Suivre Causeur :     

Happy hours en salles de shoot

La drogue, il n’y aura pas de maisons pour ça

Publié le 17 août 2010 à 6:00 dans Société

Mots-clés : ,

Se droguer avec des médecins : non merci ! Enfin, ça dépend lesquels.

Je vous résume l’histoire, au cas où, ces derniers jours, vous étiez occupés à effectuer votre descente d’héroïne dans un squat à Palavas-les-Flots plutôt qu’à suivre l’actualité française.

Roselyne Bachelot, qui fait ministre de la Santé quand elle ne s’occupe pas de Rama Yade, annonce son intention d’ouvrir des “salles de consommation de drogues sous surveillance médicale”. Nadine Morano lui emboîte le pas en déclarant qu’elle trouve ça smart, bath ou in. Je ne me souviens plus de la teneur exacte de sa déclaration. Mais qu’est-ce qu’elles sont cool, les gonzesses gouvernementales ! Elles savent pas s’habiller, mais qu’est-ce qu’elles sont cool ! Et patatras, voilà le grand sinistre qui arrive. François Fillon recoiffe sa mèche et déclare : “Pas de ça chez nous !” Le Premier ministre français a beaucoup fait pour encourager le nomadisme des Roms (les voyages, ça forme la jeunesse), il n’entend pas les camés se laisser sédentariser.

Fillon est un punk. S’il ne l’était pas, il ne se coifferait pas aussi atrocement. Chaque fois même qu’il paraît à la télévision, son regard n’est pas seulement celui d’un chien battu : il exprime simplement la même angoisse existentielle que chantaient les Sex Pistols. Il y a du Sid Vicious, chez cet homme-là.

Le No future subventionné n’a pas d’avenir

Justement, c’est dans un hôtel de Greenwich Village (un Méridien, si mes souvenirs sont bons) que Sid Vicious a été retrouvé mort, en février 1979. Pas dans une “salle consommation de drogues sous surveillance médicale”. Imaginez-vous la tête que ferait un gars comme Philippe Manoeuvre (juré à la “Nouvelle Star” dans la vraie vie et, accessoirement rédacteur en chef de Rock & Folk) si le leader des Sex Pistols avait trouvé la mort en pleine overdose de Subutex, prescrit sur ordonnance et remboursé par la Sécurité Sociale, la main tenue par Raymonde Bouchard, infirmière en chef de “salle de consommation de drogues sous surveillance médicale” à Melun, 55 ans, célibataire et toujours vierge. Faudrait peut-être qu’elle pense à se raser la moustache. Le No Future subventionné n’a pas d’avenir.

Je ne veux pas généraliser non plus. Michel Heinrich, député-maire UMP d’Epinal, a fait entendre une voix discordante. Lui, les salles de shoot, il est plutôt pour. On le comprend : vivre à Epinal, ça incite à se shooter. Mais, en plus, avec le temps pourri qu’il y fait de janvier à décembre, vaut mieux prendre sa dose à l’abri des intempéries : shooté oui, mais pas trempé. C’est sans compter aussi que, dans les Vosges, ils ont réintroduit, il y a quelques années, le loup, le lynx, le chihuahua ou je ne sais quel autre animal hargneux, si bien qu’il y est désormais impossible de se camer en plein air sous peine de se réveiller avec un membre en moins ou, pire, ligoté par des cordelettes dans un sac poubelle et plongé dans les eaux de la Vologne, des eaux si tristes que cette rivière n’a pas trouvé mieux comme destin que de se jeter dans la Moselle. Donc, d’accord, les “salles de consommation de drogues sous surveillance médicale”, il ne faut pas les autoriser dans les Vosges, mais les rendre obligatoires. Et dès le plus jeune âge.

Mais ailleurs ? Ailleurs, les choses se passent plutôt naturellement depuis des années. Je me souviens (c’était à la fin des années 1980), à Saint-Tropez, de soirées passées chez des amis français, où l’herbe, la cocaïne et les buvards d’acide circulaient allégrement. À l’époque, un jeune freluquet qui ne se prétendait pas encore écrivain avalait des ecstasies comme des fraises Tagada tout en me suppliant de lui donner des cours particuliers d’allemand1. Et nous étions heureux. Camés mais heureux. Le tout, évidemment, sous surveillance médicale. Il y avait, en règle générale, deux ou trois médecins psychiatres, quatre ou cinq dentistes, six ou sept ophtalmologues, un célèbre otho-rhino (ce serait rosse de dire son nom) et dix-huit ou dix-neuf chirurgiens esthétiques. En passant, je vous déconseille d’appeler “chirurgien esthétique” quiconque veut vous démonter le portrait après trois grammes de coke en hurlant qu’il est un réel bienfaiteur de l’humanité puisqu’il fait de la “chirurgie réparatrice”.

