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Lettre à Shakespeare au sujet d’Hamlet Junior

Publié le 01 janvier 2013 à 13:13 dans Brèves Culture

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Bonjour William,

Je viens de relire Hamlet. Tu ne seras pas étonné d’apprendre que je trouve ton travail sensationnel. J’imagine que tu dois en avoir marre d’entendre des éloges, aussi irai-je directement au fait.

Une question me taraude depuis deux jours. J’avoue qu’elle n’est pas des plus capitales, mais je te la pose malgré tout: si le Père d’Hamlet est un type bien, pourquoi  est-il en enfer ?

Il est étrange qu’Hamlet ne se pose jamais la question, lui qui s’en pose pas mal, comme tu sais. Avant de venger son père en tuant son beau-père, ne convient-il pas d’en savoir un peu plus sur le premier ? L’attitude normale vis à vis d’un fantôme n’est-elle pas de lui demander ce qu’il fait là, d’où il tient ses informations sur le type qui l’a dindonné, etc, etc ? Quel drôle d’oiseau que ce père vaporeux, tout de même. Je dois dire que cette manie d’en faire un mari idéal me semble profondément suspecte. On a envie de crier à Hamlet, comme chez Guignol: “Hou ! Hou ! Avant de t’en prendre à Claudius, demande-toi d’abord si le vrai méchant n’est pas le fantôme!”. Mais non, ce névrosé d’Hamlet se pose toutes les questions possibles, sauf la bonne.

Personnellement, j’établis un rapport direct entre cette idéalisation et l’impuissance d’Hamlet. Procrastination, sueurs froides, jérémiades : voilà ce qui arrive à un fils dont le Père ne descend jamais de son piédestal. Hamlet est la tragédie du Surmoi, et sa formule peut être résumée comme suit:  “Qui obéit à son Père au lieu de le tuer finit toujours en bien mauvaise posture”.

Malheureusement, tous ne sont pas d’accord avec mon interprétation. Ma femme soutient qu’il s’agit d’une explication psychanalytique “à la mords-moi le noeud” (je la cite), et que le Surmoi n’a rien à voir là dedans. Comme je ne suis pas très sûr de mon coup, j’aimerais beaucoup que tu m’écrives deux ou trois lignes à ce sujet, comme ça je saurai quoi lui répondre.

Fidèlement,
David

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  • 1 Janvier 2013 à 16h20

    L'Ours dit

    Au Shakespeare avait un talent incroyable, ce qui fait qu’on peut lui pardonner beaucoup. Car ce que vous soulevez là David di Nota dépasse de beaucoup le cadre d’Hamlet.
    Après avoir été plutôt choqué au cinéma, étant très jeune, par le film “l’exorciste”, j’ai fini par comprendre que le spectateur était prisonnier des attitudes, réflexions et surtout réactions absolument anti-naturelles des personnages. La plupart des romans et des films, surtout les mauvais, jouent sur cette absurdité qui vous oblige à suivre malgré vous – puisque que vous le vouliez ou non, vous vous mettez à la place du personnage – les faits et gestes les plus contraires à la logique la plus simple et donc à subir les sentiments provoqués par un contexte imposé devant lequel vous auriez réagi différemment si vous aviez vécu réellement la chose.
    Ce n’est ni plus ni moins que braquage de l’esprit qui rend à mon avis toute catharsis impossible.
     

  • 1 Janvier 2013 à 14h28

    kravi dit

    Cher David,
    rassure-toi : d’une part tu ne me déranges jamais, et d’autre part, les génies ayant aussi besoin de nourrir leur self estime — si je puis me permettre cet anglicisme — , je ne suis jamais rassasié d’éloges. Ta lettre soulève plusieurs questions. Pour ce qui concerne l’enfer, c’est peut-être une symbolique facile, une faiblesse d’écriture à laquelle j’aurais cédé. La fatigue aidant, un génie peut avoir des ratés.
    Concernant la riche symptomatologie névrotique d’Hamlet, je ne peux que partager tes soupçons : ce garçon est mal en point. La culpabilité est en effet à mettre en relation avec le registre œdipien. Si tu veux mon avis, le passage à l’acte sur Claudius n’est qu’un déplacement, le coup fatal étant en réalité destiné à l’imago paternelle. Hamlet croit ainsi se défausser de sa haine envers son père, mais son inconscient n’est pas dupe et la culpabilité le ronge.
    Peut-être ce père ne s’est-il pas rendu suffisamment accessible, rendant alors impossible la séparation psychique d’avec une mère trop proche. C’est ce qu’expliquait l’excellent docteur Naouri dans un précédent numéro de la gazette avec laquelle tu m’apostrophes.
    Ce qui m’amène à la réflexion de ta femme : une telle formulation pourrait bien être en relation avec une sérieuse envie castratrice. Si d’aventure tu avais choisi une femme phallique, je t’en conjure, sépare-t-en au plus vite. Si ce n’était de sa part qu’une figure de style, apprends-lui que la psychanalyse — j’ai rencontré Sigmund il y a peu, avec qui j’ai de fréquentes discussions — est une des meilleures voies, avec le théâtre, bien sûr, pour essayer de comprendre l’âme humaine, au demeurant sans jamais y parvenir.
    Sincerly yours,
    William.

  • 1 Janvier 2013 à 14h27

    Bibi dit

    Dear Sire di Nolta,

    Merci pour cette interrogation absolument essentielle.
    Si nul doute de la rage de Hamlet, on peut en effet se demander s’il n’est pas frustré par le fait que c’est un autre et non pas lui même qui tue son père. Et davantage que sur le plan symbolique.

    Dans l’attente etc.

    Humbly yours,
    William S.