. S’il est vrai que dans les années 90 c’était principalement locatif.
      Dans les anéess 2000 cela a été le boom de la construction de maisons principale.
      3,5 millions d’appartements vides. + 500 000 expulsions.
      Construction  de villes fantômes aujourd’hui.
      Ils faisaient même venir des sud américains pour bosser dans la construction.

      Ensuite pour les matières premières
      Le pic de production de pétrole c’est acté c’était 2008. 
      L’uranium le pic est atteint depuis 1980. aujourd’hui on utilise du MOX mélange d’uranium et de plutonium notamment militaire.
      La majeure partie des pics de production vont arriver dans les 20 ans qui viennent.

      Vous dites que la science a toujours sut s’adapter. C’est faux. Un pic de production du bois avait été atteint au moyen âge bois qui était la matière essentielle à tout les usages.
      Cela a été résolut par la découverte du nouveau monde et le bois importé. Cela a laissé le temps de trouver des solutions. C’était le marasme économique sinon.  

      • 9 Juin 2014 à 20h38

        Attila dit

        Il y a une grande différence entre faciliter l’ acquisition de logements, et lancer de grandes souscriptions pour des actions boursières, qui passeront directement par la case bétonneurs, sans passer par la case particuliers..

        Non..? C’ est même la politique inverse..!

        Bon, sinon, je suis totalement paniqué en apprenant qu’ on manque de tout….Enfin, vous peut-être..Ou juste la peur de manquer..?

    • 8 Juin 2014 à 21h58

      Guenièvre dit

      Que de mépris exprimé ici comme vous le dites Saul et Villaterne ! Car enfin qui sont ceux qui se veulent “les citoyens du monde” ? Ceux qui ont été capables de tirer leur épingle du jeu de la mondialisation, ceux qui sont un jour à Londres, l’autre à Washington ou à Singapour . Ces gens vivent dans l’espace mondial, parlent la langue mondiale et maîtrisent les instruments de la communication mondiale ! Ils regardent de haut ceux qui ont envie de rester dans leur pays en raison d’un certain attachement à leur communauté nationale au prétexte que ces derniers seraient prisonniers du monde ancien et en proie à des passions nauséabondes ! Non seulement cet attachement leur est suspect mais aussi l’idée selon laquelle la nation est le cadre par excellence de la vie commune et que c’est, historiquement d’ailleurs, dans ce cadre-là que sont nées les démocraties modernes . Sans avoir sur la question des idées complètement arrêtées (je me sens Européenne bien que je n’approuve pas la manière dont se construit l’U.E ) on peut au moins se poser la question : est-ce que la démocratie sans territoire, ou sur un territoire qui s’étend sans fin, est possible ?

      • 8 Juin 2014 à 22h25

        Saul dit

        voilà, exactement ça, la nation comme seule échelle maximale de solidarité collective et de démocratie, et qui a fait ses preuves.

      • 8 Juin 2014 à 22h31

        mogul dit

        La réponse est dans votre question! 
        Votre portrait de ces” citoyens du moonnde”, aussi pontifiants avec les manants qu’étroits d’esprit, est joliment vue…

        • 9 Juin 2014 à 17h15

          Attila dit

          ….Plus que l’ étroitesse d’ esprit partisane..? Rhôôô…Ptdr..

      • 8 Juin 2014 à 23h01

        kravi dit

        Guenièvre, nous savons bien que ces amoureux inconditionnels du genre humain luttent de toutes leurs forces pour éviter de reconnaître en eux-mêmes le fonds agressif qui est notre lot à tous. Grosse dépense d’énergie psychique pour occulter le sadisme inhérent à l’humain. 
        Moyennant quoi ils se révèlent sacrément agressifs dés qu’un interlocuteur s’avise de les contredire. Et montrent ainsi leur agressivité sans que leur système défensif puisse la camoufler. 
        Magnifique exemple que nous avons ici. 

        • 9 Juin 2014 à 17h23

          Attila dit

          Merci pour la consultation, docteur Freud..!
          Je vous dois combien..?

          L’ agressivité ou la combativité..?

          Faut pas tout mélanger, pour une fois que j’ ai eu droit à quelques contre arguments cohérents, à la place des injures, vous me gâchez le plaisir..

          C’ est très vilain..!

        • 9 Juin 2014 à 17h46

          Ralph K.Krüger dit

          La compassion est inhérente à l’humain, le sadisme est une perversion narcissique…

      • 9 Juin 2014 à 17h27

        Attila dit

        Foin des gué-guerres territoriales, qui ravale l’ humain au rang d’ animal..