L’art discret de pratiquer la drogue en salle

C’est dire que les “salles de consommation de drogues sous surveillance médicale”, je connais depuis longtemps. Il n’y a rien de pire au monde que de se faire un fix avec des représentants du corps médical. La journée, les mecs la passent à s’enfiler dose de morphine sur dose de morphine. Le soir, on ne les retient plus.

Même si j’ai arrêté de fréquenter les chemins qui ne mènent nulle part ailleurs que dans les paradis artificiels (c’est la grande thèse de mon livre que je n’ai pas encore écrit sur Heidegger cocaïnomane), même si je me contente désormais de ma ration régulière d’alcool pour tenir, je ne pourrais m’imaginer picoler dans une “salle de consommation de vodka sous surveillance médicale”. Une seule raison à cela : je connais très bien notre médecin de famille, le docteur Schweitzer (aucun rapport avec l’autre). Si je me retrouvais un jour avec lui dans une “salle de consommation de Bloody Mary sous surveillance médicale” (que sommairement nous appellerons un bistrot), je n’aurais pas fini mon verre qu’il aurait déjà bu le mien. Non pas ça, pas chez nous ! Et pas avec lui.


Acheter chez Amazon.fr

  1. Non, je ne ferai pas du name dropping. Mais chacun aura reconnu qu’il ne s’agit ni de Marcel Proust ni de sa petite sœur.
envoyer par email autre réseau social

A lire aussi

La rédaction de commentaires est reservée aux abonnés

49

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous

mot de passe oublié | Vous n'arrivez pas à vous connecter ?
 

Nos offres

  • 18 August 2010 à 23h14

    Jojo dit

    “Si les quelques occidentaux qui restent veulent se suicider?”
    La drogue ne touche pas que les occidentaux, qui n’ont pas le monopole du vice, ni de la vertu d’ailleurs.

  • 18 August 2010 à 22h22

    Pierre Theuriau dit

    J’ai beaucoup aimé cet article sur le projet bachelotesque de salles de shoot. Il faut dire que je ne pas d’Epinal non plus.
    Juste un détail : je voyais davantage François Fillon en Phil Ramone qu’en Sid Vicious. Ah bon ? No future aussi ?
    Bon, je penserai à quelques lignes sur les sales de foot un de ces jours. C’est aussi l’affaire de Mme Bachelot, si j’ai bien compris.

  • 18 August 2010 à 17h00

    Benoit M. dit

    ” [...] plongé dans les eaux de la Vologne, des eaux si tristes que cette rivière n’a pas trouvé mieux comme destin que de se jeter dans la Moselle”

    Trudi, rien que pour cette phrase magique, ne reprenez plus jamais de drogues, s’il-vous-plait!

  • 18 August 2010 à 16h52

    NonooStar dit

    @Coriolan
    Premièrement, Jaurès, je m’en tamponne pas mal… Ensuite, 30 ans (ou même 20 ans, ou même 10 ans), ça me parait un temps raisonnablement long pour faire des bilans et adapter les politiques publiques en fonction de ça. Concernant les expériences étrangères, j’entends les deux sons de cloches (qu’elles furent des réussites et qu’elles furent des échecs) sans jamais la moindre source (vous remarquerez que j’ai dit que des solutions alternatives avaient été testées sans présupposer du résultat, vu que je l’ignore), mais quelle que soit la réalité, il y a potentiellement des enseignements à en tirer.

    Concernant le reste de votre délire, je me contenterai d’en rire : vous présupposez de mes opinions en déformant ce que j’ai dit, vous faites le malin à coup de généralité comme “Grande Religion de l’Inneffable Tolérance et de l’Impérieux Progrès Alternatif”, vous donnez dans la conclusion hâtive en disant que vu que les solutions alternatives n’ont pas marché et après, vous fustigez ceux qui font passer l’idéologie avant la science.

    Pour reprendre vos termes, mon problème n’est pas que vous interrompez ma partition (je n’ai clairement pas d’avis tranché sur ce genre de problème), mais que vous vous contentez de propos péremptoires et définitifs en tapant sur les méchants gauchistes prisonniers de leur idéologie pour toute forme d’argumentaire.

  • 18 August 2010 à 11h58

    Altaica dit

    boah, au fait pourquoi pas…

    Si les quelques occidentaux qui restent veulent se suicider?

