La leçon d’Arendt | Causeur

La leçon d’Arendt

Le biopic de Von Trotta montre que c’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal

Publié le 01 mai 2013 / Culture

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« Va en enfer, sale pute nazie » : des messages d’une telle violence, Hannah Arendt en reçut des dizaines après la polémique provoquée par son reportage sur le procès d’Eichmann en 1961. Le biopic éponyme de Margarethe von Trotta raconte, avec un réalisme qui touche au documentaire, l’histoire de cette controverse autour de la question du mal.
Le temps d’une séance, la salle de cinéma se transforme en amphi, et Barbara Sukowa, qui joue la philosophe allemande avec inflexibilité et humanisme, nous donne un cours magistral sur la philosophie d’Hannah Arendt.
Le film commence avec l’enlèvement d’Eichmann par le Mossad. Puis on suit Arendt à Jérusalem où elle assiste au procès d’un des plus grands bourreaux du Troisième Reich. Quand elle découvre le visage du bourreau, la philosophe est perplexe : un type banal, enrhumé et médiocre qui n’a pour sa défense que ces mots : « J’obéissais aux ordres, j’avais prêté serment ».
De retour aux Etats Unis, Arendt écrit un reportage pour le New York Times qui deviendra un livre, Eichmann à Jérusalem : rapport sur la banalité du mal , puis déclenchera une polémique terrible que la philosophe qualifiera avec dédain de « tempête dans un verre d’eau ».
Deux critiques principales sont adressées à l’essai d’Arendt. On lui fait d’abord grief d’avoir, avec sa thèse de la « banalité du mal », banalisé le nazisme en faisant d’Eichmann un « clown » plutôt qu’un monstre. La seconde accusation, qui sera la plus violente, tourne autour de l’antisémitisme. Elle concerne les « 10 pages sur 300 » de son livre qui traitent de la question du rôle des leaders juifs dans la Shoah. Elle y dénonce le comportement des membres de certains Judenräte (conseils juifs), en particulier celui de Theresienstadt, qui furent amenés à collaborer avec les autorités nazies.
Ce que l’on ne pardonne pas à Arendt, c’est son arrogance, cette « perversité de l’intelligence » qui ose la subtilité pour aborder l’horreur brute d’Auschwitz autrement que par le prisme manichéen objectivant la seconde guerre mondiale en deux camps : les monstres nazis et leurs victimes. Dans Eichmann à Jérusalem, Arendt montre en effet que la frontière qui sépare le bien du mal ne passe pas entre les êtres mais à l’intérieur d’eux.
Contre le préjugé qui voudrait faire des nazis des sadiques sanguinaires, elle montre que plus que la cruauté, c’est la médiocrité qui conduit l’homme au mal radical. Contre la tentation de la victimisation, Arendt ose poser une question fondamentale, qui touche à l’essence même du totalitarisme : la participation des victimes à leur propre extermination. Arendt le dit dans son livre : elle trouve absurde la question du procureur Hausner aux rescapés de la Solution finale : « pourquoi n’avez vous pas résisté ? », car il n’y avait aucun moyen de résister au rouleau compresseur totalitaire. Ce que constate Arendt est moins l’absence d’une résistance active que la réalité d’une coopération passive qui a conduit au « succès » effroyable de la Shoah. Le film de Von Trotta montre bien la souffrance de l’intellectuelle incomprise. Car il est vrai que, contrairement à son ami philosophe Hans Jonas qui lui tourne le dos en pleine la polémique, Hannah Arendt ne se sent pas imprégnée de manière indélébile par la culture juive. Nourrie à l’universalisme de la pensée grecque, Arendt refuse tout communautarisme, même si celui-ci est cimenté par la souffrance. Elle le dit à un de ses amis pendant le film « Je n’aime aucun peuple, je n’aime que mes amis ». Et à un de ses étudiants qui lui pose cette question « pourquoi appelez vous « crime contre l’humanité un crime contre le peuple juif ? », elle répond : « parce que les Juifs sont d’abord des hommes ».
Là est la grande force d’Hannah Arendt : inscrire le problème du mal radical advenu avec la Shoah dans la perspective de l’universalisme grec. Ce qui faisait la force de la civilisation occidentale, c’est ce dialogue intérieur, cette introspection qui depuis les Grecs guidait les rapports de l’homme avec lui-même, avec lequel le totalitarisme rompt
Arendt répond à la grande question qui hante la philosophie « d’après Auschwitz » : le nazisme étant survenu en Europe, au moment de l’apogée de la « civilisation » allemande, peut-on en conclure que la culture, la pensée et la philosophie ne sont pas des remparts efficaces contre la barbarie ?
L’auteur d’Eichmann à Jerusalem répond que ce n’est pas l’absence de savoir qui conduit à la barbarie, mais le refus de penser, c’est-à-dire de descendre en soi pour distinguer le bien du mal.
Un film à voir pour se souvenir que « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »

