Antisémantisme primaire
Juifs de France, juifs français : écoutez la différence
Publié le 28 août 2010 à 6:30 dans Société
Mots-clés : France

Tout s’est passé très vite, si vite que je n’ai pas vu le coup venir. C’était lors de la “tempête de cerveaux” d’où sortit, telle Vénus de sa coquille Saint-Jacques, le thème de ce dossier : “Sous les pavés, la France !” Une superbe accroche assurément, avec son côté provoc’ droitière bien dans la manière de Causeur comme j’aime. Et chacun, dans l’enthousiasme de cette trouvaille, d’égrener à son tour les multiples “questions d’actualité” – comme on dit dans nos Chambres d’enregistrement – à aborder dans le cadre de ce dossier “beau, grand et généreux” comme la France elle-même : laïcité, communautarisme, islam, burqa, minarets, Zemmour, etc., sans oublier bien sûr le vrai-faux débat sur l’identité nationale.
Et moi de ramener ma fraise en ajoutant : “Et les juifs ?” Comment parler de la France aujourd’hui sans évoquer la question des relations entre Israël et les juifs de France ? Parce que quand même, sans me vanter, notre pays1 a bel et bien importé chez lui le conflit israélo-palestinien, ou judéo-arabe, ou isaaco-ismaélien pour les plus théologiens d’entre nous. Au point même d’en faire un élément “clivant”, comme on dit, de notre sempiternel débat droite-gauche.
Au-delà des jeunes-des-cités, la droite n’accuse-t-elle pas une certaine gauche d’“antisémitisme déguisé en antisionisme” ? Au-delà du Front national, la gauche ne soupçonne-t-elle pas toute la droite d’une “islamophobie” même pas déguisée, sous laquelle pointerait même le museau du racisme ? Et puis surtout, quand on s’appelle Causeur, n’est-ce pas pour causer librement de tout – y compris des sujets qui pourraient fâcher2 ?
[...]
- La France, donc. ↩
- Pas question de les dénoncer, ce n’est pas mon genre, mais il y a des juifs à Causeur – et haut placés ! ↩
- Est-ce que je compte là-dedans les clandestins ? Certes non ! Par définition, même Hortefeux serait bien en peine de le faire… ↩
- Un “Chocolate rock”, pour les historiens : le genre de goûter qui rendait impossible tout dîner. ↩
- Que je situais alors vaguement sur une autre planète. ↩
- Depuis, le combat entre eux s’est déplacé sur le terrain de la lunetterie. ↩
- Qui était fait pour diriger la France comme moi pour être major de l’ENA. ↩
- Comme déjà Nixon en 68, ou de Gaulle dès 58 : “Le fascisme ne passera pas !”, criait la gauche analphabète face au danger de la Constitution Debré. ↩
- Lettre à un ami israélien, de Régis Debray. ↩
- Pardon pour le pléonasme. ↩
- Pierre Boutang bien sûr, mais il est mouru. ↩
- Comme dit Élisabeth Lévy dans son livre d’entretiens avec Robert Ménard, Les Français sont-ils antisémites ? (Mordicus, 2009). C’est bon, je suis couvert ? ↩
- Ne dirait-on pas le titre d’un one-man-show ? ↩
- “On n’est pas couché”, 3 février 2010. ↩
- De Gaulle, Israël et les juifs, Plon, 1968. ↩
- Ni a fortiori comme un “juif polonais né en France”, selon le titre des Souvenirs obscurs de feu Pierre Goldman. ↩
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Inédit
Article inédit
publié dans
Causeur n° 25Juillet/Août 2010

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L'auteur
Basile de Koch est chroniqueur des nuits parisiennes à "Voici" et du PAF à "Valeurs actuelles". Il est aussi essayiste à 16h.
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fatback dit
Quelques secondes de détente avec XKCD.
Benjamin dit
@Loulou
Si l’on considère que l’école forme les citoyens et le service militaire les hommes par exemple, alors oui, les institutions portent les hommes.
Après relecture, il me semble que vous pouvez mettre au passé tout ce que je viens de dire! Aujourd’hui c’est le modèle du self-made man…pour ceux qui peuvent. Vous avez en ce cas raison.
L'Ours dit
fatback,
“David et la quasi-totalité de mes amis d’enfance juifs n’ont plus voulu être mes amis parce que j’étais goy”
disons le tout net, c’étaient de pauvres cons!
Loulou dit
Ce sont les institutions qui font les hommes, et non l’inverse.
Ah ?
J’aurais cru le contraire.
fatback dit
BdK,
Sur le fonds de l’article, je vous rejoins.
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Quand j’étais gosse, je partageais mon quartier avec une importante communauté juive dont été du coup issu une bonne partie de mes amis d’enfance. L’un d’entre eux, en particulier, était mon copain David qui habitait dans l’immeuble d’en face et avec qui la question de nos religions respectives se limitait aux steaks hachés cashers que sa maman nous cuisinait quand je venais déjeuner chez eux.
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Seulement voilà, durant nos années de 1ère et de terminale, il est arrivé un truc bizarre auquel – sur le coup – je n’ai rien compris : David et la quasi-totalité de mes amis d’enfance juifs n’ont plus voulu être mes amis parce que j’étais goy. Ils restaient entre eux, à l’écart et certain on même très sérieusement évoqué le projet de partir faire leur service militaire en Israël.
