Halte aux pandas chinois, vive l’oryctérope belge ! | Causeur

Halte aux pandas chinois, vive l’oryctérope belge !

Auteur

Coralie Delaume

Coralie Delaume
est blogueuse (L'arène nue)

Publié le 21 janvier 2012 / Brèves

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Décidément, on nous aura saturé le bulbe cognitif avec l’affaire des « pandas-Sarkozy ». Ces deux bouffeurs de bambous, transférés de la Chine à la France à bord du Boeing « panda express » pour la modique somme de 750 000 euros, vont désormais mâchonner de la verdure dans nos contrées hostiles.

Le côté pompidolien de notre président de la République et son aptitude à s’accorder les faveurs d’une Chine dont on espère qu’elle finira par prendre en charge notre colossale dette publique, s’en trouve conforté. En effet, nous dit Le Monde, « Yuan Zi et Huan Huan sont les premiers pandas accueillis en France depuis 1973, quand la Chine maoïste avait offert un couple à la France de Georges Pompidou ».

Notons au passage que les Chinois sont drôlement coquins : quand ils nous offrent (ou louent) des ursidés, ils nous fournissent systématiquement « un couple ». Notons également que l’amitié franco-chinoise prime ici le souci d’intégration de ces bestioles immigrées : Yuan Zi et Huan Huan, ça sonne tout de même un peu moins français que Jean-Claude et Odette, par exemple.

Bref, on a fait grand cas de l’arrivée sur notre sol de ces placides herbivores diplomatiques. Mais ce faisant, nous avons omis un événement bien plus singulier. Car pendant que la France devenait la meilleure amie du Parti communiste chinois, le royaume de Belgique, demeurait ce qu’il a toujours été, y compris dans le domaine animalier : le pays du surréalisme.

C’est en effet dans la plus grande indifférence que la Belgique a vu naître en captivité, le 6 janvier 2012, un petit oryctérope. Nuru – oui, je sais : ça sonne moins belge qu’André – né au zoo d’Anvers, est seulement le dixième spécimen de son espèce en cinquante ans à venir au monde au sein du parc animalier. De surcroît, on apprend que la plupart de ses aînés ont crevé, ce qui n’est pas tellement étonnant. Avec la tête qu’ils ont, on doute que ces abominables petits êtres soient véritablement adaptés à la vie sur la planète Terre.

L’oryctérope est en effet une bestiole à peine imaginable. Chantant les louanges d’Alexandre Vialatte dans le magazine Causeur de novembre 2011, François-Xavier Ajavon nous rappelle ces mots de l’auteur : « cette chronique a toujours fait le plus grand cas de l’oryctérope (…) il a un groin de cochon et des pieds de kangourou, des oreilles d’âne et une mâchoire de crocodile. Sa chair sent la fourmi ».

A lui tout seul, l’animal de nuit est en effet une ode à ce que la laideur peut compter de plus invraisemblable, de plus fascinant, de plus hypnotisant. Regarder un oryctérope, son museau de porc, ses oreilles de lièvre, sa peau plissée et glabre, c’est assurément ne plus pouvoir en détacher le regard. La bête concentre en elle le comble de la disgrâce et la douceur touchante de l’immense fragilité. On pourrait d’ailleurs croire que cet être constitue une Error 404 de la part de notre créateur. A moins que ce ne soit un trait d’esprit, une farce, une mise à l’épreuve. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’éprouver une immense bouffée de tendresse pour cette chose ignoble, langoureusement abandonnée dans les bras d’un zoologue belge et stupidement confiante dans la capacité de l’homme à assurer son inutile survie.

Souhaitons à l’atroce Nuru une bonne arrivée sur le sol européen. Puisses-tu, sale bête, croître et devenir adulte. Ta simple apparence suffit à prouver que « Dieu est humour ». J’espère te rencontrer un jour, monstruosité polymorphe. Je te cajolerai alors de tout mon cœur d’être humain imbécile.

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    La rédaction de commentaires est impossible pour cet article

    • 23 Janvier 2012 à 10h38

      Jacques de Guillebon dit

      Etrange animal en effet : “A ce jour, le sexe n’a pu être déterminé”…

    • 22 Janvier 2012 à 17h39

      isa dit

      Ca me fait de la peine, personne pour causer à Coralette!

      Le problème des pandas c’est qu’ils sont sexuellement toujours fatigués, et qu’il faut constamment les solliciter.

      C’est juste pour complèter votre article, parce que c’est cela leur grand risque de disparition.

    • 22 Janvier 2012 à 14h08

      Dio Gêne dit

      Est ce que quelqu’un s’est posé la question du voyage et de l’influence qu’il aura pour ce couple quand au fond de la soute ils penseront à l’humain? Fatigue, attente, chaleur, mauvais traitement, mauvaise nourriture, manque d’oxygène….tout ça pour que des enfants de stupidos puissent le contempler. Non content d’exploiter l’homme, l’animal aussi aura sa peine. Bandes de merdes!

    • 21 Janvier 2012 à 19h22

      laborie dit

      Ignoble toi-même, femme des villes qui ne sait pas reconnaître les beautés du Créateur. Juste bonne à bavasser avec les germanopratines…beurk…

    • 21 Janvier 2012 à 12h28

      kacyj dit

      Mme la professeure d’orthographe ne saurait-elle pas qu’un panda ne survit pas sans sa compagne ou son compagnon ?

      • 21 Janvier 2012 à 13h00

        skyhigh dit

        Comme Adam et Eve donc! Quel symbole!!