Hannah Arendt, un film de Margarethe von Trotta. En salles depuis le 24 avril.

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    • 7 Mai 2013 à 10h26

      kravi dit

      Une émission de la fabrique de l’histoire sur France culture, axée sur la polémique qui a suivi la parution du livre d’Hannah Arendt.

    • 6 Mai 2013 à 20h12

      Enûma Eliš dit

      C’est la démarche d’Arendt qui plait tant aux “critiques” d’Israël. Au moment où l’on jugeait, et pour la première fois, un criminel pour ses crimes contre le peuple Juif, elle n’a rien trouvé de mieux que déplacer le regard vers le rôle des victimes dans leur propre tragédie. 
      Or le procès de Rudolf Kastner avait eu lieu en Israël dans la décennie précédente. L’objet du procès d’Eichmann était son rôle dans l’extermination, rien d’autre. Minimiser ou diluer ce rôle par des soucis annexes n’avait rien de pertinent. 
      Mais, bien évidemment, les pseudo-antisionistes qui postent sur un site pseudo-sioniste, s’accrochent à la démarche d’Arendt pour “critiquer la politique du gouvernement israélien” qui, rappelons-le, à l’époque, était en excellents termes avec le gouvernement et la présidence française qui, bien que soi-disant de droite, avait des intérêts chez les dirigeants degauche hébreux. Et encore plus chez les scientifiques nucléaires israéliens.
      L’Art de la synthèse de la France hypocrite est connu. Et risible.
       

      • 12 Mai 2013 à 0h11

        Thalcave dit

        Le procès Kastner donne un éclairage sur la question des Judenrat. Isaiah Berlin a examiné de façon détaillée le rôle de tous ces conseils sur lesquels on ne peut porter un jugement à l’emporte pièce d’autant que beaucoup se sont suicidés lorsqu’ils ont pris conscience du fait que les nazis les instrumentalisaient dans leur œuvre d’extermination. Dire que sans eux les nazis auraient perdu de leur efficience à la façon de Hannah Arendt relève de l’ignorance et d’une présomption qui confine à la bêtise. Rien d’étonnant que la plupart des amis d’Arendt lui aient tourné le dos à la façon de Kurt Blumenfeld sur son lit de mort.

    • 6 Mai 2013 à 18h13

      kravi dit

      JMS
      Une fois encore – mais qui cela étonnera-t-il ? – vous vous défaussez, me faites dire ce que je n’ai pas dit, noyez le poisson, assénez vos truismes, par incapacité à assumer vos penchants malsains
      D’où que j’écrive, et que cela vous plaise ou non – et tant mieux si ça vous déplaît -, je continuerai à lutter contre l’antisiomitisme d’où qu’il vienne, le vôtre en particulier. Ce n’est pas leçon mais entreprise de salubrité.

    • 6 Mai 2013 à 14h17

      kravi dit

      JMS,
      ni plus ni moins, ça reste à voir.
      Quoiqu’il en soit, ce n’est pas ce que vous avez dit. « Imagerie héroïco-enfantine » et une locution dépréciative. Comme si je traitais votre de Gaulle de baderne incapable, ce qui serait vil et d’une insondable connerie.
      Thalcave à raison : votre France commence à ne plus être que l’ombre d’elle-même. Mais ce n’est pas, je crois, la raison de votre haine d’Israël ici dévoilée. Vous êtes tout bonnement un antisiomite.