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Subtilement, des français juifs (et des français musulmans) étaient effectivement devenus des juifs français (et des musulmans français). C’est à cette époque que j’ai entendu – pour la première fois – un certain nombre de mes camarades qui n’était ni juifs, ni musulmans, tenir des propos ouvertement antisémites et arabophobes.
fatback dit
BdK,
« […] ce sont les institutions qui font les hommes, et non l’inverse ; donc il convient d’adapter les institutions aux hommes, et pas le contraire. »
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Jolies formules… mais l’enchaînement logique des deux me laisse perplexe.
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Adapter les institutions aux hommes me parait être une question de bon sens (mais il est vrai que j’ai ce défaut commun avec Aron d’être libéral). L’homme a, aux yeux des idéologies totalitaires, un énorme défaut : il est humain. L’histoire a largement démontré que les seules institutions qui aient passé le test du temps sont celles qui se sont adaptées à cette dure réalité : aussi loin qu’on puisse voir, l’homme n’a jamais accepter de devenir un homme nouveau pour faire plaisir au législateur.
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La nature humaine existe et les institutions humaines s’y adaptent. Elles s’y adaptent de grès quand on a la chance d’être gouverné par des types valables ou de force dans le cas contraire. Il y a, si on y regarde attentivement une manière de darwinisme institutionnel qui jalonne l’évolution de nos civilisations.
fatback dit
BdK,
« La responsabilité de cet état de fait n’incombe évidemment pas aux intéressés, mais à nos gouvernants, infoutus depuis quarante ans de mener une politique cohérente en matière d’immigration. »
C’est évident – certes – mais ça ne fait pas de mal de le répéter.
genese dit
Basile,
J’aime toujours beaucoup vous lire. C’est pétillant et profond. C’est donc rare depuis trente ans.
Quel que soit le sujet.
Merci
Impat1 dit
B de K, vous incitez à lire ou relire Aron et vous avez mille fois raison. En particulier son “50 ans de réflexion politiques” est une mine d’or que nos contemporains devraient exploiter. Juif français en effet, fier d’être l’un et l’autre. Mais on le sent , me semble-t-il, juif par état, français par volonté.
Thalcave dit
En France pendant la guerre, Karl Oberg était le chef des SS et Helmut Knochen, le chef de la Gestapo. Leurs victimes furent encore plus nombreuses que celles de Barbie à Lyon. Condamnés à mort par les alliés et aussi en France qui avait demandé leur extradition, ils virent leur peine commuée à la prison par deux présidents de gauche (Auriol) et de droite (Coty). Un troisième président De Gaulle (héros d’union nationale) les libéra en toute discrétion, de la prison de Mulhouse le 28 novembre 1962 avant le traité d’amitié et de coopération franco-allemand signé le 22 janvier 1963. Les français juifs et les juifs français ne pouvaient comprendre que le chancelier Adenauer prendrait la libération de ces criminels, auteurs de crimes imprescriptibles contre l’humanité comme une marque d’amitié française. La presse ne s’en est pas émue. L’acquiescement unanime par les conseillers d’Etat des statuts vichystes assignés aux Juifs et les justifications du professeur de Sorbonne, Maurice Duverger devenu après la guerre, un éditorialiste écouté au journal Le Monde. Besancenot et Mélanchon, figures iconiques de la Gauche, défilant aux côtés du Hamas. Voici quelques exemples parmi d’autres qui peuvent aider à comprendre qu’être français ou être français juif voire juif français ne donne pas la même perception.
L'Ours dit
…/…
« C’est d’autant plus dommageable qu’ici, si ça se trouve, on n’est même pas encore en guerre ! »
Opinion personnelle : si ! on est déjà en guerre. On ne le reconnaît pas parce qu’elle ne fait pas encore de morts, ou presque.
« L’idée est simple : encourager dans leur voie les seuls politiciens qui ont vraiment la vocation de servir la France, et les seuls immigrés qui ont pour vocation d’en faire partie, c’est-à-dire d’en faire leur patrie. »
Ils en feront partie quand, au lieu de dire « on a construit la France », ils diront « la France nous a construits » !
« comment combattre le communautarisme islamique quand on en revendique un autre ? »
Je suis d’accord sur le fond mais… tout de même… c’est une lâcheté. Pourquoi ? Simplement parce que cela évite d’étudier autour de quels préceptes cette communauté est bâtie, ce qui obligerait ensuite tout honnête homme à éventuellement la combattre. Sinon, pourquoi appeler « secte » une secte , le nombre ne faisant pas la beauté ou la véracité du fond.
L'Ours dit
Cher Basile de koch,
Article savoureux dont je garderais bien quelques phrases hilarantes. Mais reprenons de façon non exhaustive.
« les Français, avec nous »
D’abord, « les autres Français avec nous », ben c’est pas beau ! Ensuite, les pieds-noirs disent « les Français » en parlant des métropolitains, ce qui ne signifie pas qu’ils ne se sentent pas Français.
Je crains qu’aujourd’hui en France « nos » juifs n’aient tendance, notamment face à «nos» Arabes, à reproduire les schémas israéliens : une mentalité obsidionale débouchant sur une fuite en avant stratégique.
C’est vrai aujourd’hui, mais depuis quelques années seulement. N’oublions pas qu’il en a fallu un paquet avant qu’on accepte de nommer ce qu’on avait devant les yeux, une attaque physique des juifs de France par des (et non les) musulmans de France intoxiqués par la propagande satellitaire et faisant sienne la cause palestinienne. Il a fallu que les Français non juifs soient eux-mêmes la cible de racisme avant que cela soit reconnu.
…/…