        La démocratie humaine, pour un projet de société plus humaine, serait de demander son avis à chaque humain, ..!^^

    • 8 Juin 2014 à 21h34

      Saul dit

      on remarquera quand même que les autoproclamés open, libres au point qu’on les voit voler etc, sont aussi les plus hargneux, les plus agressifs, ouarf

      • 8 Juin 2014 à 22h09

        mogul dit

        J’ai connu dans ma vie quelques uns de ces dénonciateurs forcenés de la ringardise franchouillarde, qui professaient le modernisme à marche forcée et l’amour universel avec une aigreur et une agressivité qui foutaient sacrément les jetons…
        Attention, ça mord!.. 

        • 8 Juin 2014 à 22h12

          Saul dit

          ça aboie surtout ;-)

        • 9 Juin 2014 à 17h33

          Attila dit

          Pour l’ instant, les alter-mondialistes ont tué moins de monde que les nationalistes patriotards…!

          Non..?

        • 9 Juin 2014 à 17h44

          Saul dit

          non… Par exemple les cocos étaient des altermondialistes de leur époque, et eux aussi ont quelques cadavres dans leurs placards ;-).
          Ou encore les religions monothéistes qui sont par essence (hormis le judaïsme) elles aussi internationalistes. Que de crimes commis en leur nom pourtant… 

        • 10 Juin 2014 à 17h53

          Attila dit

          Vu comme ça, oui.

    • 8 Juin 2014 à 21h06

      Saul dit

      Si on pouvait arrêter sur les mythes de juin 40…
      Les Français se sont au contraire battus, avaient une armée aussi moderne et mécanisée que les Allemands, tant sur le plan qualitatif que quantitatif, hormis l’aviation (qui n’a pourtant pas démérité, une perte française pour 2 avions allemands en gros).
      pertes françaises : dans les 90 000 morts
      pertes allemandes : dans les 65 000 morts, + un tiers de leurs blindés détruits…  leur armée était à bout de souffle au 22 juin.
      La réalité est que que la campagne de France fut certes breve mais intense dans les combats, que les Français étaient commandés par des buses et que les Teutons ont surtout eu le cul bordé de nouilles tellement ils avaient pris des risques qui auraient pu (et même du) leur être fatal sur le plan stratégique.

      • 8 Juin 2014 à 21h45

        Attila dit

        J’ adore le patriotisme franchouillard..!

        C’ est un peu comme le sectarisme des supporters,sur un stade de foot..!^^

        • 8 Juin 2014 à 21h55

          mogul dit

          Attila, si tu pouvais nous épargner les turlupinades éculées dont tu nous bassines depuis deux jours. On croirait un roquet que ses maîtres ont laissé seul pour le week end…

        • 8 Juin 2014 à 21h56

          Saul dit

          c’est de l’Histoire. Tout ce qu’il y a de plus avérée.
          faut lire un peu hein 

        • 9 Juin 2014 à 17h30

          Attila dit

          De l’ histoire, ou DES histoires..?

      • 9 Juin 2014 à 0h53

        eclair dit

        @saul
        d’ailleurs  le mythe de la France sous équipé cela vient de vichy 
         

      • 9 Juin 2014 à 12h03

        Pierre Jolibert dit

        Je n’y connais rien et n’ai rien à dire pour ce qui est de l’équipement, mais pour ce qui est de la rhétorique, il n’est pourtant pas inintéressant de relire le plus beau et le plus efficace de ces mythes à la lumière du sujet qui est ici traité :
        “A cette époque, je fus affecté au secrétariat général de la Défense nationale, organisme permanent dont le président du Conseil disposait pour la préparation à la guerre de l’Etat et de la nation.” Admirez le et, qui fait péter le trait d’union. “De 1932 à 1937, je me trouvai mêlé, sur le plan des études, à toute l’activité politique, technique et administrative, pour ce qui concerne la défense du pays. J’eus, notamment, à (…) tisser la toile de Pénélope du projet de loi d’organisation de la nation pour le temps de guerre (…). Les travaux que j’avais à faire, les délibérations auxquelles j’assistais, les contacts que je devais prendre, me montraient l’étendue de nos ressources, mais aussi l’infirmité de l’Etat.
        Car c’est l’inconsistance du pouvoir qui s’étalait en ce domaine. Non, certes, que les hommes qui y figuraient manquassent d’intelligence ou de patriotisme. Au contraire je voyais passer à la tête des ministères d’indiscutables valeurs, et, parfois, de grands talents. Mais le jeu du régime les consumait et les paralysait.”
        Suit l’analyse de la stratégie conformiste des vieux chefs qui ne jurent que par ce qui les a fait gagner vingt ans plus tôt et par la ligne Maginot.
        “Ainsi, serait tenue par la nation en armes une barrière à l’abri de laquelle elle attendrait, pensait-on, que le blocus eût usé l’ennemi et que la pression du monde libre l’acculât à l’effondrement.
        Une telle conception de la guerre convenait à l’esprit du régime. Celui-ci, que la faiblesse du pouvoir et les discordes politiques condamnaient à la stagnation, ne pouvait manquer d’épouser un système à ce point statique. Mais aussi, cette rassurante panacée répondait trop bien à l’état d’esprit du pays [toujours le balancement entre l'Etat ET la Nation] pour que tout ce qui voulait être élu, applaudi ou publié n’inclinât pas à la déclarer bonne. (…) En somme, tout concourait à faire de la passivité le principe même de notre défense nationale.” (…)
        “Sous le titre “Vers l’armée de métier”, je lançai mon plan et mes idées. Je proposai de créer d’urgence une armée de manœuvre et de choc, mécanique, cuirassée, formée d’un personnel d’élite, qui s’ajouterait aux grandes unités fournies par la mobilisation.” La suite est émaillée, de mots tels que “qualité”, “personnel de choix”, “hommes choisis”, le genre de choses qui avait fait réagir le pourtant très souple et apte à sortir des sentiers battus Léon Blum, fidèle en entendant ça au credo républicain : armée = nation = Valmy / élite = aristocratie = bêêêê
        “Abordant les conditions que la politique, à son tour, imposait à la stratégie, je constatais que celle-ci ne saurait se borner à la stricte défense du territoire puisque celle-là devait étendre son champ d’actions au-delà des frontières.”
        D’où l’importance, dans l’appel du 18 juin, entre autres, de l’empire : “Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. (…) Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays”.