      • 6 Mai 2013 à 16h00

        JMS dit

        Cher monsieur les peuples composés de saints, de génies et de héros n’existent pas.
        Pas plus celui d’Israël que n’importe quel autre.
        Pas plus que n’a jamais existé “la race des seigneurs” ou “l’homme nouveau” n’existe ni peuple, ni état messianique.
        Il y a certainement des gens qui pensent qu’Israël a une vocation particulière dans le concert des nations (C’est à dire par parenthèse l’exact inverse de l’idéologie sioniste) mais ça relève de la branlette, pas de la politique.
        Vous ne seriez pas un peu dur d’oreille Kravi ? 
        Ça rends sourd vous savez … 
        Quant au reste, traitez De Gaulle de baderne incapable si ça vous chante, mais ce n’est pas de le traiter qui est important, c’est de le démontrer qui l’est…
        Et ça c’est une autre histoire. 

        • 6 Mai 2013 à 16h04

          JMS dit

          Et quant à la France et à son destin, mêlez vous de ce qui vous regarde, ce n’est pas à l’étranger de nous faire la leçon.

    • 6 Mai 2013 à 6h53

      JMS dit

      La question du procureur sur la résistance ou la non résistance des victimes était soit d’une rare imbécillité soit une petite manœuvre politicienne pour souder la société israélienne de façon subliminale…Genre ghetto de Varsovie = Israël .. 
      On est en plein trip sioniste…l’imagerie héroïco-enfantine.
      La réalité est hélas beaucoup plus triviale, il y a eu des résistants mais il n’y a pas eu de résistance pour la simple raison que la résistance collective même face à la mort était quasi impossible.
      Les juifs n’ont pas pu plus résister  que n’ont pu le faire les 5 millions de prisonniers soviétiques, tous jeunes, tous entraînés militairement, ayant tous combattu courageusement avant d’être fait prisonnier et qui eux aussi ont été massacré de la même façon sans pouvoir se défendre.
      Les assassins nazis, comme les assassins staliniens connaissaient leur métier… tout le reste relève des destins individuels…de la chance…du hasard…

      • 6 Mai 2013 à 8h17

        kravi dit

        Vous êtes, pour changer, en plein trip antisiomite. Comme si la fondation d’Israël et sa survie au travers de toutes les guerres exterminatrices n’étaient pas héroïques.
        Votre abjecte haine anti-israélienne fait plaisir à voir, de bon matin.

        • 6 Mai 2013 à 12h07

          JMS dit

          Ni plus ni moins (et plutôt moins que plus) que le Vietnam, l’Algérie, la Hongrie, la Finlande, la Pologne, les Pays Baltes, l’Angola etc…
          Mais pour qui vous prenez vous ?
          Le nombril du monde ? 

        • 6 Mai 2013 à 13h04

          Thalcave dit

          La haine d’Israël est le rictus du désespoir devant la décomposition de la France en tant que Nation, de son abaissement devant l’Allemagne après 40 ans de démagogie qui montre son incapacité à se comporter en société démocratique parce que comme Tocqueville l’avait déjà noté il y a 150 ans l’Ancien Régime et la Révolution, son tropisme pour le corporatisme, la monarchie et le communisme en font une construction politique instable qui n’a survécu qu’à force de dévaluations et de changements de constitution.

        • 6 Mai 2013 à 15h52

          JMS dit

          Bin oui Israel est un petit pays ni plus ni moins important que des tas d’autres.
          On peut trouver que faire cette constatation relève de la haine, mais comme ce genre d’appréciation est de même nature que celles qui traitaient Hannah Arendt de nazie parce qu’elle avait trouvé qu’Eichmann était un minable bureaucrate et rien d’autre, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre… 

