Harcèlement scolaire: l’école moderne est responsable | Causeur

Harcèlement scolaire: l’école moderne est responsable

L’idéologie de la “bienveillance” a construit le phénomène

Auteur

Samuel Piquet
Professeur

Publié le 12 janvier 2017 / Société

Mots-clés : , ,

La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, en compagnie de son homologue danoise, Christine Antorini. Paris, mars 2015. SIPA. 00708139_000015

La deuxième journée nationale contre le harcèlement à l’école a eu lieu début novembre. Parents, professionnels et enfants étaient visés par cette nouvelle campagne. Mais, si l’initiative était louable et que certaines vidéo présentées à l’occasion n’ont pas manqué d’émouvoir et de susciter l’indignation, on est en droit de se demander si le ministère ne s’est pas, tout simplement, trompé de cible…

Les parents, déjà largement sensibilisés à cette pratique, sont ceux qui, en dépit de tout bon sens, accusent régulièrement les enseignants de harceler leurs enfants. Les enseignants font ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grand-chose, délestés qu’ils sont depuis des années de toute autorité. Quant aux enfants, beaucoup y sont sensibles, beaucoup sauf les principaux intéressés… Comme j’ai moi-même pu le constater lors d’une séance vidéo organisée par mon collège pour tous les élèves de quatrième. Les sourires entendus et ricanements de certains caïds ne tournaient pas à la franche rigolade, mais seulement en raison de ma présence dans la salle.

Quand les bourreaux passent pour des victimes…

Comment s’en étonner quand un ministère se persuade que les dangers principaux qui guettent l’enfant à l’école sont l’humiliation (par les professeurs !) et l’ennui, auxquels il faut remédier grâce à la « pédagogie de la bienveillance ». On ne peut prôner sans cesse l’indulgence envers les bourreaux, les faire passer pour des victimes et espérer que disparaissent miraculeusement ces brimades.

« Comment se fait-il que l’équipe éducative n’ait rien vu ? », entend-on régulièrement après un drame. Soit les adultes, qui n’ont plus aucun pouvoir depuis que l’école a décrété que la parole de l’élève valait autant que celle du professeur, ont tant d’autres choses à gérer qu’ils passent à côté. Soit, plus grave, la direction ferme les yeux ou minimise les actes de harcèlement et ne punit pas leurs auteurs à la mesure de leur comportement. Les exemples, hélas, sont légion. Un suffit à incarner le malaise : à Saint-Michel-sur-Orge dans l’Essonne, un établissement choisi pour lancer la précédente campagne contre le harcèlement n’a même pas respecté le protocole établi dans le cas de sa victime.

Certains se demandent aussi pourquoi les jeunes harcelés ne préviennent pas un adulte. Tout est fait pour les en dissuader. Dès leur plus jeune âge, on explique aux élèves qu’il ne faut pas « rapporter » – tout en leur interdisant de se faire justice eux-mêmes – certains allant même jusqu’à l’assimiler à de la « délation », mot que j’ai entendu de nombreuses fois dans les bouches des principaux/ proviseurs, de certains CPE, voire de certains collègues.

Les harceleurs ne sont quasiment jamais exclus

C’est oublier également que l’élève, qui ose raconter ce qu’il subit, prend le risque de voir ses brimades redoubler. De la part de ses autres camarades, prêts à toutes les compromissions pour ne pas passer pour des « balances » (des « poucaves ») et être du côté du plus fort – surtout dans une école qui a érigé le cancre en modèle (à Béziers, le harcelé s’est fait taper pendant l’intercours parce qu’il a répondu à une question posée par la prof et ce malgré tous les efforts qu’il faisait pour rester un élève moyen). Mais aussi de la part de la direction. Dans cette école qui a inversé toutes les valeurs, les harceleurs ne sont quasiment jamais exclus, on leur trouve toutes les circonstances atténuantes possibles et imaginables. C’est donc le plus souvent au harcelé de quitter l’école. Et tout le monde n’a pas nécessairement les moyens ou l’opportunité de déménager.