    • 8 Juin 2014 à 18h49

      Pierre Jolibert dit

      Très stimulant, surtout l’idée du transfert des préceptes évangéliques au niveau des Etats.
      Ce n’est pas que c’est une phrase complètement plate, mais enfin je ne voyais pas que la citation de Rousseau donnée exigeât une précaution telle que “n’hésite pas à”. Comme telle elle n’est pas très étonnante en tout cas.
      Du coup ça donne envie d’aller voir à la source, et alors là pour le coup ça cartonne :
      “L’institution [= l'éducation] publique n’existe plus, et ne peut plus exister, parce qu’où il n’y a plus de patrie, il ne peut plus y avoir de citoyens. Ces deux mots patrie et citoyen doivent être effacés des langues modernes. J’en sais bien la raison, mais je ne veux pas la dire ; elle ne fait rien à mon sujet.”
      Et du coup on institue Mimile à la maison, comme tout le monde (qui a les moyens).
      C’est la phrase sur les mots et l’effacement des langues modernes qui me frappe. Je ne voudrais pas la surinterpréter. Y a-t-il le sentiment que beaucoup de gens à ce moment-là se piquent de plus en plus d’imitation de l’antique sans se rendre compte du décalage qu’ils ne croient franchir que par des mots ?
      Une page plus haut, Rousseau écrit :
      “Toute société partielle, quand elle est étroite et bien unie, s’aliène de la grande. Tout patriote est dur aux étrangers : ils ne sont qu’hommes, ils ne sont rien à ses yeux. / NOTE : Aussi les guerres des républiques sont-elles plus cruelles que celles des monarchies. Mais si la guerre des rois est modérée, c’est leur paix qui est terrible : il vaut mieux être leur ennemi que leur sujet. / Cet inconvénient est inévitable mais il est faible. L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. Au dehors, le Spartiate était ambitieux, avare, inique ; mais le désintéressement, l’équité, la concorde régnaient dans ses murs. Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins.”
      Entre ces deux passages, une tartine d’exempla et moralia romains et lacédémoniens où il ne manque que l’enfant qui se fait bouffer le ventre par le renard, pour montrer la vertu vraie de vraie, etc. Mais le tout est poussé à outrance pour dire : “Cela n’a pas grand rapport, ce me semble, aux hommes que nous connaissons.”, et comme pour dire donc, en substance : oui je sais nous avons été bercés par tout ça surtout moi qui avais du Plutarque dans le biberon, mais sachons garder la mesure de ce que nous sommes ; ce qui peut prêter à plusieurs réactions très diverses de lecteurs :
      le futur conventionnel de base qui dit : qu’à cela ne tienne, redevenons tels (car le monde est vide depuis les Romains, etc.) ;
      le personnage fictif (?) à qui Chamfort prête certains de ses propos, comme le 757 (déjà cité par moi à Aventin il y a longtemps) :
      “En France, disait M…, il faut purger l’humeur mélancolique et l’esprit patriotique. Ce sont deux maladies contre nature dans le pays qui se trouve entre le Rhin et les Pyrénées ; et quand un Français se trouve atteint de l’un de ces deux maux, il y a tout à craindre pour lui.”
      Et peut-être d’autres possibles encore. En tout cas, tout occupé à accentuer les écarts historiques, Rousseau n’a pas poussé son plaisir de l’analyse jusqu’à distinguer le patriotisme doux du nationalisme méchant. Et tout Français qui veut être tranquille doit se garder de le lire, ou de faire semblant.