        • 11 Mai 2013 à 23h14

          Thalcave dit

          C’est à Chirac que vous empruntez cette vulgarité qu’il tenait de Bernard Tapie en personne. Je conçois que pour une vieille peau gaulliste, Chirac soit un mythe. Mais porter Chirac au pinacle m’a toujours prouvé que ce gaullisme d’opérette était le degré zéro de la politique, celui de l’opportunisme sans aucune pensée, pire même que ce que dit Arendt d’Eichmann , un bureaucrate sans pensée, plus proche du bouffon que du monstre, Chirac était un minable politicos. Il a tué Chaban-Delmas trop à gauche, Giscard d’Estaing et Raymond Barre trop libéraux avant de reprendre sous Mitterrand une antienne Reagano-thatchérienne lors de la cohabitation de 1986 à 1988 avant de se retourner une fois de plus face au libéralisme de Balladur en 2005 sous les traits du bon samaritain combattant la fracture sociale. Chirac et son gaullisme sont des incarnations de la pire dégénérescence politicienne s’accrochant comme une bernique à son rocher après l’échec du referendum sur la constitution européenne de 2005 dont on n’a pas fini de mesurer les dégâts.
          La vulgarité de vos propos et l’inanité de votre jugement devraient vous tenir éloigné de toute évaluation sur Eichmann. Ne vous en déplaise, Hannah Arendt, théoricienne de la politique, ne connaissait pas Eichmann et ce que les travaux des historiens ont mis en lumière sur sa personnalité. Elle s’est contenté d’impressions psychologiques sur un accusé terne qui n’avait aucun talent rhétorique et s’abritait comme tous les criminels nazis sous l’excuse de l’obéissance aux ordres reçus. Si tous les nazis n’a

        • 11 Mai 2013 à 23h22

          Thalcave dit

          C’est à Chirac que vous empruntez cette vulgarité qu’il tenait de Bernard Tapie en personne. Je conçois que pour une vieille peau gaulliste, Chirac soit un mythe. Mais porter Chirac au pinacle m’a toujours prouvé que ce gaullisme d’opérette était le degré zéro de la politique, celui de l’opportunisme sans aucune pensée, pire même que ce que dit Arendt d’Eichmann , un bureaucrate sans pensée, plus proche du bouffon que du monstre, Chirac était un minable politicos. Il a tué Chaban-Delmas trop à gauche, Giscard d’Estaing et Raymond Barre trop libéraux avant de reprendre sous Mitterrand une antienne Reagano-thatchérienne lors de la cohabitation de 1986 à 1988 et avant de se retourner une fois de plus contre le libéralisme de Balladur en 2005 sous les traits du bon samaritain tout patelin combattant la fracture sociale. Chirac et son gaullisme sont des incarnations de la pire dégénérescence politicienne s’accrochant comme une bernique à son rocher après l’échec du referendum sur la constitution européenne de 2005 dont on n’a pas fini de mesurer les dégâts.
          La vulgarité de vos propos et l’inanité de votre jugement devraient vous tenir éloigné de toute évaluation sur Eichmann. Ne vous en déplaise, Hannah Arendt, théoricienne de la politique, ne connaissait pas Eichmann et ce que les travaux des historiens ont mis en lumière sur sa personnalité. Elle s’est contenté d’impressions psychologiques sur un accusé terne qui n’avait aucun talent rhétorique et s’abritait comme tous les criminels nazis sous l’excuse de l’obéissance aux ordres reçus. Si tous les nazis n’avaient été que de minables bureaucrates, ils n’auraient pas mis à genoux la brillante armée française des généralissimes Gamelin et Weigand en 3 semaines ni mener à bien la plus gigantesque extermination de l’histoire jusque dans la déroute de leurs armes à partir de 1943. Et cela n’a rien à voir avec l’importance d’Israël qui semble être votre cauchemar quotidien et sur lequel vos avis d’étranger xénophobe sont sans importance.

    • 2 Mai 2013 à 18h26

      NIETZSCHE dit

      Pouvait on résister au rouleau compresseur nazi ? D’autant que sa mise en place fut graduelle : recensement , étoile jaune , ghettos , déportation …
       Le “Discours sur la Servitude Volontaire” de La Boétie pouvait il être opérant ? 

      • 2 Mai 2013 à 19h22

        kravi dit

        Bien sûr que non. Car il ne s’agit plus d’une simple persécution, si je puis oser l’oxymore, mais d’un événement inédit, inouï, impensable.
        Comment donc le concevoir pour le prévenir ?