Sensibiliser au harcèlement, certes, cela ne peut pas faire de mal. Mais cette campagne risque fort de ne toucher que les adultes. Peu de chances pour que des enfants de 11 à 14 ans (c’est au collège que le harcèlement est, statistiquement, le plus fréquent) changent tout à coup de comportement. Une poignée de victimes osera peut-être en parler. Mais rien ne permettra de régler le problème en amont : une société qui attend tout de ses enfants et ne responsabilise pas ses adultes est une société malade.

En voulant éradiquer l’humiliation des élèves par le professeur, l’école moderne a construit l’humiliation des élèves par leurs semblables. En invitant les « apprenants » à échafauder eux-mêmes leur propre savoir, elle a confisqué l’autorité du professeur. En cherchant par tous les moyens à faire de ce dernier un égal de l’élève, elle a fait de lui un être pas davantage capable de le protéger que ses camarades.

« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard » disait Nietzsche. On ne saurait mieux résumer l’idéologie de l’Education nationale.

  • Article en accès libre. Pour lire tous nos articles, abonnez-vous !

    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 15 Janvier 2017 à 11h47

      plouc dit

      les harceleurs ne seraient t’ ils pas en majorité des maghrébins et africains ?????? n’ est ce pas ????

    • 15 Janvier 2017 à 10h05

      Craffe dit

      Les problèmes entre élèves dans les collèges/lycées pourraient être résolus par une structuration simple des établissements : 1/ ceux dans dans lesquels il y aurait une sotte tolérance très faible aux incartades ; 2/ ceux qui adopteraient au contraire une pédagogie progressiste et intelligente. Il y aurait deux critères pour répartir les élèves : le choix des parents et le comportement de leur progéniture.

      Avec un pilotage un peu souple pour que les élèves puissent passer d’un type d’établissement à l’autre en fonction de leur comportement (pas nécessairement de leurs performances scolaires mais les établissements fascistes seraient autorisés à faire des classes de niveau), ça devrait fonctionner à peu près. Et ça décrisperait sans doute la situation.

    • 14 Janvier 2017 à 16h29

      levrédufo dit

      Cher Monsieur,
      vous voulez bien faire en chargeant la mule (l’école façon Najat) et en lui collant sur le dos la responsabilité du harcèlement. Je ne partage pas cette opinion. Le harcèlement a toujours existé dans toutes les couches sociales depuis qu’il y a une vie de groupe, il est l’autre nom du bouc émissaire. Il n’est pas l’effet d’un affaiblissement de l’autorité à l’école. Le prince Charles en a bavé des ronds de chapeau dans son pensionnat de Gordonstoun où se retrouvait le gratin de la noblesse Anglaise. Il n’y régnait pas une idéologie victimaire et les professeurs n’étaient certes pas dépourvu d’une autorité sans faille.
      Tous ceux qui ont vécu en groupe ont connu le harcèlement. La faute de l’école du vivre-ensemble c’est qu’elle a fait croire qu’elle allait résoudre ce problème avec son remède multipurpose (1/3 de bons sentiments égalitaires, 1/3 de psychologisme et 1/3 d’idéologie du vivre-ensemble). C’est là l’escroquerie car à ce compte c’est l’agresseur s’en tire toujours à bon compte puisqu’ “il n’a pas eu la chance d’évoluer dans un milieu favorable, lui”.

    • 14 Janvier 2017 à 12h25

      Pol&Mic dit

      “Chevènement” ne semble pas “partager”…….. (pourquoi donc? “il” est de Gauche pourtant!….)

    • 14 Janvier 2017 à 11h26

      Nolens dit

      Je suis heureux d’avoir effectué ma scolarité dans des établissement où, à l’époque, il n’y avait pas d’arabes.
      Mes enfants ont eu la chance d’être scolarisés dans des établissement où il y en avait très peu, le dernier, petit retardataire, a été scolarisé dans le privé, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en avait pas, mais ceux qui y étaient, il y avait aussi d’autres origines, étaient issus de familles riches et éduquées.
      La première génération d’arabes était venue pour travailler, la deuxième génération constitue le gros des effectifs de ce qu’on appelle aujourd’hui la racaille.
      Cela fait des dizaines d’années que ça dure, avec l’aide active de la gauche qui n’a de cesse de détruire la société bourgeoise et qui est en passe d’y arriver.
      Est-ce que les gens ont bien réalisé cela ? J’en doute fort et je m’en fous.