  • 18 August 2010 à 11h18

    Coriolan dit

    Quant à Marmottan -qui n’a pas 30 ans- pour celui qui me reproche la référence, c’est le dernier exemple majeur en date de la foirade totale des grandes idées généreuses envers les toxicos. Quand parmi les références idéologiques des “gens de progrès”, on trouve un Jean Jaurès, révolutionnaire antisémite du début du siècle dernier canonisé par la suite par nécessité politique, Marmottan, c’est de l’actualité brûlante.
    C’est un exemple concret, pas une branlette sur papier de scientifiques dont les rapports avec la toxicomanie sont ambivalents (ce qu’il me semble pouvoir lire entre les lignes de Trudi), et qui réussissent comme par hasard à démontrer que l’hypothèse qui avait leur faveur est la bonne. Or, l’idéologie et la science sont incompatibles : dois-je rappeler ce que fut Lyssenko pour le régime soviétique, et à quels errements il a condamné la recherche génétique du bloc de l’Est ? (en fait, je suppose que je devrais…)

    Le problème pour certains violonistes venus jouer ici leur partition, c’est que j’ai trop longtemps bossé sur la toxicomanie pour supporter leur concert éthéré sans l’interrompre. Voilà qui est fait.

  • 18 August 2010 à 11h11

    Coriolan dit

    Quant à Marmottan, pour celui qui me reproche la référence, c’est le dernier exemple majeur en date de la foirade totale des grandes idées généreuses envers les toxicos. Quand parmi les références idéologiques des “gens de progrès”, on trouve un Jean Jaurès, révolutionnaire antisémite du début du siècle dernier canonisé par la suite par nécessité politique, Marmottan, c’est de l’actualité brûlante.
    C’est un exemple concret, pas une branlette sur papier de scientifiques dont les rapports avec la toxicologie sont ambivalents (ce qu’il me semble pouvoir lire entre les lignes de Trudi), et qui réussissent comme par hasard à démontrer que l’hypothèse qui avait leur faveur est la bonne. L’idéologie et la science ont bea incompatibles, mais

    cela n’a pas 30 ans, et on s’en fout par ailleurs complètement : les gens de votre espèce nous les cassent avec Jaurès

  • 18 August 2010 à 11h06

    Coriolan dit

    Panurgez, panurgez, vous ne bougerez pas d’un iota…

    On s’en fout des études françaises, les seules rares études intellectuellement honnêtes ont été réalisées à l’étranger, entre autres dans les pays ayant expérimentés les “solutions” alternatives et en étant revenues. Cela se vérifie pour qui veut chercher et se faire un opinion impartiale. Quant aux autres, je ne suis pas là pour convertir les tenants de la Grande Religion de l’Inneffable Tolérance et de l’Impérieux Progrès Alternatif. Depuis que le mur de Berlin est tombé et qu’ils ne peuvent plus dire qu’il existent une alternative politique, il faut bien qu’ils s’occupent…

    @ “Gilbert Duroux dit :
    17 août 2010 à 14:33
    Sachant qu’aux yeux de la justice la maladie mentale exonère des responsabilités.”

    Faux. Encore une idée reçue, bien simpliste, de manière à ce que tout le monde comprenne bien le message qu’on veut faire passer..
    .
    Je ne vais pas vous faire un cour de droit, simplement, renseignez-vous ailleurs que dans les pages de Libé/le Monde/le Figaro ou auprès de n’importe quelle chaine de télé française, bref ailleurs que chez les généralistes/simplificateurs de la rive gauche.

  • 18 August 2010 à 10h34

    Mangouste dit

    @ Marie,

    Merci! (et pardon pour le retard, je ne passe que ponctuellement sur le site)

  • 18 August 2010 à 10h00

    Vivien dit

    @Parsec

    La libéralisation vous pronez n’est pas aussi originale que vous le pensez. Ca a déjà été expérimenté en Chine au XIXème début XXème siècle avec l’opium (en fait, pas à prix coutant, mais les anglais ne se faisait qu’une marge commerciale “standard”). Ca continue d’aileurs dans toutes les régions productrices, en particulier pour l’opium : Afghanistan, Birmanie… Les résultats ont été et sont, on va dire, discutables. A l’inverse, la Chine communiste a montré derrière qu’une politique vraiment répressive (ils savent faire…) pouvait faire radicalement baisser la conssomation.

    Je joue au con en comparant des situations pas très comparables, mais tout ça pour dire quand même que l’argument “on ne risque rien à essayer ce qui n’a jamais été tenté”, bon…

    @szavay

    Ils ne sont pas si sans humour que ça les causeurs. Tenez, moi-même, me prendre une leçon d’humour et de civilité de votre part, c’est parti pour me faire rigoler pour le reste de la journée.

  • 18 August 2010 à 9h22

    szavay dit

    Je trouve cet article très drôle et superbement écrit.Mais je comprends que certains causeurs,qui ont presque autant d’humour qu’un presse-purée,soient un peu décontenancés.