        • 2 Mai 2013 à 19h54

          Lady dit

          Ils ne pouvaient concevoir en effet un monde totalement sans Dieu : Définition de l’enfer sur terre..
          “…Alors qu’Arendt s’interroge sur l’incidence morale du défaut de pensée, lévinas soutient que seule la réponse au Commandement divin permet d’éviter la dérive totalitaire inhérente à l’être…” A. Mréjen

        • 6 Mai 2013 à 13h39

          eclair dit

          @kravi
          inédit non juste avec les moyens modernes. Il n’y a rien d’inédit en soi.
          inoui. Non cela voudrais dire que c’est impensable.
          Impensable: Bien sur que si .
             
          C’est facilement concevable simplement il faut se remettre en cause soi même et explorer les méandres de son esprit ce qu’explique bien arendt . 

        • 6 Mai 2013 à 13h49

          Parseval dit

          rien d’inédit en effet :
          10 à 40 millions de Chinois massacrés pas les mongols au XIIIe siècle.

          Il se trouve qu’une volonté de massacre (ce type de désir à existé de tout temps) a coïncidé avec la disposition de moyens technologiques inédits (eux)

    • 2 Mai 2013 à 16h14

      kravi dit

      C’est, à mon sens, la question qui pourrait se poser à tous les Juifs, tant en Israël qu’en galout.
      ” je ne crois bien sûr pas en Dieu ; je crois au peuple juif ” est une réponse qui me convient, puisque je suis athée.
      Mais je crois aussi — c’est assez récent — que la spiritualité n’est pas antinomique de la raison. Et qu’il est bon que tous aient le droit de s’interroger selon leurs inclinations.
      D’autre part, ” je suis l’une des leurs, voilà tout, cela relève de l’évidence, et ne peut prêter à discussion ” me parait un peu court, et plus une esquive à forme de tautologie.

    • 2 Mai 2013 à 15h46

      smanyach dit

      Extrait de la réponse d’Hannah Arendt à la critique que Gershom Scholem lui avait adressé à propos de son livre “Eichmann à Jérusalem, qui lui reprochait son absence d’amour du peuple juif (Ahabath Israel)

      « Vous avez parfaitement raison : je ne suis pas animée par un tel « amour «, et cela pour deux raisons. De ma vie, je n’ai jamais « aimé « aucun peuple, ni aucune collectivité, ni le peuple allemand, ni le peuple français, ni le peuple américain, ni la classe ouvrière, ni quoi que ce soit de semblable. Je reconnais que je n’aime en effet « que « mes amis, et que la seule sorte d’amour que je connaisse et en laquelle je crois est l’amour pour des personnes. De plus, cet « amour des Juifs « m’apparaîtrait, à moi qui suis juive, comme assez suspect. Je ne peux m’aimer moi-même ou aimer quoi que ce soit dont je sache qu’il fait partie de moi. Pour clarifier ce que j’entends par là, j’évoquerai une conversation que j’ai eue en Israël avec une personnalité politique de premier plan qui défendait l’absence de séparation entre la religion et l’État en Israël, une situation qui me paraît désastreuse. Je ne me souviens plus des mots exacts qu’elle employa, mais [elle] dit quelque chose comme : « Vous comprendrez bien que, en tant que socialiste, je ne crois bien sûr pas en Dieu ; je crois au peuple juif. « Je fus particulièrement choquée par cette affirmation, ce qui m’empêcha d’y répondre sur le moment. Mais j’aurais pu lui répondre ceci : la grandeur de ce peuple a été autrefois de croire en Dieu, et de croire en Lui de telle manière que sa confiance et son amour pour Lui étaient plus grands que sa peur. Et maintenant ce peuple ne croit plus qu’en lui-même ? Mais qu’est-ce qui pourrait bien sortir de bon de cela ? Eh bien, je n’« aime « pas les Juifs en ce sens-là, et je ne « crois « pas non plus en eux ; je suis l’une des leurs, voilà tout, cela relève de l’évidence, et ne peut prêter à discussion. «

      • 2 Mai 2013 à 15h55

        Parseval dit

        Ajoutons que la responsable politique était Golda Meir. Sur Israël : “ j’estime qu’un état-nation juif serait une plaisanterie dangereuse” c’était prémonitoire, à la sortie de la guerre elle avait vu que les états-nations étaient morts et que l’avenir c’était la fédération (l’Allemagne le prouve).