      • 14 Janvier 2017 à 16h57

        Livio del Quenale dit

        oui, avec un parcours chaotique j’ai connu au moins une nouvelle école chaque année avant l’université. Il y avait des arabes peut-être musulmans mais ils n’en parlaient pas enfin ne nous saoulaient pas avec ça.
        C’est vrai des familles pas forcément riche mais éduquées et bien élevés et très sociables  rien a voir avec ceux d’aujourd’hui, enfin pour ceux qui occupent le devant d e la scène dans les médias* les mauvais cachent les bons, 2e et 3e génération ne sont pas tous racaille heureusement .

         (*médias avides de bruit et de buzz prompts à mettre de l’huile sur le feu, ils mériteraient des sanctions pour cette inconséquence irresponsable).
          

    • 14 Janvier 2017 à 11h11

      Roturier dit

      Et si le problème résidait en l’idéologie victimaire ?
      En notre propension de désigner, à chaque pet de travers, « victime » et « bourreau » ?
      Ce qui revient à réfléchir avec ses glandes lacrymales et non avec sa cervelle ?

      Et si on se demandait pourquoi en Français la première est toujours au féminin, le second au masculin ?

      Mal nommer les choses augmente le malheur du monde (merci, Camus).
      Et si la victime était parfois consentante ? Et si le bourreau ne l’était pas toujours ? Et si les rôles s’inversaient à l’occasion ?
      Et si on était toujours la victime de quelqu’un, le bourreau de quelqu’un ?
      Et si on cessait de nommer « bourreau » autre chose que l’exécuteur de basses œuvres judiciaires ?

      Sachant que dans l’immense majorité des cas dits de « harcèlement » il n’y a pas mort d’homme (ni de gamine) et que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts (merci, Nietzche) ?

      Et si désigner une « tête de turc » était consubstantiel au processus de socialisation, à la genèse d’une tribu, sans laquelle l’espèce humaine, forcément grégaire, serait condamnée à disparaitre ?

      Et si une civilisation qui interdit le « harcèlement » était in fine condamnée à s’effacer devant l’Autre, celle qui garde ses pulsions de survie, dont le « harcèlement », intacts, suivez mon regard ?

      Et si on s’interdisait d’interdire le « harcèlement » ?

      Et si la ministre qui cherche à interdire le « harcèlement » était consciente de son intérêt vital et n’avait rien à faire de l’affaiblissement du collectif auquel elle contribue vu que ce collectif, elle n’en a rien à faire car elle n’en fait pas vraiment partie ?

      • 14 Janvier 2017 à 11h29

        Nolens dit

        La construction d’une langue est le produit de siècles d’évolution. En français il n’y pas pas de genre neutre. C’est comme ça.
        Patience, vous aurez bientôt l’arabe en première ligne, le français sera sans doute interdit ou déconseillé.

      • 15 Janvier 2017 à 20h11

        Hannibal-lecteur dit

        C’est limite trop fort, ça, Roturier, le harcèlement considéré comme facteur de promotion individuelle et sociale, autant pour le harceleur que pour le harcelé, il fallait y penser. 
        Sauf certaines douleurs trop fortes , pouvant devenir insupportables, à proscrire, donc, il y a du vrai dans votre analyse. 
        Mais jamais NVB n’en aura la moindre idée, là vous lui faites trop d’honneur de la croire capable de pareils procédés : la croyez-vous assez intelligente pour ça?  

    • 14 Janvier 2017 à 9h05

      Livio del Quenale dit

      En fait ce sont les métastases du cancer qui gagnent tous les organes et maintenant le sanctuaire scolaire.
      -
       Si Fillon veut redresser la France, il devra lui aussi détourner l’Alphée et le Pénée et peut-être la seine, la Loire, le Rhône, le Rhin, la Garonne et le Vidourle.