  • 17 August 2010 à 18h33

    Parsec suite dit

    Avant de me lyncher en public je tiens à dire que c’est peut-être une idée qui peut paraitre folle et/ou immorale mais pour moi l’immoralité consiste à faire semblant de croire que la répression actuelle est efficace, alors qu’elle ne l’est pas.
    Certes il y a un risque (à mon avis temporaire ) d’augmentation de la consommation (de toutes façons actuellement celui qui veut consommer le fait sans se poser trop de questions) mais encore une fois le marché devrait à terme se tarir puisque le facteur principal, l’argent, aurait disparu. Il y a aussi un risque de déplacement de la criminalité organisée du trafic de drogues vers d’autres marchés, mais c’est inévitable.
    Pourquoi ne pas essayer ?

  • 17 August 2010 à 18h17

    Parsec dit

    Je ne sais pas si je serais classé parmi les fachos ou réacs ou bourges, par Coriolan, mais pour ma part il me semble évident que depuis 40 ans que l’Occident lutte ( ou prétend lutter ) contre la drogue, la vague de poudre ne cesse de monter !et que les prises des douaniers ne sont que l’écume de cette vague.
    Quant une politique est de façon aussi constante, un échec sous toutes les latitudes, ds tous les pays et sous tous les régimes, un échec total et peu contestable, la moindre honneteté intellectuelle fait se demander s’il n’y a pas une autre politique à mener (autre exemple , la prohibition aux States n’a jamais marché).
    Quant par ailleurs il n’est guère de peuple dans l’histoire qui n’ai jamais cherché à se faire plaisir et /ou à mieux supporter la dureté de la vie par quelque substance apaisante sinon roborative.
    Qu’enfin le marché de la drogue ne tient que par l’argent (quelle autre activité “commerciale” permet de faire des bénef par un facteur 100 ?)
    Il me semble qu’il serait possible et souhaitable d’essayer de casser le marché en vendant à prix coutant des drogues controlées par les Etats respectifs, dans des lieux controlés et médicalisés. Cela aurait l’immense avantage d’éviter que d’abjects mafieux essaient d’harponner des gamins à la sortie des lycées; cela casserait le trafic puisqu’il n’y aurait plus de fric à faire; cela diminuerait la violence induite pour trouver l’argent pour se payer sa dose.

  • 17 August 2010 à 17h18

    michel Kessler dit

    … et la Moselle, la pauvre se suicide, euh se jette dans le Rhin, qui lui -même n’en pouvant plus va finir sa course folle dans la mer du Nord, arrosant dans une suprème agonie les Pays Bas et ses coffee shops, comme par hasard… C’est triste l’Europe vers le nord et vers le sud n’en parlons pas.

  • 17 August 2010 à 16h32

    Bérénice dit

    erratum : arrêtez de vilipender la finance.
    re-RIRE

  • 17 August 2010 à 16h31

    Bérénice dit

    Coriolan,

    Un camé est sincère quand il vous dit, les veines pleines, qu’il va arrêter. Mais cela ne l’empêche pas de repiquer au truc dès qu’il est en manque et d’être prêt à tout pour obtenir sa dose : arrêter de vilipender la finance!
    RIRE

  • 17 August 2010 à 16h00

    Sophie dit

    En toute grande forme, Coriolan! En voilà un qui en a dans le calebard! La prochaine fois que mes filles devront ranger leur chambre, je vous appelle. Ca sera vite fait, bien fait, et pas la peine de discuter! Un rêve!

  • 17 August 2010 à 15h11

    Marie dit

    @Mangouste
    “Sur le fond, le thème qui revient souvent ces temps-ci : le bizness de la drogue contrôlé par l’état : plus présentable, plus efficace, mieux désinfecté, mieux contrôlé : la mort sur ordonnance! Le délire absolu d’une société pour qui la Raison et l’Organisation sont devenues de nouveaux Moloch auxquels elle sacrifiera volontiers quelques-uns de ses enfants pourvu que la mise à mort soit propre et ne fasse pas trop de bruit. Je me réjouis de voir l’étape suivante : je sens que je ne serai pas déçu!”
    Supere commentaire Mangouste tout est dit!

  • 17 August 2010 à 14h45

    Jojo dit

    Il est juste dommage qu’un débat sur un vrai sujet de société soit complètement étouffé:
    -Statuts entre drogues légales et illégales
    -Statuts des consommateurs (prendre du cannabis, de la cocaïne etc est un délit)
    -Bilan des politiques de prévention et de répression
    -Intervention des scientifiques sur les phénomènes d’addiction

    Personnellement je suis pour une dépénalisation de toutes les drogues afin de pouvoir mettre en place de réelles politiques de prévention.

  • 17 August 2010 à 14h33

    Gilbert Duroux dit

    @ coriolan, qui dit tout et son contraire.
    Faudrait savoir, les drogués sont des malades mentaux ou des délinquants ? Sachant qu’aux yeux de la justice la maladie mentale exonère des responsabilités.