    • 2 Mai 2013 à 15h09

      Lady dit

      Il est bien aussi question d’absence de pensée en ces temps obscurs que nous vivons aujourd’hui, puisque nos doctrinaires explosent chaque jour le sens des mots! Il n’y a plus de définitions communes le pire c’est le massacre institué de celles qui touchent à l’humain, son origine et son mystère…Sans matériel commun (les mots et leurs sens), il ne peut y avoir de pensée et les politiques ne sont plus capable de diagnostiquer, nommer et juger la crise.
      H. Arendt: “…La crise est le moment où nos définitions s’écroulent. Et donc la crise exige jugement (pour sortir de la crise), mais elle est le résultat d’une incapacité à juger ” (…)Il est désormais clair que la crise est le symptôme de la dissolution de la tradition”
      Crise existentielle, crise du déracinement, qui ne veut plus faire de nous que “des fleurs coupées dans un vase”(Paul Ricoeur) sans fécondité, crise existentielle qui laisse les idéologues s’engouffrer dans ce vide pour nous mener tout droit vers la déshumanisation, le totalitarisme, bref le meilleur des mondes. Mais nous veillons et marchons dé-ter-mi-nés!

      • 2 Mai 2013 à 16h21

        Marie dit

        • 2 Mai 2013 à 16h26

          Fiorino dit

          Ridicule sachant que vous etes bien pour la destruction du code du travail. Le code civil ne va pas etre détruit. Rien ne change pour vous ma chère.

        • 2 Mai 2013 à 18h23

          NIETZSCHE dit

          La photo est bizarre : le “oui à la destruction du code civil” est grossièrement collé sur la photo originale . Pourquoi ce vulgaire montage qui rappelle les photos “officiellement falsifiées”  de l’ère stalinienne ?  

        • 6 Mai 2013 à 13h33

          eclair dit

          @marie
          C’est un faux grossier.
          Sur le deuxième texte “oui à la destuction du code civil”. il n’y a que le mot à qui est authentique tout le reste c’est probablement rajout  sous paint.
          Aucune courbure lettre droite. Netteteté des lettres différents
          Le oui dépasse légerement de la banderole .

    • 2 Mai 2013 à 14h15

      senik dit

      Le vide de la pensée n’existe pas et n’explique rien. Il y a eu par contre deux idéologies qui ont décrété que l’autre n’avait aucun droit moral à l’existence, et que le bien, c’était de faire disparaître les Juifs et les bourgeois.
         

      • 2 Mai 2013 à 14h36

        kravi dit

        Certes, mais pas deux idéologies mortifères équivalentes. Dans un cas elle se voulait politique, dans l’autre elle était purement — si je puis dire — génocidaire.
        C’est la fameuse blague : « Ah bon ? Mais pourquoi les coiffeurs ? »

    • 2 Mai 2013 à 13h06

      Lady dit

      Très bon film.
      Il montre par l’excellente interprétation de Sukowa le processus d’isolement et d’intuition intellectuelle d’une femme réceptive libre et profondément humaine .
      Sa pensée, sans cesse maniée sous l’encensement permanent des volutes de ses cigarettes progresse, se confirme pour enfin nous éblouir.
      A lire d’urgence ce qu’elle dit de la crise dans “la Crise de la culture”… Très inquiétant et très éclairant!