      • 8 Juin 2014 à 19h11

        Ralph K.Krüger dit

        Mouais, c’est à la loupe que commence, non le devoir, mais le travail de mémoire.

        • 9 Juin 2014 à 12h18

          Pierre Jolibert dit

          Mémoire est en travail ? Quand accouchera-t-elle ?

    • 8 Juin 2014 à 13h23

      L'Ours dit

      Mogul,

      je ne sais pas comment j’ai fait pour raté votre 0h41, mais heureusement qu’il vient de me prendre de revenir en arrière, il est excellent!

    • 8 Juin 2014 à 12h37

      eclair dit

      @attila
      1940  l’arméee française n’a pas demerité.
      Le problème est que l’armée du nord s’est retrouvée encerclée en allant au secours des pays bas. armée du nord comprenant l’essentiel des troupes motorisées en France. restait pour protgeger sedan des troupes de resrvistes sous équipés.

       Les français en belgique se battirent comme des diables mais sans logistique et seuls car les anglais abandonnéerent le terrain pour s’enfuir mettant en déroute l’armée belge. les français  furent ceux qui protegerent la fuite anglaise. Sans eux les allemands faisaient une bouchée de l’armée anglaise Au final armée du nord détruite. 

      l’arméee de l’est était une armée non motorisé. Combien de kilomètres par jour fait une armée en retraite non motorisée? Ils se sont retouvés encercés par les troupes motorisés allemandes. Une armée sans logistique. Sans soutien sans renfort. Les troupes françaises pouvait au maximum tenir 6 mois Les anglais ne pouvaient rien faire avant 1942.Ils ont perdus à dunkerque tout leur armement lourd.

      Sur les populations civilesil y avait 3 à 5 millions de deplacés par les combats. Tu les nourris comment? Comment tu fais pour éviter les épidemies? Si les combats durait encore 1 mois en France c’était épidemie et famine pour la population civile. Une population qui s’auto suicide original comme concept.

      Et le coup de prendre aux allemands des armes ils les donnaient comme cela leurs armes bien sur. Les “résistants” ils faisaient comment pour se nourrir? 
      en octobre 1940 le rationnement était de 1200 calories jours contre 2400 calories jours nécessaires.
      Dans les camps de deportés le nombre de calories était entre 800 et 1000.

      http://www.nithart.com/fr39-45.htm 

      • 8 Juin 2014 à 14h53

        Attila dit

        Les premiers résistant ont piqué des armes en demandant poliment..! Hahahaha..

        Nan, sur le maquis de Belfort, ils ont acquis des armes à la suite d’ opérations contre un ou deux soldats allemands, au début, Puis les camions isolés, par la suite, jusqu’ aux premiers parachutages d’ armes en 1943.

        Pour se nourrir, ils n’ étaient guerre mieux lotis que les manouches de l’ époque, et se fournissaient chez les paysans..De gré ou de force..

        Quand à la raclée express de 1940, ça fait 70 ans que certains polémiquent sur le sujet..

        La seule chose CERTAINE, qu’ on peut en conclure… C’ est que le nationalisme est génocidaire..!

        • 8 Juin 2014 à 20h02

          brubru35 dit

          non la seule chose qu’on peut en conclure c’est que le peuple francais a préféré les congés payés et le pacifisme et que cela lui est retombé sur la gueule .
          Ce n’est pas le nationalisme qui a amené hitler au pouvoir mais la crise de 29 ,les conditions “de paix” absurdes des francais qui ont voulu faire payer aux allemands la première guerre mondiale  .
          Si la France avait  proposé à l’allemagne “la paix des braves”en 1918,la guerre n’aurait jamais eu lieu…mais l’aurait t’elle pu?
          Et votre critique du nationalisme rejoint en filigrane l’internationalisme dans lequel nous sommes aujourd’hui embourbés pour le plus grand malheur des peuples,des identités ,des emplois et de l’immense cohorte” des bas salaires” qui en subissent les conséquences…  

        • 8 Juin 2014 à 21h02

          Attila dit

          Amalgame..!

          C’ est un peu facile de reporter sur l’ UE et l’ internationalisme, les échecs politico-économiques des gouvernements français successifs..

          J’ ai démontré plus bas, chiffres à la clef, qu’ il aurait mieux valu que la France soit gérée par une Merckel, que par un Chirac, un Sarkosy ou un Hollande..

          Refuse de reconnaître les erreur, c’ est se retrouver dans l’ impossibilité de trouver les bonnes solutions pour les corriger..!

          Quarante ans, qu’ ils balladent les français à coup d’ idéologies gauche/droite..Qu’ est-ce qu’ ils ont fait d’ autre..?