    • 14 Janvier 2017 à 9h02

      jbtsr dit

      Laissez moi partager mon expérience personnelle.Mon fils avait été confronté à ce fléau dans le bus et se rendait à pieds au collège depuis des semaines.. Très en colère je décidais de “monter au créneau” via les parents d’élèves. Finalement j’ai dû faire comme beaucoup de citoyens dans ce pays… J’ai courbé l’échine, fait profil bas et je me suis soumis. Équipe enseignante, parents et policiers m’ayant clairement expliqué que les caïds qui avaient pris le contrôle du bus étaient impunissables, et que leurs représailles contre moi me rendraient la vie infernale (voiture brûlée, tags, menaces.. experience que venait de subir une parent d’élève,l’ obligeant à demenager). Je n’ai jamais digéré cette humiliation, mes enfants sont allés dans le privé pour leur sécurité et je vote avec mes poings.

    • 14 Janvier 2017 à 2h04

      francause dit

      Moi qui suis un vieux prof, ai vu la différence lorsqu’on a supprimé les surveillants au Collège. Les gamins s’insultaient ou se bagarraient en cour de récréation et personne ne disait rien. De véritables clans se constituaient. On ne peut pas renvoyer un élève si on n’a pas un autre établissement pour l’accueillir. La seule chose pour responsabiliser les familles serait de supprimer les allocations, mais ça ne se fait pas car l’argument c’est que ça pourrait aggraver les ‘conditions familiales difficiles’ des bourreaux-victimes, qui ont précisément produit ce comportement perturbateur. Lorsque des élèves de troisième dealent dans la rue, le cours d’anglais n’a aucun intérêt pour eux. Lorsque certains élèvent travaillent de nuit dans les restaurants, ils dorment le jour. Lorsque les filles de troisième sont perchées sur des semelles compensées, difficile de les prendre pour des gamines. Lorsque les lycéens ont le droit de sortir sur le trottoir, ou aller au fond de la cour pour fumer, comment leur imposer un uniforme? Et je ne parle pas de ceux qui s’échangent les joints sous les tables ou qui passent le cours à jouer sur leur mobile. C’est la faiblesse généralisée, la dévalorisation du travail et les excuses qu’on lui trouve qui détruisent la jeunesse. Quant aux parents, beaucoup ne maîtrisent pas les bases pour aider ou comprendre leurs enfants ou sont trop occupés à gagner leur vie vaille que vaille pour les suivre. Ce qui arrive à notre société se résume ainsi: la misère appelle la misère et les plus faibles se font harceler par la minorité plus agressive. Je me souviens qu’on avait une conférence du commissariat de police une fois par an pour ‘informer’ les jeunes sur le racket à l’école, et ça remonte à 1996! Je suppose que ça donnait bonne conscience au chef d’ Etablissement.Pas de progrès en 20 ans.

    • 13 Janvier 2017 à 22h45

      Alex Z dit

      Moi ce qui m’est resté de la première émission télévisée sur la primaire de la droite en novembre, c’est Fillon, disant : “il faut remplacer l’équipe de pédagogues qui détruit l’Education nationale depuis 30 ans”. Je crois, ou quelque-chose comme ça. C’est le seul candidat, à ma connaissance qui ait compris l’origine du problème et qui ait l’intention de renverser la vapeur.

    • 13 Janvier 2017 à 17h19

      Terminator dit

      Il n’est pas de bon enseignement sans ordre (horreur !) et discipline (malheur !) que le corps enseignant est censé faire respecter. S’il ne le fait pas, c’est sur ordre (au minimum des syndicats ou du chef d’établissement, voire les deux). À vous d’en tirer les conclusions qui s’imposent. En ce qui me concerne, j’ai appris une ou deux choses à mon fils : “ne cherche JAMAIS la bagarre mais si tu la trouves, c’est pour un oeil les deux yeux et pour une dent toute la gueule ; sois le plus rapide et le plus féroce et frappe là où ça fait mal” !