    • 2 Mai 2013 à 12h01

      GPS dit

      Hannah Arendt est captivante. Le film ne l’est pas. Il est d’une rare médiocrité, un pensum indigeste et superficiel. Plus que la banalité du mal, on y éprouve la banalité de la mise en scène. On y voit deux sortes de séquences : les séquences inutiles et les séquences ratées. Mais il arrive que les séquences inutiles, destinées par exemple à mettre en valeur les voitures anciennes et la reconstitution d’époque, soient aussi ratées. La comédienne qui joue Arendt jeune est fascinante. Mais on ne fait que l’entrapercevoir dans des flash-back fugaces et grotesques. Celle qui joue Arendt au présent (du procès et de “l’affaire”), Barbara Sukowa, est décevante. Elle ne parvient pas à incarner l’intelligence d’Arendt. Il est vrai que ce n’est pas facile. Le scénario, d’un sentimentalisme convenu et insistant, ne l’aide pas. Outre ce sentimentalisme, on comprend petit à petit que ce qui intéresse avant tout la cinéaste n’est ni le judaïsme, ni l’extermination, ni le mal, mais l’Allemagne. C’est son droit. Cela lui permet de lourdement psychologiser la relation d’Arendt et du génocide, en y injectant la rondouillarde personne de Martin Heidegger, qui, s’il a joué un triste rôle dans le nazisme, n’en a joué aucun dans l’épisode du procès Eichmann. (Excepté, si l’on veut, l’endurcissement de son silence.) L’opposition entre Arendt et Hausner était plus intéressante. Elle est à peine esquissée dans le film, alors qu’elle est un des sujets majeurs du livre : les convictions (les dogmes politiques) du procureur au service du gouvernement d’Israël contre l’étonnement et la volonté de penser de la philosophe. Bref, il vaut mieux lire Arendt que suivre von Trotta.
        

      • 2 Mai 2013 à 12h14

        Parseval dit

        je n’ai pas encore vu le film mais la bande-annonce me laisse la même impression. En lisant Arendt et plus particulièrement sa correspondance (e.g. les lettres à Scholem http://www.seuil.com/livre-9782021051643.htm) on ne retrouve pas la personnalité mélodramatique que le film prête à Arendt, c’est une personne au caractère affirmé qui ne verse pas dans le “sentimentalisme convenu et insistant”. Ce sentimentalisme grotesque semble être une constante dans les biopics récents.
        “Cela lui permet de lourdement psychologiser la relation d’Arendt et du génocide” C’est vrai que en lisant “Eichmann à Jérusalem” Arendt n’a pas l’air d’avoir de raisons relevant de l’ordre de la psychologie d’assister au procès, mais comme elle le dit, ayant raté Nuremberg, elle n’allait pas rater en plus un procès de cette portée historique –il n’y en a pas tant que ça.

    • 2 Mai 2013 à 8h20

      Enûma Eliš dit

      @L’ours
      Eichmann a soutenu qu’il n’a rien fait de mal. Son seul regret était de ne pas avoir accompli sa mission d’extermination. Il n’y a pas beaucoup de subtilité dans l’observation qu’il ressemblait à un quidam et non au diable peint par un artiste. Mais il y avait beaucoup de subtilité dans la mise en équivalence des bourreaux et des victimes.

      • 2 Mai 2013 à 8h33

        Parseval dit

        Eichmann n’a pas soutenu qu’il n’avait rien fait de mal dans l’absolu mais dans le cadre des lois du 3e Reich. Pendant sont procès il parlait de ses actes comme de ‘crimes légalisés par l’Etat’.
        Arendt n’a jamais dit que les bourreaux et le victimes étaient équivalent mais qu’une des horreurs du nazisme était qu’il supprimait la volonté des victimes (comme celle des bourreaux) et donc qu’il arrivait à empêcher les victimes de se révolter.

        • 2 Mai 2013 à 8h43

          L'Ours dit

          Comme Parseval, je n’ai pas vu où elle avançait une équivalence bourreaux/victimes.
           

        • 2 Mai 2013 à 8h47

          Enûma Eliš dit

          C’est là que c’est subtil.
          A l’époque, c’était nouveau.

    • 1 Mai 2013 à 18h36

      L'Ours dit

      Cher kravi,
      je sais que certains pensent que Arendt a une certaine ambivalence. On m’a déjà mis en garde contre ça et cet article en esquisse quelques contours. J’ai donc relu Arendt – pas tout – et je n’ai honnêtement pas trouvé ce qu’on voudrait lui reprocher. Evidemment, je ne prétends pas avoir raison ou avoir été exhaustif dans ma re-réfléxion, ni même sagace, mais pour le moment, je ne rejoins pas les thèses des contradicteurs, tout en restant à l’affût d’une remarque qui emporterait mon adhésion.
      Il est possible que l’émotion devant l’horreur des crimes en question fait qu’il y a un blocage devant la subtilité de sa pensée. Je crois pourtant que ces subtilités sont essentielles, qu’il y a des nuances qui sont des gouffres.
      Pour l’heure, j’en suis là. 

      • 1 Mai 2013 à 19h43

        Enûma Eliš dit

        La prochaine fois que vous rencontrez un endoctriné en train de vous tuer, essayez de subtiliser avec lui. Engagez-vous dans une analyse de la situation et de sa situation pour bien comprendre ce qui le motive, et n’oubliez pas de rigoler quand vous vous apercevrez qu’il s’agit d’un type dont les capacités intellectuelles sont limitées par une médiocrité aussi banale que celle d’une muraille de concons-causeurs.
        Ce sera certainement une expérience intense.

        • 2 Mai 2013 à 6h40

          L'Ours dit

          Enûma Eliš,
          Arendt montre justement comment on peut en arriver à ce que vous décrivez très exactement.
          Elle ne dit pas qu’un être banal n’est pas un monstre, elle dit qu’un monstre peut être un être banal.
          Avant elle, on pouvait s’imaginer que la monstruosité se portait systématiquement sur le visage ou dans le comportement de tous les jours. Et bien pas forcément. Votre petit fonctionnaire de voisin peut commettre ce que vous avez dit.
          Rien à voir donc avec votre “essayez de subtiliser avec lui”!

    • 1 Mai 2013 à 16h22

      Enûma Eliš dit

      La leçon, c’est celle que Arendt dispense ou celle qu’elle n’a pas apprise?
       

      • 1 Mai 2013 à 16h31

        kravi dit

        Exactement. En dépit de sa réflexion non dénuée de perspicacité, il lui reste un point aveugle, sans doute favorisé par sa fréquentation de Heidegger et de ses errances. Probablement aussi par souci d’universalisme et de réfutation de toute appartenance communautaire

        • 1 Mai 2013 à 17h39

          Parseval dit

          ‘banalité’ n’a ici pas le sens de ‘commun’, ‘sans importance’, mais de ‘superficiel’
          “seul le mal est toujours extrême, mais jamais radical, il n’a pas de profondeur, et pas de caractère démoniaque. [...] Ce qui est profond en revanche, et radical, c’est le bien – et lui seul.”
          “Si le mal peut ravager le monde entier, c’est précisément parce que, tel un champignon, il se propage à la surface.”
          (lettres à Scholem)

      • 6 Mai 2013 à 13h27

        eclair dit

        @Enuma Elis
        Celle que vous n’avez toujours pas compris! 

    • 1 Mai 2013 à 16h01

      kravi dit

      L’article, je ne sais pas, l’ours. En revanche, il y aurait beaucoup à dire sur les thèses d’Arendt dont semble vouloir rendre compte le film, que je n’ai pas vu.
      Il n’est pas question de dresser un palmarès de l’horreur. Les massacres de Tutsis, de Cambodgiens, de Tibétains, de Bosniaques, de Darfouris (liste malheureusement loin d’être exhaustive) se valent dans l’abjection. Mais ils sont, si je puis dire, conjoncturels, en quelque sorte politiques.
      Différente est la persécution des Juifs à travers les âges et les continents, parce que précisément non conjoncturelle. Il n’y a d’autres raisons que la persécution du Juif que sa seule naissance en tant que telle.
      L’humain recèle des trésors d’ignominie, qui ne demandent qu’à sortir pour peu que le surmoi ne soit pas élaboré et que l’idéologie de l’époque s’y prête. Si tel n’était pas le cas, depuis le temps ça se saurait. Mais passer de la banalisation du mal à celle de la Shoah ne me paraît pas adéquat.

    • 1 Mai 2013 à 15h30

      L'Ours dit

      Remarquable article!

    • 1 Mai 2013 à 14h52

      Habemousse dit

      L’article est intéressant : malheureusement, en sortant de sa lecture, chacun va se croire exonéré du péché d’obscurantisme, puisque le coupable, le béotien, c’est toujours l’autre.

      • 1 Mai 2013 à 15h00

        saintex dit

        “ce n’est pas l’absence de savoir qui conduit à la barbarie, mais le refus de penser, c’est-à-dire de descendre en soi pour distinguer le bien du mal.”

        • 1 Mai 2013 à 16h19

          Habemousse dit

          C’est bien ce que je dis : ” … descendre en soi pour distinguer le bien du mal.” Chacun a l’impression d’avoir fait cette déma